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Frais de succession : le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel réajustent leurs tarifs

par | Actualités
Publié le 4 juillet 2026

Les réseaux mutualistes Crédit Agricole et Crédit Mutuel ont annoncé un réajustement de leurs frais de succession à la suite d’une décision majeure du Conseil constitutionnel. Tout en retrouvant la possibilité de facturer à nouveau la plupart des dossiers, ils maintiennent des exonérations ciblées pour les héritages les plus modestes et les situations jugées sensibles, dans un cadre légal désormais clarifié.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un revirement juridique qui rebat les cartes pour les banques

La nouvelle donne trouve son origine dans la loi du 13 mai 2025, entrée en vigueur le 13 novembre 2025. Ce texte avait profondément encadré la tarification des frais facturés par les banques lors du règlement d’une succession. Il instaurait deux mécanismes clés : un plafonnement strict des frais et la gratuité obligatoire dans plusieurs cas de figure.

Bon à savoir :

Les frais bancaires de succession sont plafonnés à 1 % des avoirs du défunt, avec un maximum de 857 € en 2026 (montant revalorisé selon l’inflation). La gratuité totale s’applique pour trois types de dossiers : successions de mineurs, successions modestes (avoirs inférieurs à 5 965 € en 2026) et successions simples (sans prêt en cours, compte professionnel ou élément étranger).

Saisi par la Caisse d’Épargne Grand Est Europe via une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a rendu, le 19 juin 2026, une décision décisive (QPC n° 2026‑1207). Il a censuré le volet de la loi imposant la gratuité dans ces trois cas, jugeant que cette interdiction totale de facturer constituait une « atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre et à la liberté contractuelle ».

Depuis la publication de cette décision, les banques ne sont plus tenues légalement d’appliquer la gratuité dans ces situations. Elles peuvent de nouveau facturer les dossiers de succession, tout en restant soumises au double plafonnement validé par le Conseil constitutionnel.

Le cadre tarifaire : un double plafond maintenu

Si la gratuité obligatoire a été annulée, le dispositif de plafonnement demeure intégralement en vigueur. Les héritiers restent donc protégés par un encadrement précis des montants pouvant être facturés.

857

Le plafond absolu des frais de traitement d’une succession en 2026 est fixé à 857 euros, une revalorisation par rapport aux 850 euros en fin d’année 2025.

Ce mécanisme, jugé conforme à la Constitution, vise à garantir une rémunération raisonnable des opérations administratives (inventaire des avoirs, blocage des comptes, échanges avec le notaire, vérifications juridiques), sans permettre de dérives tarifaires. Il s’applique aux comptes de dépôt et aux principaux livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP, PEL, CEL), mais ne couvre pas certains produits plus complexes ou spécifiques, qui peuvent faire l’objet d’une tarification distincte.

La réaction des banques mutualistes : modération affichée

Dans ce nouveau contexte, Crédit Agricole et Crédit Mutuel ont rapidement précisé leur position. Par des communications officielles publiées le 2 juillet 2026, Crédit Agricole et Crédit Mutuel Alliance Fédérale ont annoncé un réajustement de leurs grilles tarifaires en matière de succession, tout en mettant en avant une volonté de modération.

Juridiquement, ces groupes sont à nouveau autorisés à facturer la totalité des dossiers dits « simples » de clients adultes, y compris les petits patrimoines. Toutefois, ils ont choisi de maintenir, à titre commercial et non plus légal, des exonérations pour certaines catégories de successions jugées particulièrement vulnérables.

Astuce :

Deux engagements majeurs ont été rendus publics : les successions de mineurs restent totalement exonérées de frais de traitement, et les banques s’engagent à ne pas facturer les successions dont le total des avoirs est inférieur à 10 000 euros, un seuil plus protecteur que le minimum légal de 5 965 euros.

Pour Crédit Mutuel Alliance Fédérale, cette politique de gratuité pour les avoirs inférieurs à 10 000 euros était déjà en place par anticipation depuis le 1er mars 2024. Elle est désormais confirmée et articulée avec le nouveau cadre légal. Au‑delà de ce seuil, les successions d’adultes sont à nouveau susceptibles de donner lieu à une facturation, dans la limite du double plafond légal.

Entrée en vigueur progressive et obligation d’information

Pour le Crédit Agricole, les nouvelles modalités tarifaires ne s’appliqueront effectivement qu’en octobre 2026. Ce décalage de quelques mois répond à l’obligation réglementaire d’informer préalablement la clientèle de toute modification des conditions contractuelles et des tarifs. Les héritiers de clients décédés avant cette date continueront donc, dans l’intervalle, à bénéficier des conditions en vigueur avant le réajustement.

