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Le Livret A enregistre une décollecte inédite au premier semestre

par | Actualités
Publié le 23 juillet 2026

Le Livret A traverse une zone de turbulences comme il n’en avait plus connu depuis la crise financière. Produit fétiche des Français, détenu par 83 % de la population et fort de quelque 58 millions de comptes ouverts, il vient d’enchaîner un premier semestre marqué par une décollecte d’ampleur historique. Pour la première partie de l’année 2026, les retraits ont largement dépassé les dépôts, avec 5,01 milliards d’euros sortis des Livret A entre janvier et mai. Du jamais-vu depuis que la Caisse des Dépôts centralise les données, en 2009.

Recomposition de l'épargne des ménages en 2026

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une décollecte jamais observée depuis la création des statistiques

Une décollecte jamais observée depuis la création des statistiques

Le phénomène ne tient pas à un simple à-coup conjoncturel. Il s’inscrit dans la durée et se lit mois après mois dans les chiffres publiés par la Caisse des Dépôts.

Entre janvier et mai 2026, le Livret A a enregistré cinq mois consécutifs de décollecte. Chaque mois, les retraits ont dépassé les dépôts, y compris en février et en mai, deux périodes qui sont habituellement plutôt porteuses pour la collecte. La situation est telle qu’en quelques mois seulement, l’encours a reculé malgré son niveau déjà colossal.

On peut suivre ce mouvement à travers l’évolution des flux nettes et des encours.

Des flux mensuels durablement négatifs

Les données disponibles pour le début de l’année montrent une mécanique bien installée.

Mois 2026Flux net Livret A (en milliards €)Flux net Livret A + LDDS (en milliards €)
Janvier-1,87-2,27
Février-0,74-0,74
Mars-0,49-0,41
Avril-1,28n.d.
Mai-0,63-0,77
Cumul janv.–mai-5,01≈ -5,19 (estimation à partir des données)

Pour le seul Livret A, la décollecte cumulée atteint 5,01 milliards d’euros entre janvier et mai. En incluant le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), l’ensemble Livret A + LDDS enregistre également un décrochage inédit, avec une décollecte déjà supérieure à 3 milliards d’euros sur le seul premier trimestre, alors même que l’année précédente, la collecte était positive.

Décollecte mensuelle en 2026
Ce graphique illustre la décollecte mensuelle observée entre janvier et mai 2026. Après un mois de janvier déjà déficitaire, la collecte devient négative en février, puis mars enregistre la pire performance mensuelle depuis le début des statistiques centralisées. Les mois d’avril et mai prolongent ce mouvement, aboutissant à cinq mois consécutifs de décollecte, une situation inédite depuis mai 2009.

Un encours qui recule malgré une base massive

Malgré un encours dépassant les 440 milliards d’euros, la succession de retraits finit par se voir.

Date de référenceEncours Livret A (en milliards €)Encours LDDS (en milliards €)Encours Livret A + LDDS (en milliards €)
Janvier 2026448,0n.d.n.d.
Fin février 2026447,0165,2612,2
Fin mars 2026446,5n.d.n.d.
Fin avril 2026445,0165,0n.d.
Fin mai 2026447,0164,9609,5

La baisse d’encours entre janvier et avril est nette sur le Livret A, avec près de 3 milliards d’euros de moins. La légère remontée de l’encours nominal en mai (retour à 447 milliards) s’explique par la capitalisation des intérêts et des effets de calendrier, sans remettre en cause le fait que les flux nets restent négatifs.

611

L’encours cumulé des principaux livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) dépasse 611 milliards d’euros, soulignant leur rôle clé dans le patrimoine financier des ménages.

Le choc de la baisse du taux : un rendement divisé par deux

Le choc de la baisse du taux : un rendement divisé par deux

Difficile de comprendre cette décollecte historique sans revenir sur le cœur du sujet : la rémunération. En un an, le rendement du Livret A a été littéralement coupé en deux.

Au début de 2025, le taux affichait encore 3 % net. Il a ensuite été abaissé à 2,4 % en février 2025, puis à 1,7 % en août 2025. Le 1ᵉʳ février 2026, nouveau coup de rabot : le taux tombe à 1,5 % net par an. Selon les données du ministère de l’Économie et de la Caisse des Dépôts, le Livret A se retrouve ainsi avec un rendement deux fois moindre qu’un an plus tôt.

Bon à savoir :

Le taux du livret A est fixé par une formule intégrant l’inflation hors tabac et les taux interbancaires. Malgré une baisse théorique à 1,4 % calculée pour janvier 2026, due à la décrue de l’inflation et au repli des taux de marché, le gouvernement a choisi de le maintenir à 1,5 %, soit un léger coup de pouce par rapport à la stricte application de la formule.

