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Succession franco-belge : guide pratique pour les familles transfrontalières

par | Choisir sa résidence fiscale, Expatriation & stratégie internationale, Fiscalité à l’étranger, Fiscalité en France, Succession - Transmission
Publié le 15 juillet 2026

Vivre d’un côté de la frontière, travailler ou investir de l’autre, avoir des enfants répartis entre France et Belgique… De plus en plus de familles sont concernées par une succession « mixte » franco-belge sans toujours en mesurer les enjeux. Or une mauvaise anticipation peut conduire à des conflits familiaux, des délais administratifs interminables et, surtout, à une facture fiscale nettement plus lourde que nécessaire.

Bon à savoir :

Ce guide présente les règles applicables aux successions franco-belges en combinant le droit civil européen, la fiscalité française et belge, ainsi que les effets de la convention bilatérale de 1959. Son objectif est d’offrir aux familles transfrontalières des repères concrets pour préparer et régler une succession dans de bonnes conditions.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Comprendre le cadre européen : une loi civile unique, plusieurs fiscalités

Comprendre le cadre européen : une loi civile unique, plusieurs fiscalités

Depuis l’entrée en application du règlement (UE) n° 650/2012, souvent appelé « règlement Successions », la logique de base a changé : au lieu de multiplier les lois nationales en fonction du type de bien ou de son emplacement, l’Union européenne a imposé un principe d’unité de la loi civile applicable à la succession.

Concrètement, sauf choix contraire dans un testament, c’est la loi du pays de la résidence habituelle du défunt au moment du décès qui régit l’ensemble de la succession : ordre des héritiers, réserves, droits du conjoint, modalités de partage, etc. Peu importe que le patrimoine soit réparti entre Lille, Bruxelles et une maison de vacances à la Côte d’Azur : une seule loi civile s’applique.

Exemple :

La jurisprudence belge illustre ce critère par l’exemple d’un Belge ayant déménagé en Espagne puis revenu en Belgique pour des soins de fin de vie : ce retour temporaire ne suffit pas à prouver un transfert de résidence habituelle en Belgique, car l’examen porte sur la durée, les intérêts familiaux et économiques, et les raisons du séjour.

Le règlement prévoit aussi une soupape : si l’ensemble des circonstances montre que la personne avait des liens manifestement plus étroits avec un autre État que celui de sa dernière résidence, la loi de cet autre État peut, exceptionnellement, s’appliquer.

La professio juris : choisir la loi de sa nationalité

Le règlement ouvre une voie majeure de sécurisation pour les familles transfrontalières : la professio juris. Toute personne peut, par testament ou acte similaire, décider que sa succession sera régie non par la loi de sa résidence habituelle, mais par la loi d’un de ses États de nationalité.

Un Français installé durablement à Bruxelles peut ainsi choisir que sa succession reste soumise au droit français. Une Belge vivant à Lille peut, à l’inverse, désigner le droit belge. Cette option doit être exprimée clairement dans un testament (olographe ou notarié), sinon c’est la loi de la dernière résidence habituelle qui s’imposera.

Intérêts des familles franco-belges

stabiliser à l’avance les règles de partage, même en cas de déménagement ultérieur ;

choisir un système mieux adapté à la configuration familiale (présence d’enfants d’une première union, couple remarié, souhait de protéger le conjoint, etc.).

Une coordination civile, mais pas fiscale

Le règlement européen ne touche pas à la fiscalité des successions. Les impôts dus sur l’héritage restent de la compétence exclusive de chaque État, qui applique ses propres critères de taxation (domicile fiscal, localisation des biens, résidence des héritiers, etc.).

Dans une succession franco-belge, cela signifie qu’une même succession pourra :

être civilement régie par une seule loi (par exemple, la loi belge si le défunt vivait en Wallonie) ;

– mais être fiscalement imposée à la fois en France et en Belgique, suivant des logiques différentes.

C’est précisément pour encadrer ces situations entre France et Belgique qu’une convention bilatérale spécifique a été signée en 1959. Elle est toujours pleinement en vigueur, malgré plusieurs confusions persistantes sur une éventuelle mise à jour qui, à ce jour, n’a pas été ratifiée.

