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Giovanni Ferrero : 575 millions d’euros de gains au Luxembourg

par | Actualités
Publié le 13 septembre 2026

Giovanni Ferrero, considéré comme l’homme le plus riche d’Italie, a engrangé environ 575 millions d’euros de gains au Luxembourg grâce aux dividendes versés par la holding luxembourgeoise Schenkenberg S.A. Ces flux illustrent le rôle central du Grand-Duché dans l’architecture financière du groupe Ferrero, ainsi que les enjeux fiscaux soulevés par cette concentration de profits.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un dividende massif qui profite d’abord à Giovanni Ferrero

Au cœur de ces gains figure une distribution exceptionnelle de dividendes décidée par Schenkenberg S.A., société basée à Senningerberg, qui contrôle 100 % de Ferrero International S.A., la branche industrielle historique du groupe (Nutella, Kinder, Ferrero Rocher).

575

Giovanni Ferrero a perçu environ 575 millions d’euros au Luxembourg, comprenant sa part de 562,5 millions d’euros sur les 750 millions d’euros de dividendes approuvés par Schenkenberg.

Pour financer cette « maxi-cedola », Schenkenberg a reçu 650 millions d’euros de dividendes de Ferrero International S.A. et a complété l’enveloppe en puisant dans des réserves cumulées dépassant 7 milliards d’euros. Sur l’exercice, Schenkenberg affiche un bénéfice net de 682 millions d’euros, confirmant la capacité du véhicule luxembourgeois à générer et distribuer des profits de très grande ampleur.

Un empire recentré sous une holding luxembourgeoise unique

Ces flux financiers interviennent dans un contexte de profonde réorganisation de l’empire Ferrero. En 2025, l’ancienne société de portefeuille Bermic S.à r.l. a été transformée en 3F’s Holding S.A., basée elle aussi à Senningerberg. Cette entité, contrôlée directement par Giovanni Ferrero et ses deux fils, est devenue la société mère ultime du groupe.

Bon à savoir :

3F’s Holding S.A. coiffe désormais deux pôles : le groupe Ferrero traditionnel, géré via Ferrero International S.A., qui détient les grandes marques de confiserie et de chocolat ; et le pôle CTH Invest, basé en Belgique, qui regroupe les acquisitions parallèles dans les biscuits et la confiserie (Delacre, Jelly Belly, Michel et Augustin, Kelsen, Fox’s, Ferrara Candy, notamment).

Pour intégrer pleinement CTH Invest au périmètre luxembourgeois, Giovanni Ferrero a procédé à une augmentation de capital de 2 milliards d’euros au sein de 3F’s Holding S.A. En outre, cette holding détient environ 76 % de Schenkenberg S.A., qui elle-même possède 100 % de Ferrero International S.A. L’ensemble du patrimoine industriel et des acquisitions est ainsi rassemblé sous une même bannière luxembourgeoise.

Des résultats financiers en forte croissance et un rôle central du Luxembourg

Les comptes consolidés de 3F’s Holding S.A. pour l’exercice 2024/2025, clos au 31 août 2025 et publiés début 2026, offrent un instantané de la puissance financière du groupe. Le chiffre d’affaires consolidé atteint 22,3 milliards d’euros, en progression de 5,3 % sur un an. L’EBITDA ressort à 3,2 milliards d’euros, en hausse de 11,2 %, pour un total d’actifs gérés de 27,4 milliards d’euros.

19,3

Ferrero International S.A. affiche un chiffre d’affaires de 19,3 milliards d’euros, en hausse de 4,6 %, avec près de 1,1 milliard d’euros investis dans la modernisation industrielle et la R&D, tandis que l’acquisition de WK Kellogg Co (3,1 milliards de dollars) n’est pas encore consolidée.

Les données issues du premier rapport public pays par pays (Country-by-Country Report, CbCR) de 3F’s Holding S.A. confirment le poids déterminant du Luxembourg. Sur plus de 22 milliards d’euros de revenus mondiaux, plus de 14 milliards transitent par les entités luxembourgeoises, en incluant les flux internes et externes. Le pré‑résultat fiscal dégagé au Luxembourg atteint 814,5 millions d’euros pour l’exercice, tandis que les bénéfices accumulés localement s’élèvent à 7,5 milliards d’euros.

Un pays au cœur des flux, mais pas de l’activité opérationnelle

L’analyse pays par pays met en lumière un décalage entre les flux financiers et la réalité opérationnelle. Le Luxembourg est le premier pays du groupe en termes de revenus enregistrés, loin devant les autres juridictions. Pourtant, il ne se classe qu’au sixième rang pour le nombre de salariés, avec environ 1 700 employés sur un total de 62 797 dans le monde, répartis sur 64 usines.

