Choisir entre l’Impôt sur le Revenu (IR) et l’Impôt sur les Sociétés (IS) n’est plus un simple détail administratif : en 2026, ce choix conditionne le montant d’impôts à payer, la capacité d’investissement de l’entreprise, la protection du patrimoine du dirigeant et même la stratégie de transmission. Derrière cette question en apparence technique se cachent deux philosophies fiscales radicalement opposées, qu’il s’agisse d’une EURL, d’une SASU, d’une SARL, d’une SCI ou encore d’une entreprise individuelle ayant opté pour l’assimilation à l’EURL.
La loi de finances 2026 et la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 modifient des éléments essentiels : taux de l’IS stabilisé, flat tax relevée, barème de l’IR revalorisé, nouvelles règles pour les holdings, les jeunes entreprises innovantes et le pacte Dutreil pour les transmissions. Comprendre ces régimes, leurs taux, options et impacts sur la trésorerie et la fiscalité du foyer est indispensable.
Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :
Disclaimer :
Les contenus publiés sur ce site sont fournis à des fins informatives, éducatives et générales. Ils portent notamment sur la gestion de patrimoine, l’investissement immobilier, la finance, la fiscalité et l’organisation patrimoniale. Ils ne constituent en aucun cas un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale, financière ou comptable.
Les informations, analyses, opinions, simulations et exemples présentés sont donnés à titre indicatif et peuvent évoluer en fonction de la réglementation, des conditions de marché et de votre situation personnelle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital, de liquidité, de variation de marché, de change ou de contraintes fiscales et réglementaires.
Les stratégies évoquées (investissement immobilier, placements financiers, structuration patrimoniale, optimisation fiscale, diversification internationale, etc.) doivent être analysées au regard de votre profil, de vos objectifs et de votre situation globale. Elles peuvent nécessiter des ajustements spécifiques et un accompagnement adapté.
Avant toute prise de décision, il est recommandé de consulter des professionnels qualifiés (conseiller en gestion de patrimoine, avocat, notaire, expert-comptable ou tout autre spécialiste compétent). L’éditeur et l’auteur déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base des informations diffusées sur ce site.
Deux philosophies fiscales : transparence IR contre “bouclier” IS

Sous le régime de l’IR, l’entreprise est dite “transparente”. C’est le cas par défaut des entreprises individuelles, des EURL à associé unique personne physique et des SCI. Le résultat fiscal de la structure est directement rattaché au revenu global du ou des associés, au prorata de leurs droits dans le capital, qu’il ait été distribué ou non. Autrement dit, même si l’argent reste sur le compte bancaire professionnel, il est imposé comme s’il avait été perçu.
Sous le régime de l’IS, l’entreprise devient fiscalement opaque et distincte de ses associés. Elle calcule son propre bénéfice et paie son propre impôt. Les associés ou l’entrepreneur ne sont imposés que sur ce qu’ils prélèvent réellement (salaires ou dividendes). L’IS agit ainsi comme un bouclier en isolant la fiscalité de la société de celle du foyer fiscal.
Cette différence de philosophie se résume par une opposition simple : l’IR colle immédiatement le profit au revenu personnel, l’IS permet de maîtriser le rythme et le montant de ce qui remonte au foyer.
Les taux de l’IR en 2026 : une progressivité jusqu’à 45 %