Fiscalité française et belge : deux logiques qui se croisent

Fiscalité française et belge : deux logiques qui se croisent

Pour bien mesurer les enjeux d’une succession franco-belge, il faut distinguer clairement les critères de taxation utilisés par chacun des deux États.

Comment la France taxe une succession

Le droit français opère une distinction entre résidents fiscaux et non-résidents, et entre localisation des biens.

En matière d’héritage, la France peut taxer :

l’ensemble du patrimoine mondial du défunt, si celui-ci était résident fiscal français au jour du décès, ou s’il l’a été au moins 6 années sur les 10 précédant le décès ;

uniquement les biens situés en France lorsque le défunt n’était pas résident fiscal français.

Bon à savoir :

L’article 750 ter du Code général des impôts retient trois points d’accroche pour l’application des droits de succession en France : la résidence fiscale du défunt, la localisation des biens transmis (notamment l’immobilier en France, les titres de sociétés françaises ou les parts de sociétés détenant majoritairement de l’immobilier français), et dans certains cas, la résidence des héritiers.

Une maison de vacances en Provence détenue par un couple résident en Belgique sera donc toujours imposable en France à la succession, même si aucun des membres de la famille n’y vit. Si, en plus, le défunt ou l’héritier répond aux critères de résidence française sur les 10 dernières années, la France peut étendre son droit de taxer à l’ensemble du patrimoine de la personne concernée.

Côté barème, la France applique des abattements généreux en ligne directe : chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 €, renouvelable tous les 15 ans pour les donations. Les conjoints mariés et partenaires de PACS sont totalement exonérés de droits de succession. Les taux sont ensuite progressifs :

Lien de parentéAbattement principalFourchette de taux
Enfants / parents100 000 €5 % à 45 %
Conjoint / PACSExonération totale0 %
Frères / sœurs15 932 €35 % puis 45 %
Neveux / nièces7 967 €55 %
Non-parents1 594 €60 %

Les héritiers éloignés ou non apparentés subissent donc une forte pression fiscale, jusqu’à 60 %.

Comment la Belgique taxe une succession

La Belgique adopte une logique différente. Elle regarde d’abord le domicile fiscal du défunt. Si celui-ci était résident belge au moment du décès, la Belgique taxe en principe l’ensemble de son patrimoine mondial, qu’il soit situé à Bruxelles, à Paris ou dans un autre État. Si le défunt n’était pas résident belge, elle se limite aux immeubles situés en Belgique.

Bon à savoir :

En Belgique, la taxation des successions dépend de chaque Région (Wallonie, Bruxelles-Capitale, Flandre). Chacune fixe ses propres barèmes et abattements selon le lien de parenté et la valeur nette recueillie.

Des barèmes régionaux contrastés

Les ordres de grandeur sont les suivants :

RégionLigne directe (enfants, parents, conjoint) – taux maxAutres liens – taux maxParticularités
WallonieJusqu’à 30 % en ligne directe, 80 % entre non-parentsJusqu’à 80 %Réforme annoncée plafonnant à 15 % en ligne directe ; régime actuel très lourd pour les héritiers non-apparentés.
Bruxelles-Capitale3 % à 30 % en ligne directeTaux élevés hors ligne directeExonération de la résidence familiale depuis 2014 ; régime spécifique pour entreprises familiales.
Flandre3 % à 27 % en ligne directeTaux plus doux que Wallonie pour collatérauxAbattement sur les avoirs mobiliers en ligne directe (porté à 75 000 € par réforme).

À la différence de la France, la Belgique ne prévoit pas systématiquement des abattements élevés. En Flandre, le conjoint survivant bénéficie d’un abattement spécifique sur une partie de ce qu’il reçoit. En Wallonie, les taux pour les héritiers sans lien de parenté peuvent atteindre 80 %, ce qui rend particulièrement coûteux les transmissions à des tiers.

