+33 6 51 45 90 38 (WhatsApp) contact@cyriljarnias.fr

Résidence fiscale et société en France : peut-on garder sa société

par | Choisir sa résidence fiscale, Fiscalité des sociétés, Fiscalité en France
Publié le 25 juillet 2026

Quitter la France, changer de résidence fiscale, mais continuer à détenir – voire à diriger – une société française est devenu un cas de figure courant chez les entrepreneurs et dirigeants. Entre opportunités d’optimisation, contraintes juridiques et risques de requalification, la question centrale est simple en apparence : peut‑on vraiment « partir » tout en gardant sa société en France, et à quelles conditions ?

Bon à savoir :

Votre résidence fiscale personnelle et celle de votre société suivent des règles distinctes mais interconnectées. Maîtriser ces interactions est essentiel pour organiser une expatriation sans mauvaise surprise.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

Sommaire masquer

Disclaimer :

Les contenus publiés sur ce site sont fournis à des fins informatives, éducatives et générales. Ils portent notamment sur la gestion de patrimoine, l’investissement immobilier, la finance, la fiscalité et l’organisation patrimoniale. Ils ne constituent en aucun cas un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale, financière ou comptable.

Les informations, analyses, opinions, simulations et exemples présentés sont donnés à titre indicatif et peuvent évoluer en fonction de la réglementation, des conditions de marché et de votre situation personnelle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital, de liquidité, de variation de marché, de change ou de contraintes fiscales et réglementaires.

Les stratégies évoquées (investissement immobilier, placements financiers, structuration patrimoniale, optimisation fiscale, diversification internationale, etc.) doivent être analysées au regard de votre profil, de vos objectifs et de votre situation globale. Elles peuvent nécessiter des ajustements spécifiques et un accompagnement adapté.

Avant toute prise de décision, il est recommandé de consulter des professionnels qualifiés (conseiller en gestion de patrimoine, avocat, notaire, expert-comptable ou tout autre spécialiste compétent). L’éditeur et l’auteur déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base des informations diffusées sur ce site.

Comment la France détermine votre résidence fiscale personnelle

Comment la France détermine votre résidence fiscale personnelle

Le point de départ, c’est l’article 4 B du Code général des impôts. Il fixe les critères qui font de vous un résident fiscal français. Il suffit qu’un seul soit rempli pour que la France vous considère comme résident, même si un autre pays vous revendique aussi.

Les quatre grands critères de l’article 4 B

L’administration regarde successivement votre situation personnelle, professionnelle et économique. Elle n’a pas besoin de cocher toutes les cases : une seule suffit.

On peut synthétiser ainsi :

CritèreContenuExemple typique
FoyerLieu où vit habituellement la famille, centre de la vie familialeConjoint et enfants restés en France, même si vous travaillez à l’étranger
Lieu de séjour principalPays où vous passez la majorité de l’annéePlus de 183 jours en France, ou davantage qu’ailleurs si aucun pays ne dépasse 183 jours
Activité professionnelle principaleActivité salariée ou non principalement exercée en FranceDirigeant qui travaille surtout à Paris mais se dit résident ailleurs
Centre des intérêts économiquesLieu de vos principaux investissements, où vous gérez votre patrimoine, origine principale des revenusPatrimoine et placements en France, société principale en France, etc.

Le seuil de 183 jours est indicatif : on peut être réputé avoir son lieu de séjour principal en France avec moins de jours si l’on passe encore moins de temps dans chaque autre pays. De même, une activité professionnelle peut être jugée « principale » par le temps passé ou par la part de revenus qu’elle génère.

Attention :

Si votre famille reste en France pendant que vous travaillez seul à l’étranger, la jurisprudence considère que votre foyer demeure en France, ce qui fait de vous un résident fiscal français même si vous êtes physiquement à l’étranger la majeure partie de l’année.

Un cas particulier : les dirigeants de grandes sociétés françaises

Depuis 2019/2020, un dispositif spécifique vise certains dirigeants de grandes entreprises françaises. Si la société a son siège en France et réalise plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel (seule ou via les sociétés qu’elle contrôle), ses principaux dirigeants sont présumés exercer en France leur activité principale.

