Longtemps restée en marge des radars, la Georgie s’est imposée en quelques années comme l’un des pays les plus simples au monde pour créer une entreprise, acheter un bien immobilier ou s’y installer durablement. Derrière cette image de « hub » agile entre Europe et Asie, il existe toutefois un cadre territorial et juridique très structuré, marqué par une décentralisation progressive, des règles spécifiques pour les étrangers – notamment sur la terre agricole – et des dispositifs nouveaux pour les nomades digitaux et les professionnels de l’IT.
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Un État unitaire en voie de décentralisation

La Georgie est un État unitaire dont l’organisation territoriale est encadrée par la Constitution et par un Code des collectivités locales adopté en 2014. Depuis une dizaine d’années, le pays a engagé un processus de décentralisation graduel, inspiré des standards européens.
La Constitution affirme que les citoyens règlent les affaires locales par l’intermédiaire d’organes représentatifs et exécutifs de l’auto‑gouvernement local. La séparation entre pouvoir central et collectivités repose sur le principe de subsidiarité : chaque problème doit être pris en charge par l’échelon le plus proche des citoyens, dès lors qu’il peut le faire de manière efficace.
Trois objectifs clés : accroître le rôle des municipalités, renforcer leurs ressources matérielles et financières, et construire une gouvernance locale fiable, transparente et responsable.
En pratique, la Georgie reste encore très centralisée. Une évaluation intermédiaire du ministère du Développement régional et des Infrastructures a montré qu’environ 68 % des indicateurs de la stratégie étaient atteints, sans que cela ne modifie profondément le niveau réel de décentralisation. Les compétences transférées restent souvent secondaires, tandis que les moyens financiers demeurent limités. Le gouvernement reconnaît la nécessité d’augmenter rapidement la part des recettes locales dans le PIB et d’accélérer le partage des recettes fiscales et le transfert de biens de l’État aux municipalités.
Une organisation territoriale à trois niveaux

Le territoire géorgien est structuré en trois échelons, avec une articulation encore marquée par l’héritage soviétique et par les conflits des années 1990.
Au sommet, deux républiques autonomes – Abkhazie et Adjara – sont reconnues par la Constitution. En pratique, seule Adjara est pleinement intégrée dans le système national : l’Abkhazie, tout comme la région dite de Tskhinvali / « Ossétie du Sud », échappe au contrôle effectif de Tbilissi depuis les conflits du début des années 1990 et de 2008. Le statut définitif de ces territoires ne sera fixé que dans un futur texte constitutionnel, une fois la juridiction de la Georgie rétablie sur l’ensemble de son territoire.
En Géorgie, le second niveau administratif comprend neuf régions ordinaires, les deux républiques autonomes et Tbilissi. Les régions ne sont pas des collectivités locales mais des relais entre l’État et les municipalités. Chaque région est dirigée par un commissaire d’État (gouverneur) nommé par le Premier ministre.
Le troisième niveau, celui qui intéresse le plus les investisseurs et nouveaux résidents, est celui des municipalités. Environ 300 unités locales (villes ou agglomérations de villages) forment la trame de l’auto‑gouvernement : chacune dispose d’un budget propre, d’un patrimoine et de compétences obligatoires et facultatives dans des domaines comme l’urbanisme, certaines infrastructures locales, ou encore une partie des services publics de proximité. C’est aussi à cet échelon que se nouent les questions d’accès au foncier, de permis de construire et de services quotidiens pour les nouveaux arrivants.
| Niveau territorial | Statut juridique | Nombre approximatif | Rôle principal |
|---|---|---|---|
| Républiques autonomes | Entités de premier niveau | 2 (Abkhazie, Adjara) | Autonomie politique encadrée par la Constitution |
| Régions + capitale | Unités de coordination de l’État | 9 + Tbilissi | Interface État / municipalités, commissaire d’État |
| Municipalités (villes, villages) | Collectivités locales d’auto‑gouvernement | ~300 | Gestion des affaires locales, budget et biens propres |
Cette structure est appelée à évoluer. Les documents de politique publique évoquent la création future d’un véritable niveau régional d’auto‑gouvernement, une réduction de la taille de certaines municipalités, ainsi qu’une redistribution plus nette des compétences et des ressources.
Un cadre pensé pour l’installation et l’investissement

Malgré ce contexte institutionnel encore en transition, la Georgie s’est bâtie une réputation de pays extrêmement accueillant pour les entrepreneurs, freelances et investisseurs étrangers.
