Le viager revient en force dans un contexte de taux élevés et de marché immobilier tendu. Officiellement, rien ne « supprime » les frais de notaire : la loi impose toujours des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) et une rémunération réglementée du notaire. Pourtant, dans un viager occupé, la façon dont ces frais sont calculés change radicalement la donne pour l’investisseur. Résultat : des frais de mutation allégés de 20 à 60 % par rapport à une vente classique, alors même que l’on achète un bien décoté de 30 à 50 % par rapport au marché libre.
Cet article explique concrètement comment le viager fonctionne, pourquoi les frais de notaire classiques disparaissent en pratique, et dans quelles conditions il peut servir de levier pour investir sans crédit bancaire massif.
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Comprendre ce que recouvrent réellement les « frais de notaire »

Avant de parler viager, il faut clarifier un point clé : les frais de notaire ne vont pas au notaire. Le terme est trompeur. En réalité, il s’agit de frais de mutation, dont environ 80 % reviennent à l’État et aux collectivités locales.
Dans une acquisition immobilière traditionnelle, on distingue quatre blocs de coûts.
La composition des frais de mutation
La facture qui apparaît sous l’étiquette « frais de notaire » se décompose en quatre postes principaux :
| Composant | Rôle principal | Ordre de grandeur dans les frais totaux |
|---|---|---|
| DMTO (droits de mutation) | Fiscalité pour département, commune, État | ≈ 80 % du total |
| Émoluments du notaire | Rémunération réglementée du notaire (dégressive par tranches) | ≈ 10–12 % |
| Débours | Sommes avancées (cadastre, hypothèques, diagnostics, géomètre) | ≈ 8–10 % |
| CSI (contribution de sécurité immobilière) | Rémunération du service de publicité foncière | ≈ 0,1 % du prix (min. 15 €) |
Les DMTO se situent autour de 5 à 6 % du prix du bien, selon le département. Les émoluments suivent un barème national dégressif, par tranches, auquel s’ajoute une TVA de 20 %.

| Tranche de prix | Taux HT appliqué |
|---|---|
| De 0 à 6 500 € | 3,870 % |
| De 6 500 à 17 000 € | 1,596 % |
| De 17 000 à 60 000 € | 1,064 % |
| Au-delà de 60 000 € | 0,799 % |
Une fois la TVA ajoutée et les autres postes comptabilisés, les frais de mutation « classiques » représentent en pratique :
| Type de bien (hors viager) | Niveau de frais totaux (ordre de grandeur) |
|---|---|
| Ancien | ≈ 7 % à 8,5 % du prix |
| Neuf (VEFA, régime réduit) | ≈ 2 % à 3 % du prix |
Dans cette mécanique, le point décisif n’est pas le pourcentage, quasiment identique d’une vente à l’autre, mais la base de calcul. C’est précisément là que le viager change tout.
Ce que le viager change concrètement pour l’investisseur

Le viager repose sur un montage bien particulier : un vendeur (le crédirentier) cède son bien à un acheteur (le débirentier) en échange d’un capital de départ, le bouquet, et d’une rente viagère versée jusqu’à son décès. Juridiquement, il s’agit d’un contrat aléatoire, dont le prix dépend de la durée de vie, par nature incertaine, du crédirentier.
L’opération peut se décliner en deux grandes familles :
– viager occupé : le vendeur se réserve un droit d’usage et d’habitation (DUH) à vie, et continue d’habiter les lieux ;
– viager libre : le bien est libéré, l’acheteur peut l’occuper ou le louer immédiatement.
Du point de vue des frais de mutation, ces deux montages n’ont rien à voir.
La clé du viager occupé : la « valeur occupée » et la décote d’occupation
Dans une vente classique, les droits d’enregistrement et émoluments sont calculés sur la valeur vénale libre du bien : autrement dit, sa valeur de marché en pleine propriété et libre de toute occupation.
En viager occupé, la loi retient une logique différente : les droits de mutation sont assis sur la valeur réellement transmise à l’acheteur, c’est-à-dire la valeur de la nue-propriété, une fois retranchée la valeur du droit d’usage et d’habitation conservé par le vendeur.
