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Optimisez la déclaration des rémunérations d’administrateurs au Luxembourg

par | Actualités
Publié le 30 septembre 2026

La fin des régimes transitoires et l’application intégrale de la nouvelle convention fiscale franco-luxembourgeoise bouleversent la manière dont les administrateurs français doivent déclarer leurs rémunérations perçues au Grand-Duché. Entre retenue à la source, crédit d’impôt, risque de requalification en salaires ou en établissement stable, le dispositif s’est nettement complexifié et expose à une double imposition en cas d’erreur de déclaration.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un nouveau cadre conventionnel pleinement applicable

La convention fiscale signée en 2018 entre la France et le Luxembourg est désormais entièrement opérationnelle, les mesures de tolérance ayant pris fin pour les revenus 2024. Elle remplace l’ancien dispositif de 1958 et redéfinit la répartition du pouvoir d’imposer ainsi que les mécanismes d’élimination de la double imposition.

Bon à savoir :

Les jetons de présence, tantièmes et rémunérations assimilées perçus en tant que membre du conseil d’administration ou de surveillance relèvent de l’article 15 et sont imposables au Luxembourg, État de la source. En revanche, les rémunérations liées à une fonction de direction effective ou de gestion quotidienne sont traitées comme des salaires (article 14) et suivent un régime différent.

La principale rupture tient au passage du mécanisme d’exonération à celui du crédit d’impôt. Les revenus luxembourgeois des administrateurs français ne sont plus neutralisés en France par exemption, mais intégrés dans l’assiette française avec octroi d’un crédit d’impôt plafonné. Cette évolution rend le paramétrage correct de la déclaration française décisif pour éviter une surimposition.

Retenue à la source au Luxembourg : un prélèvement libératoire sous conditions

Au Luxembourg, les jetons de présence et tantièmes versés à des administrateurs non résidents sont soumis, en droit interne, à une retenue à la source forfaitaire de 20 % sur le montant brut. Lorsque la société luxembourgeoise prend à sa charge cet impôt pour garantir un montant net fixe à l’administrateur, le taux effectif grimpe à 25 %, afin de tenir compte de la prise en charge du prélèvement.

100000

Le prélèvement libératoire pour les non-résidents s’applique si l’ensemble de leurs revenus de source luxembourgeoise ne dépasse pas 100 000 euros par an ; au-delà, une déclaration d’ensemble devient obligatoire.

Autre détail souvent méconnu : contrairement aux salaires, ces jetons de présence et tantièmes ne sont pas déductibles du résultat imposable de la société luxembourgeoise qui les verse. Pour les groupes, ce caractère non déductible alimente les considérations de planification fiscale au niveau de la structure, en plus des enjeux propres à l’administrateur personne physique.

Digitalisation des démarches au Grand-Duché

Sur le plan déclaratif, les obligations se sont fortement digitalisées au Luxembourg. La société distributrice doit obligatoirement déclarer la retenue à la source sur rémunération d’administrateur via la plateforme MyGuichet.lu, au moyen du formulaire modèle 510bis. Cette formalité électronique, sécurisée par un certificat LuxTrust, conditionne la correcte prise en compte de l’impôt prélevé au Luxembourg et, par ricochet, du crédit d’impôt ultérieur en France.

Déclaration en France : crédit d’impôt et risques de double imposition

Pour l’administrateur fiscalement résident en France, l’obligation de déclarer l’ensemble de ses revenus mondiaux reste entière, y compris les jetons de présence et tantièmes de source luxembourgeoise. La convention de 2018 impose désormais un mécanisme de crédit d’impôt pour éviter une double imposition théorique.

Astuce :

Ces rémunérations sont à déclarer au moyen du formulaire 2047 dédié aux revenus étrangers, puis à reporter dans la déclaration principale (formulaire 2042 ou 2042 C PRO, selon les cas). En droit interne français, les jetons de présence ordinaires sont en principe assimilés à des revenus de capitaux mobiliers, soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), sauf option pour le barème progressif.

Le crédit d’impôt prévu par l’article 22 de la convention correspond au montant de l’impôt luxembourgeois effectivement acquitté, mais il est plafonné au niveau de l’impôt français afférent à ce même revenu. Concrètement, si le taux effectif d’imposition en France est supérieur à 20 %, l’administrateur doit verser un complément à l’administration fiscale française. Si, au contraire, l’impôt luxembourgeois dépasse la charge française théorique, l’excédent de crédit d’impôt n’est ni remboursé ni reportable.

Attention :

Les erreurs de déclaration en France, comme l’oubli de la case 8TK du formulaire 2042-C, entraînent une double imposition immédiate : l’impôt français est calculé sans tenir compte de l’impôt déjà payé au Luxembourg. De plus, un remplissage approximatif du formulaire 2047, par exemple en déduisant à tort la retenue luxembourgeoise avant de déclarer le revenu brut, fausse le calcul du crédit d’impôt.

Distinguer mandat social et gestion quotidienne : un enjeu central

Un autre écueil majeur concerne la qualification même des sommes perçues. La fiscalité franco-luxembourgeoise distingue strictement, d’une part, les rémunérations liées au mandat d’administrateur (tantièmes, jetons de présence) et, d’autre part, celles qui rémunèrent la direction opérationnelle (fonction de gérant, CEO, directeur général, etc.).

