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Record historique de décaissement d’IDE : une dynamique prometteuse

par | Actualités
Publié le 3 octobre 2026

Les flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE) ont renoué avec la croissance après deux années de repli, atteignant un niveau record de décaissement qui ouvre une phase jugée prometteuse, mais fragile. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la Cnuced (UNCTAD), les entrées d’IDE ont progressé de 6 % pour s’établir autour de 1 600 milliards de dollars, portées par des mégaprojets dans les technologies de pointe et une réorientation des capitaux vers des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle et la transition énergétique.

Bon à savoir :

Si cette reprise marque un tournant, elle reste étroite et inégalement répartie, avec une forte concentration des flux dans un nombre limité de grandes économies et une marginalisation persistante des pays les plus pauvres.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une reprise mondiale tirée par les mégaprojets et la finance intra-groupe

D’après la Cnuced, la remontée des IDE intervient après les baisses enregistrées en 2023 et 2024. En 2025, les flux entrants ont ainsi approché 1 624 milliards de dollars. Toutefois, une part importante de cette hausse ne correspond pas à de nouveaux sites industriels ou à des capacités productives supplémentaires. Elle est largement alimentée par des opérations financières internes aux groupes multinationaux, comme les prêts intragroupe, les restructurations de holdings et la réaffectation de bénéfices réinvestis transitant par les grands centres financiers européens.

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Une fois neutralisés ces flux de « transit » purement financiers, la croissance réelle des IDE est ramenée à 4 %, révélant une dynamique plus modérée.

Les pays développés apparaissent comme les principaux bénéficiaires. Leurs entrées d’IDE ont bondi de 11 %, avec notamment les États-Unis en tête du classement mondial, à environ 277 milliards de dollars. Cette redirection du capital vers les grands marchés occidentaux s’explique par un contexte de tensions commerciales, de fragmentation géopolitique et de recherche de « sécurité économique », où les investisseurs privilégient les places jugées stables et sûres.

Un basculement accéléré vers les secteurs stratégiques

Au cœur de cette nouvelle vague de décaissement d’IDE se trouve une profonde recomposition sectorielle. Les choix d’investissement ne répondent plus seulement à la logique de coûts de production, mais à des calculs stratégiques mêlant industrialisation, souveraineté technologique et sécurité nationale. Les politiques publiques jouent un rôle croissant, entre subventions massives, dispositifs protectionnistes et mécanismes de filtrage des investissements étrangers.

Attention :

Les infrastructures d’IA (centres de données), les semi-conducteurs, les technologies de la transition énergétique, les minerais critiques et les technologies avancées ou sensibles représentent désormais 44 % de la valeur totale des projets greenfield dans le monde, contre seulement 16 % en 2020, marquant un virage spectaculaire.

La Cnuced estime que la demande de nouvelles infrastructures numériques pour soutenir l’essor de l’IA a, à elle seule, suscité environ 235 milliards de dollars d’intentions d’investissement supplémentaires. À l’inverse, les industries manufacturières plus traditionnelles voient leur attractivité se réduire. Les IDE dans ce segment accusent un recul global de 17 % par rapport à la moyenne de la décennie précédente, un repli qui atteint 20 % dans les pays en développement.

Des disparités régionales marquées et une marginalisation des pays les plus pauvres

Derrière le record global de décaissement se cache une cartographie très contrastée. Les pays en développement n’ont enregistré qu’une progression limitée de 2 %, pour un total de 901 milliards de dollars d’entrées. Les économies les moins avancées (PMA) demeurent largement à l’écart de la dynamique : elles ne captent que 43 milliards de dollars, soit à peine 2,7 % des flux mondiaux.

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Les investissements directs étrangers vers l’Afrique ont chuté de 26 % pour atteindre 70 milliards de dollars, illustrant la volatilité et la difficulté des économies africaines à ancrer des projets productifs de long terme.

Sur le plan régional, l’érosion de la position de l’Union européenne sur la scène mondiale se confirme. Sa part dans les flux d’IDE a reculé à environ 11 % sur la période récente 2020–2025, contre 35 % dans les années 1990. Ce retrait profite notamment à l’Asie de l’Est, passée de 15 % à 37 % des flux, ainsi qu’aux États-Unis, qui conservent autour de 21 % de part de marché.

Europe en retrait, mais résilience de certains pôles comme la France

Malgré ce recul global, certains pays européens maintiennent une forte attractivité. D’après le baromètre EY de l’attractivité publié en 2026, la France reste pour la septième année consécutive la première destination d’IDE en Europe en nombre de projets, avec 852 implantations recensées. Elle devance le Royaume-Uni, à 730 projets, et l’Allemagne, à 548.