Sont visés notamment :

Fonctions concernéesExemple de titre
Direction générale de SAPrésident‑directeur général, directeur général, directeurs généraux délégués
Direction de SASPrésident
Membres du directoirePrésident, membres du directoire
Gérants assimilésGérant de SARL ou de société de personnes, fonctions analogues

Par ce jeu de présomption, un dirigeant officiellement installé en Belgique, au Portugal ou ailleurs, mais qui pilote en réalité une société française dépassant ce seuil, est réputé exercer son activité principale en France, donc résident fiscal français – sauf à apporter la preuve contraire, ce qui est délicat en pratique.

Ce critère s’applique, pour l’impôt sur le revenu, rétroactivement au 1er janvier 2019, et pour l’IFI, les donations et successions, à compter de 2020.

Quand deux pays vous revendiquent : les conventions fiscales à la rescousse

Quand deux pays vous revendiquent : les conventions fiscales à la rescousse

Beaucoup de dirigeants expatriés se retrouvent en situation de « double résidence » : ils remplissent à la fois un critère de résidence en France et un critère équivalent dans le pays d’accueil. Dans ce cas, ce sont les conventions fiscales bilatérales qui tranchent.

Le mécanisme de départage pour les personnes physiques

Les conventions reprennent généralement la logique du modèle OCDE, avec une hiérarchie de tests pour déterminer un seul État de résidence au sens conventionnel. On déroule les critères dans l’ordre jusqu’à ce qu’un pays « gagne ».

RangCritère conventionnelEffet
1Logement permanent disponiblePays où vous disposez d’un logement utilisable en permanence
2Centre des intérêts vitauxPays de vos liens personnels et économiques les plus étroits
3Séjour habituelPays où vous séjournez le plus souvent
4NationalitéUtilisé à défaut des critères précédents
5Procédure amiableArbitrage des administrations des deux États si l’égalité persiste

Le « centre des intérêts vitaux » est une notion très fouillée : elle englobe la localisation de la famille, la place de vos relations sociales, le lieu où vous administrez votre patrimoine, la localisation de votre activité professionnelle, et la répartition de vos actifs (immobiliers et financiers).

Bon à savoir :

En pratique, si la convention vous qualifie de résident de l’autre État, la doctrine administrative considère que vous ne pouvez plus être traité comme résident en France, même si un critère de l’article 4 B est rempli. La notion conventionnelle de « résident » prime la notion interne de « domicile fiscal ».

Pour les sociétés : le « lieu de direction effective »

Les sociétés ne sont pas soumises aux mêmes tests que les particuliers. En cas de double résidence, le critère décisif est celui du lieu de direction effective.

La convention regarde où sont prises les décisions stratégiques qui déterminent la politique industrielle ou commerciale globale de l’entreprise. Quelques indicateurs concrets pèsent lourd :

Critères pour identifier le lieu de direction effective

Une société peut avoir plusieurs lieux de gestion (succursales, filiales, bureaux de représentation), mais un seul « lieu de direction effective » au sens conventionnel. C’est ce pays qui est retenu comme État de résidence pour les besoins de la convention.

Conséquence directe pour l’entrepreneur expatrié : s’installer à l’étranger en conservant les rênes opérationnelles et stratégiques depuis la France, ou l’inverse, peut conduire à une requalification de la résidence fiscale de la société.

Société française et départ à l’étranger : que devient l’entreprise ?

Société française et départ à l’étranger : que devient l’entreprise ?

Venons‑en au cœur de la question : un entrepreneur peut‑il quitter la France, devenir non‑résident fiscal, tout en gardant sa société française ? La réponse, en droit, est oui. Mais cela ouvre plusieurs étages de problématiques : imposition de la société, statut du dirigeant, traitements des flux (dividendes, rémunérations), et risques liés à l’Exit Tax.

Territoire d’imposition : la société reste française… même si vous ne l’êtes plus

Une première règle de base rassure de nombreux dirigeants : une société française – c’est-à-dire ayant son siège en France et relevant de l’IS français – reste en principe imposable en France sur ses bénéfices, quel que soit le lieu de résidence de ses associés ou de son dirigeant.

