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2025 : Vers une Amélioration du Déficit des Collectivités Locales

par | Actualités
Publié le 13 juillet 2026

L’exercice 2025 marque un net redressement des comptes des administrations publiques locales, après deux années fortement dégradées par l’inflation et la flambée des coûts de l’énergie. Selon les données analysées par la Cour des comptes et l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), le déficit des collectivités s’est réduit à 9,3 milliards d’euros en comptabilité nationale, soit une amélioration de 2,7 milliards par rapport à 2024. Cette embellie, encore fragile, repose sur un effet de ciseaux inversé – des recettes en hausse plus rapide que les dépenses – et soulève des questions de soutenabilité à l’approche de 2027.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un déficit en recul, mais toujours élevé

En 2025, le solde des administrations publiques locales s’établit à –9,3 milliards d’euros, soit 0,3 % du PIB. L’année précédente, le déficit atteignait –12 milliards, au terme d’une séquence 2023‑2024 marquée par une forte poussée des charges de fonctionnement. En comptabilité budgétaire, le déficit demeure plus dégradé, à –11,3 milliards d’euros, en léger mieux de 0,5 milliard seulement sur un an.

3,3

En moyenne sur la mandature 2020-2025, les collectivités locales ont enregistré un déficit annuel de 3,3 milliards d’euros.

La Cour des comptes estime néanmoins que les collectivités ont « absorbé » une partie de l’effort de redressement des finances publiques, contribuant à la réduction du déficit public global de la France, passé de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % en 2025, dans un contexte où la dette publique atteint 115,6 % du PIB.

Un effet de ciseaux inversé porté par la fiscalité et l’immobilier

Le retournement intervenu en 2025 repose d’abord sur la dynamique des recettes de fonctionnement. Celles‑ci progressent de 2,3 %, soit 5,9 milliards d’euros de plus, pour atteindre 245,4 milliards d’euros. Le redémarrage du marché immobilier, après une crise sévère, joue un rôle central. Le rebond des transactions se traduit par 2,6 milliards d’euros supplémentaires de droits de mutation à titre onéreux (DMTO), perçus essentiellement par les départements mais aussi par certaines communes.

Bon à savoir :

La plupart des départements ont augmenté le taux des DMTO de 4,5 % à 5 %, ce qui, combiné à la reprise des ventes immobilières, explique près de la moitié de la hausse des recettes de fonctionnement. Les encaissements de TVA et de taxe foncière sont également en hausse, renforçant les marges régionales et communales.

Du côté des dépenses de fonctionnement, la progression ralentit nettement : +1,4 % en 2025, soit 3,2 milliards d’euros supplémentaires, après +4,4 % en 2024 et plus de 30 milliards de hausse cumulée entre 2021 et 2024. Trois facteurs majeurs sont identifiés : l’absence de nouvelle revalorisation du point d’indice de la fonction publique territoriale en 2025, la détente sur les prix de l’énergie et des décisions de gestion jugées plus rigoureuses par les chambres régionales des comptes.

Cet effet de ciseaux inversé – recettes en hausse plus rapide que dépenses – se traduit par un bond de 7,8 % de l’épargne brute, qui atteint 34,8 milliards d’euros. Cette amélioration de la capacité d’autofinancement permet de soutenir un niveau d’investissement local encore élevé.

Des investissements records mais inégalement répartis

En 2025, la dépense d’investissement réel des collectivités atteint un sommet historique de 87,1 milliards d’euros, en hausse de 2,1 % sur un an. Le taux de croissance est inférieur à celui, très dynamique, de 2024 (+6,8 %), mais reste soutenu.

Le « bloc communal » – communes et intercommunalités – apparaît comme le principal moteur de cette progression. À l’approche de la fin du cycle municipal 2020‑2025 et des élections de 2026, ces acteurs poursuivent et accélèrent leurs programmes de travaux, notamment en matière de rénovation du patrimoine, d’infrastructures locales et de projets liés à la transition écologique.

Attention :

Les départements et régions réduisent leurs investissements pour préserver leur épargne. Les départements subissent une hausse structurelle des dépenses sociales, comme le revenu de solidarité active et les allocations autonomie, qui absorbe leurs gains de recettes.

Parallèlement, de nombreuses collectivités recourent davantage à l’emprunt pour maintenir leurs programmes, ce qui alourdit le niveau d’endettement sur la période 2024‑2025. Plus de 60 % des communes et intercommunalités disposent d’un encours de dette remboursable en moins de quatre ans, et plus de 4 400 communes, 9 départements et 2 régions dépassent les seuils d’alerte jugés critiques par la Cour des comptes.

Des disparités marquées entre niveaux de collectivités

Derrière l’amélioration globale se cachent de fortes hétérogénéités. La Cour des comptes et l’OFGL soulignent la solidité comparative du bloc communal, qui dégage les meilleures marges d’épargne brute. Les régions, dopées par la dynamique de la TVA qui constitue une part importante de leurs ressources, reconstituent progressivement leurs marges de manœuvre.

Astuce :

Les départements restent dans une situation financière fragile. Bien que la hausse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) en 2025 leur apporte un répit temporaire, cela ne compense pas l’augmentation continue de leurs dépenses sociales structurelles. Cette fragilité est aggravée par le caractère conjoncturel et volatile des recettes immobilières.