En 2026, le barème de l’Impôt sur le Revenu est progressif par tranches, avec des taux compris entre 0 % et 45 %. Plusieurs sources chiffrées coexistent, car le barème a été revalorisé de 0,9 %, mais les ordres de grandeur restent identiques.
Tableau simplifié d’un barème de l’IR utilisé dans les analyses (par part fiscale) :
| Tranche de revenu imposable annuel | Taux d’IR applicable |
|---|---|
| Jusqu’à environ 11 500 € | 0 % |
| ~ 11 500 € à ~ 29 300 € | 11 % |
| ~ 29 300 € à ~ 84 000 € | 30 % |
| ~ 84 000 € à ~ 181 000 € | 41 % |
| Au‑delà de ~ 181 000 € | 45 % |
Le barème tient compte du quotient familial : le revenu imposable est divisé par le nombre de parts (couple, enfants), puis l’impôt est multiplié par ce nombre. Un couple marié ou pacsé bénéficie ainsi de deux parts, auxquelles s’ajoutent 0,5 part par enfant pour les deux premiers, puis 1 part par enfant à partir du troisième. Ce mécanisme peut significativement lisser le taux marginal d’imposition (TMI) pour les familles.
Ce taux marginal d’imposition sur le revenu, bien supérieur au taux maximal de l’IS de 25 %, rend le choix entre IR et IS stratégique pour les foyers aux revenus élevés.
Les taux de l’IS en 2026 : un barème à deux niveaux

Depuis la réforme engagée ces dernières années, la France a convergé vers un barème d’IS simplifié. En 2026, tous les types de sociétés soumises à l’IS (SAS, SASU, SA, SARL à l’IS, EURL à l’IS, SCI à l’IS, etc.) se voient appliquer les mêmes taux de base :
– un taux réduit de 15 % sur la première tranche de bénéfice ;
– un taux normal de 25 % au‑delà.
Le seuil de bénéfice éligible au taux réduit reste fixé à 42 500 €, le relèvement à 100 000 € discuté au Parlement n’ayant pas été retenu dans la loi de finances 2026, ce qui limite l’économie procurée par ce taux.
Pour en bénéficier, il faut respecter trois conditions cumulatives :
– chiffre d’affaires annuel hors taxes inférieur à 10 millions d’euros ;
– capital entièrement libéré ;
– capital détenu en permanence à au moins 75 % par des personnes physiques (ou par des sociétés elles‑mêmes détenues à 75 % par des personnes physiques).
Tableau récapitulatif de l’IS en 2026 :
| Tranche de bénéfice imposable | Taux d’IS 2026 | Conditions d’application |
|---|---|---|
| Jusqu’à 42 500 € | 15 % | CA < 10 M€, capital libéré, capital détenu ≥ 75 % par des personnes physiques |
| Au‑delà de 42 500 € | 25 % | Sans conditions spécifiques de taille |
L’économie maximale liée au taux réduit est d’ailleurs bornée : 10 points de différence (25 % – 15 %) appliqués au plafond de 42 500 € représentent 4 250 € d’IS économisés par exercice au mieux.
Micro, réel, IR, IS : le paysage fiscal des entreprises en 2026

Avant même de trancher IR ou IS, encore faut‑il comprendre dans quel régime on se situe. En pratique, trois grandes familles coexistent : micro, réel à l’IR, réel à l’IS.

Les seuils de la micro‑entreprise ont été revalorisés, mais la logique reste la même : tant que le chiffre d’affaires reste limité, le micro peut suffire ; dès que l’activité grossit ou que les investissements s’alourdissent, le réel devient indispensable.
Tableau d’ordre de grandeur des seuils micro (pour les dernières valeurs communiquées) :
| Activité principale | Plafond CA annuel (approx.) | Abattement fiscal forfaitaire sur CA |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement “classique” | ≈ 188 700 € à 203 100 € | 71 % |
| Prestations de services commerciales / artisanales | ≈ 77 700 € à 83 600 € | 50 % |
| Professions libérales (BNC) | ≈ 77 700 € à 83 600 € | 34 % |
Au‑delà de ces seuils, on bascule vers un régime réel à l’IR, où le bénéfice correspond aux recettes moins les charges réelles, ou l’on choisit l’IS en optant pour une assimilation à l’EURL ou en créant directement une société de capitaux (SAS, SASU, SA…).
Comment fonctionnent concrètement IR et IS pour le dirigeant ?