Quelques points structurants :

Bon à savoir :

L’impôt sur les sociétés (IS) s’applique au bénéfice mondial d’une société résidente française, sauf exceptions comme les établissements stables à l’étranger qui peuvent être exonérés selon l’activité et les conventions fiscales. À l’inverse, si la direction effective est à l’étranger, ce pays peut imposer la société comme résidente, créant un risque de double imposition ou de litige.

Pour une PME classique dont le siège statutaire, les équipes, les moyens matériels et la clientèle sont essentiellement en France, le départ à l’étranger de l’actionnaire‑dirigeant ne change pas, en soi, le lieu d’imposition des bénéfices de la société.

Rester dirigeant d’une société française en étant non‑résident

Il est parfaitement possible d’être gérant ou président d’une société française en résidant hors de France. Ce n’est plus une situation exceptionnelle, et le droit français s’y est adapté.

Sur le plan fiscal, trois volets se superposent :

1. votre statut personnel (résident ou non‑résident) ; 2. la qualification de vos fonctions de direction (salariées ou assimilées, article 62 du CGI, etc.) ; 3. les règles de territorialité de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales.

Pour un non‑résident qui perçoit une rémunération de dirigeant d’une société française, le mécanisme est généralement le suivant :

Astuce :

La rémunération dite « française » reste imposable en France, sous réserve de la convention fiscale avec votre pays de résidence. Une retenue à la source spécifique aux non-résidents s’applique, avec un barème par tranches (0 %, 12 %, 20 % après abattement forfaitaire de 10 %). En fin d’année, vous devez déposer une déclaration de revenus en France (formulaire 2042, complété le cas échéant d’un formulaire 2042‑NR l’année de votre départ ou de votre retour).

Pour un dirigeant non‑résident, la question sociale dépend du lieu d’exercice de l’activité :

– si l’activité de direction est effectivement exercée depuis l’étranger, le régime de sécurité sociale du pays de résidence s’applique en principe (avec possibilité de coordination via règlements européens ou conventions bilatérales de sécurité sociale) ;

– si le dirigeant travaille physiquement en France, même en étant non‑résident fiscal, l’affiliation à la sécurité sociale française peut redevenir obligatoire.

Dividendes et autres flux sortants vers l’étranger

Dès lors que l’associé ou le dirigeant réside à l’étranger, les distributions de dividendes, intérêts ou redevances vers son pays de résidence deviennent des flux « transfrontaliers », avec des retenues à la source potentielles.

Sur les dividendes, la mécanique de base est la suivante :

SituationRégime français par défautEffet possible de la convention
Dividende versé à un particulier non‑résidentPrélèvement à la source (souvent 12,8 %)Taux réduit ou exonération partielle selon la convention, crédit d’impôt dans l’État de résidence
Dividende versé à une société de l’UE ou de l’EEE éligibleExonération de retenue à la source sous conditions (participation minimale 5 ou 10 %, absence de montage artificiel, etc.)La directive Mère‑Fille et la convention organisent l’élimination des doubles impositions
Dividende intragroupe France–États‑UnisExonération totale de retenue à la source si la société bénéficiaire détient au moins 80 % de la distributrice depuis 12 mois et remplit les tests de limitation de bénéficeApplication de l’article 10 de la convention franco‑américaine

Dans tous les cas, la convention fiscale entre la France et votre pays de résidence fixe deux choses essentielles :

Bon à savoir :

L’État de résidence et l’État de la source ont des droits de taxer selon des conditions définies. Pour éviter la double imposition, l’État de résidence applique soit un crédit d’impôt, soit une exonération (avec ou sans prise en compte pour le taux).

Non‑résident, mais toujours lié à la France : vos obligations déclaratives

Quitter la France ne vous dispense pas d’y déclarer ce que vous continuez à y percevoir.