Droits du conjoint et statut des partenaires

Un autre contraste important tient à la situation du conjoint survivant. En France, le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. En Belgique, le conjoint marié et le cohabitant légal conservent une réserve héréditaire mais restent imposables. Le partenaire en simple cohabitation de fait, non enregistré, n’a aucun droit successoral automatique : il n’hérite que s’il est expressément institué par testament, et paiera souvent les droits au taux le plus élevé, comme un tiers.

Conséquence pour une famille franco-belge

Une famille qui vit en Belgique, possède une maison en France et dont certains enfants sont installés à Paris sera confrontée à cette superposition de critères :

Attention :

La Belgique taxe l’ensemble du patrimoine du défunt (avec imputation pour biens déjà imposés à l’étranger), tandis que la France taxe uniquement les biens ayant un lien territorial avec elle : immeubles français, parts de SCI française et certains actifs financiers.

La convention franco-belge va déterminer comment répartir ces droits de taxation et éviter que le même bien ne soit taxé deux fois sans aucun mécanisme correcteur.

La convention franco-belge de 1959 : un pilier toujours en vigueur

La convention franco-belge de 1959 : un pilier toujours en vigueur

Signée en 1959 et toujours en vigueur, la convention franco-belge relative aux droits de succession a une fonction centrale : éviter ou réduire la double imposition en répartissant le droit de taxer entre les deux États.

Répartition de la compétence : immeubles, meubles, autres biens

La convention distingue plusieurs catégories de biens.

Pour les immeubles (maison, appartement, terrain), la règle est simple : c’est l’État où se trouve l’immeuble qui a le droit de taxer. Une maison à Paris sera taxée par la France, un appartement à Bruxelles par la Belgique.

Pour les meubles corporels (biens matériels autres que les immeubles), la logique est, en principe, la même : taxation dans l’État où ces biens sont situés au jour du décès.

Pour les autres biens (comptes bancaires, titres, créances, parts de sociétés, etc.), c’est l’État du domicile du défunt qui obtient la compétence exclusive. Pour un résident belge au jour du décès, la Belgique peut ainsi taxer les portefeuilles de titres détenus en France.

Bon à savoir :

L’État de domicile du défunt peut imposer certains biens situés dans l’autre État, mais doit accorder un crédit d’impôt pour éviter la double imposition.

Un exemple typique de succession d’un résident belge avec patrimoine mixte illustre ce mécanisme :

Type de bienSituationÉtat qui taxe en premier (convention)
Immeuble d’habitationParisFrance
Immeuble locatifBruxellesBelgique
Compte-titres en FranceBanque françaiseBelgique (État de domicile du défunt)
Compte-titres en BelgiqueBanque belgeBelgique

La convention organise donc une répartition « à la source » qui, en pratique, limite les cas de vraie double imposition. Cela explique pourquoi, dans la plupart des successions franco-belges classiques, il est rarement nécessaire de recourir au mécanisme général d’imputation de l’article 784 A du Code général des impôts français.

Imputation des droits étrangers en Belgique et en France

Lorsque le même bien – par exemple un immeuble – est imposé dans les deux pays, l’un des États doit accorder un crédit d’impôt. L’héritier doit alors prouver le paiement effectif de l’impôt étranger. C’est là un point pratique crucial pour les familles : les administrations n’échangent pas automatiquement ces informations et exigent des justificatifs précis.

Bon à savoir :

En Belgique, le Code des droits de succession permet une réduction des droits si un bien a déjà été taxé à l’étranger. Ce mécanisme était réservé aux immeubles situés hors de Belgique, mais la jurisprudence constitutionnelle récente a jugé cette exclusion discriminatoire. Désormais, l’imputation peut aussi s’appliquer à certains biens mobiliers étrangers.

Les décisions rendues imposent aux héritiers de fournir la preuve du paiement des droits étrangers dans un délai strict fixé par la pratique administrative (deux ans après le décès, dans plusieurs dossiers récents), faute de quoi la réduction risque d’être refusée. Le suivi des pièces et des délais devient donc un enjeu stratégique.

En France, pour les successions non entièrement couvertes par la convention ou pour certains schémas, l’article 784 A du CGI permet également d’imputer les droits de succession acquittés à l’étranger sur les droits français dus, dans la limite de la part de l’impôt français correspondant aux biens concernés.

