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Réformes fiscales en Belgique : Quel avenir pour votre patrimoine ?

par | Actualités
Publié le 13 septembre 2026

Le paysage fiscal belge connaît en 2026 une mutation d’ampleur qui touche à la fois les revenus, les placements financiers, l’immobilier et la transmission du patrimoine. Entre nouvelles taxes fédérales, ajustements pour les indépendants et réformes régionales des droits de succession et d’enregistrement, les contribuables voient leur stratégie patrimoniale remise en question en profondeur.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Les contenus publiés sur ce site sont fournis à des fins informatives, éducatives et générales. Ils portent notamment sur la gestion de patrimoine, l’investissement immobilier, la finance, la fiscalité et l’organisation patrimoniale. Ils ne constituent en aucun cas un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale, financière ou comptable.

Les informations, analyses, opinions, simulations et exemples présentés sont donnés à titre indicatif et peuvent évoluer en fonction de la réglementation, des conditions de marché et de votre situation personnelle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital, de liquidité, de variation de marché, de change ou de contraintes fiscales et réglementaires.

Les stratégies évoquées (investissement immobilier, placements financiers, structuration patrimoniale, optimisation fiscale, diversification internationale, etc.) doivent être analysées au regard de votre profil, de vos objectifs et de votre situation globale. Elles peuvent nécessiter des ajustements spécifiques et un accompagnement adapté.

Avant toute prise de décision, il est recommandé de consulter des professionnels qualifiés (conseiller en gestion de patrimoine, avocat, notaire, expert-comptable ou tout autre spécialiste compétent). L’éditeur et l’auteur déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base des informations diffusées sur ce site.

Un tournant historique pour la fiscalité du capital

Les accords conclus par la coalition fédérale dite « Arizona » ont débouché sur une série de textes structurants, dont l’axe principal est une nouvelle imposition des gains financiers. Pour la première fois, la Belgique instaure une taxe généralisée sur les plus-values réalisées par les personnes physiques sur une large gamme d’actifs financiers.

Une taxe de 10 % sur les plus-values financières

Adoptée au printemps 2026, la loi introduit un prélèvement de 10 % sur les gains réalisés lors de la vente d’instruments financiers par les résidents belges. Sont visés les actions cotées et non cotées, obligations, fonds et trackers, produits dérivés, crypto-actifs, devises, or d’investissement, ainsi que les assurances d’épargne et de placement (branches 21 et 23, et dans certains régimes, 26).

La mesure s’applique rétroactivement aux opérations effectuées depuis le 1er janvier 2026, mais sans toucher les plus-values accumulées avant cette date. Pour éviter la taxation des gains historiques, la valeur des portefeuilles au 31 décembre 2025 est fixée comme « ligne zéro » : seule la hausse de valeur postérieure est soumise à l’impôt.

Bon à savoir :

Chaque contribuable dispose d’une franchise annuelle de 10 000 € sur les plus-values nettes. Sous conditions, une partie non utilisée peut être reportée sur plusieurs années, dans la limite globale de 15 000 €. Les gestionnaires de patrimoine conseillent de cristalliser régulièrement les gains en vendant puis rachetant des positions pour profiter pleinement de ces montants exonérés.

Les transmissions à titre gratuit – successions et donations – ne déclenchent pas la taxe de 10 %. Toutefois, les héritiers ou donataires reprennent la valeur de revient historique du défunt ou du donateur. Ils paient d’abord les droits de succession sur la valeur au jour du décès, puis, en cas de vente ultérieure, la taxe sur la plus-value calculée sur l’ensemble de la hausse depuis l’achat initial. Les professionnels parlent d’un risque de « double imposition économique » sur un même capital financier.

Comptes-titres et gros patrimoines financiers davantage sollicités

En parallèle, l’Impôt annuel sur les comptes-titres (TACT) est durci. Son taux passe de 0,15 % à 0,30 % pour tous les comptes dont la valeur moyenne dépasse 1 million d’euros. Le seuil d’application et le principe restent identiques : la taxe est calculée par compte, sans tenir compte du nombre de co-titulaires.

Pour les grandes fortunes financières, l’effet cumulé de la taxe de 10 % sur les plus-values et du doublement de la TACT conduit à une augmentation nette et durable de la pression fiscale sur le capital mobilier.

Dividendes et réserves de liquidation plus lourdement taxés

Les dirigeants de PME et actionnaires de sociétés opérationnelles sont aussi visés. Le régime VVPRbis, qui permettait de distribuer des dividendes à un taux de précompte réduit de 15 %, est durci : ce taux passe à 18 % pour les distributions intervenant à partir de la seconde moitié de 2026.