Pour un non‑résident :

une déclaration annuelle de revenus (formulaire 2042 NR l’année du départ, puis 2042 classique tant que vous avez des revenus de source française) reste obligatoire ;

– vous n’êtes pas tenu de remplir les formulaires de déclaration de comptes étrangers (2047, 3916/3916‑BIS) réservés aux résidents, mais restez tenu de déclarer les revenus de source française et certaines plus‑values ;

– pour l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), on ne regarde que les actifs immobiliers situés en France directement ou via des sociétés : si la valeur nette dépasse 1,3 M€, vous êtes imposable, résident ou pas.

Il est important de comprendre que la France considère les non‑résidents comme redevables d’un « impôt limité » à leurs seuls revenus et actifs français, mais avec un appareil déclaratif complet.

Le spectre de l’Exit Tax pour l’entrepreneur qui s’expatrie

Le spectre de l’Exit Tax pour l’entrepreneur qui s’expatrie

Le principal choc fiscal d’un départ à l’étranger lorsqu’on détient une société française, c’est l’Exit Tax. Ce régime, codifié à l’article 167 bis du CGI, vise précisément les contribuables quittant la France avec un patrimoine significatif en titres de sociétés.

À qui s’applique l’Exit Tax ?

Trois conditions structurent le champ d’application :

1. Durée de résidence en France : avoir été résident fiscal français au moins six années sur les dix précédant le départ ; 2. Seuils de participation :

détenir directement ou indirectement au moins 50 % des droits dans les bénéfices d’une société ;

– ou posséder un portefeuille de titres dont la valeur globale excède 800 000 euros au jour du départ ;

3. Nature des actifs : titres de sociétés (cotées ou non cotées), droits sociaux, certains droits assimilés, plus créances de complément de prix (earn‑out) et plus‑values antérieurement placées en report d’imposition.

Dans ces conditions, l’administration considère qu’il existe des plus‑values « latentes » au moment de votre départ, et qu’il faut les taxer comme si vous vendiez vos titres ce jour‑là.

Comment la plus‑value latente est‑elle calculée ?

Techniquement, on raisonne comme sur une cession fictive le jour du transfert de domicile :

Type de titreValeur retenue au jour du départCalcul de la plus‑value latente
Actions cotéesDernier cours connu ce jour‑là, ou moyenne des 30 derniers coursValeur au départ – prix de revient (ou valeur ISF/IFI utilisée par le passé le cas échéant)
Titres non cotésValeur vénale déterminée par méthodes usuelles (comparables, DCF, multiples, etc.)Idem : valeur au départ – prix de revient ou valeur déjà retenue pour un impôt sur la fortune

La plus‑value latente ainsi dégagée est ensuite soumise, au choix, au PFU (prélèvement forfaitaire unique) de 12,8 % + prélèvements sociaux ou au barème progressif avec, selon les cas, abattement pour durée de détention. S’y ajoutent les contributions sur hauts revenus pour les plus gros contribuables.

Paiement immédiat, sursis et effacement

En théorie, l’Exit Tax est exigible immédiatement l’année du départ. Mais plusieurs mécanismes viennent en atténuer l’impact :

Mécanismes d’extinction de l’Exit Tax

Plusieurs dispositifs permettent de réduire ou d’effacer la dette d’Exit Tax sous conditions précises.

Sursis de paiement

Report du paiement jusqu’à la cession effective des titres. Automatique dans l’UE/EEE avec des standards d’assistance, sur option avec garanties ailleurs.

Extinction automatique

Effacement de la dette après deux ans si valeur totale inférieure à 2,57 M€, ou après cinq ans si elle est supérieure ou égale à ce seuil, sans événement taxable.

Extinction par décès ou donation

En cas de décès du contribuable ou de donation des titres, dégrèvement ou restitution de l’impôt possible sous conditions.

Concrètement, pour un entrepreneur qui s’installe dans un pays de l’UE ou de l’EEE disposant d’une convention d’assistance avec la France, l’Exit Tax devient surtout un mécanisme de suivi : on calcule la plus‑value à la date du départ, mais l’impôt ne sera effectivement payé qu’en cas de vente ultérieure, éventuellement réduit si la plus‑value finale est inférieure.