Deux questions structurent le choix :
1. Où se fait la première taxation du profit ? 2. Sur quelle base paie‑t‑on cotisations sociales et IR personnel ?
Sous IR : tout le bénéfice remonte dans le foyer
Pour une structure soumise à l’IR (entreprise individuelle, EURL à l’IR, SCI à l’IR, SNC), le résultat fiscal est automatiquement intégré dans la déclaration de revenus du dirigeant, qu’il soit ou non “prélevé”. Le bénéfice est alors classé :
– en BIC (bénéfices industriels et commerciaux) pour les activités commerciales, industrielles, artisanales ;
– en BNC (bénéfices non commerciaux) pour les professions libérales ;
– en revenus fonciers pour une SCI à l’IR détenant des biens locatifs.
Le bénéfice augmente le revenu global du foyer, soumis au barème progressif. La totalité du résultat sert de base aux cotisations sociales, car le travailleur non salarié (TNS) est réputé se rémunérer du bénéfice.
Avantage non négligeable : en cas de déficit (notamment au lancement), celui‑ci peut s’imputer sur le reste des revenus du foyer, venant diminuer immédiatement l’IR à payer.
Sous IS : le résultat reste dans la société, le dirigeant choisit ce qu’il prélève
Sous IS, le schéma se déroule en deux temps. D’abord, la société calcule son bénéfice fiscal (recettes – charges déductibles, amortissements, provisions admises, etc.) et paie l’IS à 15 % puis 25 %. Le solde après impôt constitue le bénéfice net, qui reste sur les comptes de la société et peut être mis en réserve ou distribué.
Ensuite seulement, le dirigeant décide de ce qu’il se verse :
Le dirigeant d’EURL peut se rémunérer en salaire (rémunération de gérance), déductible du résultat et soumis aux charges sociales et à l’IR dans la catégorie traitements et salaires (avec abattement de 10 % ou frais réels), ou en dividendes, imposés par défaut à la flat tax (PFU) à 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d’IR et 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité).
On se retrouve donc avec une fiscalité en “deux étages” :
– étage 1 : IS sur le bénéfice de la société (15 % / 25 %) ;
– étage 2 : IR + prélèvements sociaux sur la rémunération ou les dividendes effectivement perçus.
Cette double imposition peut sembler moins favorable au premier abord, mais elle est compensée par la possibilité de ne pas distribuer tout le bénéfice et de profiter de taux plafonnés à 25 %, très inférieurs aux tranches hautes de l’IR.
À partir de quel niveau de bénéfice l’IS devient‑il plus intéressant ?

De nombreuses simulations montrent que l’IS prend l’avantage dès que deux conditions sont réunies :
– le dirigeant entre dans une tranche d’IR à 30 % ou plus ;
– tout le bénéfice n’a pas vocation à être prélevé chaque année.
Les repères dégagés par les analyses disponibles pour 2026 convergent :

Tableau de synthèse des seuils de bascule observés :
| Bénéfice annuel estimé | Situation typique du foyer | Régime généralement pertinent |
|---|---|---|
| < 30 000 € | TMI 0 % ou 11 % | IR à privilégier |
| 30 000 – 40 000 € | Passage en TMI 30 % | IS commence à être attractif |
| 40 000 – 60 000 € | TMI 30 % stabilisé | IS intéressant si capitalisation partielle |
| 80 000 – 100 000 € | TMI 30 %, 41 % ou 45 % | IS quasi systématiquement gagnant |
Ce ne sont évidemment que des ordres de grandeur : la composition familiale, la présence d’autres revenus (salariat du conjoint, loyers, revenus financiers), les projets d’investissement et la stratégie de rémunération (salaire / dividendes) modulent ces seuils.
Impact concret pour le dirigeant : IR vs IS sur 40 000 € et 100 000 € de bénéfice

