Comprendre comment se transmet un bien immobilier en Asie quand on est imposable en France est devenu un enjeu majeur pour de nombreux expatriés et investisseurs. Entre l’attrait de marchés comme la Thaïlande, le Japon, Bali ou le Cambodge, et la brutalité potentielle des droits de succession français, le moindre achat d’appartement ou de villa peut transformer un projet de vie en casse-tête fiscal pour les héritiers.

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France : le prisme incontournable de la succession et de la fiscalité

Pour un resident francais, tout investissement immobilier en Asie reste, du point de vue de Bercy, un actif comme un autre. C’est ce filtre français qu’il faut d’abord comprendre avant de regarder chaque pays asiatique.
En France, l’imposition des transmissions (donations et successions) repose sur l’article 750 ter du Code général des impôts. Trois grands cas de figure déterminent si les biens asiatiques entreront, ou non, dans le champ des droits de succession français.
| Situation | Effet fiscal français sur un resident francais | Portée géographique |
|---|---|---|
| Le défunt est résident fiscal de France | Droits de succession sur l’ensemble du patrimoine mondial | Biens en France et à l’étranger, y compris en Asie |
| Le bénéficiaire est résident fiscal français depuis ≥ 6 ans sur 10 | Droits de succession sur tous les biens reçus, où qu’ils soient | Biens situés en Asie compris |
| Ni défunt ni héritier ne sont résidents français | Droits dus seulement sur les biens situés en France | Biens asiatiques exclus, sauf conventions particulières |
Pour un resident francais, la règle est donc simple mais radicale : en principe, l’intégralité de ses biens – y compris une villa à Phuket, un appartement à Tokyo ou un condo à Phnom Penh – est taxable en France au décès, sauf dispositions conventionnelles très spécifiques (rares pour les droits de succession).
Les taux français sont parmi les plus élevés du monde développé. En ligne directe (parent-enfant), après un abattement de 100 000 € par enfant, la tranche supérieure atteint 45 % au‑delà de 1,8 million d’euros transmis par héritier. Pour les héritiers éloignés ou sans lien de parenté, le barème grimpe rapidement à 55 %, voire 60 %.
Réserve héréditaire : la liberté de tester est illusoire
Pour un resident francais, la succession est encadrée par la réserve héréditaire. Les enfants sont des héritiers protégés et doivent recevoir une part minimale de la succession, quel que soit le contenu du testament. Le schéma est fixé par le Code civil :
| Nombre d’enfants | Part minimale totale réservée aux enfants | Quotité disponible (libre) |
|---|---|---|
| 1 enfant | 50 % | 50 % |
| 2 enfants | 66,67 % | 33,33 % |
| 3 enfants ou + | 75 % | 25 % |
Ce mécanisme s’applique de manière territoriale aux biens français, mais pour un resident francais, la loi française tend à s’imposer sur l’ensemble du patrimoine, sous réserve des règles de conflits de lois et du règlement européen sur les successions (Bruxelles IV). Même lorsqu’un résident étranger choisit, via ce règlement, la loi de sa nationalité (par exemple anglaise) pour échapper à la réserve, la France a réintroduit en 2021 un mécanisme de « prélèvement compensatoire » permettant aux enfants de revendiquer leur quote-part minimale sur les biens situés en France.
Pour un résident français, il est impossible de déshériter un enfant ou de tout léguer à un partenaire ou à une fondation sans tenir compte des parts réservées, contrairement aux pays anglo-saxons.
Comment réduire l’addition française sans fraude
Si l’on ne peut pas supprimer les droits de succession français, on peut en atténuer fortement l’impact, y compris sur des biens immobiliers détenus en Asie. Plusieurs leviers, parfaitement légaux, existent :
Stratégies pour réduire les droits de succession en France
Profitez d’abattements renouvelables tous les 15 ans : 100 000 € par enfant, 31 865 € par petit-enfant, 15 932 € par frère ou sœur.
Jusqu’à 31 865 € exonérés sous conditions d’âge : donateur de moins de 80 ans et donataire d’au moins 18 ans.
Transmettez un capital en grande partie hors succession classique, avec une fiscalité souvent plus douce.