Pourquoi anticiper 6 à 12 mois avant le départ

Une expatriation bien structurée se prépare au moins six à douze mois à l’avance, parfois davantage pour les gros patrimoines. C’est pendant cette période que se décident :

Optimisation fiscale avant un départ à l’étranger

Préparez votre mobilité internationale en maîtrisant votre fiscalité grâce à des stratégies ciblées : cessions de titres, structures juridiques, enveloppes exonérées et analyse conventionnelle.

Cessions avant départ

Réaliser des cessions de titres avant le départ permet de purger des plus-values avec une fiscalité maîtrisée.

Montages juridiques

Holdings, apports-cessions, donations ou démembrements peuvent être mis en place lorsqu’ils se justifient économiquement et juridiquement.

Enveloppes exonérées d’Exit Tax

Utilisez le PEA, PEA-PME (dans leurs plafonds), l’assurance-vie ou l’immobilier en direct, qui ne sont pas concernés par l’Exit Tax.

Analyse de la convention fiscale

Examinez précisément la convention fiscale avec votre futur pays de résidence, notamment pour le traitement des plus-values mobilières.

L’objectif est double : limiter la base de l’Exit Tax au strict nécessaire, et éviter des schémas que l’administration pourrait requalifier comme purement artificiels.

Garder sa société française ou la transférer à l’étranger ?

Garder sa société française ou la transférer à l’étranger ?

Au‑delà du maintien de votre qualité d’associé, certains entrepreneurs envisagent de déplacer le siège social de leur société hors de France. Là encore, la distinction entre la personne physique et la personne morale est essentielle.

Domicilier sa nouvelle société à l’étranger : ce que cela signifie réellement

Créer ou domicilier une nouvelle société à l’étranger, tout en vivant en France ou en y conservant des attaches fortes, est une pratique surveillée de près.

Juridiquement, domicilier une société à l’étranger, c’est lui attribuer un siège social hors de France. Concrètement :

la société est immatriculée selon le droit local (société de droit estonien, irlandais, luxembourgeois, etc.) ;

son adresse administrative et fiscale est située dans ce pays ;

– elle dépend de la fiscalité locale… en théorie.

En pratique, si la France démontre que la direction effective est exercée depuis son territoire (décisions stratégiques, pilotage des comptes, signature des principaux contrats, etc.), elle peut considérer que la société est en réalité résidente fiscale française. La localisation formelle du siège ne suffit pas à échapper à l’impôt français.

Pour les sociétés françaises existantes, deux voies se présentent :

Options de localisation pour le transfert à l'étranger
Ce graphique illustre les deux options principales lors d’un transfert à l’étranger : conserver la société en France ou transférer le siège social, avec des conséquences fiscales et juridiques distinctes.

Transférer le siège d’une société française à l’étranger : une quasi‑dissolution

En droit français, déplacer le siège social d’une société hors de France est assimilé, en principe, à une cessation d’activité. Les articles 201 et 221 du CGI alignent les conséquences d’un transfert de siège sur celles d’une dissolution‑liquidation.

Les retombées sont lourdes :

ConséquenceContenu
Imposition immédiate des bénéficesProfits réalisés depuis la fin du dernier exercice jusqu’au jour du transfert
Taxation des profits en sursisProfits déjà placés en report ou sursis d’imposition sont cristallisés et imposés
Imposition des plus‑values latentesPlus‑values non encore réalisées sur les immobilisations transférées sont taxées
Perte des déficits reportablesLes déficits antérieurs non encore imputés sont perdus en cas de cessation totale d’assujettissement à l’IS
Droits d’enregistrementPossibles droits de mutation sur les actifs (notamment immobiliers) restés en France

On comprend vite que le transfert de siège hors de l’Union européenne revient, dans les faits, à fermer la société française pour en recréer une nouvelle à l’étranger, avec tous les coûts fiscaux et juridiques associés.

L’exception européenne : neutralité fiscale sous conditions

Sous la pression du droit européen et d’arrêts de la Cour de justice de l’UE, la France a progressivement assoupli le traitement des transferts de siège au sein de l’Union.

