La multiplication des vies « à cheval » entre plusieurs pays a fait exploser les cas de Succession en cas de residence dans deux pays differents. Entre un parent installé à l’étranger, des enfants dispersés dans plusieurs États et un patrimoine réparti sur plusieurs territoires, la question n’est plus de savoir si une succession sera internationale, mais comment l’anticiper pour éviter les mauvaises surprises juridiques et fiscales.

L’erreur la plus fréquente consiste à croire qu’en choisissant une loi civile étrangère, on échappe mécaniquement à la fiscalité française. C’est faux. Pour bien s’y retrouver, il faut suivre un fil conducteur : où se trouve la résidence habituelle du défunt, où résident les héritiers, et où sont situés les biens ?
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Quand une succession devient-elle « internationale » ?

Une succession bascule dans l’international dès qu’un élément se rattache à un autre pays : le défunt vivait à l’étranger, un héritier est expatrié ou une partie du patrimoine (immobilier, compte bancaire, titres de société, œuvres d’art…) est située hors de France.
Dans ce cas, trois blocs de règles coexistent et interagissent :
| Bloc de règles | Rôle principal | Sources citées dans le rapport |
|---|---|---|
| Droit civil des successions | Détermine la loi applicable, la compétence des tribunaux, la part de chacun | Règlement (UE) n° 650/2012, dit « Bruxelles IV » ou « Règlement Successions » |
| Droit fiscal français | Fixe l’assiette et le paiement des droits de succession en France | CGI, article 750 ter, article 784 A, article 4 B |
| Conventions bilatérales | Évitent ou atténuent la double imposition entre deux États | 20 conventions françaises, dont 8 majeures (Belgique, Allemagne, Italie, États-Unis, Royaume-Uni, Espagne, Autriche, Canada) |
Cette coexistence rend la Succession en cas de residence dans deux pays differents délicate à piloter : la loi qui désigne les héritiers n’est pas forcément celle qui taxe.
La loi applicable : la résidence habituelle comme boussole

Depuis l’entrée en application du Règlement européen 650/2012, la grande majorité des successions à dimension européenne suit une logique simple en apparence : une seule loi nationale gouverne toute la succession (principe d’unité).
Le principe : la loi du dernier lieu de résidence habituelle
Par défaut, c’est la loi de l’État où le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès qui s’applique à l’ensemble du patrimoine, qu’il soit constitué d’immeubles, de comptes bancaires ou de parts de sociétés, et ce même si certains biens sont à l’étranger.
Quelques points clés ressortent du rapport :
Ce critère s’applique aux 25 États membres participants (hors Danemark, Irlande et Royaume-Uni). La résidence habituelle est une notion de fait, évaluée via un faisceau d’indices, et non un simple critère administratif. Cette loi unique régit toutes les opérations de succession : organisation, liquidation et partage.
Le Règlement a un caractère universel : la loi désignée peut être celle d’un État membre ou d’un pays tiers (États‑Unis, Suisse, Royaume‑Uni, Canada…).
Comment un juge détermine-t-il la résidence habituelle ?
Le texte ne donne pas de seuil chiffré, mais décrit une approche globale : il faut reconstituer le centre effectif de vie du défunt au cours des années précédant sa mort et au moment du décès. Les indicateurs retenus sont récurrents dans la jurisprudence européenne et française :
| Indicateur | Poids dans l’analyse | Exemples de preuves mentionnées |
|---|---|---|
| Durée, régularité et stabilité de la présence | Fort | Baux, factures, inscriptions administratives, impôts locaux |
| Centre de la vie familiale | Fort | Lieu de résidence du conjoint, du partenaire, des enfants mineurs |
| Centre des intérêts économiques | Moyen | Lieu d’exercice de l’activité professionnelle, comptes bancaires, principaux investissements |
| Centre de la vie sociale | Moyen | Médecin traitant, associations, ancrage relationnel |
| Intention de s’installer durablement | Subsidaire | Déclarations, projets de long terme, clauses de testament |
Les juridictions européennes ont rappelé que la résidence habituelle devait refléter des liens étroits et stables avec un État, indépendamment des montages fiscaux ou de la seule nationalité.
L’exception des « liens manifestement plus étroits »
Le Règlement prévoit une soupape : si, au vu de l’ensemble des circonstances, il est manifeste que la personne entretenait des liens plus étroits avec un autre pays que celui de sa dernière résidence habituelle, la loi de cet autre État peut s’appliquer.
Cette exception reste d’application exceptionnelle et suppose un dossier factuel très étayé.
Résidence habituelle ≠ résidence fiscale
Le rapport insiste sur un point souvent mal compris : la résidence habituelle au sens du droit des successions n’est pas synonyme de résidence fiscale.
Les critères fiscaux français (foyer, lieu de séjour principal, centre des intérêts économiques) ou ceux des conventions fiscales (domicile, 183 jours, centre des intérêts vitaux, etc.) peuvent constituer des indices, mais ils ne se confondent pas avec la notion autonome de résidence habituelle utilisée par le Règlement 650/2012.
En pratique, il est fréquent qu’une même personne soit considérée : les différents rôles qu’elle peut jouer dans diverses situations et contextes.
– résidente habituelle d’un État au sens du droit des successions ;
– résidente fiscale (ou co‑résidente) d’un autre État au sens des conventions fiscales.
D’où la nécessité de bien distinguer loi civile applicable et régime d’imposition.
Le choix de loi (professio juris) : l’arme de prévoyance des bi‑résidents