Optez pour la communauté universelle ou le PACS pour exonérer totalement le conjoint ou partenaire de droits de succession.
Pour les biens immobiliers situés en France, la Société Civile Immobilière (SCI) est un outil de structuration souvent recommandé, car elle permet des transmissions progressives de parts, avec parfois une décote d’environ 10 % sur la valeur retenue (du fait de la moindre liquidité des parts). Cette logique de structuration peut inspirer la manière d’organiser la détention de biens en Asie, même si les effets fiscaux ne sont pas mécaniquement identiques.
Enfin, en l’absence de convention spécifique en matière de successions entre la France et la quasi-totalité des pays asiatiques, la France propose un mécanisme de crédit d’impôt unilatéral (article 784 A CGI). Si un impôt successoral a été effectivement payé à l’étranger, ce montant peut être imputé sur les droits dus en France, dans certaines conditions. Ce crédit limite, sans toujours l’éliminer, le risque de double imposition.
Thaïlande : eldorado locatif, mais vigilance sur la détention et la transmission

La Thaïlande, et en particulier Phuket et Bangkok, figure régulièrement parmi les places fortes de l’investissement immobilier pour un resident francais en quête de rendement et de diversification. Sur les meilleurs produits à Phuket, la combinaison de loyers et de plus‑value atteint souvent 10 à 14 % par an, avec une volatilité bien moindre que celle des marchés actions. Les rendements locatifs nets peuvent se situer autour de 4 à 6 %, voire 6 à 9 % dans des configurations premium bien gérées.
Derrière ces chiffres séduisants, deux réalités structurent toute stratégie patrimoniale : les règles de propriété pour les étrangers et le régime de succession local.
Propriété en Thaïlande : condo oui, terrain non
Le principe de base reste implacable : un étranger ne peut pas posséder de terrain en Thaïlande, sauf dans des cas ultra‑encadrés (investissements massifs visés par la Board of Investment, zones industrielles, ou dispositifs très spécifiques). Aucun traité bilatéral ne permet à un Français de déroger à cette interdiction.
En revanche, la loi sur les condominiums (Condominium Act), amendée en 1992, autorise un étranger, dont un resident francais, à détenir en pleine propriété un appartement en copropriété, à deux conditions majeures :
La quote-part détenue par des étrangers ne doit pas dépasser 49 % de la surface vendable de l’immeuble, et les fonds d’achat doivent provenir de l’étranger, entrer en Thaïlande en devise via le circuit bancaire officiel avec émission d’un formulaire spécifique (FET ou TT3).
Sans ce document bancaire, le bureau des terres (Land Office) refusera d’enregistrer le transfert de propriété au nom de l’acheteur étranger. C’est un point clé à anticiper pour un resident francais qui achète depuis la France : le virement doit être fait en devise, avec la mention explicite d’achat de condo.
Pour les villas et terrains, les solutions usuelles restent le bail de longue durée (30 ans renouvelable contractuellement) ou des montages via une société thaïlandaise. Les schémas de « nominees » (Thaïs figurant fictivement comme propriétaires pour le compte d’étrangers) sont clairement visés par les autorités et juridiquement risqués, surtout en 2026 où la vigilance des administrations a nettement augmenté.
Transmission d’un bien thaïlandais : comment fonctionne l’impôt local
La Thaïlande a introduit en 2016 un impôt spécifique sur les successions via l’Inheritance Tax Act B.E. 2558. Ce dispositif vise les transmissions de patrimoines importants, en ciblant les héritiers plutôt que la masse successorale globale. Les règles reposent sur un seuil élevé :
| Paramètre | Règle applicable en Thaïlande |
|---|---|
| Seuil par héritier | Taxation seulement au‑delà de 100 millions THB reçus d’un même défunt |
| Taux pour enfants et parents (ligne directe) | 5 % sur la fraction dépassant le seuil |
| Taux pour autres héritiers (amis, collatéraux, etc.) | 10 % sur la fraction dépassant le seuil |
| Conjoint légal | Exonération totale d’impôt successoral |
| Champ territorial pour un non‑résident | Actifs situés en Thaïlande uniquement |
Concrètement, un resident francais qui lègue un seul appartement thaïlandais de, par exemple, 20 ou 30 millions THB à chacun de ses enfants ne générera aucun impôt successoral en Thaïlande : la valeur reçue par chaque héritier reste en dessous du seuil de 100 millions THB. En revanche, sur un patrimoine thaï massif (portefeuilles de villas, immeubles locatifs), les enfants pourraient se voir réclamer 5 % sur la partie excédentaire.
