Préparer sa retraite ne se résume plus à compter sur sa seule pension de base et complémentaire. Entre allongement de la durée de vie, pensions peu revalorisées et fiscalité mouvante, de plus en plus d’épargnants cherchent des solutions pour se créer, à côté de leurs droits retraite, une véritable rente privée. C’est précisément là que l’immobilier papier, et en particulier les SCPI, trouvent toute leur place.
Les SCPI versent des loyers sous forme de dividendes (souvent trimestriels ou mensuels) avec des rendements supérieurs aux placements sans risque. Pour en faire un pilier de retraite, maîtrisez la fiscalité, le calendrier avant/après retraite et le choix du bon emballage : détention en direct, assurance vie, PER ou démembrement.
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Pourquoi les SCPI sont devenues un outil central pour la retraite

Les chiffres résument bien l’enjeu. En 2025, le taux de distribution moyen des SCPI de rendement s’est établi à 4,91 % d’après l’ASPIM et l’IEIF, quand les fonds en euros d’assurance vie affichaient en moyenne 2,65 %, selon l’ACPR. Autrement dit, pour un même capital de 100 000 €, l’immobilier papier a produit environ deux fois plus de revenus que l’épargne garantie en euro.
En 2025, certaines SCPI atypiques ont atteint un rendement brut supérieur à 15 %.
Dans le même temps, les pensions de retraite, elles, ont été très faiblement revalorisées, autour de 0,9 % en 2026. Le décalage entre la progression du coût de la vie et celle des retraites rend donc indispensable la constitution de revenus complémentaires.
Pour autant, investir en SCPI pour la retraite n’est ni un livret d’épargne magique ni un revenu garanti. Rendements non garantis, risque de baisse de la valeur de la part, liquidité parfois lente, fiscalité lourde en direct : pour transformer cet outil en véritable levier de pension, il faut structurer une stratégie dans le temps.
Comprendre l’arbitrage majeur : rendement vs fiscalité

L’un des pièges classiques consiste à ne regarder que le rendement brut affiché par la SCPI sans intégrer la fiscalité. Or les revenus de SCPI détenues en direct sont imposés comme des loyers classiques, sous le régime des revenus fonciers, avec une addition qui peut faire mal : tranche marginale d’imposition (TMI) + 17,2 % de prélèvements sociaux. Selon la situation du foyer, le taux global peut ainsi aller de 17,2 % (TMI 0 %) à 62,2 % (TMI 45 %).
Pour un actif avec une TMI de 41 % ou 45 %, les revenus fonciers sont fortement imposés. Il est donc conseillé de privilégier des montages comme le crédit immobilier, le démembrement de propriété, l’assurance vie ou le Plan Épargne Retraite (PER) pour différer ou réduire cet impôt, plutôt que de cumuler des revenus fonciers pleinement taxés avant la retraite.
À l’inverse, en retraite, la donne change. La TMI baisse souvent d’un ou deux crans, parce que les revenus d’activité disparaissent. Ce glissement a un effet immédiat sur la rentabilité nette des SCPI.
L’impact de la tranche marginale en retraite
Sur un scénario simple de 10 000 € de revenus bruts annuels issus de SCPI, on obtient, selon la TMI en retraite, les résultats suivants (en intégrant l’impôt et les prélèvements sociaux à 17,2 %) :
| Profil de retraite | TMI | Impôt + prélèvements (€/an) | Net encaissé (€/an) | Rendement net sur le brut |
|---|---|---|---|---|
| Petite pension (< 20 000 €/an) | 11 % | 2 820 € | 7 180 € | 71,8 % |
| Retraite confortable (30–50 k€/an) | 30 % | 4 720 € | 5 280 € | 52,8 % |
| Cadre supérieur (50–80 k€/an) | 41 % | 5 820 € | 4 180 € | 41,8 % |
| Très grande retraite (≥ 80 k€/an) | 45 % | 6 220 € | 3 780 € | 37,8 % |
On voit bien que plus la TMI baisse à la retraite, plus le rendement net se rapproche du rendement brut. C’est précisément ce différentiel qui rend pertinent, pour beaucoup de ménages, de faire en sorte que la rente SCPI n’arrive qu’au moment où le taux d’imposition aura diminué.