Le Règlement 650/2012 offre un outil puissant pour les personnes qui partagent leur vie entre plusieurs pays : la professio juris, c’est‑à‑dire la possibilité de choisir, par testament ou disposition à cause de mort, la loi de l’un de leurs États de nationalité pour régir l’ensemble de leur succession.
Conditions et portée de la professio juris
Les éléments essentiels sont les suivants :
Toute personne peut choisir la loi de l’État dont elle a la nationalité (au moment du choix ou du décès) pour régir sa succession, via un testament ou un pacte successoral. En cas de multi-nationalité, elle peut opter pour la loi de l’un de ses pays de nationalité. Ce choix est valable même si l’État est un pays tiers non membre de l’UE, et cette professio juris est reconnue dans 25 des 27 États membres.
Une telle clause permet, par exemple, à un Français installé à l’étranger de maintenir l’application du droit successoral français à son décès, même si sa résidence habituelle s’est déplacée.
Effets sur la compétence des tribunaux
Si la personne choisit la loi d’un État membre, le Règlement ouvre une option de compétence :
– Les héritiers pourront saisir soit les tribunaux (ou notaires) de l’État de la résidence habituelle du défunt,
– soit ceux de l’État dont la loi a été choisie.
Cette souplesse peut être décisive lorsque les héritiers sont majoritairement établis dans un pays différent du lieu de résidence du défunt.
Une arme civile, pas fiscale
Le rapport souligne toutefois clairement que cette faculté de choisir la loi applicable reste strictement civile. Elle n’a aucun effet automatique sur la fiscalité de la succession :
– l’application d’une loi étrangère ne fait pas obstacle à l’application de l’article 750 ter du CGI ;
– la France peut donc taxer la succession selon ses propres critères de territorialité et de domicile fiscal, même si la loi successorale est étrangère.
Autrement dit, la professio juris est un outil d’organisation juridique (parts, réserve, quotité disponible, etc.), pas un outil d’optimisation fiscale à elle seule.
Juridictions compétentes et Certificat successoral européen