Attention :

Crédit Mutuel Alliance Fédérale modifie sa communication et ses documents d’information suite à la décision du Conseil constitutionnel, tout en rappelant le maintien de ses engagements volontaires de gratuité élargie.

Dans l’ensemble du secteur bancaire, la Fédération bancaire française (FBF) a pris acte, dans un communiqué du 3 juillet 2026, de la décision des Sages. Elle a souligné que le traitement des successions impliquait des procédures lourdes et coûteuses en matière de sécurité juridique, tout en rappelant que la décision ne remettait pas en cause les engagements individuels des établissements, notamment la gratuité maintenue pour certains profils.

Impact pour les héritiers : ce qui change concrètement

Pour les héritiers, la principale conséquence du revirement constitutionnel est la fin de la gratuité automatique pour trois catégories de dossiers sur l’ensemble du marché bancaire. Désormais, les successions de mineurs, les successions de faible montant et les successions « simples » peuvent, en droit, être facturées par les banques, dans les limites du plafond de 1 % et du maximum de 857 euros.

Exemple :

Crédit Agricole et Crédit Mutuel maintiennent des exonérations pour les mineurs et les patrimoines inférieurs à 10 000 euros, limitant l’impact sur les petites successions, tandis que les successions d’adultes au-delà de ce seuil redeviennent payantes sans dépasser le plafond légal.

Les héritiers sont invités à consulter le document d’information tarifaire (DIT) de la banque du défunt pour connaître précisément les montants susceptibles d’être facturés. Les écarts entre établissements pourraient se creuser, la décision du Conseil constitutionnel ayant pour effet de réintroduire un certain degré de concurrence sur cette ligne tarifaire, là où la loi de 2025 avait imposé une harmonisation stricte.

Un contexte de hausse modérée des tarifs bancaires

Les réajustements actuels interviennent dans un environnement de légère progression générale des prix bancaires. D’après le rapport annuel de l’Observatoire des tarifs bancaires publié fin juin 2026, les grilles tarifaires des banques françaises ont augmenté en moyenne de 2,7 % entre 2025 et 2026.

Concernant spécifiquement les frais de succession, l’Observatoire relevait que la mise en place des plafonds à la fin de 2025 avait entraîné une diminution significative et rapide des montants facturés aux héritiers, après plusieurs années de fortes hausses. Entre 2021 et 2024, ces frais avaient en effet grimpé d’environ 30 % en moyenne, suscitant de vives critiques de la part des associations de consommateurs.

Observatoire

La suppression de la gratuité obligatoire est désormais susceptible de pousser certains établissements à réviser leurs tarifs à la hausse pour le second semestre 2026, notamment sur les petits dossiers. Toutefois, le maintien des plafonds et des initiatives commerciales de groupes comme Crédit Agricole et Crédit Mutuel vient tempérer ce mouvement.

Alternatives patrimoniales et enjeux à plus long terme

Au‑delà des frais bancaires proprement dits, la question de la stratégie patrimoniale se pose pour les ménages souhaitant limiter le coût global d’une succession. Plusieurs mécanismes, déjà largement utilisés, permettent de réduire l’exposition aux frais bancaires liés à la clôture des comptes.

Assurance vie et transmission

L’assurance vie facilite la transmission de capital hors succession avec des avantages fiscaux notables.

Transmission hors succession

Les capitaux versés aux bénéficiaires désignés sont transmis hors succession, évitant les frais bancaires de clôture des comptes courants et livrets.

Régime fiscal avantageux

Exonération de droits de succession jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans.

Les donations de sommes d’argent effectuées de son vivant permettent par ailleurs de diminuer progressivement les encours détenus sur les comptes bancaires, réduisant mécaniquement la base de calcul des frais de succession. Ces transmissions bénéficient d’abattements renouvelables tous les 15 ans (par exemple 100 000 euros par enfant), ce qui peut contribuer à alléger à la fois les droits de succession et les frais bancaires qui y sont associés.

Enfin, le démembrement de propriété (donation de la nue‑propriété de biens immobiliers ou de portefeuilles de titres en conservant l’usufruit) permet un transfert automatique de la pleine propriété au décès, sans générer de nouveaux frais de dossier sur ces actifs au moment de la succession.

Pour l’heure, le réajustement des frais de succession chez Crédit Agricole et Crédit Mutuel s’inscrit donc dans un compromis entre impératifs économiques des établissements, exigences constitutionnelles et volonté affichée de protection des héritiers les plus fragiles. La concurrence entre banques sur ce segment pourrait s’intensifier dans les prochains mois, incitant les clients à scruter de plus près les conditions appliquées par leur établissement et à adapter, le cas échéant, leur organisation patrimoniale.

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