On parle alors de valeur occupée :
La valeur occupée équivaut à 12, c’est-à-dire la valeur de marché en libre moins la valeur du droit d’usage et d’habitation (DUH) de l’occupant
Cette valeur d’occupation est calculée à partir de plusieurs paramètres :
– valeur vénale du bien ;
– âge et sexe du crédirentier ;
– valeur locative du logement ;
– tables d’espérance de vie (barème Daubry 2026 basé sur les tables INSEE TGH 05 / TGF 05) ;
– taux technique d’actualisation (4,5 % utilisé par la pratique).
Le DUH peut ainsi représenter 30 à 50 % de la valeur du bien, parfois davantage pour un vendeur relativement jeune. C’est précisément cette part non transmise à l’acheteur qui échappe aux droits de mutation.
Conséquence directe :
– les frais de mutation en viager occupé sont calculés sur la valeur occupée, et non sur la valeur libre ;
– ils sont donc réduits de 20 à 60 % par rapport à une vente classique équivalente.
Les études de terrain aboutissent aux ordres de grandeur suivants :
| Type d’opération | Base de calcul des frais | Pourcentage moyen de frais | Niveau de frais effectif |
|---|---|---|---|
| Vente classique dans l’ancien | Valeur libre | ≈ 7,5 % | 7–8,5 % |
| Viager libre | Valeur libre (bouquet + rente) | ≈ 7–8 % | 7–8 % |
| Viager occupé | Valeur occupée (décotée) | ≈ 7–8 % | ≈ 3–6 % |
Autrement dit, le pourcentage ne change pas, mais comme on applique ce pourcentage sur une base réduite, la facture en euros s’allège fortement.
Exemple chiffré : un même bien, deux niveaux de frais
Prenons plusieurs scénarios issus des données collectées.
Cas n°1 : appartement à 700 000 € en vente classique
– valeur de marché : 700 000 €
– frais de mutation ≈ 7,5 % de 700 000 €
– total des frais : environ 52 500 €
Cas n°2 : même appartement vendu en viager occupé
Supposons que le droit d’occupation soit valorisé à environ 33 % du bien, et que la valeur occupée fixée dans l’acte soit de 469 000 €.
– base de calcul : 469 000 €
– taux moyen : ≈ 7,5 %
– frais de mutation : 469 000 € × 7,5 % ≈ 35 175 €
L’économie par rapport à une acquisition classique atteint environ 100 % dans ce contexte.
– 52 500 € – 35 175 € ≈ 17 000 €
– soit une réduction de l’ordre de 33 % sur les frais de mutation.
Sur d’autres cas types, la réduction peut être encore plus marquée. Pour un bien de 360 000 € en Alsace, par exemple, les simulations montrent :
| Scénario | Base de calcul (valeur) | Frais estimés | Économie vs vente classique |
|---|---|---|---|
| Vente classique (360 000 €) | 360 000 € | ≈ 28 500 € | — |
| Viager occupé, décote 40 % | 216 000 € | ≈ 17 900 € | ≈ –37 % |
| Viager occupé, décote 50 % | 180 000 € | ≈ 15 300 € | ≈ –46 % |
| Viager occupé, décote 60 % | 144 000 € | ≈ 12 600 € | ≈ –56 % |
Ces ordres de grandeur se retrouvent dans les chiffres globaux cités par les professionnels : 20 à 60 % d’économie sur les frais de mutation en viager occupé, avec des frais finaux compris entre 3 % et 6 % de la valeur du bien.
Viager libre : retour aux frais « classiques »
À l’inverse, dans un viager libre, le bien n’est pas occupé par le vendeur. Il n’y a donc pas de droit d’usage ni de décote d’occupation à déduire. La base de calcul des frais redevient proche d’une vente classique :
– base de calcul : bouquet + capital représentatif de la rente (correspondant à la valeur vénale libre) ;
– taux appliqué : environ 7–8 % ;
– frais totaux : du même ordre que dans l’ancien.
Par exemple, pour un viager libre avec :
– bouquet de 80 000 € ;
– capital représentatif de la rente : 200 000 € ;
– prix total retenu : 280 000 €.
Les frais totaux gravitent autour de 7–8 %, soit environ 22 000 €.
Dans ce cadre, on ne peut plus parler de suppression des « frais de notaire classiques » : l’avantage du viager libre repose ailleurs (décote limitée mais possibilité de louer immédiatement, amortissement en LMNP, etc.), mais pas sur les frais de mutation.