Attention :

Le Luxembourg se classe au cinquième rang des pays du groupe pour l’impôt effectivement payé selon les données agrégées. Pour le seul exercice couvert par le premier CbCR, les sociétés luxembourgeoises de Ferrero ont provisionné 164,6 millions d’euros au titre de l’impôt sur le revenu des sociétés (impôt communal et national), un montant à mettre en regard de bénéfices locaux cumulés dépassant 7,5 milliards d’euros.

Ce contraste illustre l’importance du Luxembourg comme plaque tournante financière du groupe, là où une grande partie de la production industrielle et de la main-d’œuvre reste implantée dans d’autres pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Transparence accrue et nouvelle donne fiscale internationale

La publication du rapport pays par pays de 3F’s Holding S.A., à la fin de l’été 2026, est une conséquence directe de la loi luxembourgeoise du 15 août 2023, qui transpose la directive européenne 2021/2101 sur la transparence fiscale. Cette législation impose aux grands groupes de rendre publics certains indicateurs clés pays par pays, comme le chiffre d’affaires, le bénéfice avant impôt, les impôts dus et payés, ainsi que les effectifs.

Exemple :

Le premier rapport du groupe Ferrero constitue une radiographie financière inédite qui met en évidence la centralité du Luxembourg dans son organisation fiscale. Des fiscalistes avaient déjà souligné par le passé le recours à des structures luxembourgeoises pour transférer des profits issus de pays à forte imposition, comme l’Italie ou le Royaume-Uni, vers le Grand-Duché, où la fiscalité globale restait plus avantageuse.

La montée en puissance des règles de l’OCDE dites du « Pilier Deux », reprises à l’échelle européenne, vient cependant limiter les marges de manœuvre. Ces règles prévoient l’application d’un taux minimal effectif de 15 % pour les groupes dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’euros. Dans ce nouveau cadre, toute charge fiscale inférieure à ce seuil dans une juridiction donnée peut être compensée par une imposition complémentaire ailleurs au sein du groupe ou dans le pays de la maison mère.

Cette architecture internationale de minimum fiscal et de transparence marque la fin de l’ère de l’opacité totale, sans pour autant abolir les stratégies d’optimisation dans la limite de la loi. Le cas Ferrero au Luxembourg illustre précisément cette transition : un schéma fortement concentré sur le Grand-Duché, désormais exposé à un niveau de détail et de publication inédit.

Analyse de l’architecture fiscale internationale

Enjeux économiques pour le Luxembourg et pour le groupe Ferrero

Pour le Luxembourg, l’enjeu est double. D’un côté, l’accueil de structures comme 3F’s Holding S.A., Schenkenberg S.A. ou Ferrero International S.A. renforce l’attractivité du pays comme centre financier et siège de groupes industriels mondiaux. Le Grand-Duché capte ainsi une part significative des flux de trésorerie, des bénéfices et des emplois qualifiés liés à la gestion, à la finance et à la coordination internationale.

575

Giovanni Ferrero a perçu 575 millions d’euros de gains, ce qui relance le débat sur la répartition de l’assiette fiscale entre les pays de production et de consommation et ceux où transitent les flux financiers.

Pour le groupe Ferrero, la centralisation luxembourgeoise présente des avantages en termes de gouvernance, de financement et de pilotage stratégique. L’intégration sous une seule holding des activités historiques (Nutella, Kinder, Ferrero Rocher) et des acquisitions (Delacre, Jelly Belly, Michel et Augustin, WK Kellogg Co, etc.) offre une vision consolidée de l’ensemble de l’empire. Cette structure facilite aussi la poursuite de la stratégie d’expansion, notamment par de nouveaux achats d’entreprises, comme l’illustre l’acquisition de la marque américaine Purely Elizabeth dans le segment du petit-déjeuner « santé ».

Une illustration emblématique des nouvelles contraintes de la mondialisation fiscale

Les gains de Giovanni Ferrero au Luxembourg s’inscrivent ainsi au croisement de trois dynamiques : le succès économique d’un groupe agroalimentaire mondial, l’optimisation historique permise par certaines juridictions européennes, et la montée en puissance de la transparence et de la fiscalité minimale globale.

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Plus de 14 milliards d’euros de revenus transitent par les entités luxembourgeoises de Ferrero, qui a accumulé 7,5 milliards d’euros de bénéfices et verse des centaines de millions d’euros de dividendes chaque année, faisant du Grand-Duché un maillon indispensable, désormais exposé par le CbCR, la directive européenne sur la transparence et les règles du Pilier Deux.

Le cas de Giovanni Ferrero et de ses 575 millions d’euros de gains au Luxembourg devient, de fait, un cas d’école pour observer comment les grandes multinationales s’ajustent à la nouvelle carte fiscale mondiale, entre maintien de leurs centres financiers historiques et recomposition progressive de leurs stratégies d’implantation et de distribution des profits.

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