Pour les transferts de siège ou d’établissement vers un État membre de l’UE ou de l’EEE (Norvège, Islande), lorsque ce pays a conclu avec la France une convention d’assistance en matière de recouvrement, un principe de neutralité a été introduit :

Bon à savoir :

Le simple déplacement du siège sans transfert d’actifs hors de France n’entraîne plus la cessation d’activité. Si un établissement stable reste en France avec des actifs, l’IS français s’applique sans imposition immédiate des plus-values latentes. En cas de transfert d’actifs à l’étranger, les plus-values latentes sont taxées, mais l’impôt peut être étalé sur cinq ans pour les transferts au sein de l’UE/EEE.

Ce mécanisme n’est toutefois pas automatique : l’administration a déjà tenté de subordonner la neutralité à la conservation en France d’un véritable établissement stable avec les actifs concernés. Par symétrie, elle admet que le transfert en France du siège d’une société étrangère puisse se faire sans choc fiscal immédiat si les statuts se conforment au droit français.

Hors UE : dissolution quasi inévitable

En dehors de l’Union européenne et de l’EEE, la logique redevient beaucoup plus brutale. Le transfert de siège est, sauf régime spécifique négocié, traité comme une cessation :

imposition immédiate des bénéfices en cours ;

taxation des plus‑values latentes sur les immobilisations, même si certains actifs demeurent en France ;

perte des déficits et avantages fiscaux en cours.

Bon à savoir :

En l’absence de dispositif de continuation de la personnalité morale dans l’État tiers, la pratique exige de dissoudre et liquider la société française, puis d’immatriculer une nouvelle entité à l’étranger. Il n’y a pas de succession universelle automatique : les actifs doivent être transférés, cédés ou apportés à la nouvelle structure, avec des conséquences fiscales et civiles.

Garder une société française en étant expatrié : l’option la plus pragmatique

Face à la violence fiscale et juridique des transferts de siège, une stratégie ressort comme la plus pragmatique pour la grande majorité des entrepreneurs : garder la société en France et organiser votre départ en tant que personne physique.

Cette configuration présente plusieurs avantages :

la société conserve sa stabilité juridique et fiscale ;

les relations commerciales, contractuelles et bancaires restent inchangées ;

– vous pouvez ajuster votre rôle (dirigeant actif, président non exécutif, associé minoritaire, etc.) en fonction des enjeux de résidence fiscale et sociales ;

– vous gérez l’impact de l’Exit Tax et des conventions sur votre situation personnelle, sans déclencher un « exit tax » au niveau de la société elle‑même (sauf transferts d’actifs).

La clé devient alors d’articuler votre statut de non‑résident, vos rémunérations, dividendes, plus‑values futures et obligations déclaratives de manière cohérente, dans le respect des conventions fiscales.

Les nouveaux risques visant les entreprises patrimoniales et les non‑résidents

Les nouveaux risques visant les entreprises patrimoniales et les non‑résidents

L’expatriation des dirigeants et actionnaires n’a pas échappé au radar du législateur. Plusieurs dispositifs récents ciblent désormais explicitement les sociétés fortement patrimoniales détenues par des personnes physiques résidentes françaises, ou les hauts revenus.

Une « taxe patrimoine » nouvelle manière sur les sociétés

Une nouvelle imposition a été instaurée dans le cadre de la loi de finances 2026, visant les « actifs non professionnels » détenus par des sociétés. Elle touche potentiellement des holdings patrimoniales, y compris quand les titres sont en partie détenus par des non‑résidents.

Pour être dans le champ, trois conditions cumulatives doivent être réunies à la clôture de l’exercice :

ConditionSeuil / contenu
Valeur des actifsAu moins 5 millions d’euros de valeur de marché pour l’ensemble des actifs détenus
Contrôle par une personne physiqueUn individu (seul ou avec son cercle familial/allies) détient au moins 50 % des droits financiers ou de vote, ou exerce en fait le pouvoir de décision
Nature des revenusLes revenus passifs (dividendes, intérêts, loyers, redevances, etc.) dépassent 50 % de la somme des produits d’exploitation et des produits financiers de l’exercice

La taxe vise : la régulation des comportements économiques et la génération de revenus pour l’État.

