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Record de 35,1 milliards d’euros : L’engouement des Français pour l’assurance-vie

par | Actualités
Publié le 19 août 2026

Le marché luxembourgeois de l’assurance-vie a franchi un seuil inédit avec 35,1 milliards d’euros de primes brutes encaissées, porté par un afflux massif de capitaux en provenance de France. Ce montant record, atteint en 2025 selon les données consolidées du Commissariat aux Assurances (CAA) et analysées en 2026, illustre l’attrait croissant des épargnants français pour ces contrats transfrontaliers, perçus comme un outil de protection et de diversification de patrimoine sans équivalent en Europe.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une année historique pour l’assurance-vie au Luxembourg

L’année 2025 est qualifiée d’historique pour l’assurance-vie luxembourgeoise. Les primes brutes ont atteint 35,1 milliards d’euros, contre 29,5 milliards un an plus tôt, soit une progression de 19 % en un an. Dans le même temps, les provisions techniques – qui correspondent aux encours gérés par les assureurs – se sont hissées à 291,4 milliards d’euros, en hausse de 12,6 % selon le CAA.

262,5

Encours en milliards d’euros strictement gérés en assurance-vie au Luxembourg fin 2025, en progression de 16 % sur un an.

Cette croissance s’appuie notamment sur la montée en puissance des supports en unités de compte. Les primes investies sur ces supports exposés aux marchés financiers ont atteint un sommet de 24,7 milliards d’euros, tandis qu’environ 80 % des provisions techniques totales du pays sont désormais logées sur ces supports de diversification, loin des fonds en euros traditionnels.

Les Français au premier rang des investisseurs

Les résidents français occupent une place centrale dans ce bond d’activité. Ils représentent de longue date la première clientèle internationale du marché luxembourgeois de l’assurance-vie, et les chiffres de 2025 confirment cet engouement. Selon un rapport de l’ACA publié en 2026, les épargnants français ont investi 16,4 milliards d’euros dans des contrats luxembourgeois cette année-là, contre 13,8 milliards l’année précédente, soit une hausse de 20,3 %.

Attention :

La France représente 54,6 % du marché international de l’assurance-vie luxembourgeoise, loin devant l’Allemagne, la Belgique et l’Italie, qui n’atteignent pas chacune 3 milliards d’euros de primes annuelles. Ces flux français ont été décisifs dans le record de 35,1 milliards d’euros de primes brutes.

La Belgique illustre également cette tendance de fond. Les épargnants belges ont placé 2,3 milliards d’euros au Luxembourg sur la période, un niveau record là aussi, en progression de 10,5 %.

Contexte politique et économique : la quête de sécurité

L’essor de ces placements transfrontaliers s’inscrit dans un environnement marqué par de vives incertitudes. Les tensions géopolitiques mondiales, la persistance de l’instabilité politique en France et les inquiétudes liées à la trajectoire de la dette publique française incitent de nombreux patrimoines importants à diversifier géographiquement leurs avoirs.

Bon à savoir :

Le Luxembourg offre une protection juridique et prudentielle robuste sans pénalisation fiscale pour les résidents français, mais le ticket d’entrée minimal est généralement compris entre 125 000 et 250 000 euros, réservant ces contrats à une clientèle aisée ou patrimoniale.

Un régime de protection unique en Europe

L’argument central en faveur des contrats luxembourgeois reste leur dispositif de sécurité, considéré comme sans équivalent en Europe. Ce dispositif repose sur le « Triangle de Sécurité », un mécanisme tripartite qui associe la compagnie d’assurance, une banque dépositaire agréée et le régulateur luxembourgeois, le CAA.

Les actifs adossés aux contrats sont légalement séparés du bilan de l’assureur et conservés auprès d’une banque dépositaire indépendante, elle-même soumise à l’agrément et au contrôle du CAA. En cas de faillite de la compagnie d’assurance, les créanciers de cette dernière ne peuvent pas saisir les actifs des souscripteurs.

Le « Super-Privilège » : une garantie sans plafond

Cette architecture est renforcée par le « Super-Privilège » accordé aux souscripteurs. En cas de défaillance de l’assureur, les détenteurs de contrats sont remboursés en priorité absolue, avant même l’État, les salariés ou les autres créanciers. Surtout, cette protection ne souffre d’aucun plafond.

70000

Le plafond de garantie publique du FGAP en France, par assuré et par compagnie, est de 70 000 euros.

Exemption de la loi Sapin 2 et liquidité permanente

Les contrats luxembourgeois bénéficient également d’un avantage réglementaire clé en matière de liquidité. En France, la loi Sapin 2 autorise le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) à suspendre ou restreindre temporairement les rachats sur les contrats d’assurance-vie en cas de crise systémique ou de choc brutal sur les taux d’intérêt. Un tel gel peut empêcher les souscripteurs de récupérer leurs fonds pendant une période déterminée.

