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Pourquoi 400 000 euros ne suffisent plus pour acheter au Portugal ?

par | Actualités
Publié le 25 septembre 2026

Le marché immobilier portugais connaît une envolée des prix telle que 400 000 euros, autrefois considérés comme un budget confortable, ne garantissent plus l’accès à un bien dans les zones les plus recherchées. Malgré un ralentissement relatif de la hausse, les indicateurs officiels montrent des niveaux de prix sans précédent, portés par une pénurie structurelle de logements, des politiques publiques qui stimulent la demande et une demande internationale toujours soutenue.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un marché parmi les plus haussiers d’Europe

Selon l’Institut national de statistique (INE), l’indice des prix de l’immobilier résidentiel a progressé de 16,5 % au deuxième trimestre 2026 sur un an, après +17,8 % au premier trimestre et +18,9 % fin 2025. Même si le rythme ralentit légèrement, la hausse reste l’une des plus fortes d’Europe et du monde.

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Le prix médian à l’offre a atteint un record national d’environ 3 207 euros le mètre carré selon l’indice Idealista d’août 2026, porté notamment par les logements anciens (+18 % sur un an contre +12,3 % pour le neuf), Lisbonne atteignant quasiment 6 124 €/m² et devenant le marché le plus cher du pays.

Dans ce contexte, un budget de 400 000 euros reste théoriquement suffisant pour acheter dans de nombreuses régions, mais il se révèle de plus en plus limité dans les capitales régionales, les littoraux prisés et certains quartiers centraux. Au prix médian de Lisbonne, 400 000 euros ne permettent plus d’acquérir qu’un appartement d’environ 65 m², souvent sans extérieur, dans un marché où la concurrence reste forte.

Moins de ventes, mais des biens toujours plus chers

La flambée des prix pèse sur le pouvoir d’achat immobilier et entraîne une contraction des transactions. Entre avril et juin 2026, 40 142 logements ont changé de mains, soit une baisse de 6,4 % par rapport au deuxième trimestre 2025, après un recul de 8,7 % en début d’année. Le volume des ventes recule pour le troisième trimestre consécutif.

Bon à savoir :

Cette baisse des transactions ne signifie pas un retournement du marché : la valeur totale des transactions a augmenté de 4,2 % sur la période, atteignant 10,7 milliards d’euros. Il se vend donc moins de biens, mais à des prix beaucoup plus élevés. Pour les résidents portugais, la facture atteint un niveau historique, avec un montant moyen par transaction de 258 832 euros, en hausse de 11,8 % en un an.

Dans les zones les plus chères, la barre symbolique des 400 000 euros est de plus en plus souvent franchie, en particulier pour les biens familiaux ou de standing. À Lisbonne, le prix de vente médian est déjà d’environ 5 082 €/m². Dans des communes très prisées comme Cascais (4 687 €/m²) ou sur le littoral de l’Algarve (3 352 €/m²), les budgets nécessaires pour une maison ou un grand appartement dépassent systématiquement les 400 000 euros.

Des régions entières rattrapent Lisbonne

Face à l’inaccessibilité croissante de Lisbonne, de Porto et de l’Algarve, une partie de la demande se déplace vers l’intérieur du pays. Mais cet afflux de nouveaux acheteurs y provoque à son tour une forte tension sur les prix.

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La hausse des prix a dépassé 30 % dans des zones périphériques de Lisbonne comme la Lezíria do Tejo, tandis que des districts intérieurs ont enregistré des augmentations spectaculaires allant jusqu’à 25,2 % à Beja.

Ce mouvement réduit progressivement l’écart avec les métropoles du littoral. Ce qui apparaissait naguère comme des « marchés de report » plus abordables devient à son tour difficilement accessible pour les ménages disposant de moyens limités. Pour un budget de 400 000 euros, la marge de manœuvre se réduit à mesure que ces territoires voient leurs prix converger vers ceux des grandes agglomérations.

Une pénurie structurelle de logements

Au cœur de cette flambée, les données convergent vers un même diagnostic : la rareté de l’offre. Le rythme de construction et de réhabilitation demeure très inférieur aux besoins réels du pays. La pénurie de logements disponibles entretient mécaniquement des prix élevés et empêche l’apaisement du marché, même quand la demande se tasse.

Astuce :

Le gouvernement mise sur le programme « Construir Portugal » pour combler le déficit de logements. Parmi les mesures mises en avant, la simplification des procédures de permis de construire via le « Simplex Urbanístico » doit accélérer la mise en chantier de nouveaux projets. La TVA à 6 % sur les logements dits abordables est censée encourager les promoteurs à se positionner sur ce segment.

Toutefois, les professionnels du secteur jugent que ces incitations ne produiront des effets visibles que dans plusieurs années. À court terme, la rareté persistante des biens neufs, conjuguée à l’attrait des centres urbains et des zones côtières, maintient une pression haussière sur les prix. Dans cet environnement, un budget de 400 000 euros ne bénéficie pas de la détente qu’une accélération massive de la construction pourrait apporter.

Des politiques publiques qui stimulent aussi la demande

Paradoxalement, plusieurs mesures gouvernementales censées améliorer l’accession à la propriété contribuent à soutenir, voire à raviver la demande. Le dispositif « Jovem 35 », destiné aux moins de 35 ans qui achètent leur première résidence principale, en est l’illustration la plus marquante.