Trois grands temps pour utiliser les SCPI dans une stratégie retraite

Pour préparer une retraite avec l’immobilier papier, la logique n’est pas la même à 35 ans, 50 ans ou déjà retraité. Les outils et les formes de détention des SCPI varient selon la phase de vie.
Pendant la vie active : crédit, PER, démembrement
Lorsque l’on est encore en activité, souvent fortement imposé, l’objectif est double : construire un capital immobilier diversifié et optimiser la fiscalité. Trois leviers se combinent particulièrement bien avec les SCPI.
D’abord le crédit. Acheter des parts de SCPI à crédit permet de mobiliser la puissance de l’effet de levier : les loyers distribués par la SCPI aident à rembourser les mensualités, tandis que les intérêts d’emprunt sont déductibles des revenus fonciers. Dans un environnement où des SCPI de rendement servent entre 4,5 % et 6 %, et où les taux de crédit immobilier dédiés aux SCPI oscillent entre 3,85 % et 5,35 % sur 10 à 15 ans, l’écart peut rester attractif. En pratique, l’effort d’épargne mensuel peut être limité, surtout si le projet est calibré sur la durée restante d’activité : à la retraite, le crédit est soldé et l’investisseur ne conserve que les loyers.
Loger des SCPI dans un PER, notamment assurantiel, permet de déduire les versements du revenu imposable, jusqu’à 10 % des revenus professionnels (plafond d’environ 38 000 € pour un salarié en 2026). Pour un foyer à 30 % de TMI, 10 000 € de cotisations génèrent 3 000 € d’économie d’impôt. Les loyers des SCPI capitalisent sans être taxés durant la phase d’épargne, mais les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite, et la sortie est fiscalisée : capital soumis à la TMI, plus-values au PFU de 31,4 %.
Enfin, le démembrement temporaire de propriété, sans doute l’arme la plus fine pour qui n’a pas besoin de revenus tout de suite. En achetant la nue-propriété de parts de SCPI pour une durée fixe (souvent entre 5 et 15 ans, parfois jusqu’à 20 ans), l’investisseur renonce aux loyers pendant cette période mais achète ses parts avec une forte décote : environ 20–23 % sur 5 ans, 30–37 % sur 10 ans, plus de 40 % sur 15 à 20 ans. Pendant tout le démembrement, il ne perçoit aucun revenu… donc ne paie aucun impôt ni prélèvement sociaux, ni IFI sur ces parts. À l’échéance, la pleine propriété se reconstitue automatiquement, sans impôt, et les loyers commencent à tomber, idéalement pile au moment de la retraite, alors que la TMI a diminué.
À l’approche de la retraite : préparer la bascule des revenus
À partir de 50–55 ans, beaucoup de ménages commencent à chiffrer plus finement leur future pension et le « trou » à combler. C’est le moment où la durée d’investissement restante (8–10 ans au minimum pour les SCPI) se cale quasiment sur le calendrier de départ à la retraite.
Deux stratégies se combinent particulièrement bien :
D’un côté, poursuivre ou lancer un démembrement de nue-propriété sur 7 à 10 ans, afin que la pleine propriété se reconstitue à 62–65 ans avec un maximum de décote à l’achat. À 55 ans, acheter la nue-propriété sur 10 ans permet d’obtenir aujourd’hui 32–36 % de parts de plus pour le même capital investi, tout en ne subissant aucune fiscalité pendant la phase d’activité alors que la TMI est souvent à 30 % ou 41 %. À 65 ans, l’investisseur récupère l’usufruit et commence à percevoir les loyers, mais sur une base de parts largement accrue.
Un capital de 200 000 € en SCPI peut générer environ 500 € nets mensuels, avec un rendement brut de 5 à 5,5 % et une TMI de retraite à 30 %.
