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Budget 2027 : Impact de la Réduction des Droits de Donation par le Gouvernement

par | Actualités
Publié le 1 octobre 2026

Le projet de loi de finances pour 2027 introduit une réforme ciblée et temporaire de la fiscalité des donations, susceptible de modifier en profondeur les stratégies de transmission patrimoniale des ménages. Porté par le plan « Transmissions 2027 », intégré à l’article 4 du PLF 2027 présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, le gouvernement propose une baisse massive et limitée dans le temps des droits sur certains dons d’argent, avec l’objectif affiché de doper les transmissions intergénérationnelles et de relancer l’économie sans creuser davantage le déficit public.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un dispositif exceptionnel concentré sur les dons d’argent

Au cœur du projet figure un assouplissement inédit des règles de taxation applicables aux dons de sommes d’argent consentis en pleine propriété. Contrairement aux premières pistes évoquées à la mi-septembre, le texte présenté par Matignon restreint clairement le champ d’application de la mesure : seuls les dons en numéraire sont concernés, à l’exclusion des biens immobiliers et des titres de sociétés, qui continueront de relever du barème progressif habituel.

31 865

Le plafond d’exonération spécifique aux dons familiaux de sommes d’argent prévu à l’article 790 G du Code général des impôts serait relevé de 31 865 € à 50 000 € pour les donations réalisées par un donateur de moins de 80 ans au profit d’un enfant, d’un petit-enfant, ou, en l’absence de descendance directe, d’un neveu ou d’une nièce majeur.

Ensuite, au-delà des abattements classiques déjà utilisés (notamment les 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans prévus à l’article 779 du CGI), la fraction normalement taxable d’un don en numéraire pourrait bénéficier d’un taux unique fortement réduit. L’article 4 du PLF 2027 prévoit ainsi l’instauration d’un prélèvement forfaitaire de 6 %, applicable dans la limite de 100 000 € par couple donateur-bénéficiaire. À titre d’illustration, une donation de 100 000 € effectuée aujourd’hui, alors que l’abattement de 100 000 € a déjà été intégralement consommé, entraîne une facture fiscale d’environ 18 200 €. La même opération réalisée début 2027, sous réserve de l’adoption de la réforme, ne coûterait plus que 6 000 € en droits de donation.

Bon à savoir :

Si le bénéficiaire reverse au moins 1,1 % de la somme reçue à un organisme d’aide aux personnes en grande difficulté ou aux victimes de violences, le taux est abaissé de 6 % à 5 %. Cette contribution solidaire n’ouvre toutefois pas droit à une réduction d’impôt sur le revenu.

Une fenêtre temporelle limitée à six mois

Le gouvernement a choisi de circonscrire strictement cette réduction d’impôt dans le temps. Les nouveaux avantages ne seraient applicables qu’aux donations déclarées entre le 1er janvier et le 30 juin 2027. Au-delà de cette période, sauf prolongation ou pérennisation votée ultérieurement, le droit commun reprendrait pleinement ses droits.

Attention :

Cette durée resserrée vise à provoquer un « choc » de transmissions et à inciter les ménages à avancer rapidement leurs projets de donations. Dans un contexte budgétaire contraint, cette temporalité permet aussi de limiter le coût pour les finances publiques, alors que l’exécutif s’est engagé à ramener le déficit à 5 % du PIB en 2027, contre une prévision de 5,4 % pour 2026, au prix d’environ 54 milliards d’euros de mesures de redressement, dont 43 milliards d’économies et de hausses d’impôts.

Des conditions d’âge et de statut strictes

L’accès à ces allégements est encadré par des conditions d’âge resserrées. Le donateur devra, comme pour le don familial d’argent existant, être âgé de moins de 80 ans au moment de la donation. Le bénéficiaire devra pour sa part être un majeur de 18 à 49 ans. Le dispositif cible ainsi prioritairement la transmission d’épargne des seniors vers des adultes jeunes ou d’âge intermédiaire, considérés comme ayant les besoins de financement les plus importants (logement, famille, création d’entreprise).

Astuce :

Les transmissions hors ligne directe bénéficieraient aussi du nouveau taux de 6 %, notamment les donations d’un oncle ou d’une tante à un neveu ou une nièce, actuellement taxées à 55 %. Pour ces donations collatérales, la baisse serait donc spectaculaire sur un plafond de 100 000 € en numéraire, ce qui pourrait transformer la donne pour certains schémas patrimoniaux dans les familles sans enfants.

En revanche, la réforme ne modifie ni les abattements de droit commun (100 000 € parent-enfant, par exemple), ni le barème des droits de succession applicables aux héritages au décès, qui peuvent atteindre 45 % en ligne directe. Les successions restent totalement exclues du champ du dispositif « Transmissions 2027 ».

Un avantage fiscal hors rappel de 15 ans

Un élément technique central renforce l’attrait du dispositif : les dons d’argent réalisés sous le régime temporaire ne seraient pas pris en compte pour le rappel fiscal de 15 ans prévu à l’article 784 du CGI. Autrement dit, ces donations exceptionnelles n’entameraient ni les abattements, ni les tranches de barème disponibles pour de futures donations ou successions.

Exemple :

Cette non-intégration dans le mécanisme de rappel confère à l’opération un caractère additionnel par rapport aux stratégies habituelles de transmission. Pour les ménages les plus fortunés, déjà en mesure d’utiliser pleinement les abattements existants, il s’agit d’un « bonus » fiscal autonome, qui s’ajoute aux marges de manœuvre classiques.