Les autorités ont misé sur un environnement administratif allégé, des coûts faibles et des procédures rapides. Le pays s’est doté d’un portail d’enregistrement centralisé (napr.gov.ge), accessible en géorgien, en anglais et dans d’autres langues, qui permet de créer une société, modifier ses statuts, déposer ses comptes annuels ou consulter les registres d’entreprises. La disponibilité du système est présentée comme excellente, avec peu de interruptions.
Un environnement pro‑business assumé
La stratégie gouvernementale repose sur plusieurs leviers : fiscalité modérée, simplification radicale des démarches et accompagnement ciblé des étrangers. Des agences publiques telles qu’« Invest in Georgia » ou des prestataires privés aident ainsi les non‑résidents à franchir les étapes administratives, à surmonter les barrières de langue et à accéder aux dispositifs de soutien (cash‑back, financements bonifiés, incitations sectorielles).
Les investisseurs étrangers bénéficient d’un traitement largement aligné sur celui des nationaux pour la plupart des activités économiques. Ils peuvent détenir 100 % du capital d’une société géorgienne, sans obligation de partenaire local. L’ouverture d’un compte bancaire reste possible sans résidence, même si les contrôles de conformité (origine des fonds, justificatifs de revenus) sont plus poussés pour les non‑résidents.
Dans ce contexte, la Georgie occupe régulièrement une place de choix dans les classements internationaux sur la facilité de faire des affaires. La création d’entreprise y est parmi les plus rapides au monde, avec des frais publics relativement faibles.
Créer sa structure : entrepreneur individuel ou société (LLC)

Pour un étranger qui souhaite s’installer économiquement, deux formes dominent : l’entrepreneur individuel (souvent utilisé par les freelances et consultants) et la société à responsabilité limitée (équivalent de la LLC anglo‑saxonne).
L’entrepreneur individuel : la voie rapide des freelances
S’enregistrer comme entrepreneur individuel est généralement l’option la plus simple pour les travailleurs indépendants. La démarche se déroule à la Maison de la Justice. Le candidat présente son passeport, une adresse géorgienne (appartement loué ou bureau), une preuve de paiement des droits d’enregistrement, ainsi qu’un numéro de téléphone local et une adresse e‑mail.
Les frais et délais sont très attractifs. On retrouve, à partir de différentes sources, une fourchette de coûts particulièrement basse :
| Type de traitement | Redevance d’État (approx.) | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Enregistrement standard IE | 25 GEL (~9,50 USD) | 1 jour ouvrable à quelques jours |
| Enregistrement accéléré (même jour) | 75 GEL (~27,50 USD) | Le jour même |
| Déclaration optionnelle en anglais | 25 GEL supplémentaires | Ajoutée au dossier |
Des témoignages font état d’un montage complet – inscription comme entrepreneur individuel, ouverture d’un compte bancaire, adhésion au régime fiscal de petite entreprise à 1 % – réalisé en une après‑midi pour un coût total inférieur à 200 dollars.
Dès l’obtention du numéro de registre, l’activité peut commencer immédiatement, à condition de remplir les obligations fiscales incluant une déclaration mensuelle pour les bénéficiaires du régime à 1 %.
La société à responsabilité limitée : flexibilité maximale
Pour les projets plus structurés, l’option la plus fréquente reste la société à responsabilité limitée (LLC). Les étrangers peuvent en détenir l’intégralité des parts, sans plafond de participation.
Les demandes se déposent en ligne via le registre public ou sur place aux Maisons de la Justice. Documents requis : passeport avec tampon d’entrée, statuts et accord des fondateurs en géorgien (traduction notariée si besoin), formulaire d’enregistrement, nomination du directeur, consentement du propriétaire du local, justificatif de paiement des frais (100 à 200 GEL), numéro de téléphone géorgien et courriel.
Le tableau suivant récapitule les principaux coûts et délais pour une LLC :
| Service | Montant officiel (approx.) | Délai annoncé |
|---|---|---|
| Enregistrement standard d’une LLC | 100 GEL (~35–36,5 USD) | 1 à 2 jours ouvrables |
| Enregistrement accéléré | 200 GEL (~73 USD) | 1 jour ouvrable |
| Délai pratique observé | — | Souvent quelques heures pour les dossiers simples |
Après obtention de l’extrait du registre, il reste à déposer une fiche d’information auprès de l’administration fiscale puis à ouvrir un compte bancaire. Ce n’est qu’une fois ces étapes franchies que la société est pleinement opérationnelle.
