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Pacte Dutreil et transmission d’entreprise : comment articuler optimisation IS/IR

par | Fiscalité en France, Structuration patrimoniale, Succession - Transmission
Publié le 28 juillet 2026

Transmettre une entreprise sans la fragiliser financièrement, tout en maîtrisant l’impôt sur le revenu (IR), l’impôt sur les sociétés (IS) et les droits de mutation, est devenu un exercice d’équilibriste. Au cœur de ce jeu d’ajustements se trouve le Pacte Dutreil, outil fiscal majeur des transmissions d’entreprises françaises, profondément remanié par la loi de finances 2026.

Bon à savoir :

L’enjeu va bien au‑delà d’un simple Dutreil : il faut articuler régime IS/IR, holding, apport‑cession, activité opérationnelle et gestion d’actifs non professionnels sur une période d’engagement pouvant atteindre huit ans.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un mécanisme pivot de la transmission, de plus en plus exigeant

Un mécanisme pivot de la transmission, de plus en plus exigeant

Le Pacte Dutreil est codifié aux articles 787 B et 787 C du Code général des impôts. Il s’applique aux transmissions à titre gratuit – donations et successions – d’entreprises individuelles ou de titres de sociétés exerçant une activité opérationnelle (industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale).

Son avantage central reste inchangé : une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis pour le calcul des droits de donation ou de succession. Concrètement, seuls 25 % de la valeur économique de l’entreprise entrent dans l’assiette taxable, sans aucun plafonnement.

5,6

Le taux maximal des droits de donation en ligne directe peut chuter à environ 5,6 % grâce à la réduction de 50 % combinée au dispositif Dutreil.

Mais cette faveur fiscale a un prix : engagements de conservation, exigence de poursuite effective de l’activité, contrôle renforcé de la nature opérationnelle, et depuis 2026 exclusion progressive de certains actifs jugés non productifs de l’économie réelle.

Une architecture à trois piliers : collectif, individuel, direction

Une architecture à trois piliers : collectif, individuel, direction

Pour bénéficier de l’exonération de 75 %, trois types d’engagements structurent le dispositif.

Engagement collectif de conservation : le socle de départ

Premier pilier, l’engagement collectif de conservation (ECC) porte sur un bloc de titres représentant un pourcentage minimal de droits de vote et de droits financiers.

Pour une société non cotée, il doit couvrir au moins 34 % des droits de vote et 17 % des droits financiers. Pour une société cotée, les seuils tombent à 20 % des droits de vote et 10 % des droits financiers.

Cet engagement :

est conclu pour une durée minimale de 2 ans ;

doit être en cours au jour de la transmission ;

est pris par le futur donateur (ou le défunt) avec au moins un autre associé, ou à titre unilatéral si le texte le permet.

Attention :

Le document peut être un acte authentique ou un acte sous seing privé enregistré. La durée peut dépasser 2 ans si les parties veulent verrouiller durablement l’actionnariat.

Une variante importante est l’« engagement collectif réputé acquis » : lorsque le dirigeant (éventuellement avec son conjoint, partenaire de Pacs ou concubin notoire) détient depuis au moins 2 ans les seuils requis et exerce une fonction de direction ou son activité principale dans la société, on admet que la condition de pacte collectif est remplie sans pacte formel préalable.

Engagement individuel : un allongement à six ans

Deuxième pilier, l’engagement individuel de conservation (EIC) est désormais au cœur de la réforme 2026.

Chaque héritier ou donataire doit s’engager à conserver les titres reçus pendant une durée de 6 ans à compter de l’expiration de l’engagement collectif. Avant 2026, ce délai était généralement de 4 ans ; la loi de finances 2026 l’a porté à 6 ans, allongeant d’autant la trajectoire de transmission.

Durée minimale de conservation des titres : 8 ans en deux phases

Engagement de direction : prouver la réalité du pilotage

Troisième pilier, un engagement de direction : pendant au moins 3 ans à compter de la transmission, l’un des signataires du pacte ou l’un des bénéficiaires (jamais le seul donateur) doit exercer une fonction de gestion effective dans l’entreprise.