Dans les 25 États appliquant le Règlement, l’alignement est recherché entre loi applicable et juge compétent.
– En principe, ce sont les juridictions (ou notaires) de l’État de la résidence habituelle du défunt qui sont compétents pour traiter l’ensemble de la succession.
– En cas de professio juris en faveur de la loi d’un autre État membre, les parties peuvent convenir de la compétence des juridictions de cet État.
Pour faciliter les démarches dans plusieurs États, le Règlement a institué le Certificat successoral européen :
Le certificat successoral européen est un document officiel facilitant la reconnaissance des droits successoraux au sein de l’Union européenne.
Il est délivré par l’autorité du pays de la résidence habituelle du défunt, souvent un notaire.
Il permet de prouver, dans les autres États membres, la qualité d’héritier, de légataire ou d’exécuteur testamentaire.
Son coût reste modéré, généralement compris entre 100 et 500 € selon les pays.
Le délai de délivrance se situe le plus souvent entre 2 et 4 mois.
Ce certificat n’a pas vocation à se substituer aux actes nationaux (acte de notoriété en France, par exemple), mais il évite de devoir « ré‑prouver » la qualité d’héritier devant chaque administration étrangère.
La fiscalité française des successions internationales : le rôle clé de l’article 750 ter CGI

Côté impôt, la Succession en cas de residence dans deux pays differents obéit à une logique entièrement séparée du droit civil. Le cœur du dispositif est l’article 750 ter du Code général des impôts, qui définit dans quels cas la France taxe une transmission, même lorsque le défunt ou les héritiers vivent à l’étranger.
Trois paramètres gouvernent tout :
– le domicile fiscal du défunt au jour du décès ;
– la résidence fiscale des héritiers ou donataires ;
– la localisation des biens.
Les trois grands cas de figure de l’article 750 ter
Le rapport recense précisément les trois scénarios :
| Cas | Situation | Étendue de l’imposition en France |
|---|---|---|
| 1° CGI | Défunt domicilié fiscalement en France | Tous les biens, situés en France et à l’étranger, sont imposables en France, quel que soit le domicile des héritiers |
| 2° CGI | Défunt non résident, héritiers non résidents | Seuls les biens situés en France sont imposables (base réelle) |
| 3° CGI | Défunt non résident, mais héritier résident français ≥ 6 ans sur les 10 dernières années | Tous les biens reçus par cet héritier sont imposables en France, y compris les biens à l’étranger |
Cette mécanique peut aboutir à des situations explosives : un défunt non résident, un patrimoine totalement étranger, et pourtant une part de succession taxée en France simplement parce qu’un héritier a vécu plus de six ans sur dix sur le territoire français.
La règle des « 6 ans sur 10 » pour les héritiers
L’une des particularités les plus sensibles du système français est la fameuse règle des 6 ans sur 10,
Cette règle s’applique à l’héritier, légataire ou donataire, non au défunt. Si ce bénéficiaire a été domicilié fiscalement en France au moins six ans au cours des dix ans précédant la transmission, l’ensemble des biens reçus est imposable en France, y compris ceux situés à l’étranger, même si le défunt n’était pas résident français.
C’est typiquement le cas :
Exemples de personnes devant justifier de leurs ressources : des enfants revenus s’installer en France après des études à l’étranger, ou un héritier qui a quitté la France récemment mais reste pris dans la période de dix ans
Cette règle, combinée à l’absence de convention bilatérale sur les successions dans de nombreux cas, est l’une des grandes sources de double (voire triple) imposition.
Territorialité et exonération totale dans certains cas
Le rapport rappelle aussi que certaines successions échappent totalement à l’impôt français. Deux conditions cumulatives doivent être remplies :
– le défunt et tous les héritiers sont non‑résidents fiscaux de France ;
– tous les biens de la succession sont situés hors de France.
Dès qu’un bien français apparaît (un appartement, un compte bancaire, des titres d’une société française), ou qu’un héritier tombe dans la règle des 6 ans sur 10, la territorialité française se réactive.
Conventions bilatérales et mécanismes pour éviter la double imposition