L’enregistrement peut être réalisé à distance via un mandataire, moyennant une procuration notariée et apostillée, et l’envoi de copies de passeports et d’informations sur le siège social. Toutefois, depuis 2022, la solution jugée la plus fiable reste la présence physique du fondateur en Georgie.
Fiscalité : un paradis mesuré pour les petites structures

Au‑delà de la souplesse administrative, la Georgie attire par son régime fiscal, particulièrement favorable aux petites structures et aux entreprises en croissance.
Impôt sur les sociétés : seuls les bénéfices distribués sont taxés
Le pays applique un impôt sur les sociétés au taux de 15 %, mais uniquement sur les bénéfices distribués. Les bénéfices réinvestis ou laissés en réserve ne sont pas imposés. Concrètement, une société peut accumuler du capital pour financer sa croissance sans charge fiscale immédiate, ce qui constitue un avantage notable par rapport à de nombreux systèmes occidentaux.
Régime 1 % pour les petits entrepreneurs
Pour les entrepreneurs individuels, un régime spécifique permet de ne payer qu’1 % de chiffre d’affaires jusqu’à 500 000 GEL annuels. Ce dispositif est très prisé des freelances internationaux, consultants ou petites activités de services, qui bénéficient ainsi d’une imposition ultra‑simplifiée.
Un visiteur arrivé en touriste peut, en une seule journée, devenir entrepreneur enregistré en Géorgie, ouvrir un compte bancaire local, adhérer au régime fiscal des petites entreprises à 1 %, et commencer à facturer légalement.
Fiscalité immobilière et loyers
La fiscalité sur la propriété immobilière reste modérée et dépend à la fois de la valeur du bien et du revenu du foyer. Au‑dessous de 40 000 GEL de revenus annuels d’origine géorgienne, de nombreux propriétaires n’ont pas d’impôt foncier à payer. Le taux de ce dernier est plafonné à 1 % de la valeur de marché du bien.
Un taux forfaitaire de 5 % s’applique aux loyers perçus par des particuliers si le bailleur se déclare auprès de l’administration fiscale.
Propriété foncière : un régime très ouvert… sauf pour la terre agricole

L’un des points les plus sensibles pour les étrangers concerne l’accès à la propriété foncière, en particulier aux terres agricoles. La Constitution géorgienne garantit aux non‑nationaux des droits de propriété comparables à ceux des citoyens pour la plupart des biens, mais prévoit une exception majeure : les terres destinées à l’agriculture.
Propriété immobilière « classique » : ouverture totale
Pour les appartements, maisons, commerces et terrains non agricoles, le principe est simple : pas de condition de résidence, pas de quota de nationalité, pas de montant minimum. Un touriste peut acheter un logement durant un séjour ordinaire, sans visa spécifique ni permis de résidence.
La transaction est enregistrée auprès de l’Agence nationale du registre public, souvent via la Maison de la Justice. Les frais administratifs sont relativement modestes (environ 150 à 350 GEL, soit 56 à 130 USD), avec trois niveaux de service possibles, du traitement standard à des options accélérées sur un à plusieurs jours. Il n’existe ni droit de timbre ni taxe de mutation immobilière à la charge de l’acquéreur.
Depuis fin 2023, un étranger peut mandater un avocat local par procuration pour une acquisition, mais ce pouvoir doit être établi sous forme d’acte public notarié et respecter des exigences de forme précises.
Terre agricole : interdictions, dérogations et projets de réforme
Pour les terres agricoles, le cadre est nettement plus restrictif. Un texte organique dédié, ainsi que la Constitution, posent le principe que ces terres ne peuvent être détenues qu’à titre principal par l’État, les citoyens géorgiens ou des personnes morales nationales contrôlées par des citoyens géorgiens. Les étrangers et sociétés étrangères ne peuvent, en règle générale, pas en acquérir, une interdiction consolidée après un moratoire instauré en 2017.
Quelques exceptions existent ou ont été prévues par des projets de loi récents :
Un étranger peut devenir propriétaire par héritage. Les institutions financières contrôlées par des non‑résidents peuvent détenir temporairement des terres agricoles via des garanties hypothécaires, sous réserve de revente dans un délai fixé. Le gouvernement peut aussi autoriser au cas par cas l’acquisition pour des projets d’investissement majeurs, hors zones frontalières sensibles.