Un rendement nominal attractif en apparence, mais pénalisé par l’inflation

Sur le papier, 1,5 % net d’impôt et de prélèvements sociaux reste honorable au regard d’un environnement de taux longtemps quasi nuls. Le Livret A garde d’ailleurs des atouts structurels : capital garanti par l’État, intérêts exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux, et liquidité totale. Mais la donne change lorsqu’on met ce taux en regard de l’inflation.

Exemple :

En mai, l’inflation annuelle atteint 2,4 % selon l’Insee. Concrètement, cela signifie que le pouvoir d’achat de l’épargne placée sur un Livret A diminue : le rendement réel (taux nominal moins inflation) devient négatif, à -0,9 point environ dans ce cas de figure. Autrement dit, même si le capital grossit en valeur nominale, il achète moins de biens et services d’une année sur l’autre.

Cette érosion du rendement réel, déjà perceptible en 2025, s’accentue en 2026 alors même que le Livret A voit son taux reculer. Pour beaucoup de ménages, l’impression de « faire dormir » l’argent sur ce support, plutôt que de le faire fructifier, devient prégnante.

Une trajectoire de taux heurtée

L’histoire récente du Livret A peut se résumer par une séquence de hausses rapides suivies d’un reflux tout aussi marqué. Après avoir été relevé à 3 % en 2023, puis maintenu à ce niveau jusqu’au début de 2025, il subit ensuite deux baisses successives en 2025 (2,4 %, puis 1,7 %), avant un nouvel ajustement à 1,5 % en 2026.

Certains scénarios anticipent déjà de nouvelles évolutions, avec une possible remontée du taux à 1,7 % au second semestre 2026, voire davantage si l’inflation et les taux interbancaires devaient repartir à la hausse. Mais ces perspectives, même favorables, ne suffisent pas à enrayer un mouvement de décollecte déjà bien ancré. Les ménages arbitrent en fonction de la situation actuelle, et non de projections encore incertaines.

Des épargnants moins passifs, plus exigeants

Des épargnants moins passifs, plus exigeants

Longtemps, le réflexe a été simple : ouvrir un Livret A, l’alimenter au fil des années, y laisser grossir les sommes pour disposer d’une épargne de précaution, sans se poser trop de questions sur le rendement réel. Cette époque semble en partie révolue.

Les données publiées par la Caisse des Dépôts montrent que les Français ne se contentent plus de laisser « dormir » leur épargne. Entre janvier et avril 2026, 910 000 Livret A ont été ouverts, mais 886 000 ont été fermés sur la même période. Ce jeu d’ouvertures et de fermetures illustre des arbitrages plus fréquents, souvent liés à des changements de banque ou à des réorganisations de patrimoine.

Cette décollecte ne correspond pas à une ‘désépargne’ massive. Les ménages ne cessent pas d’épargner, ils déplacent leurs fonds vers d’autres supports jugés plus intéressants, notamment en matière de rendement et de fiscalité. Pour les épargnants qui ont déjà atteint le plafond de 22 950 euros sur leur Livret A – plus de 50 % des encours sont sur des livrets au plafond – l’enjeu n’est plus d’accumuler, mais d’optimiser l’utilisation de ce capital.

Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste

Parallèlement, la hausse du coût de la vie oblige les ménages les plus fragiles à puiser dans leur épargne, en particulier sur le Livret A, pour absorber les dépenses courantes, notamment énergétiques. On observe ainsi un double mouvement : arbitrage offensif des ménages les mieux dotés vers des supports plus rémunérateurs, et utilisation défensive de l’épargne de précaution par les plus modestes.

D’autres livrets réglementés dans le jeu : LDDS, LEP, Livret jeune

D’autres livrets réglementés dans le jeu : LDDS, LEP, Livret jeune

Le Livret A n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un ensemble de produits réglementés dont certains connaissent une trajectoire très différente.

Le LDDS, rémunéré au même taux que le Livret A (1,5 % puis 1,7 % selon la période), subit lui aussi la vague de décollecte, même si son encours, autour de 165 milliards d’euros, est moindre. Son plafond de 12 000 euros et sa vocation de financement du développement durable et solidaire n’empêchent pas les arbitrages : en mai 2026, il enregistre un flux net négatif de 140 millions d’euros.