Ce programme prévoit une exonération totale de l’impôt sur la transmission (IMT) et du droit de timbre, ainsi qu’une garantie publique permettant un financement bancaire jusqu’à 100 % du prix d’achat, sous conditions de revenus. En pratique, ces avantages permettent à de nombreux jeunes actifs d’entrer sur le marché sans apport initial, ce qui crée une nouvelle vague d’acheteurs dans les segments déjà très disputés en dessous de 300 000 euros.

2300

Les bailleurs pratiquant des loyers modérés jusqu’à 2 300 euros par mois bénéficient d’un taux d’imposition réduit de 25 % à 10 %.

L’assouplissement des conditions monétaires en zone euro, avec des taux directeurs moins élevés qu’aux pics récents, a également amélioré la capacité d’emprunt des ménages. L’encours de crédit immobilier a ainsi progressé d’environ 9,8 % sur un an, ce qui a redonné du pouvoir d’achat théorique, mais s’est rapidement transformé en hausse des prix plutôt qu’en meilleure accessibilité.

Un pouvoir d’achat des ménages sous forte pression

Pour la population résidente, la combinaison de prix élevés et de revenus modérés crée une crise d’accessibilité. Le Fonds monétaire international (FMI) a averti en septembre 2026 que les prix de l’immobilier au Portugal semblaient « surévalués » par rapport aux salaires locaux. Selon l’institution, les prix ont bondi de 169 % depuis 2015, contre seulement 55 % en moyenne dans la zone euro.

Attention :

En 2026, seulement 36 % des biens en vente sont à moins de 300 000 euros, alors que cette fourchette concentre presque toute la demande des ménages portugais. Les résidents fiscaux au Portugal représentent 95,3 % des transactions au deuxième trimestre 2026.

Pour tenter de limiter le surendettement, la Banque du Portugal a abaissé au 1er août 2026 le taux maximal d’effort recommandé pour les nouveaux prêts, de 50 % à 45 % des revenus. Cette prudence prudentielle restreint encore la capacité d’emprunt de nombreux foyers, surtout dans les zones chères. Pour ces ménages, 400 000 euros représentent souvent un plafond théorique difficile à atteindre, tandis que dans les marchés les plus tendus ce montant devient, de fait, insuffisant pour les typologies et localisations recherchées.

Une demande étrangère moins nombreuse mais plus fortunée

Les réformes fiscales engagées en 2025 et 2026, notamment la fin du régime classique des résidents non habituels (RNH) et la suppression de la voie d’investissement immobilier direct pour les « Golden Visa », ont modifié la structure de la demande étrangère. Le nombre de transactions réalisées par des non-résidents a reculé de 15,6 % au premier trimestre 2026, puis encore de 10,3 % au deuxième trimestre.

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Le budget moyen des acheteurs non résidents atteint 421 166 euros au deuxième trimestre 2026, en hausse de 7,6 % sur un an, alors qu’ils ne représentent plus que 4,7 % du volume total des ventes et sont soumis à un taux forfaitaire de 7,5 % au titre de l’IMT depuis mai 2026.

Dans certaines zones, la domination des étrangers reste massive. À Cascais, plus de huit transactions sur dix sont réalisées par des acheteurs internationaux, principalement en provenance du Brésil, des États-Unis et de Russie. Dans les stations de l’Algarve comme Quinta do Lago ou Vale do Lobo, environ 80 % des acquéreurs sont étrangers, surtout britanniques, irlandais, allemands, belges ou néerlandais. À Vilamoura, ils représentent près de 75 % des acheteurs.

Cette clientèle, souvent insensible aux niveaux de prix qui bloquent les ménages locaux, contribue à tirer vers le haut le segment haut de gamme. Pour elle, 400 000 euros peuvent correspondre à un ticket d’entrée standard plutôt qu’à un budget élevé, ce qui accentue la tension dans certaines communes littorales et résidentielles.

Alerte sur le risque de bulle, mais banques jugées solides

Cette montée des prix attire l’attention des institutions internationales. Dans son indice global de risque de bulle immobilière 2026, UBS a intégré Lisbonne pour la première fois et l’a directement classée en zone de « risque élevé », avec un score de 1,04. La banque suisse souligne que les prix réels y ont progressé de près de 10 % depuis la mi-2025, faisant de la capitale l’un des marchés les moins accessibles d’Europe au regard des salaires.

Exemple :

Le FMI estime que la hausse continue de l’immobilier représente désormais la principale vulnérabilité du système financier portugais. Toutefois, les tests de résistance des autorités indiquent que les banques portugaises possèdent des niveaux de capital robustes, théoriquement capables d’absorber un choc de prix pouvant atteindre -40 %. Le faible taux de chômage est aussi considéré comme un facteur limitant le risque de défaut massif sur les crédits.

Pour les acheteurs, la question reste toutefois très concrète : dans un pays où les prix ont presque triplé en une décennie dans certains secteurs, où la part des biens sous 300 000 euros s’effondre et où les grandes villes affichent désormais des prix de métropoles européennes, un budget de 400 000 euros ne constitue plus, loin s’en faut, une garantie d’accès à la propriété dans les emplacements les plus recherchés. Tant que la pénurie d’offre ne sera pas résolue et que les leviers fiscaux continueront à entretenir une forte demande, cette somme restera, pour beaucoup, en deçà du seuil nécessaire pour acheter au Portugal dans les conditions espérées.

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