En retraite : transformer le capital en rente régulière
Une fois à la retraite, la priorité n’est plus la défiscalisation mais la stabilité de la rente nette. Deux paramètres prennent le dessus : la TMI réellement applicable (souvent 11 % ou 30 %) et la nature des SCPI détenues (France vs Europe, détention en direct ou via enveloppe).
Pour un retraité avec une TMI de 30 %, les revenus de SCPI françaises sont soumis au barème + 17,2 % de prélèvements sociaux, alors que les revenus de SCPI investies à l’étranger bénéficient d’un traitement plus doux. Grâce à la jurisprudence européenne (arrêts De Ruyter et Dreyer) et à leur intégration dans la loi de financement de la Sécurité sociale, les revenus immobiliers de source européenne échappent en grande partie aux prélèvements sociaux de 17,2 %, aboutissant à un taux effectif autour de 10 % pour un TMI de 30 %.
Sur un flux de 10 000 € bruts issus de SCPI européennes, la charge fiscale globale peut ainsi tourner autour de 1 000 €, laissant 9 000 € nets, soit environ 90 % du brut. À comparer avec les mêmes 10 000 € issus d’une SCPI 100 % France pour un retraité à 30 % de TMI : environ 5 280 € nets, soit un peu plus de la moitié du brut. Autant dire que, pour une stratégie de rente en retraite, l’arbitrage entre SCPI domestiques et européennes est décisif.
Démembrement : l’arme secrète de la retraite en SCPI

Parmi tous les outils disponibles, le démembrement temporaire de parts de SCPI est sans doute le plus directement adapté à la préparation de la retraite. Son principe est simple sur le papier : séparer temporairement l’usufruit (le droit de percevoir les loyers) et la nue-propriété (le droit de posséder les parts, sans revenu), pour les réunir à une date déterminée.
Pour un futur retraité qui n’a pas besoin de revenus aujourd’hui, mais qui veut maximiser ses revenus de demain, la logique est redoutablement efficace.
Comment fonctionne concrètement le démembrement de SCPI
En situation de démembrement temporaire de 5 à 20 ans, la société de gestion vend d’un côté la nue-propriété, de l’autre l’ usufruit. Le nu-propriétaire paie un prix décoté, l’usufruitier paie la partie correspondant aux loyers qu’il va percevoir pendant toute la durée.
Plus la durée est longue, plus la décote est forte. Les grilles habituelles du marché aboutissent à des ordres de grandeur suivants :
| Durée du démembrement | Décote typique sur la nue-propriété |
|---|---|
| 3 ans | ~ 13 % |
| 5 ans | 20–23 % |
| 7 ans | autour de 30 % |
| 10 ans | 32–36 % |
| 15 ans | > 40 % |
| 20 ans | > 46 % |
Un investisseur qui place 20 000 € en nue-propriété sur 10 ans, avec une décote de 36 % et une part à 204 €, se voit attribuer environ 152 parts, contre à peine 98 en pleine propriété. Pendant dix ans, il ne touche pas un euro de revenu sur ces parts… mais il ne paie ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux, ni IFI sur ce bloc. Au bout de 10 ans, la pleine propriété se reconstitue automatiquement, sans frais ni fiscalité spécifique. À partir de là, les loyers commencent à tomber sur un volume de parts bien plus élevé.
C’est véritablement un « triple zéro fiscal » pendant toute la durée du démembrement : zéro revenu, donc zéro IR, zéro prélèvements sociaux, et zéro IFI pour les démembrements non intra-familiaux.
Expert en défiscalisation
Pourquoi le démembrement colle si bien au calendrier de la retraite
Le démembrement est particulièrement puissant quand on est à une dizaine d’années de la retraite. À 55 ans, un investisseur peut acheter de la nue-propriété sur 10 ans, ne percevoir aucun revenu jusqu’à 65 ans, alors même qu’il reste dans une TMI élevée (30 % ou plus). Pendant cette période, il supporte une pression fiscale lourde sur ses autres revenus, mais n’ajoute aucune couche de revenus fonciers. Son capital travaille discrètement, à l’abri de l’impôt.