Des propositions prévoient également des critères cumulatifs pour l’octroi de la propriété agricole à des non‑citoyens : expérience d’au moins cinq ans dans le secteur, présence d’un plan d’investissement détaillé, preuve de capital suffisant, paiement régulier des taxes foncières sur plusieurs années. Des plafonds de superficie (par exemple, pas moins de 5 hectares par parcelle ni plus de 100 hectares au total) et des interdictions de vente à des étrangers dans des périmètres proches des frontières (par exemple 5 ou 10 km) sont aussi envisagés.
En pratique, les étrangers qui souhaitent exploiter des vignobles ou des fermes recourent massivement à des baux de longue durée pouvant aller jusqu’à 49 ans, ou, plus rarement, à la création de sociétés géorgiennes contrôlées, sous réserve de respecter les nouvelles clauses constitutionnelles.
Le tableau ci‑après synthétise les grandes lignes du régime foncier :
| Type de bien | Étranger autorisé à acheter ? | Conditions principales |
|---|---|---|
| Appartement, maison, local commercial, terrain urbain non agricole | Oui | Aucune exigence de résidence ni de montant minimum |
| Terre agricole | En principe non | Exceptions : héritage, certains projets stratégiques, institutions financières ; autorisation gouvernementale spécifique |
| Terre agricole proche de la frontière | Forte restriction / interdiction | Projets de loi prévoyant des zones tampons de plusieurs kilomètres |
| Détention via société géorgienne contrôlée par des étrangers | Théoriquement possible mais fortement encadrée | Nécessité de plan d’investissement, contrôle gouvernemental, plafonds de surface |
Au‑delà des règles pour l’achat, certaines obligations existent pour l’utilisation des terres agricoles : des projets de réforme prévoient que tout propriétaire qui n’exploite pas réellement les terres à des fins agricoles pourrait être contraint de les céder.
Résidence par investissement immobilier : de 100 000 à 150 000 USD

La Georgie se distingue aussi par un mécanisme de résidence fondé sur l’investissement immobilier, distinct d’un autre programme d’« investor visa » à 300 000 USD.
Permis de séjour temporaire lié à la propriété
Un étranger peut obtenir un permis de séjour de courte durée s’il possède en Georgie un bien immobilier (hors terres agricoles) dont la valeur de marché atteint un seuil minimum. Ce permis est généralement délivré pour un an, renouvelable, et s’étend au conjoint et aux enfants mineurs du propriétaire. Il n’exige ni test de langue, ni durée minimale de présence, ni entretien.
Depuis le 1er mars 2026, la valeur de marché déterminée par un expert agréé doit atteindre au moins 150 000 USD, soit une hausse de 50 % par rapport à l’ancien seuil de 100 000 USD, pour éviter les manipulations de prix dans l’acte de vente.
Un mécanisme de « droits acquis » est prévu : tout investisseur qui aura fait enregistrer son bien à son nom avant le 1er mars 2026 pourra continuer à bénéficier du seuil de 100 000 USD, y compris pour les renouvellements de son permis, tant qu’il conserve la propriété du bien. En revanche, en cas de revente et de nouvelle acquisition, la nouvelle règle s’appliquera.
Les conditions pratiques sont les suivantes :
Le bien doit être achevé, payé intégralement et enregistré. Une expertise de valeur par un évaluateur certifié est requise. Le demandeur doit avoir plus de 18 ans et prouver la provenance licite des fonds. Délais de traitement : 10 à 30 jours calendaires. Frais administratifs : environ 300 GEL (30 jours), 450 GEL (20 jours), 600 GEL (10 jours). Coût de la carte de séjour : 20 à 50 USD selon l’urgence. Frais d’expertise : 100 à 300 USD.
Un schéma simple permet de visualiser ce changement :
| Période | Seuil de valeur immobilière requis | Règle pour les renouvellements |
|---|---|---|
| Jusqu’au 29 février 2026 | 100 000 USD | Renouvellement possible au même seuil, si propriété conservée |
| À partir du 1er mars 2026 | 150 000 USD | Toute nouvelle demande doit atteindre ce seuil |
Au‑delà de six années de résidence temporaire continue, un étranger peut, en principe, solliciter un permis de résidence permanent. Après cinq années de résidence permanente, la naturalisation devient envisageable, sous réserve des autres conditions légales.