Les simulations reprises dans les analyses illustrent bien l’écart entre les deux régimes.
Pour un bénéfice de 40 000 € généré par une activité de services, avec un dirigeant célibataire et sans enfant, si toute la profitabilité est extraite :

Conclusion : à ce niveau de profits et pour ce profil, les deux régimes se valent à peu près si tout est prélevé. Mais l’IS prend de l’avance dès qu’une partie du résultat reste dans la société.
Pour un bénéfice de 100 000 €, avec un dirigeant marié, deux enfants, la donne change radicalement. Le cumul des tranches d’IR à 30 %, 41 % voire 45 % et des cotisations sociales TNS aboutit, à l’IR, à une pression très élevée sur la marge. À l’IS, avec 15 % sur 42 500 € puis 25 % au‑delà, la société paie autour de 20 750 € d’IS. En optimisant la combinaison salaire + dividendes, plusieurs analyses montrent qu’il est possible d’améliorer le revenu net disponible de l’ordre de 20 000 € par an par rapport à un schéma tout‑IR, pour un même bénéfice avant impôt.
Quand faut‑il clairement privilégier l’IR ?

Malgré l’attractivité croissante de l’IS, l’IR conserve des avantages puissants dans certains cas.
Au démarrage, avec des pertes ou de faibles bénéfices
En phase de lancement, notamment pour les professions libérales, artisans, commerçants ou loueurs en meublé, les premières années sont souvent déficitaires ou faiblement bénéficiaires. Sous IR, les déficits peuvent être imputés sur le revenu global du foyer, ce qui réduit immédiatement l’impôt à payer sur d’éventuels autres revenus (salaires, pensions, loyers…).
Dès que l’activité devient vraiment rentable, il est possible d’opter pour l’IS. Patrimonialement, la “bonne” stratégie consiste souvent à commencer à l’IR pendant les premières années déficitaires ou à faible profit, puis à basculer à l’IS lorsque la rentabilité est établie.
Quand les profits restent modestes
Tant que les bénéfices annuels demeurent inférieurs à 30 000 €, avec un TMI qui ne dépasse pas 11 % voire 30 % au plus, le surcroît de complexité de l’IS et la double imposition sur les dividendes n’apportent pas nécessairement un gain net. L’IR reste alors le régime le plus simple et souvent le plus économique.

Pour exploiter des régimes de plus‑values et déductions spécifiques
Sous IR, de nombreux mécanismes d’abattements pour durée de détention, de déduction de déficits ou de régimes de faveur sur les plus‑values professionnelles sont réservés aux entreprises relevant de l’IR. Pour certaines ventes d’entreprises individuelles ou de parts de sociétés de personnes à l’IR, il existe par exemple des abattements importants sur les plus‑values en fonction de la durée de détention, ou des exonérations conditionnées au chiffre d’affaires et à la valeur du fonds.
Une SCI à l’IR bénéficie d’abattements progressifs sur la plus-value lors de la revente d’un immeuble, avec exonération totale après 22 ou 30 ans selon la nature de la plus-value. En contrepartie, les loyers perçus sont lourdement taxés chaque année.
Quand l’IS s’impose comme le meilleur choix ?