À 65 ans, deux choses se produisent. D’abord, la TMI chute souvent, parfois à 11 %, parfois à 30 % maximum. Ensuite, la pleine propriété revient automatiquement et les revenus locatifs se déclenchent. L’investisseur commence ainsi à toucher une rente au moment même où sa fiscalité devient plus clémente. Il a, en quelque sorte, programmé l’arrivée de ses revenus fonciers au bon moment.
Cette mécanique évite d’être imposé au mauvais moment : on capitalise sans revenus pendant les années de vie active où le taux marginal d’imposition (TMI) est élevé, puis on déclenche la rente quand le TMI baisse.
Les limites à garder en tête
Le démembrement n’est pas sans contraintes. La première est la liquidité : il est quasiment impossible de revendre une nue-propriété en cours de démembrement, sauf à accepter une forte décote et avec très peu de profondeur de marché. Le capital est donc immobilisé pour toute la durée prévue (entre 3 et 20 ans).
La seconde est l’absence totale de revenu pendant le démembrement. Cela convient parfaitement à un épargnant déjà correctement couvert en revenus d’activité, mais beaucoup moins à quelqu’un qui compte sur ses placements pour vivre. C’est pourquoi cette stratégie est plutôt réservée aux 45–60 ans fortement imposés, ou aux patrimoines déjà bien construits qui visent à optimiser le couple fiscalité/rente future.
Enfin, le choix de la durée est crucial. Les praticiens constatent qu’une durée de 7 à 10 ans offre le meilleur compromis entre niveau de décote et horizon raisonnable pour un projet de retraite. Au-delà de 15 ans, la décote supplémentaire est intéressante, mais l’horizon devient si long que d’autres aléas (évolution du marché immobilier, changement de projet de vie) peuvent brouiller la stratégie.
SCPI, assurance vie et PER : quelles combinaisons pour la retraite ?

Autre grande question structurante : faut-il détenir ses SCPI en direct, via un contrat d’assurance vie, ou au sein d’un PER ? Chacun de ces cadres a des avantages et des inconvénients très différents pour la préparation de la retraite.
SCPI en direct : rendement maximum, fiscalité immédiate
La détention en direct est la forme la plus simple : l’investisseur est propriétaire de ses parts au nominatif ou au porteur, perçoit directement les loyers, déclare les revenus fonciers, et gère lui-même ses arbitrages.
Les revenus fonciers sont imposés au barème de l’IR plus 17,2 % de prélèvements sociaux, sans report possible ; chaque euro est taxable l’année même. Les plus-values de cession subissent 19 % d’IR et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec des abattements progressifs : exonération d’IR à 17 ans de détention et des prélèvements sociaux à 30 ans.
En contrepartie, la sélection de SCPI disponibles est la plus large et les rendements bruts aussi, car il n’y a pas de couche supplémentaire de frais liés à une enveloppe. En 2024–2025, les SCPI détenues en direct affichaient en moyenne 4,5 à 5,5 % de rendement brut, là où les mêmes véhicules logés dans des assurances vie visaient plutôt 3,5 à 4,5 % à cause des frais de contrat.
SCPI dans l’assurance vie : fiscalité adoucie, meilleure liquidité
Loger des SCPI dans une assurance vie, c’est accepter un léger rabot sur le rendement brut en échange d’un traitement fiscal nettement plus favorable et d’une meilleure liquidité.
Les revenus des SCPI détenues dans un contrat d’assurance-vie ne sont pas imposés tant qu’aucun rachat n’est effectué. Lors d’un rachat, seuls les gains sont taxés selon l’ancienneté : avant 8 ans, la flat tax de 30 % (12,8 % + 17,2 %) s’applique sur la plus-value. Après 8 ans, un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) est accordé sur les gains, puis un taux réduit à 7,5 % (hors prélèvements sociaux) s’applique sur les primes inférieures à 150 000 €.
Cet abattement annuel permet, dans de nombreux cas, de retirer chaque année une partie de sa rente SCPI sans payer le moindre impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux restant dus. Pour une stratégie de complément de retraite, c’est un atout considérable.