La loi thaïlandaise s’applique de manière égale aux Thaïs et aux étrangers. Pour un héritier non résident, seuls les actifs situés en Thaïlande sont imposables. Attention : une revente rapide des biens hérités peut entraîner une imposition sur les plus‑values, selon la structure de la cession.
Les obligations déclaratives sont rigoureuses : l’héritier doit déposer une déclaration et payer l’impôt éventuel dans les 150 jours suivant la réception des actifs.
Double regard France–Thaïlande : ce que cela implique pour un resident francais
Pour un resident francais, un appartement à Bangkok ou une copropriété à Phuket est soumis à une double grille de lecture :
Seuil en THB au-delà duquel la part de chaque héritier peut être soumise à l’impôt successoral thaïlandais.
En l’absence de convention spécifique en matière de succession, on se retrouve souvent dans une situation où la France taxera la valeur du bien, sous déduction éventuelle d’un crédit d’impôt correspondant à la taxe thaïlandaise effectivement payée (dans la limite du droit français).
En pratique, pour la plupart des investisseurs, les patrimoines thaï sont en dessous du seuil local de 100 millions THB par héritier, donc aucune imposition en Thaïlande mais des droits potentiellement élevés en France. Il est alors d’autant plus important de jouer sur les abattements de donation français, la structuration familiale (par exemple, répartir sur plusieurs héritiers), et la rédaction de testaments cohérents France–Thaïlande (un testament local en thaï, coordonné avec un testament français, facilite grandement la procédure d’homologation).
Japon : liberté d’achat, fiscalité sophistiquée

Le Japon se distingue par une approche beaucoup plus libérale sur la propriété étrangère. Un resident francais peut acheter sans restriction un appartement, une maison individuelle, un immeuble résidentiel ou un terrain, en pleine propriété (freehold), sans quota ni exigence de visa. Le nom de l’acheteur figure au registre foncier avec la même valeur juridique que celui d’un citoyen japonais.
Cette ouverture ne s’accompagne toutefois d’aucun avantage migratoire : posséder un logement à Tokyo ne donne ni visa, ni statut de résident. De plus, l’accès au crédit est limité pour les non‑résidents : les banques japonaises prêtent en priorité à des emprunteurs installés au Japon, avec revenus et historique fiscal locaux.
Fiscalité de la succession au Japon : un barème très progressif
Le Japon applique une fiscalité successorale puissante, avec un barème pouvant monter jusqu’à 55 % sur les grosses successions dépassant 600 millions de yens. Les transmissions par donation sont elles aussi surveillées : l’exonération annuelle par donataire est de 1,1 million de yens, au‑delà, la donation est imposée à un taux progressif.
Un système de donation anticipée d’héritage permet, sous conditions d’âge (donateur d’au moins 60 ans, bénéficiaire d’au moins 18 ans), d’intégrer des donations dans la masse successorale plutôt que de les traiter comme des dons taxables autonomes. Ce dispositif nécessite le dépôt d’une déclaration de donation avant le 15 mars de l’année suivant la donation, optimisant ainsi la transmission pour une famille installée au Japon.
Pour un résident français qui n’est pas résident fiscal japonais mais possède un bien immobilier au Japon, la question centrale devient la coordination entre :
– l’impôt japonais (droit de succession local, selon la qualification fiscale de l’ayant droit) ;
– les droits de succession français, puisque la France considère en principe l’ensemble des actifs mondiaux.
Le traité fiscal franco-japonais s’applique à l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, mais exclut les droits de succession. Pour les gains de cession d’un bien à Tokyo, l’imposition a lieu d’abord au Japon, puis en France avec un crédit d’impôt limité au montant réellement payé au Japon (article 23). En raison de ce mécanisme d’imputation, un reliquat d’impôt reste souvent dû en France si le taux français excède le taux japonais. En matière de succession, en l’absence de traité spécifique, le droit interne français s’applique.