Les droits des conjoints et des enfants : France vs Belgique

Les droits des conjoints et des enfants : France vs Belgique

Au-delà de la fiscalité, le choix de la loi applicable à la succession a des conséquences très concrètes pour la répartition du patrimoine entre conjoint, enfants, parents et autres proches.

La réserve héréditaire des enfants et du conjoint

Les deux pays connaissent la notion de réserve héréditaire, mais avec des dosages différents.

En France, la réserve vise principalement les enfants. Plus ils sont nombreux, plus la réserve globale augmente, mais la part disponible reste significative, surtout pour les familles nombreuses. La réserve des enfants représente :

1/2 de la succession s’il y a un enfant ;

2/3 s’il y a deux enfants ;

3/4 s’il y en a trois ou plus.

Le conjoint n’est réservataire que s’il n’y a pas de descendants. Dans ce cas, il bénéficie d’une réserve en pleine propriété correspondant à un quart de la succession.

En Belgique, la réserve des enfants est, en valeur relative, plus importante. La part minimale qui doit leur revenir est calculée ainsi :

Nombre d’enfantsPartie minimale globale réservée aux enfants
1 enfant1/2 de la succession
2 enfants2/3 de la succession
3 enfants ou plus3/4 de la succession

En parallèle, le conjoint survivant est également un héritier réservataire, y compris en présence d’enfants. Il bénéficie au minimum :

Exemple :

Le conjoint survivant a droit, selon son choix, soit à l’usufruit de la moitié des biens de la succession, soit à l’usufruit du logement familial et de son mobilier, même si cela excède la moitié en valeur.

Ce « noyau dur » protège très fortement le conjoint en Belgique, en particulier pour la conservation du domicile familial.

Répartition concrète en Belgique selon les situations

La loi belge prévoit ensuite des règles détaillées selon les configurations familiales.

Part des héritiers selon la situation successorale
Ce graphique illustre la répartition des droits successoraux (usufruit, nue-propriété ou pleine propriété) selon quatre situations familiales courantes, en France. Le conjoint survivant et les enfants reçoivent des parts variables, tandis qu’en l’absence de ces héritiers, la pleine propriété revient aux parents et collatéraux.

Le cohabitant légal bénéficie d’un droit spécifique : l’usufruit sur l’habitation familiale et le mobilier qui la garnit. Mais ce droit peut être retiré par testament ou par donation au profit d’autres personnes. Le partenaire en simple cohabitation libre n’a, lui, aucune vocation successorale sans disposition particulière.

Répartition concrète en France

Le droit français accorde également un rôle important au conjoint survivant, mais avec d’autres mécanismes.

En l’absence de testament :

– si tous les enfants sont issus du couple, le conjoint survivant peut choisir soit l’usufruit sur l’intégralité de la succession, soit un quart en pleine propriété ;

– si certains enfants ne sont pas communs au couple, le conjoint perd cette option et reçoit d’office un quart en pleine propriété, les enfants se partageant le reste.

Bon à savoir :

Sans enfants et avec parents du défunt vivants, le conjoint reçoit la totalité ou quasi-totalité de la succession. Si un ou deux parents survivent, des nuances s’appliquent. En l’absence d’enfants et de parents, le conjoint hérite de tout.

Les règles françaises sont considérées comme plus « souples » pour gérer les familles recomposées, notamment via la possibilité de donations entre époux et de clauses particulières dans les contrats de mariage pour étendre les droits du conjoint.

L’impact du choix de loi pour un couple franco-belge

Pour un couple mixte ou une famille vivant d’un côté de la frontière avec des attaches de l’autre, choisir entre droit français et droit belge peut profondément modifier l’équilibre au profit du conjoint ou des enfants.

– Une Belge vivant en France, remariée avec des enfants d’une première union, pourrait préférer le droit français, souvent jugé plus adapté à la protection du conjoint dans les familles recomposées, tout en respectant la réserve des enfants.

