Les fonds a formule occupent une place à part dans le paysage de l’épargne. Ni aussi simples qu’un Livret A, ni aussi volatils qu’un portefeuille d’actions en direct, ils promettent une combinaison séduisante : une garantie du capital à l’échéance, associée à un rendement conditionnel indexé à la Bourse. Sur le papier, l’idée est rassurante. Dans la pratique, ces produits mêlent mécanique financière complexe, frais élevés et horizons de placement rigides.
Il est essentiel de comprendre que le ‘capital garanti’ et le ‘rendement conditionnel’ sont des notions clés pour éviter les déconvenues, car les fonds à formule et produits structurés (autocall, Phoenix, Athena, fonds protégés) se sont multipliés dans les assurances vie, portés par la hausse des taux et la recherche de rendement.
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Ce qu’est réellement un fonds a formule

D’un point de vue juridique, un fonds a formule est défini par son « objectif de gestion » : atteindre, à l’échéance d’une durée déterminée, un montant lui-même déterminé par l’application mécanique d’une formule de calcul précise. Cette définition est inscrite dans le Code monétaire et financier, via les articles R. 214-28 et R. 214-32-39 qui encadrent les OPCVM et FIA à formule.
Concrètement, au moment de la souscription, tout est figé :

La promesse est toujours formulée autour de la performance d’un « sous-jacent » : un indice boursier, un panier d’actions, parfois un taux (Euribor, CMS) ou plus marginalement une devise. La mécanique repose presque toujours sur deux poches : une poche obligataire « sécuritaire » (souvent majoritaire) et une poche « dynamique » investie dans des dérivés (options) qui génèrent le rendement conditionnel.
L’investisseur accepte d’immobiliser son épargne jusqu’à une date précise en échange d’un scénario clair : s’il se réalise, il empoche le coupon prévu ; s’il ne se réalise pas, il récupère tout ou partie de son capital, mais rarement plus.
La mécanique de la garantie du capital

Dans l’univers des fonds a formule et produits structurés, il faut distinguer trois grandes familles de protection : capital garanti, capital protégé, capital non garanti.
Capital garanti : 100 % à l’échéance… mais pas sans conditions
Un produit présenté comme « capital garanti » a une caractéristique clé : à la date de maturité, l’épargnant récupère 100 % du capital investi (hors frais d’entrée), quelle que soit l’évolution du marché. Cette garantie repose sur une architecture financière standard :
– une grande partie du capital (souvent entre 79 % et 95 % selon la durée et le niveau des taux) est placée dans une obligation zéro coupon de haute qualité. Achetée avec une décote, elle va rembourser exactement 100 % du nominal à l’échéance ;
– le reliquat (5 % à 21 % du capital) finance l’achat d’options sur l’indice ou le panier choisi, ce qui permet de verser un coupon si les conditions de marché sont remplies.
Un exemple chiffré illustre bien le principe : pour un produit à 8 ans, dans un environnement de taux sans risque à 3 %, il suffit de placer environ 79 % du capital dans un zéro coupon pour qu’il vaille 100 % à l’échéance. Les 21 % restants servent à acheter des options et à payer les frais de structuration et de distribution.
Point crucial : la garantie est toujours conditionnée à deux éléments qui sont souvent mal perçus par les particuliers :
La garantie du capital n’est valable qu’à l’échéance prévue. En cas de sortie anticipée, l’investisseur revend au prix du marché sans garantie. Elle repose sur la solvabilité de l’émetteur : si celui-ci fait défaut, la garantie disparaît. Ce n’est pas une garantie d’État comme celle du Livret A.
Autre nuance majeure : la plupart des documents commerciaux indiquent que le capital est « garanti brut de frais ». Autrement dit, si la formule prévoit à maturité 100 % du capital, mais que le fonds a prélevé des frais de gestion et de contrat d’assurance vie pendant toute la durée, ce que vous récupérez est 100 % moins ces frais cumulés. Le capital restitué peut donc être inférieur à la somme versée à l’origine.
Capital protégé : une garantie partielle, liée à une barrière
De nombreux fonds a formule sont dits « protégés » plutôt que « garantis ». Dans ce cas, le mécanisme est voisin, mais la protection est limitée :
– soit à un pourcentage du capital (par exemple, 90 % garantis à l’échéance) ;
– soit à condition que l’indice de référence ne franchisse pas une barrière de protection (souvent -40 % ou -50 %).
Un exemple typique de produit structuré propose une protection du capital à 90 % sur 6 ans, avec une performance de l’indice plafonnée à +60 %. Ainsi, l’investisseur accepte dès le départ un risque de perte maximal de 10 % si les conditions de marché sont défavorables.
Autre grande famille : les produits à barrière désactivante. La formule stipule par exemple que le capital est garanti si, à l’échéance, l’indice n’a pas perdu plus de 40 % par rapport à son niveau initial. Si la baisse dépasse ce seuil, la protection tombe et la perte est alignée sur celle de l’indice.
Ces mécanismes reposent sur l’achat de put options et l’utilisation de barrières dites européennes (observées uniquement à la maturité) ou américaines (observées en continu pendant toute la durée de vie). Avec une barrière américaine, un simple passage ponctuel sous le seuil (par exemple -41 % un seul jour) peut faire disparaître définitivement la protection.
Capital non garanti : le risque maximum
Dernière catégorie, souvent moins explicitée : les fonds a formule sans aucune garantie de capital. Ils restent présentés comme « structurés », avec une formule sophistiquée, mais en cas de scénario défavorable l’investisseur peut perdre tout ou partie de sa mise, sans plancher plancher contractuel.
Certains fonds sont même décrits comme ni garantis, ni protégés : la promesse porte uniquement sur une mécanique de rendement conditionnel plus attractive, en contrepartie d’un risque de perte élevé.
Voici une synthèse simplifiée des types de protection :
| Type de produit | Niveau de protection | Condition principale | Risque maximal pour l’épargnant |
|---|---|---|---|
| Capital garanti 100 % | 100 % du capital (hors frais) à l’échéance | Solvabilité de l’émetteur, durée tenue | Perte limitée aux frais et à l’inflation |
| Capital protégé (ex. 90 %) | 90 % ou seuil de barrière (ex. -40 %) | Non-franchissement de la barrière | Perte partielle (par exemple jusqu’à -10 % ou plus |
| Capital non garanti | Aucune protection contractuelle | Aucune | Perte pouvant aller jusqu’à 100 % du capital |
Rendement conditionnel : une promesse sous contraintes