Propriété japonaise dans un patrimoine français : arbitrages à prévoir
Posséder un lot au Japon permet de diversifier en devise (yen) et en géographie, sur un marché mature avec un État de droit solide. Pour un resident francais, la question n’est pas tant de savoir s’il a le droit de transmettre – il l’a – que de choisir les bons outils :
– prévoir un testament local ou, à minima, une clause claire dans un testament français, afin d’éviter des blocages au moment de la mutation au registre foncier ;
– mesurer l’éventuelle exposition aux droits de succession japonais si lui‑même ou ses héritiers deviennent résidents fiscaux au Japon ;
– intégrer dans son plan de transmission la charge fiscale française, potentiellement très significative pour de gros patrimoines, même si le Japon a déjà prélevé un impôt.
Dans un schéma simple (résident français, appartement à Tokyo, héritiers en France), la France taxera la valeur du bien japonais dans son barème. L’absence de traité successoral impose de travailler en amont sur le niveau global du patrimoine, via donations, assurance‑vie et structuration familiale, plutôt que d’espérer une protection conventionnelle.
Indonésie (Bali) : structurer la détention avant de parler succession

En Indonésie, et en particulier à Bali, un resident francais ne peut pas détenir le titre de propriété foncière « Hak Milik » en direct. La loi foncière de base (UUPA 5/1960) l’interdit aux étrangers. Trois voies juridiques principales existent donc :
– le bail (leasehold), souvent long terme (25–30 ans renouvelables) ;
– le droit d’usage « Hak Pakai » sur titre, accessible aux étrangers disposant d’un titre de séjour (KITAS ou KITAP) ;
– une société d’investissement à capitaux étrangers (PT PMA), qui détient le foncier dans son bilan.
La façon dont le bien sera transmis en cas de décès dépend fortement de ce choix initial.
Leasehold : transmissible, mais à condition de l’avoir prévu
Les baux de longue durée balinais sont généralement transmissibles aux héritiers, à condition que le contrat le mentionne explicitement. Le transfert se réalise via un acte d’assignation (akta cessie ou akta pengalihan hak sewa) signé devant notaire indonésien (Notaris).
Les héritiers n’ont pas besoin d’être résidents ou citoyens indonésiens. Le bail étant un droit de créance, il contourne les restrictions sur la propriété foncière étrangère. Il est crucial de stipuler dans le contrat le sort du bail en cas de décès dès la signature.
Hak Pakai : attention à la fenêtre de un an pour les héritiers
Le droit Hak Pakai, plus proche d’un droit de propriété d’usage, est ouvert aux étrangers disposant d’un titre de séjour. À la mort du titulaire, il est transmissible à condition que l’héritier remplisse lui aussi les critères du Hak Pakai (notamment le fait d’avoir un TITRE de séjour valide).
La procédure suit plusieurs étapes :
– établissement de la qualité d’héritier et validation du testament (wasiat) par un notaire indonésien ;
– dépôt du dossier auprès de l’Agence nationale des terres (BPN) pour re‑enregistrement du titre ;
– paiement des frais et délivrance d’un nouveau certificat au nom de l’héritier éligible.
Si l’héritier n’est pas éligible (par exemple, un enfant mineur vivant en France sans KITAS/KITAP), une période de grâce d’un an s’ouvre à compter de l’enregistrement de la succession au BPN. Durant ce délai, il doit soit obtenir un titre de séjour ouvrant droit au Hak Pakai, soit transférer le bien à un tiers éligible (un autre membre de la famille résident en Indonésie, un Indonésien, ou une société habilitée).
Passé le délai, les autorités peuvent engager une procédure de « libération de droit » (pelepasan hak) où le titre est repris par l’État et le produit de la vente versé à l’héritier. Ne pas anticiper revient donc à forcer une cession.
PT PMA et absence d’impôt spécifique sur l’héritage
Lorsqu’un bien est détenu par une société à investissement étranger (PT PMA), ce sont les parts de la société qui se transmettent. L’Indonésie n’applique pas d’impôt successoral autonome sur la transmission de ces parts ou des biens sous-jacents : les mutations par décès sont exonérées d’impôt sur le revenu, à condition d’obtenir une attestation d’exonération auprès de l’administration fiscale.