À l’inverse, plusieurs situations rendent l’IS nettement plus intéressant, voire quasi incontournable.
Dès que le TMI atteint 30 %, et que tout n’est pas distribué
Une fois que le dirigeant franchit la tranche à 30 %, chaque euro de bénéfice supplémentaire imposé à l’IR subit une pression beaucoup plus forte que s’il était d’abord taxé à 15 % puis 25 % en société. Même si les dividendes sont ensuite soumis au PFU, le fait de pouvoir lisser dans le temps les distributions (et donc l’IR personnel) permet d’obtenir une économie globale significative.
C’est d’autant plus vrai que les cotisations sociales, côté IS, ne sont dues que sur les rémunérations effectives et, dans certains cas, sur une fraction des dividendes, là où, à l’IR, elles portent sur la totalité du bénéfice professionnel.
Quand on souhaite capitaliser dans l’entreprise
Pour les structures en forte croissance (PME en développement, agence de conseil, start‑up en SAS, portefeuille de locations meublées en société, etc.), l’enjeu majeur est souvent de réinvestir une grande partie du profit dans l’activité : recrutements, R&D, acquisition de matériel, marketing, achats immobiliers.
Sous l’IS, les bénéfices non distribués sont taxés au maximum à 25 % et restent dans l’entreprise pour financer des investissements sans augmenter le revenu imposable du dirigeant. Sous l’IR, tout le bénéfice est considéré comme revenu du foyer fiscal, même s’il reste en compte professionnel, ce qui peut pénaliser la trésorerie.
Une règle pratique fréquemment citée : pour une holding soumise à l’IS, la structure devient “structurellement rentable” à partir d’environ 80 000 € de profits annuels non distribués, quel que soit le TMI. Au‑delà, l’écart de charge fiscale par rapport à un montage à l’IR devient massif.
Pour organiser une stratégie de groupe ou de holding
Le régime de l’IS offre aussi des outils puissants pour structurer un groupe de sociétés : intégration fiscale, exonération quasi totale des dividendes intragroupe (régime mère‑fille), neutralité fiscale de certaines opérations de restructuration, report des déficits, etc.
Les dividendes remontés d’une filiale à une holding IS bénéficient du régime mère‑fille, avec une quote‑part de frais et charges réduite, ce qui évite une double ou triple imposition et permet une quasi‑exonération.
Pour un dirigeant souhaitant organiser un patrimoine professionnel diversifié (immobilier via SCI à l’IS, exploitation via une société opérationnelle, gestion de trésorerie dans une holding), l’IS fournit un cadre beaucoup plus souple et protecteur que l’IR.
Focus immobilier : SCI à l’IR ou SCI à l’IS ?

Les sociétés civiles immobilières (SCI) illustrent bien la complexité du choix IR / IS. Par défaut, une SCI est soumise à l’IR : les loyers sont imposés entre les mains des associés en revenus fonciers, selon leur quote‑part dans le capital. Les déficits fonciers peuvent, dans certaines limites, venir réduire le revenu global. À la revente, le régime des plus‑values immobilières des particuliers s’applique, avec des abattements progressifs selon la durée de détention, jusqu’à une exonération totale au bout d’une longue période.
Sous l’IS, la SCI déduit les amortissements et charges, mais à la revente, la plus‑value est calculée sur la valeur nette comptable (après amortissements) et taxée à l’IS, puis à l’IR/PFU lors de la distribution. La facture peut être lourde si le bien est cédé après plusieurs années d’amortissement.
Les lignes de force ressortent clairement des analyses :
La SCI à l’IR convient pour une détention longue avec des loyers modestes, privilégiant la transmission patrimoniale et un bon régime de plus-values. La SCI à l’IS est recommandée pour les investisseurs très imposés (TMI 41 % ou 45 %), pour des portefeuilles immobiliers importants (au-delà de 500 000 à 600 000 €), ou pour des stratégies de capitalisation : les loyers nets peuvent être réinvestis dans d’autres opérations via une holding IS, avec une remontée intragroupe fiscalement allégée.
L’option IS pour une SCI est cependant irrévocable et assimilée, fiscalement, à une cessation d’activité : latent de plus‑values, bénéfices non encore taxés, provisions sont en principe imposés à cette occasion. Cela impose une étude préalable très fine avant de franchir le pas.
Les effets de la loi de finances 2026 : IS, surtaxe, CVAE, innovations