– Inversement, un Français vivant en Belgique, très attaché à ce que le logement familial reste pleinement protégé pour son conjoint survivant, pourrait trouver dans le droit belge une réserve en usufruit plus solide.

Cette dimension doit être abordée très tôt avec un notaire connaissant bien les deux systèmes, avant même de penser à la fiscalité.

Déclarations de succession et délais : France vs Belgique

Déclarations de succession et délais : France vs Belgique

Au-delà des règles de fond, la succession franco-belge est un dossier de délais et de formalités. Un retard de dépôt de déclaration peut coûter cher en intérêts et pénalités.

En Belgique : échéances et formalités régionales

La déclaration de succession doit en principe être déposée auprès du Bureau Sécurité Juridique (nouvelle dénomination du bureau d’enregistrement) compétent pour le dernier domicile du défunt en Belgique. Si le défunt était non-résident mais possédait un immeuble en Belgique, la déclaration est adressée au bureau compétent pour la commune où se situe le bien.

Le délai dépend du lieu du décès :

Lieu du décèsDélai de base pour déposer la déclaration (défunt résident belge)
Décès en Belgique4 mois à compter du décès
Décès dans un autre pays européen5 mois
Décès hors d’Europe6 mois

Pour les non-résidents soumis au droit belge en raison d’un immeuble, le Code des droits de succession prévoit un calcul spécifique, avec un délai pouvant aller jusqu’à 6 ou 7 mois selon le lieu du décès.

Attention :

Une prolongation de deux mois peut être demandée en cas de complexité familiale, de biens à l’étranger ou d’autorisation d’un juge de paix pour mineurs, et doit être faite avant l’expiration du délai initial.

Un dépôt tardif expose les héritiers à un intérêt de retard de 7 % par an, ce qui peut vite atteindre des montants importants sur un patrimoine conséquent. Le paiement intervient, en Wallonie et à Bruxelles, dans les deux mois suivant l’expiration du délai de dépôt de la déclaration. En Flandre, il doit intervenir dans les deux mois suivant la notification de l’avertissement-extrait de rôle.

La Belgique dispense de déclaration dans deux cas limités : si la succession d’un résident belge ne comprend aucun immeuble et qu’aucun droit n’est dû ; ou si l’actif brut est inférieur à 3 000 €.

En France : un calendrier différent

En France, la règle générale impose le dépôt de la déclaration de succession dans un délai de six mois à compter du décès si celui-ci survient en métropole. Si le décès a lieu à l’étranger, des délais allongés existent pour certains territoires d’outre-mer, mais pour une succession classique franco-belge, c’est le délai de 6 mois qui s’applique.

Astuce :

La déclaration doit être déposée auprès du centre des finances publiques – pôle enregistrement du dernier domicile du défunt en France. Si le défunt résidait à l’étranger, les héritiers doivent s’adresser au service des impôts des particuliers non-résidents (SIPNR).

En cas de retard, l’administration applique des intérêts de 0,2 % par mois, auxquels s’ajoute une majoration de 10 % en cas de dépôt postérieur au 13e mois, quel que soit le délai initial.

Pour les familles transfrontalières, il est essentiel de coordonner ces deux calendriers, d’autant que certaines pièces (par exemple, la preuve du paiement de droits à l’étranger pour bénéficier d’une imputation) doivent être rassemblées dans un laps de temps assez court.

Cas typiques de succession franco-belge

Cas typiques de succession franco-belge

Sans prétendre couvrir toutes les situations, quelques scénarios fréquents permettent d’illustrer les mécanismes à l’œuvre.

1. Résident belge avec maison secondaire en France

Un couple marié, domicilié en Wallonie, possède une maison de vacances en France et des placements en Belgique. À son décès :

civilement, sauf professio juris en faveur du droit français, la succession est régie par le droit belge (résidence habituelle en Belgique) ;

fiscalement, la Belgique, comme État de domicile, taxe la totalité du patrimoine mondial (maison française incluse) ; la France taxe la maison française en vertu de l’article 750 ter CGI.