Astuce :

Les contrats souscrits auprès de compagnies luxembourgeoises, régis par le droit local, échappent à la disposition française restrictive. Ils ne peuvent pas être soumis à une telle restriction, garantissant ainsi, en principe, la possibilité de rachat à tout moment, même en période de fortes turbulences financières.

Une fiscalité neutre au Luxembourg, identique à la France pour les résidents français

Sur le plan fiscal, le Luxembourg applique un principe de neutralité absolue pour les non-résidents. Le pays ne prélève aucun impôt sur les primes, ni sur les gains en cas de rachat, ni sur les transmissions par décès au titre des contrats d’assurance-vie.

Pour les résidents fiscaux français, ce sont donc exclusivement les règles françaises qui s’appliquent, comme s’il s’agissait d’un contrat souscrit auprès d’un assureur français. La loi de finances française pour 2026 (loi n° 2026-103) a confirmé le maintien des principaux avantages associés à l’assurance-vie, malgré des débats nourris au Parlement.

30

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les rachats reste fixé à 30 %, incluant 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Une proposition de créer en 2026 une transmission anticipée défiscalisée de 152 500 euros avait été discutée puis finalement rejetée. En revanche, la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est pérennisée pour les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 euros pour une personne seule ou 500 000 euros pour un couple. Un rachat massif sur un contrat luxembourgeois, susceptible de faire franchir ces seuils, expose donc le souscripteur à cette contribution.

Réformes réglementaires : plus de transparence, plus de flexibilité

Le cadre réglementaire luxembourgeois a lui aussi connu une évolution majeure. La circulaire CAA 26/1, publiée fin janvier 2026 et entrée en vigueur début février, remplace la circulaire historique 15/3. Elle vise à mieux encadrer les montages financiers complexes et les stratégies d’investissement sophistiquées destinés aux grandes fortunes, en particulier via les Fonds d’Assurance Spécialisés (FAS) et les Fonds Internes Dédiés (FID).

30 000

Économies annuelles potentielles sur un capital de 5 millions d’euros, grâce à une meilleure analyse des frais et du profil de risque.

La réforme harmonise également les règles de gestion des Fonds Internes Collectifs (FIC) et des FID, tout en assouplissant les conditions d’accès aux produits structurés. Un segment intermédiaire a été créé pour les patrimoines compris entre 2,5 et 10 millions d’euros, offrant davantage de souplesse de gestion et de diversification.

Un univers d’investissement élargi et multidevise

Les contrats luxembourgeois se distinguent aussi par l’étendue de leur univers d’investissement. Ils permettent un accès facilité aux actifs non cotés, notamment le capital-investissement (private equity), la dette privée, l’immobilier non coté ou encore des fonds spécialisés. Cette ouverture répond à la demande d’investisseurs en quête de rendement et de diversification au-delà des marchés traditionnels.

Exemple :

Un même contrat d’assurance-vie peut être libellé et investi en plusieurs devises (euro, dollar américain, franc suisse, livre sterling, etc.) pour répartir le risque de change et se prémunir contre une dépréciation de l’euro. De plus, certains souscripteurs utilisent le crédit lombard, consistant à nantir leur contrat comme garantie d’un financement bancaire tout en laissant le capital intégralement investi sur les marchés.

En contrepartie, ces contrats présentent généralement des frais de gestion plus élevés et des seuils d’entrée nettement supérieurs à ceux des contrats français de détail, ce qui les réserve à une clientèle patrimoniale ou fortunée.

Une solution prisée des épargnants mobiles et des expatriés

Pour les expatriés et les personnes susceptibles de changer de pays de résidence au cours de leur vie professionnelle, l’assurance-vie luxembourgeoise offre une souplesse supplémentaire. Les contrats s’adaptent automatiquement à la fiscalité du nouveau pays de résidence sans nécessité de rachat, ce qui permet de conserver l’antériorité fiscale et la structure patrimoniale mise en place.

41

Cette hausse correspond à l’augmentation en pourcentage du plafond de déduction annuelle pour les contrats de prévoyance-vieillesse au Luxembourg, passé de 3 200 à 4 500 euros par personne, soit 9 000 euros pour un couple.

Des acteurs majeurs au cœur d’un marché en plein essor

Plusieurs compagnies se partagent la gestion de ces actifs record. Parmi les acteurs de premier plan figurent Lombard International Assurance, Cardif Lux Vie, Wealins, Sogelife, La Mondiale Europartner ou encore Baloise Vie Luxembourg. Ces sociétés, spécialisées dans la gestion de patrimoines souvent internationaux et complexes, ont largement bénéficié de la montée en puissance des flux en provenance de France.

260 milliards

Ce montant représente les encours totaux de l’assurance-vie luxembourgeoise, qui s’impose comme un instrument majeur de structuration patrimoniale en Europe.

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