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PLF 2026 : Nouvelle Taxe sur le Patrimoine des Holdings Patrimoniales

par | Actualités
Publié le 18 septembre 2026

La mise en place de la « taxe sur les holdings patrimoniales », issue du PLF 2026 et codifiée à l’article 235 ter C du Code général des impôts, reconfigure en profondeur la fiscalité des structures familiales détenant des actifs de confort. Présentée comme une mesure emblématique de la Loi de finances pour 2026 (Loi n° 2026‑103), elle vise à surtaxer les biens dits somptuaires logés dans des holdings, tout en préservant les outils de financement des entreprises.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un dispositif ciblé sur les actifs de confort des structures familiales

La nouvelle taxe s’applique aux holdings patrimoniales répondant à trois critères cumulatifs appréciés à la clôture de l’exercice comptable. D’abord, la taille de la structure : la valeur de marché brute de l’ensemble des actifs doit atteindre au moins 5 millions d’euros. Ensuite, la nature des revenus : plus de la moitié du chiffre d’affaires doit provenir de revenus passifs, comme les dividendes, intérêts, loyers ou plus-values, à l’exclusion notamment des reprises de provisions ou amortissements. Enfin, le contrôle : la société doit être détenue ou contrôlée, directement ou indirectement, à hauteur d’au moins 50 % par une ou plusieurs personnes physiques appartenant à un même cercle familial ou d’actionnaires.

Bon à savoir :

Le dispositif concerne non seulement les holdings résidentes en France soumises à l’IS, mais aussi les structures étrangères équivalentes contrôlées par un contribuable domicilié fiscalement en France. Objectif : empêcher les délocalisations de patrimoines somptuaires via des sociétés écrans hors du territoire.

Du projet de taxe généralisée à un impôt concentré mais à 20 %

Le dispositif adopté est issu d’un long processus parlementaire engagé à l’automne 2025. Initialement, le gouvernement avait proposé une taxe annuelle au taux de 2 % portant sur l’ensemble des actifs non professionnels des holdings patrimoniales, y compris les trésoreries et placements financiers. L’objectif affiché était de limiter l’usage des « cash-boxes », ces sociétés assimilées à de simples coffres-forts fiscaux.

Attention :

L’amendement porté par le député Philippe Juvin le 31 octobre 2025 a profondément remanié le schéma à l’Assemblée nationale afin de ne pas fragiliser les PME et ETI familiales ni pénaliser les réserves de trésorerie, considérées comme un outil de développement économique. La taxe est désormais recentrée exclusivement sur les « biens somptuaires », c’est-à-dire les actifs de jouissance sans utilité économique réelle pour la société.

En contrepartie de ce resserrement du périmètre, le taux a été fortement relevé à 20 % de la valeur de marché brute des actifs visés. La dette associée à ces biens n’est pas déductible, ce qui confère à la taxe un caractère nettement dissuasif. Après recours à la procédure de l’article 49.3 de la Constitution, le texte intégrant l’amendement Juvin a été définitivement adopté début février 2026, validé par le Conseil constitutionnel puis promulgué au Journal officiel.

Une assiette centrée sur sept catégories d’actifs somptuaires

L’assiette taxable est strictement circonscrite à une liste limitative de biens de confort. Sont ainsi visés les immeubles d’habitation non professionnels, notamment les résidences secondaires ou de vacances dont l’usage est réservé aux associés ou à leurs proches, sans justification économique pour la société. Les véhicules de tourisme de prestige non affectés à une activité professionnelle entrent également dans le champ de la taxe, au même titre que les yachts et bateaux de plaisance.

Bon à savoir :

Les aéronefs (avions ou hélicoptères) non utilisés pour des services de transport rémunérés sont imposés. Sont également concernés les biens précieux comme les bijoux et métaux précieux (notamment l’or physique), ainsi que les caves d’investissement en vins fins ou spiritueux lorsqu’ils constituent surtout un actif patrimonial de prestige. Les chevaux de course ou de compétition sans lien avec une activité opérationnelle, tout comme certains équipements de loisirs dédiés à la chasse ou à la pêche, sont aussi imposés s’ils ne s’inscrivent pas dans une exploitation économique.

À l’inverse, plusieurs catégories d’actifs sont expressément exclues de l’impôt. C’est le cas des liquidités et comptes bancaires, des placements financiers classiques (actions, obligations, titres de participation) et, à la suite des débats parlementaires, des œuvres d’art, antiquités et objets de collection. De même, les actifs affectés à une véritable activité opérationnelle – industrielle, commerciale, artisanale, libérale ou agricole – ne sont pas pris en compte dans la base.