Face au risque de taxation multiple – dans l’État de résidence du défunt, dans celui de l’héritier, et dans l’État de situation des biens – deux outils jouent un rôle central : les conventions bilatérales et le crédit d’impôt de l’article 784 A CGI.
Un réseau de conventions limité pour les successions
Contrairement aux conventions sur les revenus ou la fortune, les conventions spécifiques aux droits de succession sont rares. Le rapport recense 8 conventions majeures en vigueur en 2026 :
| Pays lié à la France | Type de convention | Objet principal |
|---|---|---|
| Belgique | Convention successorale | Répartition du droit de taxer, évitement de la double imposition |
| Allemagne | Idem | Règles détaillées sur succession et donations |
| Italie | Idem | Coordination des droits de succession |
| États‑Unis | Idem | Convention de 1978 modifiée en 2004 |
| Royaume‑Uni | Idem | Convention ancienne (1963), toujours structurante après le Brexit |
| Espagne | Idem | Allocation des droits d’imposer, notamment sur l’immobilier |
| Autriche | Idem | Succession et droits de mutation |
| Canada | Idem | Coordination spécifique, dans un contexte où le Canada n’a plus d’impôt successoral classique |
Ces conventions répartissent le droit d’imposer entre les États et organisent, le plus souvent, un mécanisme de crédit d’impôt ou d’exemption.
Le rôle de l’article 784 A CGI
En l’absence de convention, ou à titre complémentaire, l’article 784 A du CGI institue un mécanisme de crédit d’impôt unilatéral :
Lorsque la France impose un bien situé à l’étranger et que ce bien a déjà supporté un impôt successoral à l’étranger, l’héritier peut imputer l’impôt étranger sur l’impôt français, dans la limite de ce que la France aurait perçu sur ce bien.
Ce crédit n’est toutefois pas disponible dans tous les cas. Le rapport relève que dans certains scénarios (notamment lorsque le défunt et l’héritier sont non résidents, mais qu’un bien est en France), aucune imputation n’est possible, laissant la double imposition intacte.
Des approches différentes selon les États
Les exemples développés montrent à quel point la coordination est délicate :
Dans ces contextes, la France continue d’appliquer son article 750 ter, et seule une lecture minutieuse des conventions permet de déterminer qui taxe quoi et comment neutraliser en partie la double imposition.
Délais, formalités et barèmes : le calendrier à ne pas manquer

Sur le plan pratique, toute Succession en cas de residence dans deux pays differents reste soumise aux obligations françaises dès lors que la France dispose d’un droit de regard fiscal.
Déclaration et paiement : 6 mois ou 12 mois
Les règles de délai sont simples, mais rigoureuses :
| Lieu du décès | Délai pour déposer la déclaration de succession en France | Délai pour payer les droits |
|---|---|---|
| Décès survenu en France | 6 mois à compter du décès | 6 mois |
| Décès survenu à l’étranger | 12 mois à compter du décès | 12 mois |
Le non‑respect de ces délais entraîne intérêts de retard, voire pénalités. Ces délais s’appliquent même si une partie de la succession est traitée par un notaire ou un tribunal étranger.
Abattements et barèmes applicables en 2026
Le rapport rappelle que les abattements et taux de droits de succession restent identiques pour les non‑résidents, dès lors qu’ils sont imposables en France :
| Lien de parenté | Abattement 2026 | Taux principal indicatif |
|---|---|---|
| Parent / enfant | 100 000 € par enfant | Barème progressif de 5 % à 45 % ; tranches les plus élevées pouvant atteindre 60 % au‑delà de certains montants très élevés |
| Conjoint ou partenaire PACS | Exonération totale | 0 % |
| Non‑parents (concubin, ami, etc.) | 1 594 € seulement | Taux de 60 % au‑delà de l’abattement |
S’ajoutent des abattements spécifiques (don familial de sommes d’argent, dispositifs Dutreil pour les entreprises, etc.) et, pour les contrats d’assurance‑vie, des régimes particuliers (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, notamment).
Cas particuliers : Royaume‑Uni, pays tiers et post‑Brexit