Pour une société à l’IS, il s’agit par exemple d’une fonction de gérant, président, directeur général ou autre fonction assimilée. Pour une structure à l’IR, l’administration exige que l’un des signataires y exerce son activité professionnelle principale.

Dans les groupes avec holding, cette exigence doit être articulée avec la qualification de la holding (animatrice ou passive) et le rôle concret joué dans la définition de la politique du groupe et le contrôle des filiales.

Un avantage chiffré : la mécanique des droits sous Pacte Dutreil

Un avantage chiffré : la mécanique des droits sous Pacte Dutreil

Pour mesurer l’impact du pacte, il faut regarder comment se calcule l’assiette taxable.

Base imposable : une simple multiplication par 25 %

L’exonération partielle se traduit par une formule très simple :

Base imposable = valeur des titres × 25 %

Le barème progressif des droits de donation ou succession s’applique ensuite sur cette base réduite, après déduction des abattements personnels.

Tableau illustratif :

SituationValeur économique brute de l’entrepriseBase taxable avec Pacte Dutreil (25 %)Commentaire
Transmission familiale classique2 000 000 €2 000 000 €100 % taxables, hors abattements personnels
Sous Pacte Dutreil2 000 000 €500 000 €75 % d’exonération, seuls 25 % taxables

Dans la pratique, l’application du barème progressif de 5 % à 45 % sur cette base réduite, combinée aux abattements familiaux, explique pourquoi le taux moyen effectif de taxation descend souvent à un ordre de grandeur proche de 8 %, contre environ 34 % dans un régime de droit commun.

Coupler abattement Dutreil et réduction de 50 % : un levier massif

Lorsque la transmission prend la forme d’une donation en pleine propriété avant les 70 ans du donateur, la réduction de 50 % des droits (article 790 du CGI) s’applique sur l’impôt calculé après abattement Dutreil.

On se retrouve alors avec un double effet :

1. Abattement Dutreil : réduction de la base taxable à 25 % de la valeur ; 2. Réduction de 50 % : division par deux du montant d’impôt calculé.

C’est cette combinaison qui permet de ramener le taux maximal théorique de 45 % à un taux effectif avoisinant les 5 à 6 %. D’où l’intérêt, dans une optique patrimoniale, de programmer des donations avant 70 ans, idéalement en démembrement de propriété pour encore réduire la base.

Après la réforme 2026 : recentrage sur l’activité opérationnelle et chasse aux actifs “somptuaires”

Après la réforme 2026 : recentrage sur l’activité opérationnelle et chasse aux actifs “somptuaires”

La loi de finances 2026 (loi n° 2026‑103, art. 8) est souvent décrite comme la plus importante réforme du Pacte Dutreil depuis sa création. Elle poursuit un double objectif : renforcer l’ancrage professionnel et mettre fin à certains usages de “coquilles patrimoniales” abritées derrière un pacte.

Un principe : l’exonération ne porte plus que sur la part “opérationnelle”

Jusqu’alors, l’exonération de 75 % s’appliquait sur la totalité de la valeur des titres, dès lors que la société exerçait une activité éligible. Même si le bilan comportait une part significative d’actifs de confort (résidences de prestige, vins de collection, voitures de luxe, etc.), ceux‑ci profitaient indirectement du régime.

Depuis 2026, un principe de prorata s’impose : seuls les actifs exclusivement affectés à l’activité professionnelle éligible peuvent entrer dans la base bénéficiant de l’abattement de 75 %.

Autrement dit, la valeur de l’entreprise doit être ventilée entre :

fraction liée à l’activité opérationnelle : éligible au Dutreil ;

fraction représentative d’actifs non opérationnels : exclue de l’exonération.