Attention :

Les réserves de liquidation subissent un alourdissement : la contribution initiale de 10 % reste due à l’affectation des bénéfices, mais le précompte libératoire lors de la distribution après délai d’attente est augmenté, l’objectif gouvernemental étant d’atteindre un taux effectif global proche de 18 %. Les réserves constituées jusqu’à la fin de l’exercice 2025 conservent toutefois l’ancien régime plus favorable.

Par ailleurs, la condition de rémunération minimale pour bénéficier du taux réduit de 20 % à l’impôt des sociétés est relevée : un dirigeant de PME doit désormais percevoir au moins 50 000 euros de rémunération brute annuelle. Les avantages de toute nature (ATN) – voiture de société, logement, énergie – sont encadrés : ils ne peuvent excéder 20 % du package salarial imposable du dirigeant, sous peine de perdre l’avantage du taux réduit.

Immobilier et revenus : des arbitrages à revoir

Les propriétaires et les ménages ne sont pas épargnés par les réformes, qui modifient l’équilibre entre détention immobilière et placements financiers.

Fin de la déduction fédérale des intérêts pour les biens locatifs

À partir des revenus 2025, la déduction fédérale des intérêts d’emprunt hypothécaire sur les revenus immobiliers globaux est supprimée. Cette abolition vise aussi les crédits en cours, sans régime transitoire. Concrètement, les propriétaires bailleurs ne peuvent plus compenser leurs revenus immobiliers par les intérêts payés, ce qui augmente leur base imposable et, in fine, leur facture fiscale. L’immobilier locatif perd ainsi une partie de son attrait fiscal face à d’autres formes d’investissement.

Réforme de l’impôt des personnes physiques et pouvoir d’achat

Une large réforme de l’impôt des personnes physiques est mise en œuvre par étapes. Le montant de revenu exempté d’impôt est relevé, passant de 10 910 euros à 11 550 euros pour les revenus 2026, avec un objectif affiché de 15 600 euros à l’horizon 2030. Cette hausse doit alléger la taxation du travail et accroître le salaire net des actifs.

Astuce :

Les effets varient toutefois selon la structure familiale. Le quotient conjugal, qui permettait à un couple avec un seul revenu d’étaler fiscalement celui-ci entre les deux conjoints, est progressivement réduit pour les ménages actifs non retraités entre 2026 et 2029, augmentant leur imposition. Les familles avec un ou deux enfants voient en revanche leur quotient exempté relevé, mais l’absence d’indexation spécifique à partir du troisième enfant diminue l’avantage relatif des familles nombreuses.

Enfin, la déductibilité des pensions alimentaires est aussi revue. La part déductible passe de 80 % à 60 % en 2026, avant une nouvelle réduction prévue. Symétriquement, la part taxable dans les mains du bénéficiaire est abaissée, ce qui redistribue la charge entre payeurs et bénéficiaires.

Indépendants : contraintes et assouplissements

Les indépendants en personne physique bénéficient d’un geste favorable important : la majoration d’impôt liée à l’absence de versements anticipés obligatoires est supprimée à partir des revenus 2026. Les versements anticipés deviennent facultatifs et sont assortis d’un bonus fiscal pour ceux qui choisissent de les effectuer. Ce changement simplifie la gestion de trésorerie et réduit la pression administrative sur les travailleurs indépendants.

Bon à savoir :

Pour les dirigeants de société, la tendance est inverse : la combinaison d’un seuil de rémunération relevé, d’un encadrement des avantages en nature et d’une hausse de la fiscalité sur les dividendes préférentiels et réserves de liquidation impose une révision des schémas classiques de rémunération et de distribution de bénéfices.

Régions : successions, donations et enregistrement au cœur des enjeux

Les droits de succession et de donation relèvent entièrement des Régions. En 2026, chacune poursuit sa propre stratégie, tout en s’inscrivant dans un mouvement de fond de rééquilibrage des recettes.

Bruxelles : donations mobilières sous surveillance renforcée

Dans la Région de Bruxelles-Capitale, la principale nouveauté concerne les donations mobilières non enregistrées, comme les dons manuels ou par virement. Le délai de « suspicion », c’est-à-dire la période pendant laquelle le décès du donateur entraîne la réintégration des biens donnés dans la succession, est porté de 3 à 5 ans pour les donations faites à partir du 1er janvier 2026.