Pour un resident francais, cela ne signifie pas absence d’imposition, mais seulement que l’Indonésie n’en prélèvera pas en tant que telle. La France taxera, elle, la valeur des parts sociales ou des droits de bail, selon leur évaluation au jour du décès. Là encore, l’enjeu essentiel est de coordonner les testaments (un testament indonésien en bahasa, plus un testament français) et de choisir, dès l’achat, la forme juridique la plus adaptée à la « géographie » des héritiers (certains en France, d’autres susceptibles de s’installer en Indonésie, etc.).
Cambodge : condos en pleine propriété, mais succession des étrangers très encadrée

Le Cambodge offre une particularité rare en Asie du Sud‑Est : un étranger peut posséder en son nom propre un appartement en copropriété, avec un titre de type « strata title », c’est‑à‑dire une forme de pleine propriété enregistrée au niveau national. En revanche, la Constitution interdit strictement aux étrangers d’être propriétaires de terrain.
Concrètement, un resident francais peut acheter un appartement à Phnom Penh ou dans d’autres villes, sous réserve de deux grandes limites :
– le bien doit se situer au premier étage ou au‑dessus (les unités au rez‑de‑chaussée sont considérées comme en contact direct avec le sol et donc réservées aux Cambodgiens) ;
– la part de surface détenue par des étrangers dans un immeuble ne peut dépasser 70 %.
Les prix restent attractifs, avec des niveaux moyens de 1 500 à 3 500 USD/m² dans les quartiers centraux de Phnom Penh, et des rendements locatifs bruts de l’ordre de 6 à 8 %.
Détention étrangère et transmission : deux mondes différents
Il faut distinguer deux situations très différentes.
Pour un appartement en copropriété sous strata title, l’étranger a une propriété pleine et entière : il peut vendre, louer, transmettre le bien. Il peut le léguer à ses héritiers, qui peuvent le conserver ou le revendre.
En revanche, pour les terrains et maisons individuelles, la Constitution cambodgienne interdit la détention directe par un étranger. Les structures alternatives (nominee, trust local, société foncière à majorité cambodgienne) existent, mais sont plus risquées et nécessitent un accompagnement juridique solide. Surtout, le projet de Code civil prévoit qu’un héritier étranger ne peut pas devenir propriétaire d’un bien foncier cambodgien par succession : lorsqu’un étranger hérite de terrain, une entité de gestion est constituée pour vendre le bien dans un délai de trois mois, puis le produit de la vente est distribué aux héritiers selon la loi ou le testament. Si la vente n’aboutit pas, un héritier cambodgien de rang suivant peut récupérer le bien, et l’entité est dissoute.
Un résident français exposé au foncier cambodgien doit savoir que ses enfants n’hériteront pas du terrain lui-même, mais de son équivalent monétaire, et uniquement si la cession est correctement organisée.
Fiscalité locale et coordination avec la France
Sur le plan fiscal, le Cambodge prélève : les impôts sur le revenu des personnes physiques, les impôts sur les sociétés, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et d’autres taxes spécifiques.
– un droit d’enregistrement d’environ 4 % sur les mutations de propriété ;
– un impôt sur le revenu locatif, avec un taux de 10 % pour les résidents et 14 % pour les non‑résidents sur le revenu brut.
Un projet de taxe sur la plus‑value à 20 % existe mais sa mise en application a été reportée à plusieurs reprises. En matière de succession, le cadre est encore en construction, et les règles de réserve et d’héritiers prioritaires s’appliquent aussi aux étrangers, mais dans un environnement juridique moins stabilisé que celui de la France. Surtout, aucun traité de succession n’existe avec la France.
Pour un resident francais, la conséquence est claire : même si le Cambodge ne taxe pas (ou faiblement) la transmission, la valeur du bien (ou du produit de vente en cas de terrain) sera imposée en France à l’ouverture de la succession, selon les barèmes et abattements habituels, sans protection conventionnelle dédiée.