Modalités de calcul, de déclaration et calendrier d’entrée en vigueur

Le calcul de la taxe repose sur la valeur de marché brute des actifs somptuaires inscrits au bilan de la holding à la date de clôture de l’exercice. Le taux est fixé à 20 % par an, appliqué sans possibilité de déduire les emprunts contractés pour l’acquisition de ces biens. Ce choix renforce l’effet de sanction financière pour les contribuables qui auraient logé des actifs de jouissance dans des sociétés patrimoniales pour bénéficier d’un traitement fiscal plus favorable que la détention en direct.

Bon à savoir :

L’impôt n’est pas déductible du résultat imposable de la société à l’IS et ne peut pas être répercuté à l’associé qui profite de l’usage privé des actifs via une refacturation interne. L’effort fiscal reste donc concentré au niveau de la structure elle-même.

La première application de la taxe concernera les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Les holdings entrant dans le dispositif devront évaluer leurs actifs somptuaires et déclarer la taxe au printemps 2027, en annexe de leur déclaration de résultats (formulaire 2065). Les structures étrangères contrôlées par un résident français feront l’objet de modalités spécifiques, encore à préciser, pour permettre à la personne physique concernée de s’acquitter de l’impôt en France.

Incertitudes techniques et attente des commentaires de l’administration

À la mi‑septembre 2026, alors que la première échéance de clôture se rapproche, les professionnels de la fiscalité constatent que l’administration n’a pas encore publié ses commentaires officiels au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). Ces indications sont pourtant attendues pour sécuriser l’application pratique du nouveau dispositif.

Astuce :

Plusieurs points demeurent en suspens. Les méthodes d’évaluation des biens somptuaires – en particulier pour les actifs atypiques comme les yachts, les collections de vins ou certains biens de prestige à usage mixte – doivent être clarifiées. De même, les modalités déclaratives et de contrôle pour les holdings situées à l’étranger mais contrôlées par un résident français restent à encadrer. Ces zones grises créent un besoin accru de sécurisation juridique pour les groupes familiaux concernés.

Effets financiers attendus et recomposition des stratégies patrimoniales

Sur le plan financier, l’instauration de cette taxe modifie l’arbitrage coût‑avantage du maintien de biens de luxe dans des enveloppes sociétales. Un actif somptuaire valorisé plusieurs millions d’euros supportera chaque année une charge fiscale de 20 % de cette valeur, sans prise en compte de l’endettement et sans possibilité de déduction à l’IS. Pour les détenteurs de grandes résidences secondaires, de yachts ou d’aéronefs logés dans des holdings patrimoniales, l’impact budgétaire potentiel est significatif.

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Les experts recommandent des audits patrimoniaux complets pour les holdings dont le bilan dépasse 5 millions d’euros avant la clôture de 2026 afin d’identifier les actifs susceptibles d’entrer dans l’assiette de la taxe.

À l’inverse, la trésorerie d’entreprise et les placements financiers, écartés de la base taxable après les débats parlementaires, conservent un attrait fiscal dans le cadre des holdings patrimoniales. Ceux‑ci restent soumises au régime classique de l’IS, sans surimposition spécifique liée à la nouvelle taxe, ce qui peut continuer à encourager leur utilisation comme réceptacle d’investissements financiers ou de réinvestissements dans l’économie réelle.

Un maillon d’un resserrement plus large de la fiscalité patrimoniale

La taxe sur le patrimoine des holdings patrimoniales s’inscrit dans un ensemble plus vaste de mesures adoptées dans la même Loi de finances. Le resserrement du pacte Dutreil en est un autre élément clé : l’allongement de la durée d’engagement de conservation des titres (portée à huit ans au total) et l’exclusion des actifs non productifs de l’assiette de l’abattement de 75 % sur les droits de mutation renforcent la pression sur les structures qui abritent des biens d’agrément.

Bon à savoir :

La permanence de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) garantit un taux effectif minimal d’imposition de 20 % au‑delà de certains seuils de revenus. À cela s’ajoute la restriction des mécanismes d’apport‑cession, renforçant ainsi le resserrement des possibilités d’optimisation patrimoniale.

L’ensemble dessine un paysage fiscal dans lequel les holdings familiales restent des outils centraux d’organisation du patrimoine et de transmission, mais avec un encadrement nettement plus strict dès lors qu’elles contiennent des actifs de luxe sans lien direct avec une activité économique. Les prochains mois, marqués par la publication attendue des commentaires administratifs et par la préparation des premières déclarations en 2027, seront décisifs pour mesurer pleinement l’impact de cette nouvelle taxe sur les stratégies patrimoniales des grandes fortunes françaises.

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