Le Royaume‑Uni occupe une place à part dans les successions internationales franco‑britanniques :
– il ne participe pas au Règlement 650/2012, même avant le Brexit ;
– depuis le Brexit, la coordination se fait exclusivement via :
– le droit interne britannique,
– la convention bilatérale franco‑britannique sur les successions.
Au Royaume‑Uni, une personne ayant été résidente fiscale britannique 10 ans sur les 20 dernières années est, dès 2026, considérée comme résident de longue durée et taxable sur l’ensemble de ses biens mondiaux au titre de l’Inheritance Tax.
Les seuils non imposables restent, d’après le rapport, gelés au moins jusqu’en 2028 :
| Dispositif UK | Montant indicatif | Conditions |
|---|---|---|
| Nil‑rate band | 325 000 £ par personne | Franchise d’impôt de base |
| Residence nil‑rate band | 175 000 £ | Transmission de la résidence principale à des descendants directs |
| Potentiel cumulé pour un couple | Jusqu’à 1 000 000 £ | En cumulant les deux dispositifs sur deux conjoints |
Là encore, la France applique l’article 750 ter, et seule une analyse croisée de la convention franco‑britannique et des règles internes permet de savoir si une même part de patrimoine sera taxée de part et d’autre.
Stratégies de préparation : comment sécuriser une succession à cheval sur deux pays ?

Le rapport insiste sur la nécessité de planifier en amont. Une fois le décès survenu, les marges de manœuvre se resserrent. Plusieurs axes de travail se dégagent.
1. Cartographier précisément la situation
Avant toute chose, il faut dresser un état des lieux complet :
– identifier la résidence habituelle la plus probable au regard des critères du Règlement 650/2012 ;
– recenser les biens par pays, par nature (immeubles, comptes, titres, œuvres d’art, contrats d’assurance‑vie…) ;
– lister la résidence fiscale de chaque héritier et vérifier s’il tombe ou non dans la règle des 6 ans sur 10 ;
– vérifier l’existence d’une convention bilatérale sur les successions entre la France et chaque pays concerné.
Ce travail de cartographie est la base de tout conseil sérieux.
2. Utiliser la professio juris de façon réfléchie
Pour une personne partageant sa vie entre plusieurs pays, ou susceptible de changer de résidence dans les prochaines années, la professio juris permet :
– de stabiliser la loi applicable à sa succession malgré les déménagements ;
– d’éviter qu’un futur changement de résidence n’impose subitement une loi successorale étrangère à la famille (par exemple, un système sans réserve héréditaire) ;
– de choisir une loi mieux adaptée à la structure familiale (présence d’enfants d’un premier lit, conjoint remarié, etc.).
Mais ce choix doit être intégré dans une stratégie globale, car il peut se heurter :
– aux règles de réserve héréditaire encore protégées dans certains pays ;
– aux limitations tirées de l’ordre public (ex. discrimination par sexe ou religion refusée par les juges d’un État membre).
3. Anticiper par les donations et l’assurance‑vie
Le rapport met aussi en avant le rôle des transmissions anticipées :
– Les donations permettent de figer la base taxable au jour de la donation et de profiter des abattements renouvelables (par exemple, 100 000 € entre parent et enfant tous les 15 ans).
– Des donations‑partage bien structurées, réalisées avant que certains héritiers ne tombent dans la règle des 6 ans sur 10, peuvent réduire fortement l’exposition à la fiscalité française.
– L’assurance‑vie constitue un outil de neutralisation : en France, les primes versées avant 70 ans sur certains contrats permettent de transmettre, par bénéficiaire, jusqu’à 152 500 € sans droits de succession, quel que soit le lien de parenté, y compris dans un contexte international, sous réserve de respecter les critères propres à ces contrats.
Ces instruments doivent toutefois être articulés avec les règles civiles du pays de résidence (par exemple, le traitement des contrats d’assurance‑vie dans certains États peut différer du régime français).
4. Coordonner les notaires et conseils dans chaque pays
Dans presque toutes les situations de Succession en cas de residence dans deux pays differents, un double niveau d’intervention est nécessaire :
Pour une succession internationale, il est nécessaire de désigner un notaire (ou avocat) dans le pays de résidence habituelle pour piloter la succession principale, établir le certificat successoral européen et fixer la loi applicable. Il faut également un notaire local dans chaque pays où se trouvent des biens, notamment immobiliers, pour accomplir les formalités de transfert de propriété, les déclarations fiscales locales et gérer les aspects de droit réel.
La coordination entre ces professionnels est déterminante pour :
– éviter les incohérences entre actes nationaux ;
– faire jouer correctement les conventions fiscales ;
– optimiser l’utilisation des crédits d’impôt et des abattements.
5. Réexaminer régulièrement sa situation en cas de mobilité
Le rapport souligne qu’à chaque changement de résidence (installation à l’étranger, retour en France, expatriation prolongée), il est prudent de :
– revoir sa situation au regard du Règlement 650/2012 (éventuelle nécessité d’introduire ou d’ajuster une professio juris) ;
– vérifier l’impact de ce changement sur les règles fiscales applicables en cas de décès (résidence fiscale, conventions, règle des 6 ans sur 10 pour les héritiers) ;
– adapter éventuellement la localisation des actifs (par exemple, conserver un immeuble en France ou le loger dans une structure adaptée) en connaissant à l’avance son traitement successoral et fiscal.
Méthode pratique : les cinq étapes clés pour une succession internationale