Vietnam : droits d’usage limités et succession très conditionnée pour les étrangers

Le Vietnam permet à des étrangers d’acquérir certains logements dans le cadre de projets immobiliers commerciaux, sous réserve de quotas (30 % maximum des unités d’un immeuble, 250 maisons individuelles par quartier environ) et pour une durée limitée, typiquement 50 ans renouvelables. Les étrangers ne peuvent pas détenir la pleine propriété du sol, uniquement des droits d’usage ou de jouissance.
Un resident francais peut ainsi acheter un appartement dans un programme éligible, sans effet automatique sur son droit au séjour. La possession immobilière n’ouvre pas la voie, à elle seule, à un titre de séjour ou à la citoyenneté.
Transmission d’un bien vietnamien à des héritiers étrangers
Le droit vietnamien reconnaît aux étrangers la faculté d’hériter de biens immobiliers. Pourtant, tous ne peuvent pas exercer les mêmes droits :
Les Vietnamiens de l’étranger ayant conservé leur nationalité peuvent être copropriétaires comme les résidents. En revanche, les autres étrangers ne peuvent pas être titulaires directs d’un droit d’usage du sol et ne peuvent réclamer que la valeur financière du bien en provoquant sa vente.
Pour un resident francais sans lien particulier avec la nationalité vietnamienne, il faut donc partir du principe que ses héritiers ne conserveront pas forcément le logement. La succession se déroule en plusieurs temps :

Le régime des plus‑values prévoit en théorie un taux de 10 % sur la valeur imposable des biens transmis, mais de très nombreuses transmissions en ligne directe (conjoints, parents/enfants, grands‑parents/petits‑enfants, frères et sœurs) sont exonérées. Les conventions de droit international privé désignent généralement la loi vietnamienne pour les immeubles situés au Vietnam, tandis que la loi française continue de s’appliquer aux biens mobiliers (comptes bancaires, parts sociales) détenus par un Français.
Là encore, les droits de succession français s’appliquent sur la valeur globale du patrimoine d’un resident francais, y compris le bien vietnamien, quel que soit le statut de l’héritier localement.
Philippines, Corée, autres marchés : opportunités, mais même logique de fond

Parmi les autres pays asiatiques, plusieurs se distinguent pour un resident francais.
Les Philippines permettent d’obtenir un statut de résident via l’investissement immobilier, dans le cadre de programmes ciblés. Le pays autorise la détention d’appartements par des étrangers sur la base de quotas, avec des restrictions fortes sur le foncier. La logique successorale reste comparable : le bien philippin entre dans l’assiette française, et une éventuelle imposition locale vient simplement créer un risque de double charge, partiellement gommé par un crédit d’impôt unilatéral en France.
Un étranger peut posséder un terrain ou un bien bâti en pleine propriété en Corée du Sud, avec des droits similaires à ceux d’un citoyen local. Il doit notifier les autorités locales dans les 60 jours suivant la signature et payer des impôts d’acquisition de 1,1 % à 12 %. La détention ne donne pas de droit de séjour, sauf dans des zones d’investissement spécifiques. Pour un résident français, le bien acquis en Corée sera inclus dans la base taxable de succession en France.
Comment un resident francais doit raisonner avant d’acheter en Asie

À la lumière de ces systèmes très disparates, la bonne approche pour un resident francais n’est pas de collectionner les règles pays par pays, mais d’articuler une méthode de décision en trois étages.
1. Clarifier sa situation française et son projet de transmission
Avant même de choisir un pays, il est indispensable de :
– faire le bilan de son patrimoine mondial (France + étranger), y compris les contrats d’assurance‑vie, parts de sociétés, etc. ;
– déterminer les bénéficiaires visés (conjoint, partenaire de PACS, enfants, collatéraux, associations) et leur résidence fiscale actuelle ou probable ;
– vérifier si certains enfants sont, ou pourraient devenir, résidents dans d’autres États qui taxent aussi les successions sur une base mondiale.
Cette étape permet de savoir si l’on se situe déjà dans les tranches élevées du barème français, et d’évaluer les marges de manœuvre pour utiliser les abattements, les donations en pleine propriété ou en nue-propriété, ou encore la mise en place d’un régime matrimonial adapté.
