Cristiano Ronaldo a opéré ces dernières années un recentrage déterminant de son empire économique, en transférant sa principale structure de tête de Luxembourg vers le Portugal. Ce déménagement stratégique intervient dans un contexte de réforme profonde des régimes fiscaux portugais et européens, et accompagne aussi la décision du joueur de faire de son pays natal la base définitive de sa vie familiale et de ses affaires après sa carrière sportive.
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D’un pôle luxembourgeois à un centre de gravité lisboète
Au cœur de cette réorganisation se trouve la dissolution de l’ancienne société luxembourgeoise de tête, CRS Holding, qui pilotait notamment les participations de Ronaldo dans les hôtels Pestana CR7. Le siège social et la direction effective de la structure ont été transférés à Lisbonne, où la société a pris le nom de CR7 Lifestyle Unipessoal Lda, dotée d’un capital social supérieur à 16 millions d’euros.
Ce mouvement marque une rupture avec le modèle luxembourgeois traditionnellement prisé pour les holdings, au profit d’un ancrage portugais assumé. En parallèle, Ronaldo contrôle un vaste portefeuille d’activités via la holding CR7 S.A., qui regroupe 29 participations directes et indirectes au Portugal et à l’international, notamment en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, à Chypre, aux Émirats arabes unis et, de manière résiduelle, au Luxembourg.
Ce recentrage vers Lisbonne permet à l’ensemble du groupe d’exploiter plus directement le cadre juridique et fiscal portugais, tout en conservant une dimension internationale pilotée, entre autres, par CR7 Middle East aux Émirats arabes unis pour le développement de la marque dans le Golfe, et par XTEN Limited à Chypre pour les investissements technologiques.
Un mouvement coordonné avec le statut fiscal personnel de Ronaldo
La relocalisation de la holding s’articule avec un autre choix clé : l’obtention par Cristiano Ronaldo du statut de résident fiscal portugais sous le régime des résidents non habituels (NHR). Ayant engagé son changement de résidence à partir de 2020, il fait partie des contribuables admis à ce dispositif avant sa fermeture aux nouveaux entrants.
Le régime NHR d’origine, instauré en 2009 et clos aux nouvelles demandes début 2024, offre pendant dix ans un impôt sur le revenu à taux fixe de 20 % sur certains revenus professionnels, ainsi qu’une exonération large des revenus de source étrangère sous conditions, les bénéficiaires comme Ronaldo conservant ces avantages jusqu’à l’expiration de leur période de dix ans, malgré l’arrêt définitif des nouvelles inscriptions au printemps 2025.
Cette configuration permet que les flux liés, par exemple, aux droits d’image ou à des redevances étrangères transitent par le Portugal de manière fiscally optimisée pour la personne physique, tandis que les sociétés portugaises du groupe peuvent appliquer les règles européennes d’exonération de participation sur les dividendes de filiales étrangères. Le nouveau régime IFICI (NHR 2.0), très ciblé sur la recherche et l’innovation, n’ouvre plus ce type d’avantages aux rentiers ou retraités, ce qui confère un caractère d’autant plus stratégique au positionnement anticipé de Ronaldo dans l’ancien cadre.
Les conséquences de la sortie de Luxembourg : exit tax et réintégrations
Sur le plan purement fiscal, le départ de Luxembourg ne s’est pas fait sans contrepartie. Le transfert du siège et de la résidence fiscale de la holding y met fin à son assujettissement illimité à l’impôt luxembourgeois, mais déclenche simultanément plusieurs mécanismes de taxation.
En application de l’article 38 de la loi luxembourgeoise sur l’impôt sur le revenu (LIR), le déplacement du siège est assimilé à une cession fictive des actifs à leur valeur de marché. Les plus-values latentes – différence entre valeur de marché et valeur fiscale comptable – deviennent imposables sur tous les éléments pour lesquels le Luxembourg perd son droit d’imposer. Il s’agit de l’« exit tax » prévue par la directive européenne ATAD 1.