Exemple :

Les sociétés visées sont celles dont le siège est en France et soumises à l’IS, ainsi que les sociétés étrangères soumises à un impôt équivalent, dès lors qu’au moins un associé personne physique résident fiscal français détient au moins 50 % du capital.

Même si vous êtes expatrié, un retour ultérieur en France ou la présence d’un coassocié résident peut faire entrer la holding dans le champ. La taxe n’est pas déductible de l’IS, ce qui en augmente encore la charge nette.

Contribution différentielle sur les « sociétés à haut patrimoine »

Un autre dispositif en discussion, parfois présenté comme une contribution différentielle sur les « hauts patrimoines » détenus via des sociétés, reprend une logique proche, avec des variations :

ConditionSeuil / contenu
Valeur des actifsToujours ≥ 5 M€
ContrôleUn individu (ou son cercle familial) détient au moins 33,33 % des droits financiers ou de vote, ou exerce le pouvoir de décision
Champs des sociétésSiège en France soumis à l’IS, ou siège à l’étranger mais soumise à un impôt équivalent et détenant des actifs liés à un résident français

Pour les sociétés françaises, cette contribution s’appliquerait aux exercices clos à compter du 31 décembre 2025. Pour les sociétés étrangères détenues par des résidents français, à compter des exercices clos au 31 décembre 2026.

Bon à savoir :

Ces dispositifs marquent un virage : le législateur cherche à capter une forme d’IFI sociétal sur les structures patrimoniales, indépendamment de la résidence fiscale de certains actionnaires. Les stratégies d’expatriation avec conservation de holdings riches en actifs passifs doivent désormais intégrer ces risques.

Règles anti‑abus : place de direction effective et sociétés écrans

Les montages consistant à loger des actifs ou des flux dans des sociétés d’États à fiscalité privilégiée sont ciblés de longue date par l’article 209 B du CGI. Il permet à la France de taxer, dans certaines conditions, les bénéfices d’une filiale étrangère située dans un pays à régime préférentiel, en les réintégrant dans le résultat de la société mère française.

Le raisonnement est le même pour la résidence des sociétés : si la direction effective, les décisions clés, la gestion quotidienne se font depuis la France, l’administration peut considérer qu’une société luxembourgeoise ou chypriote n’est qu’un écran, et que les profits doivent être imposés en France.

Autrement dit : domicilier sa société ou sa holding à l’étranger ne protège plus si, dans les faits, le cœur de la décision reste en France.

Conserver sa société française : mode d’emploi stratégique

Conserver sa société française : mode d’emploi stratégique

En pratique, de plus en plus d’entrepreneurs choisissent de partir, souvent pour des raisons familiales, de qualité de vie ou d’opportunités professionnelles internationales, tout en gardant une partie essentielle de leur patrimoine productif en France. Cette option est viable à condition de l’organiser sur quatre plans.

1. Clarifier son statut de résident/non‑résident

Avant même de déplacer vos investissements, il faut sécuriser votre statut :

vérifier si un des critères de l’article 4 B vous rattache encore à la France (notamment foyer et centre des intérêts économiques) ;

analyser la convention fiscale France–pays d’accueil pour voir qui vous considère comme résident au sens conventionnel ;

– préparer les preuves (logement, scolarisation des enfants, lieux d’exercice de l’activité, etc.) pour démontrer que votre centre de vie s’est bien déplacé.

Sans cette clarté, vous risquez la situation explosive du « non‑résident à l’étranger, mais encore domicilié » en France pour l’administration, que le législateur cherche désormais à verrouiller.

2. Cartographier les flux entre vous et votre société française

Une fois votre statut clarifié, il faut lister et organiser tous les flux entre vous et votre entreprise :

Informations financières à déclarer

Détail des éléments de rémunération et avantages perçus de la société

Rémunération de direction

Salaire, article 62, jetons de présence et autres formes de rémunération.

Dividendes

Dividendes présents et futurs versés par la société.