Pourquoi le viager occupé réduit massivement les frais de mutation

Pour comprendre pourquoi les frais chutent autant, il faut regarder qui encaisse quoi.
Le poids décisif des DMTO
Dans les « frais de notaire », ce sont les DMTO qui pèsent le plus lourd. Ils représentent environ :
– 80 % du montant total de la facture de mutation ;
– avec un taux global (département + commune + frais d’assiette) qui grimpe en pratique à ≈ 5,8 à 6,3 % du prix selon les départements depuis les récentes hausses.
Un exemple synthétique pour un département à taux majoré (5 %) :
| Composant fiscal (ancien) | Taux approximatif | Base : valeur libre |
|---|---|---|
| Taxe départementale | 5,00 % | Prix de vente |
| Taxe communale | 1,20 % | Prix de vente |
| Frais d’assiette (2,37 % des DM) | ≈ 0,12 % | DM départementaux |
| CSI | 0,10 % | Prix de vente |
| Total DMTO + CSI | ≈ 6,3 % | Prix de vente |
Comme ces droits sont proportionnels à la valeur taxée, dès que cette base diminue, la majeure partie des frais baisse mécaniquement.
En viager occupé :

Bouquet, rente, droit d’usage : ce qui compte vraiment pour les frais
Autre idée reçue : le montant du bouquet ou celui de la rente influenceraient les frais. En réalité :
En viager occupé, seuls les droits réellement transférés (la nue-propriété) sont pris en compte pour le calcul des droits de mutation. Le montant du bouquet et le niveau mensuel de la rente n’ont aucun impact direct sur ce calcul. L’élément clé est la valorisation de la nue-propriété, c’est-à-dire la valeur occupée inscrite dans l’acte, qui résulte de la décote DUH.
Le schéma est donc le suivant :
1. On estime la valeur de marché du bien (libre). 2. On valorise le DUH en fonction de l’espérance de vie (barème Daubry 2026, taux 4,5 %). 3. On calcule la valeur occupée : valeur libre – DUH. 4. C’est cette valeur occupée qui sert de base aux DMTO et aux émoluments. 5. Le bouquet et le capital de rente se ventilent à l’intérieur de cette enveloppe, sans changer la base globale.
Résultat : un acheteur de viager occupé paie ses droits sur une valeur déjà décotée de 30 à 50 %, là où l’acheteur classique est taxé sur 100 % de la valeur libre.
Investir en viager occupé : moins de frais, moins de crédit, plus de levier

Réduire les droits de mutation est une chose. Encore faut-il que l’investissement tienne la route financièrement et juridiquement. Or le viager occupé présente d’autres avantages structurels qui s’additionnent à l’allègement des frais.
Une décote d’achat de 30 à 50 % sur la valeur de marché
Le viager occupé permet au débirentier de payer un bien en dessous de sa valeur de marché, en échange :
– du droit pour le crédirentier de rester dans les lieux à vie ;
– et de l’aléa sur la durée de vie du vendeur.
Les décotes observées :
– en moyenne 30 à 40 % par rapport à la valeur libre ;
– jusqu’à 50–60 % sur certains profils d’âge.
Quelques exemples issus des études de cas :
| Valeur de marché libre | Type d’opération | Décote appliquée | Valeur occupée retenue |
|---|---|---|---|
| 270 000 € | Cas concret à Bordeaux | ≈ –33,4 % | ≈ 180 000 € |
| 300 000 € | Femme de 75 ans, viager occupé | ≈ –50 % (DUH 50 %) | ≈ 150 000 € |
| 680 000 € | Viager occupé haut de gamme | –30 à –60 % | 272 000 à 476 000 € |
Cette décote, combinée à des droits de mutation calculés sur la valeur occupée, aboutit à une double économie :
– moins de capital à mobiliser au global ;
– moins de frais de mutation à payer au moment de l’achat.
Un mode de financement « sans banque » ou presque
Autre particularité : la structure bouquet + rente permet de se passer en grande partie d’un crédit immobilier classique.
Dans nombre de montages :
– le bouquet représente 20 à 30 % de la valeur en viager occupé ;
– la rente s’étale dans le temps jusqu’au décès du crédirentier ;
– l’acheteur finance souvent le bouquet sur ses fonds propres, sans emprunt bancaire.