Les actifs spécifiquement exclus : les “biens somptuaires”

La loi cible une série d’actifs explicitement listés comme n’ouvrant plus droit à l’exonération lorsqu’ils ne sont pas exclusivement professionnels. On y trouve notamment :

Biens exclus du patrimoine professionnel

Ces biens sont considérés comme personnels et ne peuvent pas être inclus dans le patrimoine professionnel d’un entrepreneur

Loisirs & Véhicules

Biens affectés à la chasse ou à la pêche de loisir ; yachts, bateaux de plaisance, aéronefs privés ; véhicules de tourisme.

Objets de valeur

Bijoux, métaux précieux, objets d’art, de collection ou d’antiquité (sauf rares exceptions professionnelles) ; stocks de vins et alcools de prestige non affectés à l’activité.

Animaux & Immobilier

Chevaux de course ou de concours ; logements et résidences, notamment ceux occupés à titre gratuit ou à loyer minoré, sans lien direct avec l’exploitation.

À cela s’ajoutent les actifs non strictement “somptuaires”, mais également visés en tant qu’actifs hors exploitation : excédents de trésorerie sans utilité économique, immeubles de placement déconnectés de l’activité, portefeuilles financiers purement patrimoniaux logés dans l’opérationnelle, etc.

Actifs et traitement Dutreil
Ce graphique illustre la répartition des actifs et leur traitement selon le dispositif Dutreil.
Catégorie d’actifsTraitement au regard du Pacte Dutreil après 2026
Outillages, machines, stocks, actifs nécessaires à l’activitéInclus dans la base bénéficiant de l’exonération de 75 %
Trésorerie d’exploitation “normale”Inclus dans la base exonérée
Excédent de trésorerie sans lien avec l’exploitationExclu de la base bénéficiant de l’exonération
Yachts, voitures de tourisme, avions privésExclus, sauf usage exclusivement professionnel prouvé
Bijoux, œuvres d’art, métaux précieuxExclus, sauf si l’entreprise a une activité professionnelle directement liée à ces biens
Logements et résidences sans lien opérationnelExclus de la base exonérée
Actifs numériquesRestent éligibles au bénéfice de l’exonération

Un mécanisme de transparence s’applique en outre : si ces biens sont détenus par une filiale contrôlée (directement ou indirectement), la fraction correspondante de la valeur des titres de la holding est également exclue de l’exonération.

Condition temporelle : trois ans d’affectation professionnelle

Pour qu’un actif puisse demeurer dans la base éligible, il doit :

– être exclusivement affecté à l’activité éligible pendant les 3 années qui précèdent la transmission, ou depuis son acquisition si elle est plus récente ;

– rester affecté à cette activité pendant toute la durée des engagements de conservation, ou jusqu’à sa cession.

À défaut, la fraction de valeur correspondante est retraitée et taxée hors Dutreil, ce qui peut considérablement alourdir la note.

IS ou IR : quel régime pour l’entreprise avant et après la transmission ?

IS ou IR : quel régime pour l’entreprise avant et après la transmission ?

La question du choix entre IS et IR ne se résume pas à une simple optimisation annuelle des profits. Elle interagit directement avec la stratégie de transmission et l’utilisation du Pacte Dutreil.

IS : capitalisation des profits et optimisation de la cession

Une société soumise à l’impôt sur les sociétés offre plusieurs avantages dans une logique de transmission :

taux d’imposition plafonné (25 % au taux normal, avec un taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous conditions de chiffre d’affaires inférieur à 10 M€ et de capital détenu majoritairement par des personnes physiques) ;

– capacité à capitaliser les résultats dans l’entreprise sans taxation immédiate chez les associés ;

– possibilité, pour une holding animatrice à l’IS, de bénéficier de régimes de faveur en cas de vente de titres de participation (plus-values quasi exonérées, avec réintégration forfaitaire de 12 % au titre des frais et charges, sous conditions).