La liquidité est également meilleure : même si les SCPI sous-jacentes sont peu liquides, l’assureur s’engage à assurer les rachats sur le contrat, avec un délai légal maximal de deux mois, souvent réduit en pratique à une à trois semaines. L’épargnant n’est pas directement exposé aux éventuelles files d’attente de rachats de la SCPI.
Le rendement brut d’une SCPI détenue en direct est de 5 %, tandis qu’en assurance vie, les frais de gestion réduisent ce rendement à 3,5-4,5 %.
SCPI dans un PER : le combo rendement + déduction fiscale
Enfin, l’intégration de SCPI dans un PER vise clairement la phase d’accumulation. Le gain principal n’est pas sur la rente immédiate, mais sur la capacité à déduire les versements du revenu imposable tout en capitalisant les loyers à l’abri de l’impôt.
Sur un PER assurantiel, un cadre à 41 % de TMI qui verse 10 000 € sur un support SCPI économise 4 100 € d’impôt l’année suivante. Entre-temps, les loyers versés par la SCPI sur le PER sont automatiquement réinvestis, sans aucune fiscalité. L’effet cumulatif sur 15–20 ans de ce « double turbo » (déduction + capitalisation sans impôt) est massif, à condition bien sûr que l’investisseur accepte le blocage jusqu’à la retraite et la fiscalité de sortie.
Cette solution n’a donc pas vocation à produire un revenu complémentaire avant l’âge de départ, mais à constituer un capital de SCPI dans une enveloppe fiscalement optimisée, qui sera ensuite converti en rente ou en retraits programmés.
Une question centrale : combien faut-il investir pour quel complément de pension ?

Au-delà de la technique, une question taraude tous les futurs retraités : combien dois-je investir en SCPI pour obtenir 300, 500 ou 1 000 € de revenus mensuels en plus de ma pension ?
Les simulations de marché donnent des ordres de grandeur. Avec un rendement cible de 5,5 % brut et en supposant une TMI de retraite à 30 %, les résultats approximatifs sont les suivants :
| Objectif de complément net mensuel | Hypothèse de TMI retraite | Hypothèse de rendement brut SCPI | Capital indicatif à investir |
|---|---|---|---|
| 500 €/mois | 30 % | 5,5 % | ~ 200 000 € |
| 1 000 €/mois | 30 % | 5,5 % | ~ 400 000 € |
| 1 500 €/mois | 30 % | 5,5 % | ~ 600 000 € |
Dans un cas concret, un cadre supérieur ayant eu un dernier salaire net de 7 500 € peut espérer, au moment de la retraite, une pension équivalente à environ 45 % de ce montant, soit 3 375 € par mois. S’il parvient à constituer un portefeuille de SCPI de 500 000 € servant 5,5 % brut, il obtient en ordre de grandeur 27 500 € de revenus bruts annuels, soit un peu plus de 1 200 € nets par mois avec une TMI de 30 %. Au total, il grimpe à environ 4 600 € de revenus mensuels, soit près de 61 % de son dernier salaire, contre 45 % sans SCPI.
Ce type de simulation montre que les SCPI ne remplacent pas la retraite obligatoire, mais peuvent en combler une bonne partie du déficit, à condition de commencer suffisamment tôt.
Les risques à ne pas sous-estimer quand on prépare sa retraite avec des SCPI

Le succès des SCPI ces dernières années ne doit pas masquer les nombreux risques attachés à ce type de placement, particulièrement sensibles lorsqu’il s’agit d’une stratégie retraite de long terme.
Les SCPI ne sont pas cotées en continu. Dans les SCPI à capital variable, les rachats dépendent des nouvelles souscriptions, avec des délais normaux de quelques semaines, mais des tensions (comme entre 2022 et 2024 pour certaines SCPI de bureaux) peuvent créer des listes d’attente ou des blocages. Dans les SCPI à capital fixe, la liquidité repose sur un marché secondaire peu actif, avec des sessions d’appariement trimestrielles ou semestrielles.