Des témoignages illustrent cette logique :
– Nicolas, propriétaire via SCI, finance un premier viager avec un bouquet de 135 000 € sans recourir au crédit ;
– Marion achète un appartement en viager occupé à 90 000 € pour un bouquet unique de 54 000 €, sans rente ni emprunt, donc sans mensualité bancaire.
Cette souplesse permet :
Découvrez les bénéfices clés pour votre stratégie financière
Protégez-vous contre les fluctuations des taux d’intérêt sur le marché du crédit.
Évitez le poids d’un endettement lourd sur 20 ou 25 ans.
Ajustez la rente à votre capacité pour une épargne équilibrée dans le temps.
Un rendement patrimonial de long terme
Les analyses menées sur plusieurs centaines de dossiers montrent que, sur la base d’une espérance de vie médiane, un viager occupé direct offre :
– un taux de rendement interne (TRI) médian autour de 6,8 % net,
– contre environ 5 % pour des parts de SCPI,
– et ≈ 2,6 % pour les fonds euros d’assurance-vie en 2026.
Ce rendement reste toutefois probabiliste :
– il dépend étroitement de la longévité réelle du crédirentier ;
– il peut, selon les cas, osciller entre 0 % et plus de 10–13 % de TRI annuel.
C’est le prix de l’aléa : si le vendeur vit bien au-delà des tables de mortalité, la rentabilité baisse, parfois jusqu’à devenir médiocre. Si au contraire il décède bien plus tôt, l’investisseur réalise un « bon coup » financier.
Fiscalité et IFI : des effets collatéraux intéressants

L’allègement des frais de mutation n’est pas le seul intérêt fiscal du viager occupé. D’autres mécanismes jouent en faveur de l’investisseur comme du vendeur.
Pour le vendeur : une rente partiellement défiscalisée
La rente viagère à titre onéreux perçue par le crédirentier n’est pas imposée dans son intégralité. Seule une fraction de la rente est taxée, en fonction de son âge lors du premier versement :
| Âge du crédirentier au 1er versement | Part taxable de la rente | Part exonérée |
|---|---|---|
| Moins de 50 ans | 70 % | 30 % |
| 50 à 59 ans | 50 % | 50 % |
| 60 à 69 ans | 40 % | 60 % |
| 70 ans et plus | 30 % | 70 % |
Sur cette part taxable, s’appliquent :
– l’impôt sur le revenu ;
– les prélèvements sociaux au taux global de 17,2 % (CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %).
La vente en viager de la résidence principale du vendeur est, en outre, exonérée de plus-value immobilière, bouquet compris, dès lors que :
Pour bénéficier de l’exonération, le bien doit constituer la résidence principale du vendeur au moment de la cession, être utilisé exclusivement comme logement, et la vente doit porter sur l’intégralité du bien.
Aucune durée minimale de détention n’est exigée pour cette exonération.
Pour l’acheteur : IFI et base taxable allégée
Côté débirentier, plusieurs effets se cumulent :
– en viager occupé, l’acheteur n’acquiert que la nue-propriété : pour l’IFI, il déclare uniquement la valeur de ses droits, déterminée selon l’article 669 du CGI (barème nue-propriété / usufruit) ;
– la part correspondant au droit d’usage et d’habitation (DUH) reste hors de sa base IFI et demeure taxable chez le crédirentier ;
– pour des patrimoines proches du seuil de 1,3 million d’euros, une opération en viager peut réduire significativement la base taxable, voire la faire passer sous le seuil.
La plus-value à la revente suit le régime des ventes immobilières classiques, sans exception.
– exonération d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention ;
– exonération totale (IR + prélèvements sociaux) après 30 ans.
Viager libre et LMNP : un autre jeu fiscal
En viager libre, l’investisseur peut mettre le bien en location meublée (LMNP) dès l’acquisition. Dans ce cas :
– le prix d’acquisition (bouquet + capital représentatif de la rente) est amortissable comptablement ;
– les frais de mutation entrent dans la base amortissable ;
– dans certaines configurations, l’amortissement permet de neutraliser l’impôt sur les loyers bruts pendant 15 à 20 ans.