Astuce :

Loger l’entreprise opérationnelle sous une holding à l’IS peut faciliter une stratégie de transmission à moyen terme.

de piloter la succession via une transmission des titres de la holding sous Pacte Dutreil ;

d’exploiter le régime mère‑fille et/ou l’exonération des plus-values sur titres de participation ;

– de financer un “family buy‑out” où seuls certains héritiers repreneurs rachètent les parts des autres grâce à la holding, tout en maintenant l’avantage Dutreil.

IR : transparence, mais fiscalité parfois plus lourde

Les sociétés de personnes relevant de l’IR (par exemple certaines SNC, sociétés civiles ou EURL à l’IR) voient leurs bénéfices imposés directement dans les mains des associés, proportionnellement à leur quote‑part, qu’ils soient ou non distribués.

Exemple :

L’avantage de l’IR est la simplicité et un taux modéré pour les petits foyers. Cependant, quand les bénéfices deviennent importants, la progressivité de l’IR (tranches à 11%, 30%, 41%, 45%) peut rendre la fiscalité plus lourde qu’à l’IS, surtout si l’objectif est de réinvestir dans l’entreprise plutôt que de distribuer les bénéfices.

Dans le contexte de la transmission, un passage de l’IR à l’IS peut être envisagé pour :

limiter la pression fiscale annuelle lorsque l’activité devient très rentable ;

préparer une structuration en holding soumise à l’IS, notamment pour recourir à l’apport‑cession ou au régime des titres de participation ;

– disjoindre fiscalement les flux de l’entreprise (soumis à l’IS) et la rémunération effective des associés (dividendes, salaires de dirigeants).

Toutefois, un changement de régime (IR vers IS ou inversement) n’est jamais neutre. En principe, il est assimilé à une cessation d’activité : taxation immédiate des résultats en sursis, des plus‑values latentes, perte des déficits reportables (sous réserve de compensations). Il convient donc de synchroniser ce basculement avec la stratégie Dutreil et les projets d’apport ou de cession.

Holdings, animatrices et optimisation conjointe Dutreil / IS

Holdings, animatrices et optimisation conjointe Dutreil / IS

Le rôle de la holding est devenu central dans les montages combinant Pacte Dutreil et optimisation IS/IR.

Holding animatrice : un quasi équivalent d’opérationnelle

Une holding animatrice est une société qui, en plus de détenir des participations, joue un rôle actif dans la conduite de la politique du groupe et rend, le cas échéant, des services spécifiques (juridiques, comptables, administratifs, immobiliers) à ses filiales.

Lorsque cette activité d’animation est prépondérante, la holding est assimilée à une société opérationnelle :

elle peut signer un Pacte Dutreil ;

ses titres sont éligibles au bénéfice de l’exonération de 75 % ;

ses actifs bénéficient du régime DUtreil, y compris ceux représentés par des participations dans des filiales opérationnelles.

50

Le chiffre d’affaires et la valeur des actifs nécessaires à l’animation doivent représenter au moins 50 % du total.

Pour la transmission, cela offre plusieurs avantages :

possibilité de regrouper en amont plusieurs filiales opérationnelles sous une seule entité à transmettre, simplifiant ainsi le Pacte Dutreil ;

opportunité de faire un “family buy‑out” via la holding, sans remettre en cause le bénéfice de l’exonération, si les conditions de poursuite des engagements et de direction sont respectées ;

– cumul d’avantages avec d’autres régimes : exonération partielle d’IFI (patrimoine immobilier) en tant qu’actif professionnel, régimes favorables sur les plus‑values de cession de titres pour le dirigeant partant à la retraite, etc.

Holding passive : risque de remise en cause et complexité

À l’inverse, une holding purement passive, se contentant de gérer un portefeuille de participations sans animer véritablement ses filiales, est en principe exclue du Pacte Dutreil.

Conséquences :

les titres de la holding ne sont pas automatiquement éligibles ;

– il faut, le cas échéant, mettre en place un Pacte Dutreil dans chacune des filiales opérationnelles détenues, ce qui multiplie les engagements et les risques de déchéance en cas de non‑respect ;

– la vente d’une filiale par la holding peut déclencher la remise en cause des avantages liés au pacte signé sur cette filiale si les engagements ne sont pas relayés.