En cas de relocalisation vers un autre État membre de l’UE, comme le Portugal, l’entreprise peut demander à étaler le paiement de la dette fiscale sur cinq ans, par échéances annuelles égales. De plus, selon l’article 166 LIR, un mécanisme de rattrapage s’applique : si des charges financières ou de gestion liées aux participations (intérêts d’emprunt, frais de management, etc.) ont été déduites auparavant, la plus-value latente est imposable à hauteur au moins du cumul de ces déductions.
Au total, le déménagement ne se traduit donc pas par une neutralité fiscale complète côté luxembourgeois, mais par une imposition différée et partiellement compensée de l’optimisation future au Portugal.
Un Portugal de plus en plus attractif pour les holdings
Le Portugal accueille cette relocalisation avec un arsenal fiscal de plus en plus compétitif pour les sociétés de tête. La loi de finances prévoit une baisse progressive du taux nominal de l’impôt sur les sociétés (IRC) : 21 % en 2024, 20 % en 2025 puis 19 % en 2026, avec une trajectoire programmée à 18 % en 2027 et 17 % en 2028. À ce taux s’ajoutent des surtaxes municipales (Derrama Municipal) et d’État (Derrama Estadual), mais la tendance globale reste à l’allégement.
Le régime portugais d’« exemption de participation » joue un rôle central pour une holding comme celle de Ronaldo. Sous conditions, les dividendes reçus de filiales et les plus-values de cession de titres peuvent être exonérés d’impôt. Pour cela, il faut détenir au moins 10 % du capital ou des droits de vote de la filiale, sur une période minimale ininterrompue de douze mois, et s’assurer que la société détenue n’est ni localisée dans un paradis fiscal ni principalement propriétaire d’immobilier situé au Portugal (plus de 50 % d’actifs immobiliers non affectés à une activité opérationnelle).
La mise en place, à partir de juillet 2026, d’un régime de « groupe TVA » aligne également le pays sur les standards européens. Pour les groupes, cette consolidation permet de neutraliser la taxe sur les prestations intragroupe, améliorant la trésorerie et réduisant les frottements financiers entre les entités, un enjeu notable pour un conglomérat dispersé comme CR7 S.A.
Pour les grands groupes dépassant 750 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé, le Portugal a transposé par la loi n° 26/2026 le volet « Pilier 2 » relatif à l’impôt minimum mondial. Ce texte affine la règle d’« inclusion du revenu » (IIR) en substituant au critère classique de contrôle celui de détention d’intérêts, afin de centraliser les déclarations et le calcul du taux effectif minimal. Même si l’univers CR7 n’atteint pas nécessairement ces seuils, ce cadre fixe la toile de fond réglementaire dans laquelle évoluent les grandes structures internationales.
Une transformation transfrontalière juridiquement encadrée
Sur le plan juridique, la manœuvre ne s’est pas traduite par une liquidation pure et simple de la société luxembourgeoise suivie d’une recréation au Portugal. Elle repose sur le mécanisme de transformation transfrontalière prévu par la directive (UE) 2019/2121, transposée dans l’ordre juridique portugais par le Decreto-Lei n.º 114-D/2023.
Ce schéma illustre une transformation où l’entité conserve sa personnalité morale, la continuité de ses contrats et l’historique de ses actifs, tout en changeant d’ordre juridique applicable. La neutralité est ainsi assurée sur le plan civil et commercial, mais pas entièrement sur le plan fiscal. Les coûts principaux concernent la préparation du projet de transformation, l’intervention d’un expert indépendant chargé d’en évaluer les termes, puis les formalités auprès du registre du commerce portugais.
Ce dispositif européen a précisément été conçu pour faciliter ces mouvements intra-UE tout en encadrant les droits des créanciers, des salariés et des actionnaires, dans un contexte de mobilité croissante des sièges sociaux.
Substance économique et lutte contre les sociétés écrans
La réussite fiscale de ce déménagement dépend toutefois de la capacité de la holding à démontrer une véritable « substance économique » au Portugal. Les règles européennes de lutte contre les montages artificiels, rassemblées notamment sous l’acronyme ATAD 3, s’attachent à identifier et à restreindre l’usage des sociétés écrans.