Les associations d’élus, à l’image de l’Association des petites villes de France (APVF), mettent également en avant les difficultés spécifiques des petites communes. Celles‑ci subissent de fortes hausses de leurs primes d’assurance, en lien avec la multiplication des sinistres climatiques, ainsi qu’une augmentation des charges de personnel décidée au niveau national et insuffisamment compensée par l’État. Ces collectivités, moins dotées en bases fiscales et en leviers financiers, ne bénéficient qu’à la marge de l’amélioration globale constatée en 2025.

Un redressement menacé à court terme

Si 2025 apparaît comme une année de reprise pour les finances locales, les perspectives à l’horizon 2026‑2027 demeurent incertaines. Au printemps 2026, les prévisions macroéconomiques tablaient sur une forte réduction du déficit local, avec un objectif de –4,4 à –4,5 milliards d’euros, soit environ 0,1 % du PIB. Mais, dès l’été 2026, les signaux d’alerte se multiplient.

Le Comité d’alerte des finances publiques, réuni le 7 juillet 2026, acte ainsi une révision à la baisse de la prévision de croissance nationale pour 2026, ramenée de 0,9 % à 0,7 %, sur fond de tensions géopolitiques au Moyen‑Orient. Bercy évalue à 2 milliards d’euros le risque de dépassement des dépenses réelles des collectivités par rapport à l’objectif fixé dans la loi de finances pour 2026.

La Cour des comptes juge « optimiste » la cible gouvernementale de déficit local pour 2026 et estime qu’aucune amélioration notable du solde ne peut être garantie.

Cour des comptes

Le gouvernement appelle donc les collectivités à la « modération » budgétaire, tout en maintenant la pression dans la préparation du budget 2027. Cette posture ravive les tensions avec les associations d’élus, qui rappellent que les budgets de fonctionnement locaux doivent légalement être à l’équilibre et que les collectivités portent une grande partie des investissements nécessaires à la transition écologique.

DILICO et gestion de long terme : la Cour des comptes plaide pour une refonte

Au‑delà du constat conjoncturelle, la Cour des comptes critique la conception actuelle des mécanismes de contribution des collectivités à l’effort national et appelle à une réforme d’ampleur. Son rapport de juillet 2026 cible particulièrement le dispositif DILICO, instauré par la loi de finances pour 2025.

Ce mécanisme impose aux collectivités de mettre en réserve une partie de leurs recettes fiscales, pour un montant d’environ 1 milliard d’euros en 2025, destiné à être restitué par tiers entre 2026 et 2028, avec une minoration de 10 % au profit de la péréquation. La Cour juge le dispositif trop complexe, peu lisible, juridiquement fragile et inéquitable, dans la mesure où il ménage largement les communes – pourtant les plus solides financièrement – et fait davantage peser l’effort sur les régions en 2025, puis sur les intercommunalités en 2026.

Exemple :

L’institution souligne six dispositifs exceptionnels en 2025 et huit en 2026, une approche morcelée qui ne stabilise pas les comportements ni ne garantit une trajectoire crédible des finances publiques. Pour un effet incitatif, les montants prélevés devraient croître indéfiniment, ce qui serait difficilement soutenable.

La Cour recommande donc d’abandonner DILICO au profit d’une règle de gouvernance partagée, à horizon pluriannuel, fondée sur une trajectoire explicite de dépenses et appliquée à l’ensemble des concours financiers de l’État, et non à une seule partie. Elle suggère d’organiser une contribution des collectivités à la réduction du déficit public de l’ordre de 3 à 4 milliards d’euros par an, contribution qui devrait être prévisible, vérifiable et modulée en fonction de la capacité contributive réelle de chaque territoire.

Vers une nouvelle autonomie financière locale ?

En parallèle, un rapport d’information parlementaire présenté le 1er juillet 2026 par le député Stéphane Delautrette ouvre une autre piste : celle d’une refonte de l’autonomie financière des collectivités. Constatant la montée en puissance progressive des dotations de l’État au détriment de la fiscalité directe locale, ce rapport plaide pour redonner de la « liberté d’action » aux élus locaux.

Réformer la fiscalité locale

Restituer aux collectivités un pouvoir de taux rénové pour financer la transition écologique, réduire la dépendance aux dotations nationales et responsabiliser le couple élu-contribuable.

Pouvoir de taux rénové

Permettre aux collectivités de fixer leurs taux pour mieux aligner ressources et besoins d’investissement locaux.

Transition écologique

Orienter les ressources levées vers des investissements écologiques, en adéquation avec les priorités territoriales.

Moins de dépendance aux dotations

Limiter l’impact des évolutions unilatérales des dotations nationales en renforçant l’autonomie fiscale locale.

Responsabilisation locale

Renforcer la transparence et la responsabilité entre élus et contribuables dans la gestion des ressources.

Dans un contexte où les collectivités ont démontré, en 2025, leur capacité à contribuer significativement au redressement des comptes publics tout en maintenant un niveau d’investissement élevé, la question du partage durable des efforts entre l’État et les territoires, et des marges de manœuvre dont ces derniers disposent, apparaît désormais au cœur du débat budgétaire pour les années à venir.

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