Bon à savoir :

Les premières relèvent de l’article 15 de la convention et sont taxées au Luxembourg comme rémunérations d’administrateur. Les secondes sont rangées dans la catégorie des salaires au sens de l’article 14 et suivent les règles propres aux revenus professionnels. En pratique, les administrations fiscales requalifient lors de contrôles des rémunérations affichées en tantièmes lorsqu’elles correspondent à une activité de gestion quotidienne.

L’erreur fréquente consiste à déclarer en bloc l’ensemble des montants perçus d’une société luxembourgeoise dans une seule catégorie, sans distinguer la part afférente au mandat social de celle liée à des fonctions opérationnelles. Ce mélange peut conduire à l’application du régime d’imposition le plus lourd et à des redressements tant en France qu’au Luxembourg.

Substance économique : le piège des holdings gérées depuis la France

En parallèle des enjeux déclaratifs, l’environnement de contrôle s’est nettement durci autour des sociétés holdings luxembourgeoises, notamment de type SOPARFI, dirigées par des résidents français. La jurisprudence récente et plusieurs dossiers fortement médiatisés montrent que les administrations et les juges n’hésitent plus à requalifier la localisation du siège de direction effective lorsque la substance au Luxembourg apparaît insuffisante.

Exemple :

Malgré des réunions formelles de conseils et d’assemblées tenues au Luxembourg, une société peut ne pas disposer de locaux propres, externaliser toutes ses fonctions et voir ses décisions stratégiques réellement prises au domicile du dirigeant français. Dans ce type de configuration, la France peut considérer que le lieu de direction effective se situe sur son territoire, entraînant une remise en cause des avantages conventionnels.

Les conséquences sont lourdes : imposition de l’ensemble des bénéfices de la holding à l’impôt sur les sociétés en France, application de pénalités pour activité occulte pouvant atteindre 80 %, et requalification des flux versés au dirigeant en distributions réputées imposables à titre personnel. L’activation de la clause anti-abus principale (Principal Purpose Test, PPT) de la convention permet alors à l’administration française de refuser les bénéfices du traité et de remettre en cause le crédit d’impôt invoqué par l’administrateur.

Bon à savoir :

Pour répondre à ce risque, la démonstration d’une substance réelle est cruciale : locaux dédiés au Luxembourg, moyens humains suffisants, décisions effectivement débattues et prises sur place, procès-verbaux de réunions datés et signés dans le Grand-Duché, et limitation du rôle des simples prête-noms, qui ne sont plus admis au regard des standards de substance inspirés des directives anti-abus (ATAD).

TVA et activité d’administrateur indépendant

Au-delà de l’impôt sur le revenu, la rémunération d’un administrateur peut également emporter des conséquences en matière de TVA. L’activité d’administrateur indépendante est assimilée à une prestation de services soumise à la taxe. Lorsque l’administrateur est établi en France et perçoit des tantièmes d’une société luxembourgeoise assujettie à la TVA, le mécanisme d’autoliquidation s’applique : c’est la société luxembourgeoise qui doit auto-facturer et reverser la TVA à l’Administration de l’enregistrement, des domaines et de la TVA (AED), sans facturation de TVA luxembourgeoise par l’administrateur lui-même.

Tolérance sur les jours d’activité hors du Luxembourg : un seuil à surveiller

Autre paramètre à prendre en compte, notamment pour les administrateurs exerçant également des fonctions opérationnelles : la gestion des jours d’activité en dehors du Grand-Duché. Une circulaire publiée par l’Administration luxembourgeoise des contributions directes a précisé les modalités d’application de la tolérance de 34 jours pour les activités réalisées hors du Luxembourg.

Attention :

Cette règle, pensée pour les frontaliers, touche aussi les dirigeants avec contrat de travail ou fonction hybride. Tout jour, même fractionné, travaillé physiquement hors du Luxembourg (télétravail en France, réunion à l’étranger, formation ou séminaire) compte comme une journée entière dans le quota de 34 jours. Dépasser ce seuil, même d’une seule unité, donne à la France le droit d’imposer l’intégralité des jours travaillés hors du Luxembourg, et non seulement les jours excédentaires. La charge de la preuve incombe entièrement au contribuable, qui doit fournir agendas, convocations, billets de transport et autres justificatifs en cas de contrôle.

Erreurs déclaratives annexes et risques de sanctions

Les difficultés ne se limitent pas à la nature du revenu ou au paramétrage des formulaires. De nombreux administrateurs omettent encore de déclarer, via les formulaires 3916 et 3916-bis, les comptes bancaires détenus au Luxembourg, qu’ils soient professionnels ou personnels. Or, ces omissions sont désormais aisément détectées grâce à l’échange automatique d’informations financières entre États et exposent à des amendes significatives.

Bon à savoir :

En cas d’erreur constatée après coup, des voies de correction existent. En France, le service de correction en ligne ouvre chaque été pour rectifier la déclaration des revenus de l’année précédente sur impots.gouv.fr, une démarche spontanée qui limite intérêts de retard et pénalités. Au Luxembourg, une réclamation officielle peut être introduite auprès du directeur de l’Administration des contributions directes dans un délai de trois mois suivant la notification du bulletin d’impôt.

Dans ce contexte de surveillance accrue, l’optimisation de la déclaration des rémunérations d’administrateurs au Luxembourg passe moins par la recherche de montages agressifs que par une sécurisation minutieuse des flux, la bonne qualification juridique des fonctions exercées et une parfaite maîtrise des formalités déclaratives dans les deux États.

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