Un donateur bruxellois qui effectue une donation mobilière sans enregistrement, et donc sans payer le droit fixe de 3 % en ligne directe ou 7 % entre non-parents, prend désormais le risque qu’en cas de décès dans les cinq ans, le bénéficiaire soit soumis aux droits de succession ordinaires, qui peuvent atteindre jusqu’à 30 % en ligne directe. Au-delà du délai de cinq ans, la donation échappe définitivement à l’impôt. La mesure n’est pas rétroactive : les dons réalisés jusqu’au 31 décembre 2025 restent soumis à l’ancien délai de trois ans.

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La Wallonie applique un délai de cinq ans depuis 2022, et la Flandre l’a adopté début 2025, alignant ainsi Bruxelles et harmonisant le territoire belge sur ce point.

Flandre : droits de succession aménagés pour les personnes sans descendants

En Flandre, le projet initial d’une réduction générale des droits de succession à partir de 2026 a été reporté, en raison de contraintes budgétaires, à une échéance ultérieure possiblement située en 2028. En revanche, une mesure ciblée d’allègement en faveur des personnes sans descendance directe est entrée en vigueur.

Une « réduction pour célibataires » permet désormais à une personne qui n’a ni conjoint ni enfants ni petits-enfants de léguer par testament jusqu’à 100 000 euros à une ou plusieurs personnes physiques (amis, parents éloignés) à des taux proches de ceux de la ligne directe. La tranche de 0 à 50 000 euros est taxée à 3 %, celle de 50 000,01 à 100 000 euros à 9 %. Au-delà de 100 000 euros, les taux normaux applicables aux tiers, pouvant atteindre 55 %, redeviennent d’application. Pour en profiter, il est impératif de prévoir explicitement ce mécanisme dans le testament.

Bon à savoir :

La Flandre réserve désormais le taux réduit de 2 % pour l’acquisition d’une habitation propre et unique aux personnes physiques qui achètent la pleine propriété. Les montages en démembrement (usufruit/nue-propriété) et les acquisitions via une société sont exclus de ce tarif et relèvent du taux plein de 12 %. Le régime préférentiel pour la transmission de sociétés familiales est également resserré, les biens résidentiels détenus en société étant exclus du champ des exonérations ou réductions de droits.

Wallonie : une grande réforme annoncée mais incertaine

En Wallonie, un décret adopté fin 2024 prévoit une réforme majeure des droits de succession et des donations immobilières à compter du 1er janvier 2028. Le texte organise une division par deux des taux maximaux : en ligne directe (entre conjoints et cohabitants légaux), le plafond des droits de succession doit passer de 30 % à 15 %, et celui des droits de donation immobilière de 27 % à 14 %. Pour les autres bénéficiaires, le taux maximal de succession doit être réduit de 80 % à 40 %.

Mais l’équation budgétaire reste délicate. Confronté à la nécessité de rétablir l’équilibre des finances régionales d’ici 2029, le gouvernement wallon, par la voix de son Ministre-Président Adrien Dolimont, a évoqué au printemps 2026 la possibilité de modifier ou de différer cette réforme. Les taux actuels, allant de 3 % à 30 % en ligne directe et jusqu’à 80 % pour les tiers, restent donc en vigueur en attendant une décision définitive annoncée pour l’automne 2026. Le délai de cinq ans pour les donations mobilières non enregistrées reste d’application.

Un nouvel équilibre entre travail, capital et transmission

Pris dans leur ensemble, ces changements redessinent profondément la place de la fiscalité dans la constitution et la transmission du patrimoine en Belgique. Le travail est légèrement allégé via la hausse du revenu exonéré, mais le capital financier est davantage mis à contribution, tant au travers de la nouvelle taxe sur les plus-values que via le renforcement des prélèvements sur les comptes-titres et les distributions de bénéfices.

Attention :

L’immobilier locatif perd la déduction fédérale des intérêts, tandis que les droits d’enregistrement et de succession régionaux incitent à revoir la localisation et la structure de détention des biens. Les différences entre ménages selon la situation familiale, entre indépendants et dirigeants de sociétés, et entre Régions obligent à repenser les montages patrimoniaux dans un cadre plus complexe et contraignant.

Pour les épargnants, investisseurs et entrepreneurs, la période qui s’ouvre est celle d’un ajustement stratégique, où chaque décision en matière de placement, de rémunération ou de transmission devra être évaluée à l’aune de ce nouvel environnement fiscal en pleine recomposition.

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