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Le nombre de projets en France recule de 17 % par rapport à l’année précédente, et seuls 57 % des dirigeants internationaux envisagent d’investir dans le pays dans l’année à venir.

Dans ce contexte, certains segments se distinguent néanmoins positivement. Les investissements étrangers dans l’IA en France progressent de 26 %, renforçant l’écosystème des technologies numériques. L’industrie demeure également un pilier d’accueil important, avec 354 projets soutenus par des capitaux étrangers, ce qui a permis de préserver près de 28 000 emplois.

Un environnement macroéconomique et géopolitique incertain

Les perspectives macroéconomiques mondiales influent directement sur la portée de ce record historique de décaissement d’IDE. Les prévisions intermédiaires de l’OCDE et du FMI pour 2026 faisaient état d’un léger mieux, avec une croissance mondiale anticipée autour de 2,9 % en 2026 et 3,0 % en 2027, soit une révision positive de 0,3 point par rapport aux dernières estimations de 2025.

Bon à savoir :

L’aggravation du conflit au Moyen-Orient à la fin de l’hiver 2026 a en grande partie effacé cette éclaircie. L’envolée des prix de l’énergie et les menaces sur des routes maritimes stratégiques, notamment le détroit d’Hormuz, ont ravivé les risques de tensions inflationnistes et fait planer la menace d’épisodes de stagflation dans plusieurs économies avancées.

Parallèlement, la montée des tensions commerciales, au premier rang desquelles les politiques tarifaires américaines, et la persistance de pressions inflationnistes ont poussé de nombreux investisseurs à adopter une attitude d’attente dans la seconde moitié de 2026. De grands projets de dépenses d’investissement ont été différés, limitant l’ampleur de la reprise malgré les records atteints en début d’année.

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Les flux mondiaux d’IDE ont bondi de 44 % par rapport au trimestre précédent pour atteindre 658 milliards de dollars au premier trimestre 2026, soit 42 % de plus qu’un an plus tôt.

Un encadrement réglementaire de plus en plus strict

Face à la montée des enjeux de souveraineté économique et de sécurité nationale, les grandes puissances économiques ont renforcé leurs dispositifs de contrôle des investissements étrangers. En Europe, plusieurs États ont durci leurs cadres juridiques en 2026 pour se conformer aux exigences communautaires en matière de filtrage des flux, à l’image de la Roumanie avec l’ordonnance d’urgence OUG n° 17/2026.

Astuce :

Un nouvel arrêté relatif aux investissements étrangers, publié au Journal officiel le 2 août 2026, ajuste et étend les règles de contrôle. La tendance générale consiste à abaisser les seuils déclenchant un examen et à élargir le périmètre des opérations scrutinées au-delà des seules prises de participation. Les transactions portant sur des actifs technologiques ou physiques jugés sensibles sont désormais davantage ciblées, y compris dans le cadre de cessions d’actifs (« asset deals »).

Ce durcissement réglementaire reflète la volonté des États de mieux maîtriser la nature et l’orientation des IDE, en particulier lorsque ceux-ci concernent des infrastructures critiques ou des technologies clés. Il ajoute cependant une couche d’incertitude pour les investisseurs, qui doivent composer avec des exigences de plus en plus complexes et hétérogènes selon les juridictions.

Des perspectives orientées vers un rééquilibrage et un développement plus durable

La question de l’usage de ce record historique de décaissement d’IDE se trouve désormais au centre des débats internationaux. La Cnuced prépare, avec l’État du Qatar, la 9e édition du Forum mondial de l’investissement, qui doit réunir à Doha la communauté internationale de l’investissement et des représentants de plus de 160 pays.

Bon à savoir :

L’objectif est de réorienter l’architecture des traités et accords d’investissement pour que les flux d’IDE contribuent davantage et plus équitablement au développement durable, en particulier dans les pays en développement. Les institutions internationales appellent à une réforme d’ampleur du cadre actuel, jugé inadapté à la montée des risques climatiques, aux besoins massifs d’infrastructures durables et à l’émergence de nouvelles frontières de l’économie, comme l’économie spatiale.

Dans ce contexte, la dynamique prometteuse liée au record de décaissement d’IDE ne pourra pleinement se concrétiser que si elle s’accompagne d’une meilleure diffusion géographique des flux, d’un rééquilibrage sectoriel au bénéfice des infrastructures de base et d’un environnement macroéconomique plus stable. À défaut, le cycle actuel pourrait renforcer les fractures existantes entre grands pôles technologiques et économies en marge de la mondialisation productive, au risque d’accentuer les tensions économiques et géopolitiques qui pèsent déjà sur les décisions d’investissement.

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