La convention de 1959 attribue la taxation primaire de la maison française à la France, la Belgique devant réduire les droits dus au titre de ce bien d’un montant correspondant aux droits déjà acquittés en France, sur la base d’un taux moyen calculé par héritier. Les héritiers devront donc :

Démarches après le décès d’un non-résident possédant un bien en France

Trois étapes clés pour gérer la succession entre la France et la Belgique

Déclaration en France

Déposer une déclaration de succession en France pour l’immeuble français situé sur le territoire.

Déclaration en Belgique

Déposer une déclaration complète en Belgique regroupant tout le patrimoine du défunt.

Imputation des droits

Produire au SPF Finances la preuve du paiement des droits français pour obtenir l’imputation partielle sur les droits belges.

2. Résident français avec biens en Belgique

Un Français habitant Lille détient un appartement à Bruxelles et un portefeuille en France.

Civilement, sauf choix de loi, le droit français s’applique, France étant la résidence habituelle.

– Fiscalement :

France : taxe le patrimoine mondial (résidence fiscale en France) ;

Belgique : taxe l’appartement bruxellois, bien immobilier situé sur son territoire.

L’appartement belge est donc imposé deux fois en théorie. La convention prévoit que :

la Belgique a la priorité sur l’imposition de l’immeuble belge ;

– la France doit accorder, le cas échéant, un crédit d’impôt à hauteur de l’impôt belge acquitté sur ce bien.

L’héritier devra veiller à faire valoir ce crédit au moment de sa déclaration française.

3. Famille recomposée franco-belge

Une Française divorcée s’installe à Bruxelles, se remarie avec un Belge et a un enfant de cette nouvelle union, tout en ayant deux enfants d’un premier mariage restés en France. Elle possède un appartement à Bruxelles, une maison dans le Sud de la France et des placements financiers.

Si elle ne fait rien :

– à son décès, civilement, le droit belge s’appliquera par défaut (résidence habituelle en Belgique) ;

le conjoint survivant recevra l’usufruit sur l’ensemble des biens, les enfants la nue-propriété, y compris les enfants du premier lit.

Si elle choisit, par testament, d’opter pour la loi française :

– La succession sera répartie selon le droit français (réserve des trois enfants et droits du conjoint en pleine propriété ou en usufruit) ;

– La maison française restera civilement régie par le même droit que le reste du patrimoine, ce qui évite de jongler entre deux systèmes de réserve.

Dans les deux hypothèses, France et Belgique exerceront leurs droits de taxation respectifs sur les biens qu’ils sont autorisés à imposer. Le choix de loi est donc avant tout un choix de répartition familiale plus que de fiscalité pure.

Stratégies de préparation et rôle des professionnels

Stratégies de préparation et rôle des professionnels

Face à la complexité croissante des dossiers transfrontaliers, la préparation devient essentielle. Quelques axes se dégagent pour les familles installées entre France et Belgique.

Clarifier la résidence habituelle et le projet de vie

Le premier réflexe doit être de clarifier le lieu de résidence habituelle au sens du règlement européen. Ce n’est pas nécessairement le pays où l’on paie ses impôts sur le revenu, mais celui où se concentre réellement la vie familiale, sociale et économique.

Pour une personne qui voyage beaucoup ou partage sa vie entre deux pays, documenter ce choix (durée de séjour, attaches familiales, écoles des enfants, centre des activités professionnelles) permet de réduire le risque de conflit ultérieur sur la loi applicable.

Décider ou non d’une professio juris

À partir de là, la question de la professio juris devient centrale : souhaite-t-on que la succession reste régie par la loi du pays de nationalité, même en cas de déménagement ou de changement de situation ? Ce choix est particulièrement sensible pour :

les couples mixtes franco-belges ;

les familles recomposées ;

les personnes souhaitant favoriser le conjoint ou au contraire garantir une égalité stricte entre enfants.

Bon à savoir :

L’intervention d’un notaire expert en droit international privé, familier des pratiques françaises et belges, est indispensable pour transformer un choix en testament ou acte adapté.

Anticiper les enjeux fiscaux : donations, assurance-vie, démembrements

Sur le plan fiscal, les marges de manœuvre existent, à condition d’anticiper suffisamment tôt.