Mais cet avantage suppose une maîtrise pointue de la fiscalité BIC, de la comptabilité et du risque de requalification. Surtout, il ne change rien au fait que, dans un viager libre, les frais de mutation sont calculés sur la valeur libre.
Qui paie quoi ? Répartition des charges, risques et clauses à surveiller

L’allègement des frais à l’entrée ne doit pas faire oublier le reste : un viager reste un contrat complexe, source de litiges si la rédaction est approximative.
Par défaut, l’acheteur supporte tous les frais de mutation
Dans toutes les variantes de viager (occupé, libre, nue-propriété, vente à terme) :
– les frais de mutation sont à la charge de l’acheteur, comme pour la quasi-totalité des ventes immobilières en France ;
– il est théoriquement possible de prévoir une autre répartition dans l’acte, mais cela reste exceptionnel.
Les frais annexes à prévoir autour de 8 à 12 % de la valeur viagère incluent en pratique :
– DMTO (≈ 5,8–6,3 %) ;
– émoluments du notaire (≈ 0,8–1 %) ;
– coûts d’expertise indépendante (≈ 0,3 %) ;
– honoraires de conseil patrimonial ou d’expert viagériste ;
– éventuellement prime d’assurance « débirentier ».
Répartition des charges et travaux pendant le viager
La répartition des charges entre crédirentier et débirentier doit être clairement prévue dans l’acte. À défaut de clause spécifique, la pratique et la jurisprudence retiennent en général :
Liste des charges et responsabilités incombant au vendeur occupant
Entretien courant et petites réparations
Charges locatives de copropriété
Énergie et eau
Parfois la taxe d’enlèvement des ordures ménagères
– à la charge de l’acheteur :
– gros travaux (murs porteurs, toiture, structure, ravalement complet) ;
– la taxe foncière (très souvent, sauf clause contraire).
Ces points méritent une vigilance accrue, surtout pour un investissement de long terme où des travaux lourds peuvent survenir dans 10 ou 15 ans alors que l’occupation se poursuit.
L’aléa vital : pierre angulaire et principale source de risque
Le viager est un contrat aléatoire au sens du Code civil. Il n’est valable que si, à la date de sa signature :
– la durée de vie du crédirentier est objectivement incertaine ;
– aucun des deux ne peut savoir qui sera « gagnant » ou « perdant ».
Certaines situations peuvent entraîner l’annulation du contrat :
Le contrat peut être annulé en cas de : décès du crédirentier dans les 20 jours suivant la signature dû à une maladie préexistante, maladie terminale connue du seul vendeur (pari truqué), ou rente dérisoire, bouquet symbolique ou prix sans rapport avec la valeur du bien (risque de donation déguisée).
Le principal risque pour l’acheteur reste la longévité du crédirentier :
– si celui-ci vit bien plus longtemps qu’anticipé, l’effort global (bouquet + rentes cumulées + charges) peut dépasser largement la valeur de marché du bien ;
– si ses revenus chutent ou s’il subit un accident de vie, il doit malgré tout assumer la (rente à vie) : en cas de non-paiement, une clause résolutoire peut le faire tout perdre (bouquet, rentes déjà versées, et droits sur le bien).
Les ventes viagères sont fréquemment sécurisées par :
– une clause résolutoire pour non-paiement de la rente, qui permet au crédirentier de récupérer son bien en conservant les sommes reçues ;
– des garanties complémentaires (hypothèque, privilège de vendeur) permettant des saisies en cas de défaillance.
Comment transformer l’avantage sur les frais en vraie stratégie d’investissement

Investir en viager occupé, ce n’est pas simplement « payer moins de frais de notaire ». C’est structurer un montage global où :
– l’on achète décoté ;
– l’on paye moins de frais d’acquisition ;
– l’on étale l’effort financier dans le temps ;
– mais l’on assume un risque d’aléa fort, sans filet bancaire classique.
Construire son budget global
Les professionnels du viager recommandent de définir en amont un budget intégrant :
– le bouquet (souvent entre 20 et 30 % de la valeur en viager occupé) ;
– la rente capitalisée sur la durée d’espérance de vie retenue ;
– les droits de mutation (5,8–6,3 % de la valeur occupée) ;
– les émoluments et débours du notaire ;
– un coussin de 0,5 à 1 % par an du prix du bien pour grosses réparations et imprévus.