Les travaux cités dans le rapport convergent vers une feuille de route en cinq temps pour sécuriser une Succession en cas de residence dans deux pays differents :
| Étape | Objectif | Questions concrètes à se poser |
|---|---|---|
| 1. Identifier la résidence habituelle | Déterminer la loi successorale par défaut | Où la personne vit-elle réellement ? Où se situe le centre de sa vie familiale, professionnelle, sociale ? |
| 2. Cartographier les biens par pays | Visualiser les risques civils et fiscaux | Quels biens dans quels États ? Immobilier, comptes, titres, contrats, entreprises… |
| 3. Vérifier les conventions bilatérales | Voir si une double imposition peut être évitée ou atténuée | Existe-t-il une convention succession ? Quelles règles sur l’immobilier, les avoirs financiers, les crédits d’impôt ? |
| 4. Appliquer ou anticiper l’article 784 A CGI | Préparer la neutralisation partielle d’une double imposition | L’impôt étranger versé sur des biens non français pourra-t-il être imputé sur l’impôt français ? Dans quels cas ? |
| 5. Rédiger un testament avec professio juris (si utile) | Verrouiller la loi applicable et articuler les outils de transmission | Souhaite‑t‑on soumettre la succession à la loi d’une nationalité plutôt qu’à celle de la résidence ? Comment coordonner donations, assurance‑vie, régimes matrimoniaux ? |
Cette démarche structurée est d’autant plus cruciale que les contentieux se multiplient, notamment autour de la détermination de la résidence habituelle, de la qualification de certains biens (assurance‑vie, trusts, fondations) et de la mise en œuvre des crédits d’impôt.
En résumé

La Succession en cas de residence dans deux pays differents est devenue la norme pour un nombre croissant de familles européennes et internationales. Derrière une apparente complexité, une grille de lecture se dessine clairement dans le rapport :
Côté civil, la résidence habituelle et la professio juris sont centrales sous le Règlement 650/2012. Côté fiscal, l’article 750 ter CGI, la règle des 6 ans sur 10, les conventions bilatérales et l’article 784 A régissent les droits. Côté pratique, l’anticipation (donations, assurance-vie, choix de loi, structuration des actifs) et la coordination des professionnels sont indispensables pour maîtriser la transmission.
Dans un monde où l’on peut vivre, travailler, investir et fonder une famille dans plusieurs pays successivement, il n’est plus possible de considérer la succession comme un simple prolongement du droit national. La seule façon de garder la main, c’est de penser international dès aujourd’hui, en s’appuyant sur les outils que le droit européen et les conventions fiscales mettent à disposition… avant qu’il ne soit trop tard.
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