Attention :

Réservé aux ménages modestes, le Livret d’épargne populaire (LEP) offre un taux net de 2,5 % depuis le 1ᵉʳ février 2026, soit 0,5 point de plus que le Livret A, grâce à un coup de pouce pour préserver le pouvoir d’achat. Avec un plafond de 10 000 euros, une fiscalité exonérée, une liquidité totale et un capital garanti, il est considéré comme le meilleur placement sans risque et liquide, enregistrant une collecte positive de +180 millions d’euros en février 2026.

Le Livret jeune, destiné aux 12–25 ans, reste, lui aussi, un outil attractif pour de petits montants (plafond de 1 600 euros). Les banques fixent librement son taux, à condition qu’il soit au moins égal à celui du Livret A. Dans la pratique, certaines enseignes le rémunèrent sensiblement plus, pour attirer une clientèle jeune, même si les volumes restent modestes par rapport au Livret A.

Astuce :

Pour les ménages éligibles, il est recommandé de transférer une partie de leur épargne de précaution vers le Livret d’Épargne Populaire (LEP), car ce dernier offre un meilleur rendement que le Livret A, démontrant que l’épargne réglementée n’est pas uniforme.

La concurrence frontale des livrets bancaires non réglementés

La concurrence frontale des livrets bancaires non réglementés

Au-delà de l’épargne réglementée, une autre catégorie de produits a clairement profité de l’affaiblissement du Livret A : les livrets bancaires non réglementés. Ces comptes sur livret, parfois proposés par des banques en ligne ou des fintechs, peuvent afficher des taux nettement supérieurs, au prix d’une fiscalité moins favorable.

Ces livrets offrent la même liquidité et la même sécurité bancaire que le Livret A, mais leurs intérêts sont soumis à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux. Malgré cela, leurs taux bruts sont suffisamment élevés pour rester compétitifs, voire supérieurs, même après fiscalité, pour les épargnants imposés à des taux moyens.

On trouve ainsi des offres très offensives :

Produit non réglementéTaux affiché (brut)
Livret + Fortuneo4,5 %
Livret d’Épargne Monabanq4,0 %
Compte sur Livret Bfor+3,5 %
Livret Cashbee5,0 %

Ces taux intègrent souvent des périodes promotionnelles ou des plafonds spécifiques, mais ils envoient un signal clair : dans un univers de taux remontés, garder un Livret A à 1,5 % peut apparaître comme un manque à gagner important pour une partie des ménages.

Même en tenant compte de la fiscalité, un livret affiché à 4,5 % ou 5 % peut rester plus intéressant que 1,5 % net, en particulier pour les contribuables faiblement imposés ou bénéficiant d’une optimisation via le prélèvement forfaitaire unique. C’est l’un des moteurs de la décollecte du Livret A : les ménages les plus informés et les plus à l’aise financièrement déplacent leurs liquidités vers ces comptes mieux rémunérés.

Assurance vie : le grand gagnant de la réallocation

Assurance vie : le grand gagnant de la réallocation

S’il y a un produit qui ressort clairement gagnant de ce vaste mouvement d’arbitrage, c’est l’assurance vie. Depuis le début de 2026, la collecte nette sur l’assurance vie explose. En janvier, elle atteint 6,2 milliards d’euros, soit trois fois la moyenne de la décennie. En février, elle grimpe encore à 7,1 milliards. Dans le même temps, le Livret A accumule les mois de décollecte.

Assurance vie versus Livret A avantages
Assurance vie versus Livret A avantages

Les fonds en euros, en particulier, offrent aujourd’hui des rendements qui dépassent largement ceux du Livret A. Les estimations pour 2025–2026 situent leur performance nette de frais de gestion entre 2,5 % et 3 % en moyenne, certains fonds dépassant même les 4 %. Pour 2026, les projections tablent sur un rendement compris entre 2,5 % et 3 % sur ces supports sécurisés. En parallèle, la part des unités de compte dans les versements bruts atteint entre 41 % et 43 %, signe que les épargnants sont prêts à accepter plus de risque pour espérer davantage de performance.

Bon à savoir :

Les retraits sur un contrat d’assurance vie ne sont pas instantanés : comptez quelques jours à plusieurs semaines, contrairement au Livret A qui permet un retrait immédiat. Ce délai est acceptable pour les épargnants qui planifient.

ProduitRendement net estimé 2025–2026Risque sur capitalFiscalité des gainsLiquidité
Livret A1,5 % net (2026)0 % (garanti État)Aucune (exonération totale)Immédiate
LEP2,5 % net (2026)0 % (garanti État)Aucune (exonération totale)Immédiate
Livrets bancaires non régulés3,5–5 % brut env.0 % bancairePFU / IR + prélèvements soc.Immédiate
Assurance vie – fonds euros2,5–3 % net de frais (hors PS)0 % sur fonds eurosPFU ou barème + PS 17,2 %5 à 30 jours

Dans ce tableau comparatif, on comprend aisément pourquoi le Livret A est devenu, pour beaucoup, un simple outil de trésorerie, et non plus un produit de rendement. L’assurance vie s’impose comme le principal réceptacle de l’épargne de long terme, avec, en bonus, un régime successoral attractif non abordé ici mais bien connu des conseillers patrimoniaux.