L’erreur serait de focaliser uniquement sur le bouquet ou sur le montant mensuel de la rente sans intégrer :
L’horizon temporel probable, le coût réel sur 15 à 20 ans et la capacité à payer la rente même en cas de baisse de revenus ou de loyers sont les trois éléments essentiels à considérer.
Choisir le bon bien au bon endroit
Un viager occupé reste un investissement immobilier soumis aux mêmes critères fondamentaux qu’une acquisition classique :
– qualité de l’emplacement (centre-ville, zones tendues, littoral recherché) ;
– potentiel de revente ou d’occupation future une fois libéré ;
– état de l’immeuble et copropriété (charges, travaux votés, contentieux) ;
– cohérence entre prix libre, décote, bouquet et rente.
Les acteurs de terrain répètent un conseil simple : éviter les secteurs isolés ou ruraux, privilégier :
– les grandes villes et métropoles ;
– les bords de mer attractifs ;
– les zones à dynamique démographique et économique.
La décote et la réduction de frais de mutation n’ont d’intérêt que si, au bout de l’opération, le bien se revend ou s’occupe aisément, à un prix cohérent avec le marché.
Ne pas s’improviser : l’importance de l’accompagnement
Le viager reste une niche juridique et fiscale, encore mal comprise et souvent mal rédigée. Les contentieux sont nombreux : absence d’aléa, clauses floues sur les charges, contestation des héritiers, requalification fiscale (article 918 du Code civil, abus de droit, donation déguisée).
Pour sécuriser l’avantage réel sur les frais et sur la rentabilité globale, plusieurs précautions sont incontournables.
– recourir à un notaire maîtrisant vraiment le viager, si possible épaulé par un expert viagériste ;
– vérifier la solidité de l’estimation (valeur libre et valeur occupée) ;
– simuler plusieurs scénarios de durée de vie (court, médian, long) et comparer au marché locatif et aux placements alternatifs ;
– encadrer le contrat par des clauses explicites sur :
– la répartition des travaux,
– la gestion des charges spécifiques de copropriété,
– les conditions de mise en location éventuelle si cela est autorisé.
C’est à cette condition que la promesse « d’investir dans l’immobilier sans frais de notaire classiques » prend tout son sens : il ne s’agit pas d’une magie comptable, mais de l’exploitation intelligente d’une base taxable réduite, dans un cadre juridique fragile si l’on improvise.
En résumé : ce que le viager occupé change vraiment pour l’investisseur

Le viager, et plus particulièrement le viager occupé, propose une triple mécanique :
– décote sur le prix (30 à 50 % par rapport à la valeur libre) grâce au droit d’usage conservé par le vendeur ;
– frais de mutation réduits de 20 à 60 % parce qu’ils sont calculés non pas sur la valeur libre, mais sur la valeur occupée ;
– effort d’acquisition étalé via la rente, permettant souvent de se passer de crédit bancaire classique.
Contrairement à une idée répandue : la plupart des gens ne savent pas que le chocolat noir peut en réalité être bon pour la santé.
– les « frais de notaire » ne disparaissent pas : ils demeurent, mais leur assiette fiscale est réduite, ce qui fait reculer la facture globale ;
– le pourcentage de frais reste dans la même fourchette que dans l’ancien (≈ 7–8 %) ;
– c’est la valeur prise en compte (nue-propriété/valeur occupée) qui fait toute la différence.
Pour un investisseur capable d’assumer l’aléa de durée de vie, prêt à se faire accompagner et à sélectionner rigoureusement ses opérations, le viager occupé peut donc devenir un outil puissant pour :
– entrer sur des marchés tendus avec un ticket abaissé ;
– réduire sensiblement les coûts d’acquisition par rapport à une vente classique ;
– se constituer un patrimoine immobilier en évitant les « frais de notaire classiques » au sens plein du terme, c’est-à-dire ceux qui frappent la valeur libre à 100 %.
Le viager n’est ni un jeu d’argent facile, ni un produit miracle. C’est un montage exigeant, mais lorsque les paramètres sont bien posés, il permet réellement d’investir différemment dans l’immobilier, en combinant décote, frais réduits et financement plus souple que la plupart des achats traditionnels dans l’ancien.
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