Investor visa à 300 000 USD : voie accélérée
Un second dispositif, dit de « permis de résidence par investissement », s’adresse aux personnes prêtes à investir au moins 300 000 USD dans l’économie géorgienne. Contrairement au régime immobilier à 150 000 USD, ce programme accepte plusieurs types d’investissements (immobilier, entreprise, etc.).
Il offre une résidence temporaire de cinq ans dès l’entrée, pour le principal investisseur, son conjoint et ses enfants mineurs, avec la possibilité de passer à la résidence permanente au terme de cette période, soit plus rapidement que par la voie classique (qui exige dix ans cumulés).
Travail, visas et nouveaux régimes pour les nomades digitaux

Au‑delà de l’investissement et de la création d’entreprise, s’installer en Georgie implique désormais de naviguer dans un cadre renouvelé pour le travail des étrangers. Jusqu’à récemment, la majorité des expatriés pouvaient exercer une activité rémunérée sans formalité particulière, dès lors qu’ils disposaient d’un visa ou d’un permis de séjour en cours de validité. Ce n’est plus le cas.
La nouvelle logique du « droit au travail »
Une réforme majeure, introduite par amendement à la loi sur le statut juridique des étrangers et apatrides, a mis en place, à compter du 1er mars 2026, un régime obligatoire de permis pour l’activité de travail ou entrepreneuriale des non‑nationaux.
Pour la plupart des personnes concernées, il faut désormais cumuler deux autorisations :
1. un « Droit au travail / à l’activité entrepreneuriale » délivré par le ministère compétent (travail, santé, personnes déplacées) ; 2. un visa d’immigration de type D1 ou un permis de séjour de travail.
Ce double dispositif s’applique à un spectre large : salariés d’entreprises géorgiennes, indépendants établis en Georgie, partenaires d’affaires rémunérés pour des activités sur le territoire, qu’ils travaillent en présentiel ou à distance. Le simple fait de posséder un visa ou un permis de séjour temporaire ne confère plus automatiquement le droit de travailler.
Seules certaines catégories sont exemptées : titulaires d’un permis de résidence permanent ou lié à l’investissement, réfugiés et demandeurs d’asile reconnus, personnels diplomatiques, journalistes internationaux, certains agents publics et bénéficiaires de revenus passifs (ex. loyers) hors régime.
Procédure de demande de permis de travail
La demande se fait en deux temps. D’abord, l’intéressé sollicite le droit au travail via un portail électronique dédié (labourmigration.moh.gov.ge). Pour les salariés, l’employeur local transmet un dossier comprenant copie de passeport, données personnelles et contrat de travail. Pour les indépendants, il faut fournir un historique de chiffre d’affaires (via une attestation de l’administration fiscale) ou, pour une activité nouvelle, un business plan détaillé.
Les indépendants doivent en outre participer à un bref entretien vidéo avec l’Agence d’aide à l’emploi, chargée de vérifier la cohérence du projet. Le délai d’instruction peut aller jusqu’à 30 jours calendaires.
Une fois ce droit accordé, deux scénarios se présentent :
– si la personne se trouve à l’étranger, elle doit solliciter dans les 30 jours un visa D1 auprès d’une ambassade ou d’un consulat ;
– si elle est déjà en Georgie en situation régulière, elle dispose de 10 jours pour déposer une demande de permis de séjour de travail (ou, pour certains profils IT, d’un permis de résidence spécifique).
Les étrangers déjà enregistrés dans le système de migration de main‑d’œuvre avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles bénéficient d’une période transitoire jusqu’au 1er janvier 2027.
Qui n’a plus besoin de « right to work » ?
Parallèlement, la réforme précise plusieurs cas où un permis spécifique n’est pas requis :
– les fonctions d’administrateur, de membre du conseil ou de comité d’audit dans la plupart des entreprises immatriculées en Georgie ne déclenchent plus d’obligation de permis, dès lors que la personne ne travaille pas en tant que salariée ;
– le fait de détenir des parts dans une LLC géorgienne n’exige pas de droit au travail ;
– une nouvelle catégorie juridique autorise certaines activités professionnelles de courte durée liées à des projets, événements ou missions de service, sans permis ni carte de séjour, pour autant qu’elles restent limitées dans le temps ;
– les titulaires d’un permis de résidence permanent ou d’un permis de résidence par investissement conservent la faculté de travailler librement.