La seconde source de risque tient à l’évolution de la valeur de la part. En 2025, environ 14 SCPI à capital variable ont abaissé leur prix de souscription, parfois jusqu’à –15 à –20 % pour les plus exposées aux bureaux prime surpayés en 2020–2021. La moyenne des valeurs de part pondérées a reculé d’environ 3,45 %, ce qui a limité la performance globale (revenus + valorisation) du marché à 1,46 % sur l’année, malgré des distributions attractives. Certaines SCPI spécialisées ont même affiché des performances négatives très marquées.
Les revenus fonciers bruts sont affichés avant impôt. Pour un contribuable à 41% de TMI, l’imposition peut dépasser la moitié du rendement. Il est donc essentiel d’utiliser des enveloppes fiscales (assurance vie, PER) ou des montages comme le démembrement pour éviter que la fiscalité ne confisque l’essentiel du rendement.
Enfin, les frais d’entrée, souvent entre 8 et 12 %, imposent un horizon de détention long pour être amortisés. Investir en SCPI cinq ans avant la retraite avec l’idée de revendre rapidement ensuite n’a guère de sens : on risque de sortir quasiment au niveau de son investissement net de frais, voire en perte en cas de baisse de la valeur de la part.
Construire une stratégie retraite cohérente avec les SCPI

Face à toutes ces variables, la bonne approche consiste moins à chercher la « meilleure SCPI » qu’à concevoir un vrai plan retraite articulant plusieurs briques : SCPI en direct, SCPI via assurance vie, démembrement, PER, et éventuellement d’autres actifs (actions, obligations, épargne de précaution).
Une stratégie typique pourrait, par exemple, ressembler à ceci, sans reproduire un schéma standard mais en illustrant une logique :
À 45–55 ans, il commence en parallèle à acquérir de la nue-propriété de parts de SCPI sur 10 ans, calibrée pour reconstituer la pleine propriété vers 62–65 ans. Ce bloc vient s’ajouter, au moment de la retraite, au patrimoine déjà construit et soldé de dettes.
Une partie des versements sur un PER peut être allouée à des supports SCPI, bénéficiant de la déductibilité des cotisations et d’une capitalisation à l’abri des impôts. Cette somme est utilisée en seconde partie de retraite, par exemple pour sécuriser une rente viagère.
Enfin, à l’approche de la retraite, il arbitre une fraction de ses SCPI sur un contrat d’assurance vie pour lisser la fiscalité des retraits et profiter de l’abattement de 4 600/9 200 € sur les gains après 8 ans, en complément d’une poche de SCPI européennes détenues en direct pour profiter de la fiscalité allégée sur les revenus immobiliers de source étrangère.
L’essentiel est d’associer systématiquement chaque brique à un objectif précis : construction de capital, optimisation fiscale en phase d’activité, mise en place de rentes progressives, transmission ou défiscalisation IFI.
En conclusion : une pierre papier puissante, à manier avec méthode

Les SCPI se sont imposées comme l’un des rares outils capables de générer, sur longue période, des revenus complémentaires significatifs pour la retraite, sans les contraintes de la gestion locative directe. Avec un rendement moyen gravitant autour de 4,5–5 % ces dernières années et des pointes bien au-delà pour les véhicules les plus dynamiques, elles apportent une réponse concrète à la faiblesse des pensions réelles et à l’érosion de l’épargne sans risque.
Pour maximiser l’intérêt de la pierre-papier, il faut choisir le mode de détention adapté à chaque phase de vie (crédit, démembrement, assurance vie, PER), anticiper les effets de la TMI en activité puis à la retraite, arbitrer entre SCPI françaises et européennes, accepter la faible liquidité pour un horizon long, et ajuster progressivement le portefeuille à l’approche de la retraite.
Préparer sa pension avec des SCPI, ce n’est donc pas seulement « acheter du 5 % ». C’est organiser sur 15, 20 ou 30 ans un vrai plan de rente privée, où chaque euro est investi en ayant en tête le moment précis où il devra produire un revenu, et le taux auquel ce revenu sera imposé. C’est à cette condition que l’immobilier papier tient ses promesses : non comme un produit miracle, mais comme une brique solide d’un patrimoine pensé pour accompagner toute la vie, y compris après la dernière fiche de paie.
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