Une réponse à l’enjeu de la circulation du capital

Sur le plan économique, l’exécutif justifie la mesure par la nécessité de « libérer l’épargne » accumulée par les générations les plus âgées. En France, l’âge moyen au moment d’un héritage se situe autour de 50 ans, et près des deux tiers des héritiers ont plus de 60 ans. Le capital est donc souvent transmis à un moment de la vie où les principaux besoins d’investissement (accès à la propriété, lancement d’activité, soutien aux études des enfants) sont déjà passés.

65

Le gouvernement souhaite réorienter l’épargne dite « dormante » des plus de 65 ans vers les 25-40 ans, voire 25-45 ans, qui rencontrent des difficultés pour constituer un apport immobilier ou financer des projets professionnels.

Des critiques sur l’équité et l’efficacité

La réforme, fortement médiatisée, suscite toutefois des réserves importantes, tant sur le terrain de la justice sociale que sur celui de son efficacité économique réelle. Les données de l’Insee montrent que les donations profitent déjà principalement aux ménages les plus dotés en patrimoine : le patrimoine brut médian des personnes ayant reçu une donation est de l’ordre de 435 000 €. Des organisations comme Oxfam et plusieurs formations d’opposition dénoncent un dispositif qui viendrait avant tout avantager les 10 % de ménages les plus riches, en contradiction avec l’objectif de « justice fiscale » mis en avant par ailleurs dans le budget, qui prévoit parallèlement de taxer davantage certaines rentes et superprofits.

Un risque de « pur effet d’aubaine » : une mesure temporaire concentrée sur six mois incite surtout les familles qui projetaient déjà de transmettre à avancer leur calendrier pour profiter du taux réduit, sans générer mécaniquement de flux nets de capital supplémentaires à long terme. L’État supporterait ainsi une perte de recettes ponctuelle, sans garantie d’un gain durable en termes d’activité.

Des économistes

Les professionnels du conseil patrimonial insistent, de leur côté, sur le caractère généralement irrévocable d’une donation. Ils redoutent que la brièveté de la fenêtre de tir n’encourage des décisions précipitées, parfois inadaptées à l’évolution future de la situation familiale ou financière des donateurs, en particulier des personnes âgées.

Entre incitations à attendre et risques de renoncement

L’annonce de la réforme provoque déjà des arbitrages complexes pour les contribuables. De nombreuses familles qui envisageaient une donation fin 2026 sont tentées de suspendre temporairement leur projet dans l’espoir de bénéficier du nouveau régime début 2027. L’exemple du don supplémentaire de 100 000 € à un enfant, pour lequel l’addition pourrait passer d’environ 18 200 € à 6 000 €, illustre la force de l’incitation à patienter.

Bon à savoir :

Attendre 2027 pour profiter d’un éventuel taux de 6 % comporte des risques. Le projet de loi de finances 2027 n’est qu’un texte en discussion et, dans une Assemblée nationale sans majorité stable, les dispositions fiscales sensibles seront débattues jusqu’en décembre 2026 : elles pourraient être amendées, limitées, voire supprimées avant promulgation. De plus, certains avantages existants, comme le dispositif temporaire « logement » de l’article 790 A bis, prennent fin au 31 décembre 2026. Retarder une donation peut donc faire perdre une exonération spécifique de 100 000 € dédiée à l’achat ou à la construction de la résidence principale, ou à sa rénovation énergétique.

Pour les donateurs proches du seuil d’âge de 80 ans à l’automne 2026, l’attente est encore plus risquée : franchir cette limite avant l’entrée en vigueur éventuelle de la loi ferait perdre le droit au don familial exonéré, y compris sous sa version revalorisée à 50 000 €.

Une adoption encore incertaine au Parlement

Sur le plan institutionnel, la présentation du PLF 2027 en Conseil des ministres le 1er octobre 2026 marque seulement le début du parcours législatif. Le texte doit maintenant être examiné par l’Assemblée nationale puis le Sénat, au cours de débats budgétaires prévus jusqu’à la fin de l’année. Chaque chambre pourra modifier le périmètre, le calendrier ou l’ampleur de la baisse des droits de donation. Le dispositif « Transmissions 2027 » ne disposera d’une valeur juridique qu’après le vote définitif et sa publication au Journal officiel.

Bon à savoir :

Dans l’attente d’une réforme, les règles de 2026 s’appliquent : abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans, plafond de 31 865 € pour le don familial de sommes d’argent, barème progressif pouvant atteindre 45 % en ligne directe et 55 % pour certaines transmissions collatérales, et rappel fiscal sur 15 ans. Les notaires et conseillers patrimoniaux appellent à la prudence : toute planification doit se fonder sur le droit effectif, et non sur un projet encore susceptible d’évoluer.

Dans ce contexte, la réforme des droits de donation, au cœur du Budget 2027 : Impact de la Réduction des Droits de Donation par le Gouvernement, s’impose comme l’un des marqueurs politiques et économiques majeurs de la fin de quinquennat. Elle concentre les enjeux d’équilibre entre soutien ciblé à l’activité, maîtrise des comptes publics et débat récurrent sur le rôle de la fiscalité du patrimoine dans la réduction – ou l’aggravation – des inégalités en France.

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