Jusqu’au tournant de 2026, la tendance générale est néanmoins à une régulation plus stricte qu’auparavant, même si la volonté affichée des autorités est de maintenir un environnement attractif pour les travailleurs indépendants et les entrepreneurs étrangers.
Nomades digitaux et régime de séjour sans visa
La Georgie a été l’un des premiers pays à capitaliser sur la vague des nomades digitaux. Un décret gouvernemental (n° 255) permet aux citoyens de plus de 95 pays – notamment des États membres de l’UE, des États‑Unis, du Canada, de l’Australie, d’Israël, de la Turquie, des Émirats ou de la plupart des pays de l’ex‑URSS – d’entrer sans visa et d’y séjourner jusqu’à 365 jours consécutifs.
Après un an, sortir du pays puis y revenir réinitialise la durée de séjour. Ce régime est confirmé début 2026. Il n’existe pas de visa nomade formel ; les intéressés utilisent l’exemption ou un visa d’immigration classique selon leur situation.
Dès que le séjour dépasse trois mois, la législation exige toutefois de pouvoir justifier clairement ses sources de revenus, notamment pour éviter toute confusion avec un emploi illégal sur le territoire.
Pour être considéré comme « travailleur à distance » au sens des programmes mis en avant par les autorités, il est généralement demandé de :
– disposer d’un passeport valide couvrant toute la durée du séjour ;
– travailler pour une entreprise ou des clients basés hors de Georgie ;
– pouvoir démontrer des ressources suffisantes, souvent autour de 2 000 USD mensuels ou 24 000 USD d’économies pour une année ;
– disposer d’une assurance santé couvrant l’ensemble de la période.
Il n’y a pas de frais de dossier pour ce régime, les démarches s’effectuant principalement par le biais du portail de visas en ligne pour les nationalités non éligibles à l’exemption.
Permis de résidence spécial pour les professionnels de l’IT

Dans le paysage d’installation en Georgie, un dispositif attire particulièrement l’attention : le permis de résidence spécifique pour le secteur IT, parfois décrit comme un « nomad residence permit » pour les spécialistes du numérique.
Un statut pluriel et avantageux
Ce permis, distinct du permis de travail classique, s’adresse à plusieurs catégories :
– salariés de sociétés IT enregistrées en Georgie ;
– indépendants du secteur IT déclarés comme petits entrepreneurs ;
– représentants et cadres de sociétés IT internationales présentes dans le pays ;
– certains travailleurs immigrés du numérique enregistrés auprès du ministère de tutelle, ainsi que leurs familles.
Il présente plusieurs avantages notables :
Le permis initial est délivré pour 3 ans, renouvelable par périodes de 3 ans jusqu’à 12 ans maximum. Aucun chiffre d’affaires local n’est requis pour remplir la condition de revenu, contrairement au seuil annuel de 50 000 GEL habituel. Les membres de la famille obtiennent automatiquement un permis de même durée.
Conditions d’éligibilité
Les critères sont clairement balisés. Le candidat doit : respecter les délais, présenter une expérience pertinente, faire preuve de compétences techniques, développer des qualités interpersonnelles, s’engager dans l’apprentissage continu.
Pour postuler, vous devez justifier d’au moins deux ans d’expérience pratique en IT via contrats, lettres, portfolio ou fiches de paie, percevoir un revenu annuel minimal de 25 000 USD prouvé par relevés bancaires ou déclarations, être actif dans un poste IT au moment de la demande, et fournir un casier judiciaire vierge, un justificatif de logement, une assurance médicale ainsi que les documents d’identité usuels.
Le respect d’une présence physique d’au moins 183 jours par an en Georgie est également exigé pour conserver ce permis. Un séjour inférieur à ce seuil sur une année donnée peut entraîner sa révocation.
L’instruction peut se faire en ligne, mais la remise de la carte exige la présence personnelle du demandeur dans les bureaux de l’Agence de développement des services publics.

La facilité d’installation en Georgie ne se résume pas à la création d’entreprise et aux dispositifs fiscaux. Le pays a dû affronter, depuis les années 1990, l’intégration de plusieurs vagues de personnes déplacées internes (IDPs) à la suite des conflits d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.