Dans une stratégie d’optimisation IS/IR, faire évoluer une holding passive vers un rôle réellement animateur – et en documenter précisément les actions – peut donc être un levier décisif pour sécuriser à la fois le Pacte Dutreil et les régimes d’imposition des plus‑values et de l’IFI.

Apport‑cession, flat tax et transmission : articuler les calendriers

Apport‑cession, flat tax et transmission : articuler les calendriers

L’optimisation globale passe aussi par la gestion des plus‑values lors d’une future cession, qu’elle intervienne avant ou après la transmission familiale.

Apport‑cession à une holding : un outil puissant mais durci

Le régime d’apport‑cession (article 150‑0 B ter du CGI) permet à un dirigeant d’apporter ses titres à une holding avant leur cession à un tiers, en bénéficiant d’un sursis ou report d’imposition sur la plus‑value d’apport.

La loi de finances 2026 a cependant durci ce mécanisme :

– si la cession des titres apportés a lieu moins de 3 ans après l’apport, le report tombe et la plus‑value devient imposable, sauf si la holding réinvestit une part suffisante du prix de cession dans une activité économique ;

– le taux de réinvestissement minimal est passé de 60 % à 70 % du prix dans une activité économique, avec un délai porté à 3 ans (au lieu de 2 auparavant) et une obligation de conservation des actifs réinvestis pendant 5 ans.

Pour un dirigeant qui n’a pas d’héritier repreneur et envisage une vente à terme, une séquence fréquemment étudiée consiste à :

1. réaliser une transmission partielle ou totale sous Pacte Dutreil à la nouvelle génération (en pleine propriété ou en nue‑propriété) ; 2. utiliser une holding à l’IS comme véhicule d’apport‑cession ; 3. organiser ensuite, via cette holding, une politique de réinvestissement conforme aux règles (70 %, 3 ans, conservation 5 ans).

Mais il faut alors veiller à ce que ces mouvements de titres et de capital ne remettent pas en cause les engagements de conservation Dutreil, sous peine de voir les droits de mutation recalculés avec intérêts et pénalités.

Flat tax et plus‑values de cession hors transmission

En dehors des transmissions à titre gratuit couvertes par le Pacte Dutreil, la cession de titres (vente à un tiers, rachat par la société) relève du régime des plus‑values mobilières.

Depuis 2026, la fiscalité de base est une flat tax à 31,4 % comprenant :

12,8 % d’impôt sur le revenu ;

18,6 % de prélèvements sociaux.

Il est possible d’opter pour le barème progressif de l’IR, ce qui peut être intéressant si le contribuable bénéficie de régimes d’abattement pour durée de détention ou de dispositifs spécifiques (par exemple pour le chef d’entreprise partant à la retraite, avec un abattement fixe de 500 000 € dans certains cas). Mais cette option doit être appréciée au regard de la tranche marginale du foyer.

Dans une stratégie combinant Dutreil et cession, l’idée est souvent de :

utiliser le Pacte Dutreil pour neutraliser les droits de mutation lors du passage aux enfants ;

– puis arbitrer la cession future des titres (ou la vente d’actifs par la société) en optimisant le couple IS/IR/flat tax en fonction de la structure retenue (opérationnelle directe, holding à l’IS, régime de l’apport‑cession, etc.).

Construire une stratégie de transmission sur 8 ans : gouvernance et audit fiscal

Construire une stratégie de transmission sur 8 ans : gouvernance et audit fiscal

Avec une durée d’engagement portée à 8 ans et un contrôle renforcé de la nature opérationnelle, le Pacte Dutreil cesse d’être un simple dispositif de “fin de vie” de l’entreprise : il impose de repenser en amont la gouvernance, la structure de capital et la qualification des actifs.