Le débat IR vs IS en 2026 se déroule dans un contexte fiscal en mouvement.
Sur l’IS, plusieurs points sont stabilisés :
Le taux normal de l’IS est fixé à 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique aux PME (répondant aux critères de chiffre d’affaires, capital et actionnariat) jusqu’à 42 500 € de bénéfice. Une surtaxe exceptionnelle cible uniquement les très grandes entreprises (chiffre d’affaires consolidé > 1,5 milliard €), sans impact sur les PME.
La loi de finances 2026 confirme également la trajectoire de suppression de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), avec un taux maximal qui décroît progressivement jusqu’à extinction totale en 2030. À court terme, la CVAE reste toutefois un coût pour les entreprises réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.
La loi crée un statut de jeune entreprise innovante à impact (JEII) pour les structures à fort impact social ou environnemental. Ce statut élargit les dispositifs JEI, JEC, JEU aux entreprises respectant des critères de R&D, comme des dépenses représentant 5 % à 20 % des charges fiscales, leur offrant des avantages spécifiques.
– du taux majoré de la réduction IR‑PME (“Madelin”) à 40 % pour les investisseurs ;
– d’exonérations de taxes locales (CFE, taxe foncière) sous conditions de décision des collectivités ;
– du remboursement accéléré de certains crédits d’impôt (CIR, CII, CICO).
Ces mesures rendent l’IS particulièrement attractif pour les jeunes structures innovantes, d’autant que la plupart des formes sociales adaptées (SAS, SASU, SA) sont soumises à l’IS par défaut.
Les possibilités (et limites) de passage d’un régime à l’autre

La frontière entre IR et IS n’est pas totalement étanche : la loi permet, sous conditions, de passer de l’un à l’autre. Mais ces options sont encadrées, limitées dans le temps et souvent lourdes de conséquences.
Passage de l’IR à l’IS
Pour une EURL, une entreprise individuelle ou une SCI, il est possible d’opter pour l’IS. La demande doit être adressée au service des impôts des entreprises dans un certain délai (souvent avant la fin du troisième mois de l’exercice pour lequel l’option est souhaitée). Sur le plan fiscal, ce changement est analysé comme une cessation d’activité et une création d’entreprise : les bénéfices en cours, les provisions, les plus‑values latentes peuvent être imposés à cette occasion.
Depuis la réforme de 2022, les entrepreneurs individuels optant pour l’assimilation à l’EURL à l’IS peuvent bénéficier d’un dispositif de neutralité et de report, mais ces mécanismes techniques exigent un suivi déclaratif rigoureux.
Surtout, l’option IS est en principe irrévocable pour la plupart des structures classiques (SCI, EURL “ordinaires”) : une fois passée à l’IS, on ne peut pas revenir de façon simple et pérenne à l’IR. Des possibilités temporaires de retour à l’IR existent pour certaines sociétés de capitaux (SAS, SARL) dans le cadre de régimes spéciaux permettant de choisir l’IR pendant les cinq premières années d’existence ; mais au‑delà, l’IS devient définitif.
Passage de l’IS à l’IR
Dans le sens inverse, les portes sont beaucoup plus étroites. Certaines sociétés (SAS, SARL, SA, EURL) peuvent opter pour l’IR pendant une période limitée (cinq exercices maximum) si elles remplissent des critères cumulatifs (moins de 5 ans d’existence, moins de 50 salariés, chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, capital majoritairement détenu par des personnes physiques et par le dirigeant, activité industrielle, commerciale, artisanale, libérale ou agricole…).
Après cinq ans d’option à l’IR, le passage à l’IS est automatique et définitif. Une société déjà durablement à l’IS ne peut pas repasser à l’IR, même pour bénéficier d’un régime de plus‑value ou d’une déduction temporaire.
Gestion de la rémunération du dirigeant : arbitrage salaire / dividendes