Des politiques d’intégration graduelles pour les déplacés internes
Pendant de nombreuses années, la politique officielle s’est concentrée sur le droit au retour des personnes déplacées, au détriment de leur intégration dans les communautés d’accueil. Jusqu’en 2007, l’accès au logement, aux services sociaux et à l’emploi est resté très insuffisant, entretenant marginalisation et pauvreté.
Un tournant s’est opéré avec l’adoption d’une Stratégie d’État pour les personnes déplacées, qui a mis l’accent sur :
Trois priorités pour assurer un hébergement digne, un accompagnement social et économique durable, et l’intégration locale.
Fourniture de logements décents par l’État pour garantir un hébergement digne aux populations concernées.
Mise en œuvre de programmes de soutien socio-économique à long terme pour renforcer l’autonomie des bénéficiaires.
Amélioration des conditions de vie et intégration durable dans les localités d’accueil, tout en maintenant l’objectif de retour volontaire dans des conditions dignes et sûres.
Aujourd’hui, une grande partie des déplacés bénéficient de logements de meilleure qualité, certains ont pu lancer de petites entreprises et leur statut social s’est amélioré. Les perceptions locales ont aussi changé : là où ils étaient parfois perçus comme des « étrangers intérieurs » dans les années 1990, beaucoup témoignent d’un regard désormais plus égalitaire, de mariages mixtes plus fréquents et d’un sentiment d’intégration plus fort chez la génération née dans le déplacement.
Des défis persistent – précarité, logements encore inadéquats pour une partie d’entre eux, chômage – mais l’expérience acquise nourrit désormais d’autres politiques d’intégration, notamment envers les nouveaux arrivants étrangers.
Minorités nationales et apprentissage du géorgien
La Georgie compte également d’importantes minorités nationales, qu’il s’agisse de populations arméniennes, azéries ou autres. Après l’indépendance, ces groupes ont longtemps été peu intégrés à la vie politique et sociale, principalement en raison de la faible maîtrise de la langue officielle.
Sous la présidence de Mikheil Saakachvili, des mesures ont été prises pour intégrer les minorités : renforcement de l’enseignement du géorgien, traduction des manuels, création de l’école de fonction publique Zurab Zhvania pour attirer les minoritaires dans l’administration, et camps de jeunesse ‘patriotes’ favorisant les échanges interculturels.
Ces politiques illustrent la dimension sociale de l’« installation » en Georgie : au‑delà de la logistique des visas et des structures juridiques, l’intégration passe par l’apprentissage de la langue, la participation à la vie locale et la réduction des clivages spatiaux et sociaux.
Un système en mouvement, mais déjà attractif

La Georgie occupe une place singulière sur la carte des destinations d’installation. D’un côté, elle reste marquée par une centralisation forte, des tensions territoriales non résolues et des inégalités de capacités entre municipalités. De l’autre, elle a su développer un environnement remarquablement fluide pour l’investissement, la création d’entreprise et, dans une certaine mesure, la résidence de longue durée.
Pour un étranger, le tableau se résume en quelques lignes de force :
Aperçu structuré des principaux piliers : création d’activité, fiscalité, immobilier, travail et décentralisation
Enregistrement rapide, peu coûteux et accessible sans résidence. Formes simplifiées : entrepreneur à 1 % de taxe et LLC flexible.
Impôt sur les sociétés concentré sur les bénéfices distribués, régimes ultra-allégés pour les petits entrepreneurs et fiscalité immobilière modérée.
Liberté quasi totale d’achat résidentiel et commercial non agricole. Dispositif de résidence lié à l’investissement, seuil passant de 100 000 à 150 000 USD.
Encadrement plus formalisé avec le « droit au travail » obligatoire et catégories spécifiques (permis IT). Maintien d’une simplification pour les profils ciblés.
État unitaire en voie de décentralisation, municipalités mieux dotées, gouvernance locale inspirée des standards européens mais contrainte par des moyens limités.
Pour les candidats à l’installation, l’enjeu principal consiste désormais à tirer parti de cette facilité relative tout en anticipant un cadre qui se durcit par endroits (contrôle du travail des étrangers, revalorisation des seuils de résidence par investissement, encadrement plus strict de la propriété agricole). Dans ce paysage en mouvement, la Georgie continue de miser sur un équilibre délicat : rester l’un des environnements les plus simples et les plus abordables pour s’installer, sans renoncer à structurer davantage son système territorial et à encadrer les flux économiques qui s’y ancrent.
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