Trois chantiers préalables : valorisation, structure, successeur

Avant même de signer un pacte, plusieurs travaux sont recommandés :

Bon à savoir :

Faites évaluer l’entreprise par un expert indépendant pour mesurer l’impact chiffré du Pacte Dutreil et des actifs hors exploitation. Analysez la structure juridique actuelle (endettement, holding, chaînes de contrôle, avec maximum deux niveaux d’interposition). Identifiez un ou plusieurs successeurs opérationnels et testez leur motivation, car l’engagement de direction sur 3 ans est une condition centrale.

Un audit fiscal précoce permet aussi de repérer les actifs “à problème” : biens somptuaires dans le bilan, immeubles sans lien avec l’exploitation, trésorerie excédentaire, placements financiers, etc., pour envisager une réaffectation professionnelle ou une sortie du périmètre avant le départ du dirigeant.

Gouvernance familiale et Pacte Dutreil : du fiscal au stratégique

La durée d’engagement de 8 ans, la nécessité de conserver une activité éligible, l’exigence de stabilité des chaînes de détention et de la direction transforment le pacte en outil de gouvernance familiale.

Concrètement, cela implique souvent :

Gouvernance familiale et planification
Gouvernance familiale et planification

Dans ce cadre, le choix du régime fiscal (IS ou IR) pour la holding et pour les entités opérationnelles devient un levier de répartition des flux : salaires pour le repreneur, dividendes pour les autres, rachat progressif de leurs titres par la holding, et ainsi de suite.

Démembrement, donation avec réserve d’usufruit et optimisation fine

Démembrement, donation avec réserve d’usufruit et optimisation fine

Au‑delà du seul Pacte Dutreil, la combinaison avec d’autres techniques patrimoniales permet d’aller plus loin dans l’optimisation IS/IR/DMTG.

La donation de la seule nue‑propriété des titres, en conservant l’usufruit (le droit aux dividendes), est particulièrement prisée :

Bon à savoir :

La nue‑propriété a une valeur réduite pour le calcul des droits de donation, surtout si le donateur est jeune. Les dividendes restent perçus par l’usufruitier (imposé à l’IR ou à l’IS pour une société). Au décès de l’usufruitier, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits de mutation supplémentaires.

Combiné avec le Pacte Dutreil, ce schéma fait baisser encore la base taxable, tout en laissant au dirigeant la maîtrise économique de l’entreprise pendant la phase de transition.

Il faut néanmoins veiller à ce que les statuts et conventions limitent suffisamment les droits de vote de l’usufruitier (souvent à la seule affectation des bénéfices) pour ne pas remettre en cause l’application de l’article 787 B dans les donations démembrées.

Conclusion : un dispositif puissant, mais qui exige une vision longue et une cohérence globale IS/IR

Conclusion : un dispositif puissant, mais qui exige une vision longue et une cohérence globale IS/IR

Le Pacte Dutreil reste, malgré son durcissement, l’instrument le plus puissant pour transmettre une entreprise tout en limitant fiscalement l’opération. L’exonération de 75 %, cumulable avec des réductions supplémentaires, permet de diviser par quatre, voire bien davantage, la facture de droits de mutation.

Attention :

La loi de finances 2026 limite l’avantage du pacte Dutreil aux entreprises réellement opérationnelles et durables, excluant les structures patrimoniales. Les nouvelles règles imposent un engagement global de 8 ans, l’exclusion des biens somptuaires et actifs hors exploitation, ainsi qu’une surveillance accrue des holdings, nécessitant une préparation de la transmission plusieurs années à l’avance.

Dans cette perspective, l’optimisation IS/IR ne peut plus être pensée isolément : choix du régime fiscal, création d’une holding animatrice, structuration d’un apport‑cession, montage en démembrement, préparation de la relève managériale et gouvernance familiale doivent être alignés avec les contraintes techniques du Pacte Dutreil.

C’est à ce prix que la transmission d’une entreprise pourra conjuguer continuité économique, équité familiale et maîtrise des prélèvements, dans un environnement fiscal où chaque arbitrage (IS ou IR, capitalisation ou distribution, cession ou donation) influe sur l’ensemble de l’édifice.

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