PEL, CEL, comptes à terme, fonds monétaires : les autres alternatives

PEL, CEL, comptes à terme, fonds monétaires : les autres alternatives

La baisse du Livret A et la remontée des taux de marché ont aussi redonné de l’intérêt à d’autres produits parfois jugés datés ou oubliés.

Le Plan épargne logement (PEL) pour les plans ouverts à partir de janvier 2026 affiche un taux de 2 % brut. Après fiscalité, le rendement net ressort autour de 1,40 %, ce qui reste supérieur au Livret A pour certains profils, surtout si l’on tient compte du droit à prêt attaché au PEL, utile pour financer un projet immobilier. En contrepartie, l’épargne est bloquée pendant quatre ans, et le plafond de versement s’élève à 61 200 euros.

Compte épargne logement (CEL)

Le CEL offre un taux de 1,25 % en janvier 2026, lié mécaniquement au Livret A (2/3 de son taux). Avec un plafond de 15 300 €, il constitue une solution intermédiaire pour l’épargne logement.

Taux d’intérêt

1,25 % en janvier 2026, rémunéré aux deux tiers du taux du Livret A.

Plafond

15 300 euros maximum, positionnant le CEL comme une solution d’épargne intermédiaire.

Contexte

Moins attractif que certains livrets bancaires, mais bénéficie du cadre réglementaire de l’épargne logement.

Les comptes à terme et les fonds monétaires complètent le paysage. Beaucoup d’établissements proposent désormais des comptes à terme à des taux supérieurs au Livret A, en contrepartie d’une immobilisation temporaire des fonds. Les fonds monétaires, eux, bénéficient de la normalisation des taux courts et peuvent servir de parking rémunéré pour des montants importants.

Dans tous les cas, l’arbitrage se fait sur trois critères principaux : la durée d’immobilisation acceptable, la tolérance au risque (nulle ou très faible pour les supports monétaires et à terme de bonne qualité), et la fiscalité applicable.

L’essor des fintechs et de l’épargne « nouvelle génération »

L’essor des fintechs et de l’épargne « nouvelle génération »

La décollecte du Livret A s’inscrit aussi dans un contexte plus large de transformation du paysage financier. Une nouvelle génération de solutions a émergé, portée par des fintechs et des banques 100 % en ligne, qui proposent des comptes rémunérés, souvent bonifiés, ainsi que des fonds d’épargne mutualisés.

Bon à savoir :

Trade Republic, Revolut, N26 ou Wise proposent des comptes rémunérés avec des taux parfois plus élevés que les livrets traditionnels, offrant une expérience mobile fluide et des cartes de paiement rattachées, mêlant ainsi compte courant et épargne.

Même si ces solutions ne sont pas toutes couvertes par le même cadre réglementé que le Livret A, elles misent sur la simplicité, la transparence des frais, la possibilité d’investir en ETF ou en obligations datées, et des taux promotionnels pour attirer une clientèle jeune ou technophile. Là encore, la sécurité reste élevée, grâce aux dispositifs de garantie des dépôts en vigueur dans l’Union européenne.

Cette concurrence par l’innovation technologique n’est pas neutre : elle déplace progressivement l’attention des épargnants de l’épargne réglementée vers des univers jugés plus modernes et potentiellement plus rentables, au prix, parfois, d’une compréhension moins intuitive des risques.

Bourse, ETF, SCPI : la tentation du rendement sur le long terme

Bourse, ETF, SCPI : la tentation du rendement sur le long terme

La baisse des rendements de l’épargne réglementée réactive un vieux débat : comment faire travailler son argent sur le long terme ? De plus en plus d’analystes rappellent que, sur une décennie, les marchés actions demeurent l’option la plus intéressante pour espérer un rendement significativement supérieur à l’inflation, à condition d’accepter la volatilité.

Bon à savoir :

Les ETF répliquant de grands indices mondiaux diversifient largement le portefeuille, limitent le risque spécifique à une entreprise et réduisent les frais par rapport à une gestion active. Ils ne garantissent pas de gains annuels, mais offrent, sur le long terme, une espérance de performance supérieure aux 1,5 % du Livret A.