2. Choisir le pays et la forme de détention en fonction de la « carte des héritiers »
La question Succession et immobilier en Asie pour un resident francais n’est pas la même si :
– tous les héritiers sont résidents fiscaux français, sans intention d’expatriation ;
– certains enfants envisagent de vivre en Thaïlande, au Japon ou au Vietnam ;
– la fratrie est éclatée entre plusieurs pays.
Dans un schéma simple où l’ensemble de la famille reste en France, la priorité sera de privilégier des structures transparentes, faciles à liquider, et dotées de règles successorales claires (condos thaïlandais, appartements japonais, strata titles au Cambodge). Dans un schéma où un enfant s’installe à Bali, la mise en place de droits Hak Pakai ou de parts de PT PMA pourra être pertinente, sous réserve que cet héritier satisfaire durablement aux conditions de résidence indonésienne.
Quelques exemples typiques :
| Profil d’héritiers | Pays et structures souvent adaptées |
|---|---|
| Héritiers 100 % France, pas de mobilité | Condo en Thaïlande ou au Cambodge, appartement au Japon, bail long en Indonésie |
| Un enfant installé ou en voie d’installation en Asie | Bali en Hak Pakai / PT PMA, Thaïlande avec présence locale pour gérer la succession, Vietnam via structure juridique robuste |
| Héritiers dispersés sur plusieurs continents | Détention via société ou trust, forte coordination notariale multi‑juridictions |
3. Synchroniser les testaments et l’ingénierie civile
Enfin, un resident francais ne peut ignorer la dimension juridique de fond :
Un testament français doit être adapté aux investissements asiatiques, notamment concernant la réserve héréditaire et le choix de la loi applicable (droit étranger possible via Bruxelles IV pour les non-nationaux français). Pour chaque pays où vous détenez un patrimoine, il est idéal de rédiger un testament local (en thaï, japonais, bahasa ou vietnamien) chez un notaire local, tout en le coordonnant avec le testament français pour éviter toute contradiction.
Les notaires français spécialisés en droit international privé sont au centre du dispositif. Ils peuvent :
– auditer les différents régimes de succession en jeu ;
– anticiper les conflits de lois ;
– articuler les clauses de testaments multiples ;
– proposer des structures (SCI, sociétés étrangères, clauses de démembrement, donations au dernier vivant, etc.) permettant de réduire l’impact fiscal global.
Les honoraires pour ce type de structuration (entre 1 500 et 5 000 € selon la complexité) sont souvent négligeables par rapport aux économies potentielles sur une succession de plusieurs millions.
En synthèse : l’Asie, vraie diversification… sous réserve d’un pilotage franco‑centré

Les marchés immobiliers asiatiques offrent à un resident francais une combinaison rare : hauts rendements potentiels (Thaïlande, Cambodge, Bali), diversification en devises et en géographies (yen japonais, baht thaï, dollar américain au Cambodge), et parfois portes d’entrée vers des visas de long séjour. Mais cette promesse de performance s’accompagne d’une réalité incontournable : au décès, c’est la France qui aura souvent le dernier mot fiscal.
En France, les biens asiatiques sont généralement intégrés à l’ensemble du patrimoine taxable, avec une application des règles de réserve héréditaire et des barèmes français. Les conventions internationales offrent peu de marges de manœuvre. Chaque pays asiatique applique ses propres critères : seuil de 100 millions THB en Thaïlande, barème élevé au Japon, exonération d’héritage en Indonésie, exonérations ciblées au Vietnam.
Aborder Succession et immobilier en Asie pour un résident français exige donc un renversement de perspective : au lieu de partir du produit immobilier ou du rendement espéré, il vaut mieux commencer par une photographie détaillée de la situation familiale et fiscale française, puis superposer les spécificités de chaque pays d’investissement. Un achat bien préparé, juridiquement cadré dans les deux systèmes (France + pays asiatique) et articulé avec une stratégie de transmission cohérente, peut devenir un puissant levier de diversification et de protection patrimoniale, y compris pour les générations suivantes. Sans cette anticipation, le jour de la succession, ce même achat risque de se transformer en parcours d’obstacles pour des héritiers confrontés simultanément à plusieurs administrations fiscales et à des règles de propriété parfois radicalement différentes.
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