En France, les abattements de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans, permettent de transmettre progressivement une partie significative du patrimoine par donation. Le pacte Dutreil, pour les entreprises familiales, offre des réductions massives de droits en contrepartie d’engagements de conservation et de poursuite de l’activité.

En Belgique, les Régions ont mis en place des régimes très avantageux pour les transmissions d’entreprises familiales, avec exonération de droits de donation et, en Wallonie, exonération totale de droits de succession lorsque certaines conditions sont remplies (activité réelle, contrôle familial, engagement de poursuite de l’activité et de l’emploi sur plusieurs années).

Bon à savoir :

Pour les couples transfrontaliers, l’usufruit successif, les réversions de donation, les legs croisés entre conjoints ou les doubles legs (par exemple, un legs à un héritier et à une fondation) peuvent optimiser la charge fiscale globale tout en respectant les réserves héréditaires.

S’organiser sur le plan pratique : inventaires, documents, délais

Enfin, la préparation passe aussi par une organisation pragmatique :

dresser un inventaire des biens par pays (immeubles, comptes, contrats d’assurance-vie, parts de sociétés) ;

conserver les coordonnées des banques, notaires, conseils fiscaux en France et en Belgique ;

– consigner ses volontés (succession, funérailles, gestion des comptes numériques) ;

– identifier les héritiers et leurs coordonnées à l’étranger ;

– veiller au respect des délais de déclaration dans chaque pays et à la production, dans les temps, des justificatifs nécessaires pour bénéficier des crédits d’impôt.

Dans les successions franco-belges complexes, la coordination entre notaires des deux côtés de la frontière, avocats fiscalistes et, au besoin, conseillers en gestion de patrimoine spécialisés dans la relation franco-belge, s’avère souvent décisive pour éviter erreurs et surcoûts.

Le certificat successoral européen : un outil sous-utilisé mais précieux

Le certificat successoral européen : un outil sous-utilisé mais précieux

Le règlement européen a créé un instrument encore trop peu connu des familles : le certificat successoral européen. Délivré par l’autorité (souvent le notaire) du pays compétent pour la succession, ce certificat standardisé permet aux héritiers, légataires, exécuteurs testamentaires ou administrateurs de succession de faire reconnaître leurs droits dans tous les États membres liés au règlement.

Bon à savoir :

Un héritier résident en Belgique peut prouver sa qualité pour un compte bancaire ou un immeuble en France à l’aide d’un certificat successoral européen délivré par un notaire belge ou une juridiction compétente, sans nécessiter de jugement d’hérédité local.

Le certificat n’est pas obligatoire, mais il évite bien des formalités lorsqu’un patrimoine est éclaté entre plusieurs États. Ses copies certifiées ont une durée de validité limitée (en principe six mois), ce qui implique une mise à jour si la succession s’étale dans le temps.

En résumé : une succession, une loi civile, mais deux (au moins) administrations fiscales

En résumé : une succession, une loi civile, mais deux (au moins) administrations fiscales

La succession franco-belge est à la fois un défi juridique et fiscal. Grâce au règlement européen, une seule loi civile gouverne désormais la dévolution du patrimoine, soit celle du pays de la résidence habituelle, soit celle de la nationalité choisie par testament. En revanche, la France et la Belgique conservent chacune leurs propres règles de taxation, avec des critères variés (domicile fiscal, localisation des biens, résident du bénéficiaire).

Attention :

La convention de 1959 attribue l’imposition des immeubles à l’État de situation et prévoit des crédits d’impôt. Les héritiers doivent être vigilants sur la qualité des déclarations, les pièces justificatives et les délais fixés par chaque administration pour que ces mécanismes jouent pleinement.

Pour les familles transfrontalières, la meilleure protection reste une anticipation réfléchie : clarification de la résidence habituelle, choix éventuel de la loi applicable, mise à jour des testaments, usage intelligent des donations et des régimes préférentiels, et accompagnement par des professionnels rodés aux subtilités franco-belges. Dans un environnement en constante évolution, c’est le seul moyen de transformer une succession potentiellement conflictuelle et coûteuse en transmission apaisée et maîtrisée.

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