Plusieurs indicateurs déterminent la résidence fiscale : l’existence de locaux réels au Portugal, la présence de comptes bancaires locaux, une direction effective et autonome exercée depuis le territoire par des dirigeants y résidant, ainsi que la capacité opérationnelle à prendre des décisions stratégiques. Si ces critères ne sont pas intégrés, le risque est double.
D’une part, l’administration luxembourgeoise ou d’autres fisc européens pourraient continuer à considérer la société comme résidente au Luxembourg, en contestation du transfert effectif. D’autre part, les avantages des conventions de non-double imposition et des directives européennes (notamment pour l’exonération des retenues à la source sur dividendes sortants) pourraient être refusés, entraînant une double imposition de certains flux. Dans un groupe fondé en grande partie sur des revenus de dividendes et des placements financiers internationaux, ce risque est loin d’être théorique.
Des résultats financiers contrastés, mais un patrimoine en expansion
Les derniers comptes consolidés connus mettent en lumière cette stratégie de long terme. Pour l’exercice 2025, CR7 S.A. affiche une légère perte nette d’environ 264 000 euros, après un bénéfice de 725 000 euros l’année précédente. Ce recul ponctuel de rentabilité n’empêche pas une expansion marquée de la taille du bilan.
La valeur des actifs gérés par la holding atteint près de 164 millions d’euros en 2025, contre 148 millions un an plus tôt. Sur ce total, 139 millions correspondent à des investissements financiers, témoignant d’un profil résolument patrimonial. Les capitaux propres dépassent les 20 millions d’euros et la trésorerie disponible avoisine les 8 millions.
Les revenus de la holding CR7 ont été soutenus par plus d’un million d’euros d’intérêts de placements, près de 1,2 million d’euros de dividendes du groupe de médias Medialivre via la participation de 30 % dans Expressão Livre, et environ 500 000 euros de dividendes des cliniques capillaires Insparya et Insparya National.
Ces chiffres montrent que, au-delà des revenus directement liés à sa carrière sportive, Ronaldo s’appuie désormais sur un ensemble diversifié d’actifs portugais et étrangers, générateurs de flux réguliers.
Un choix qui épouse la trajectoire personnelle de Ronaldo
Ce repositionnement de la holding au Portugal s’inscrit enfin dans une dynamique plus large de « retour au pays » du joueur. L’achèvement d’une méga-résidence à Quinta da Marinha, à Cascais, pour un coût final d’environ 35 millions d’euros, consacre le littoral lisboète comme base familiale appelée à devenir permanente après sa retraite. La propriété, l’une des plus coûteuses du pays, comprend notamment un vaste terrain, plusieurs milliers de mètres carrés habitables, une suite parentale de taille exceptionnelle, des équipements de loisirs haut de gamme et un garage souterrain pouvant abriter une collection automobile de valeur.
Sur le plan personnel, Ronaldo a officialisé son union civile avec Georgina Rodríguez dans cette même résidence, avant une bénédiction religieuse à Fátima, renforçant l’ancrage familial au Portugal. Le couple a opté pour un régime de séparation de biens, décision classique dans les configurations de patrimoine complexe.
Ronaldo
Parallèlement, l’ancien capitaine de la Seleção investit dans des projets sportifs et commerciaux nationaux : rachat du Lisboa Racket Centre à Alvalade, lancement de la « Cidade do Padel » à Oeiras, développement continu de la chaîne d’hôtels Pestana CR7 à Lisbonne et Funchal, expansion des cliniques capillaires Insparya et prise de participation dans la manufacture de porcelaine Vista Alegre Atlantis.
Cristiano Ronaldo annonce que la saison 2026-2027 sera probablement la dernière de sa carrière de joueur. Son installation au Portugal, avec le déménagement de sa holding depuis le Luxembourg, reflète une cohérence assumée entre sa résidence personnelle, la localisation de ses actifs et la domiciliation de sa holding. Ce choix ne relève pas d’une simple optimisation fiscale : il marque sa transformation d’icône du terrain en entrepreneur et investisseur durablement installé dans son pays d’origine.
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