Le choix IR vs IS ne se réduit pas au seul impôt sur le bénéfice : il conditionne aussi la manière de se rémunérer. Sous IR, le dirigeant TNS ne se verse pas formellement de “salaire” déductible : sa base de cotisations et d’IR est le bénéfice lui‑même. Sous IS, au contraire, il peut choisir :
– une rémunération de travail (gérance majoritaire de SARL, président de SAS…) ;
– des dividendes, notamment dans les formes où la règle des 10 % (requalification d’une partie des dividendes en base de cotisations TNS) ne s’applique pas.
La hausse de la CSG sur les revenus du capital, la flat tax à 31,4% et le durcissement de la règle des 10% pour les gérants majoritaires de SARL/EURL rendent le salaire plus intéressant comparativement. De plus, les salaires conservent l’abattement de 10% pour frais professionnels (ou déduction des frais réels) à l’IR.
La combinaison “salaire suffisant pour valider une bonne protection sociale + dividendes complémentaires” demeure, dans beaucoup de montages, l’option optimale sous IS, à condition d’anticiper les seuils où les contributions spécifiques sur les hauts revenus (CEHR, CDHR) se déclenchent.
Quel régime pour quel profil d’entreprise en 2026 ?

En regroupant les éléments issus des analyses fiscales, on peut dresser quelques profils types.
Pour une petite activité de services ou libérale, générant moins de 30 000 € de bénéfice et logée dans une entreprise individuelle ou une EURL, le maintien à l’IR (micro ou réel) reste pertinent. La simplicité administrative, la possibilité d’imputer les déficits sur le revenu global et un TMI modéré compensent l’absence de bouclier IS.
Pour une activité générant 40 000 à 60 000 € de bénéfices, avec un dirigeant proche ou atteignant la tranche d’imposition à 30 %, l’option pour l’impôt sur les sociétés (IS) est à envisager. Elle est particulièrement pertinente si une partie des profits peut être conservée dans l’entreprise pour financer de futurs investissements, comme dans le cas d’une SASU de conseil, d’une agence digitale ou d’une TPE industrielle/artisanale en croissance.
Pour une entreprise bien installée, avec 80 000 à 100 000 € de bénéfice ou plus, et un dirigeant à 30 %, 41 % ou 45 % de TMI, l’IS s’impose presque systématiquement, notamment via une structuration en holding IS permettant de réinvestir les profits dans d’autres projets ou d’optimiser la transmission.
Dans l’immobilier, le choix IR vs IS pour une SCI dépend du niveau de patrimoine, de la durée de détention visée et du TMI des associés. Pour une SCI familiale modeste, gardant un bien pendant plusieurs décennies, l’IR garde de solides atouts. Pour un portefeuille important, détenu par des associés très imposés ou logé au sein d’un groupe plus large, la SCI à l’IS permet une capitalisation plus rapide, quitte à accepter une plus‑value plus taxée à la sortie.
En conclusion : un choix technique, mais surtout stratégique

Régime fiscal de la societe : IR vs IS, quel choix ? La réponse ne peut pas être un slogan universel. En 2026, tout milite néanmoins pour une règle de bon sens :
– privilégier l’IR en phase de lancement, en cas de pertes ou de profits modestes, ou lorsque l’objectif est patrimonial de long terme avec peu de besoins de capitalisation dans la structure ;
– basculer vers l’IS dès que la société devient solidement rentable (au‑delà de 40 000 à 50 000 € de bénéfice), que le TMI du foyer dépasse 30 % et qu’une part significative du résultat peut rester dans la société.
Ce choix engage l’entreprise sur plusieurs années, affectant trésorerie, protection du patrimoine, fiscalité des dividendes et plus-values, transmission (pacte Dutreil, holdings, dispositifs jeunes entreprises). Nécessite une analyse personnalisée intégrant revenus, situation familiale, projets et stratégie de sortie.
En l’absence de réponse universelle, une certitude s’impose : en 2026 plus que jamais, le régime fiscal de la société est un outil de pilotage stratégique, et non plus seulement une case à cocher au moment de la création.
Un projet patrimonial ou une question ? Contactez-nous dès maintenant pour échanger avec un expert en gestion de patrimoine.