Les ETF obligataires, notamment les ETF datés, attirent aussi l’attention. Ils offrent une exposition à des obligations arrivant à échéance à une date donnée, ce qui permet d’anticiper un rendement à peu près connu si l’on garde l’investissement jusqu’à la fin. Dans un environnement où les taux ont remonté, ces produits peuvent constituer une alternative crédible pour les épargnants prêts à immobiliser leurs fonds plusieurs années.

Attention :

Les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) offrent des rendements entre 4,5 % et 8 % via un investissement indirect dans l’immobilier locatif, avec une distribution régulière de revenus. Ces placements ne sont pas garantis en capital, nécessitent une perspective de long terme et sont souvent optimisés fiscalement via l’assurance vie.

Face à ce foisonnement de possibilités, le Livret A conserve une fonction bien spécifique : celle d’une épargne immédiatement disponible, sans risque et totalement défiscalisée. Ce rôle de « matelas de sécurité » reste irremplaçable, mais il n’a plus vocation à absorber l’essentiel de l’épargne à moyen ou long terme, ce que confirment les flux de décollecte observés.

Comment les réseaux bancaires encaissent-ils le choc ?

Comment les réseaux bancaires encaissent-ils le choc ?

La décollecte du Livret A ne se répartit pas de manière uniforme entre les réseaux bancaires. Les chiffres de la Caisse des Dépôts montrent des baisses d’encours particulièrement marquées pour certains établissements.

Évolution des encours Livret A de décembre 2025 à avril 2026
Ce graphique montre le recul des encours de Livret A de trois groupes bancaires entre décembre 2025 et avril 2026, avec des baisses comprises entre -0,86% et -2,14%.

Pour les réseaux les plus exposés au Livret A – historiques comme La Banque Postale – la décollecte a des implications directes sur la structure de leur bilan et leur modèle économique. Elle les pousse à promouvoir davantage leurs propres livrets non réglementés et leurs contrats d’assurance vie, plus rémunérateurs pour la banque et parfois plus attractifs pour le client.

Le Livret A : un produit terminé, mais encore central

Le Livret A : un produit terminé, mais encore central

Certains spécialistes qualifient le Livret A de « produit fini » : son fonctionnement est stabilisé, son cadre réglementaire bien défini, son taux fixé par décret selon une formule précise. En un sens, il n’y a plus rien à inventer autour de ce livret, contrairement à l’assurance vie ou aux livrets bancaires qui peuvent être continuellement reconfigurés.

Bon à savoir :

Le Livret A rassure par sa simplicité et sa prévisibilité, mais en période de hausse des taux et d’innovation financière, il devient moins adaptable. Il reste un pilier clé pour le financement du logement social et de l’investissement public.

Les fonds collectés sur le Livret A, le LDDS et le LEP sont en grande partie centralisés par la Caisse des Dépôts, qui les transforme en prêts de très long terme au bénéfice des organismes de logement social et des collectivités locales. Une partie de ce financement irrigue désormais des secteurs comme la rénovation énergétique ou les infrastructures, voire, à terme, certains projets liés à la transition énergétique. La baisse de la collecte sur ces livrets ne remet pas en cause à court terme ce modèle, mais elle interroge sa pérennité si la tendance à la décollecte devait se prolonger.

Vers un nouvel équilibre de l’épargne de précaution

Vers un nouvel équilibre de l’épargne de précaution

Au terme de ce premier semestre chahuté, une image claire se dessine. Le Livret A n’est plus, pour une majorité de ménages, le support privilégié pour faire fructifier leur épargne. Il reste un socle, un outil de base pour constituer une réserve immédiate correspondant à quelques mois de dépenses. Au-delà, la logique d’optimisation pousse à regarder ailleurs.

Astuce :

Suivez les recommandations des spécialistes : constituez un matelas de sécurité de 3 à 6 mois de dépenses sur Livret A et LDDS, maximisez le LEP si vous êtes éligible, puis placez le surplus sur des supports selon votre horizon et votre tolérance au risque : assurance vie, livrets mieux rémunérés, ETF ou SCPI.

La décollecte inédite du Livret A au premier semestre ne signe pas la fin de ce produit emblématique. Elle marque plutôt la fin d’un malentendu : celui qui consistait à voir dans ce livret un véhicule de valorisation du capital, là où il n’est, par construction, qu’une solution de trésorerie sécurisée et défiscalisée. Pour tous ceux qui acceptent cette réalité et prennent le temps de s’informer, le temps du simple « petit livret rouge » comme placement principal est dépassé. L’heure est à la combinaison intelligente des outils, dans laquelle le Livret A garde sa place, mais n’occupe plus tout le terrain.

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