Intérêts, redevances et loyers

Intérêts, redevances ou loyers éventuellement versés par la société à votre profit.

Prêts et comptes courants

Prêts ou apports en compte courant existants.

Chaque flux doit être examiné à la lumière de : l’impact environnemental, les enjeux économiques, les implications sociales et les aspects légaux.

la convention fiscale (imposition dans quel État, à quel taux, quelle méthode d’élimination de la double imposition ?) ;

la retenue à la source en France ;

le régime social applicable (France ou État de résidence).

Cette cartographie permet souvent de réorienter certains flux (par exemple, moins de rémunération, plus de dividendes, ou l’inverse) pour optimiser le binôme France–pays de résidence.

3. Anticiper les évènements futurs : cession, transmission, retour en France

Garder sa société française en partant, c’est aussi se projeter sur les événements à venir :

Fiscalité internationale et mobilité patrimoniale
Fiscalité internationale et mobilité patrimoniale

Les conventions successorales, lorsqu’elles existent, et les règles européennes en matière de successions internationales doivent être prises en compte pour éviter les doubles impositions sur la transmission de titres de sociétés françaises.

4. Rester en conformité : déclarations, comptes, structures

Même expatrié, vous restez dans le radar de l’administration française dès lors que vous gardez une société en France ou des biens immobiliers.

Il faut donc :

continuer à déposer les liasses fiscales de la société française, les déclarations de TVA, CFE, etc. ;

– en tant que non‑résident, déclarer chaque année vos revenus de source française et, le cas échéant, votre IFI limité aux biens immobiliers français ;

– veiller aux obligations d’immatriculation si vous développez à côté une structure étrangère ayant une activité ou du personnel en France (notamment désignation de représentant fiscal, déclaration d’existence, etc.).

La frontière entre optimisation et abus repose largement sur la cohérence entre la réalité économique (où se crée la valeur, où se prennent les décisions) et la structuration juridique et fiscale.

En conclusion : peut‑on garder sa société française en changeant de résidence fiscale ?

En conclusion : peut‑on garder sa société française en changeant de résidence fiscale ?

Oui, il est possible de partir à l’étranger tout en gardant sa société en France. C’est même, compte tenu du coût fiscal et juridique des transferts de siège hors de l’UE, l’option la plus rationnelle pour la plupart des entrepreneurs.

Mais ce « oui » s’accompagne de conditions strictes :

Astuce :

Pour gérer une société française depuis l’étranger sans perdre les avantages fiscaux, vous devez : accepter que la société reste pleinement imposable à l’IS en France ; organiser soigneusement votre statut de non‑résident, en veillant à ce qu’aucun des critères de l’article 4 B ne vous rattache durablement à la France, ou, à défaut, que la convention fiscale vous reconnaisse résident de votre nouveau pays ; anticiper l’Exit Tax si vos participations sont significatives, en structurant votre patrimoine 6 à 12 mois avant le départ ; cartographier les flux entre vous, non‑résident, et votre société française, à la lumière de la convention applicable et des retenues à la source ; surveiller les dispositifs nouveaux visant les sociétés patrimoniales (taxe sur actifs non professionnels, contributions différentielles), qui peuvent vous concerner même à distance.

La combinaison du droit interne, des conventions fiscales et des règles européennes permet de bâtir des schémas robustes, à condition de rester fidèle à la réalité économique. Toute tentative de déplacer le siège ou la direction effective d’une société sur le papier, sans déplacer l’activité réelle, se heurte aujourd’hui à un arsenal anti‑abus puissant.

Bon à savoir :

Il est possible et souvent souhaitable de conserver sa société en matière de résidence fiscale, mais cela nécessite une stratégie patrimoniale durable conçue pour résister aux allers‑retours et à l’évolution des règles fiscales en France et à l’étranger.

Ces articles pourraient vous intéresser

Contactez-moi

Vous désirez faire croître votre patrimoine ?

N'hésitez pas à me contacter afin de déterminer comment je peux vous aider à construire, protéger et transmettre votre patrimoine en toute sérénité.

+33 6 51 45 90 38 (WhatsApp)

« * » indique les champs nécessaires