Si les fonds a formule séduisent, c’est parce qu’ils annoncent, au moment de la souscription, un rendement potentiel clair : « 6 % par an », « 22 % maximum sur 5 ans », « 11 % par an si l’indice ne baisse pas de plus de 20 % », etc. Pourtant, ce rendement est toujours conditionnel.
Une performance plafonnée, indexée au marché
La première limite est celle du plafond de performance. Dans bien des cas, le produit ne transmet qu’une partie de la hausse du marché. Quelques exemples issus de l’analyse :
– capital augmenté de 22 % maximum après 5 ans si l’indice de référence atteint un certain niveau ;
– capital augmenté de 12 % après 4 ans dans un autre scénario ;
– fonds offrant 75 % de la progression du CAC 40, plafonnée à +60 % ;
– produit versant 11 % par an uniquement si l’indice est en hausse ou n’a pas baissé de plus de 20 % à l’échéance.
Le rendement annuel net plafond des fonds à formule avec garantie de capital, après déduction de frais moyens de 2 %.
À l’inverse, des produits sans garantie peuvent viser des coupons de 6 % à 12 % par an, notamment les autocalls sur indices ou sur actions, mais au prix d’un risque de perte du capital en cas de forte baisse.
Le cas emblématique des autocalls
Les autocalls sont devenus la famille dominante des produits structurés en France. Le principe : à chaque date d’observation (annuelle, trimestrielle, parfois mensuelle), si l’indice de référence est au-dessus d’un seuil prédéfini (souvent 100 % de son niveau initial, parfois un peu en dessous), le produit est remboursé par anticipation, avec :
– le capital restitué ;
– le coupon conditionnel (par exemple 6 % ou 10 % par année écoulée).
Si la condition n’est pas remplie, le produit continue sa vie et on vérifie à la date suivante. À maturité, une barrière de protection (souvent -30 % à -40 %) détermine si le capital est remboursé intégralement ou si une perte proportionnelle à la baisse de l’indice s’applique.

– il ne prend en compte que les produits déjà remboursés (les produits encore « vivants » et potentiellement en moins-value ne sont pas inclus) ;
– il est mécaniquement gonflé par les autocalls rappelés très vite (en 1 ou 2 ans), qui affichent alors un rendement annualisé très élevé.
Sur les indices larges (CAC 40, Euro Stoxx 50, S&P 500), des coupons bruts de 5 % à 8 % sont fréquents, avec des barrières de protection autour de -30 %/-40 %. Sur actions individuelles, les coupons peuvent monter à 8 % à 12 %, mais le risque est nettement plus concentré.
Fonds garantis vs fonds protégés : le compromis sécurité / rendement
À côté de ces structures plus risquées, on trouve les fonds a formule à capital garanti : ils promettent de restituer 100 % du capital à l’échéance, quels que soient les mouvements de marché, et un rendement brut annuel modeste, typiquement 2 % à 4 %, pour un profil de risque faible (indicateur SRI de 1 à 3 sur 7).
À l’autre extrême, les autocalls ou Phoenix avec protection conditionnelle mais non garantie visent des coupons de 6 % à 12 % par an, avec un niveau de risque classé 5 ou 6 sur 7.
On peut résumer ce gradient rendement / risque :
| Type de support structuré | Protection du capital | Coupon / rendement cible (brut) | Indicateur de risque (SRI) approximatif |
|---|---|---|---|
| Fonds a formule capital garanti | 100 % à maturité | 2 % – 4 % / an | 1 à 3 |
| Produits capital protégé (barrière -30 % / -40 %) | Protégé sauf crash au-delà de la barrière | 5 % – 8 % / an | 4 à 5 |
| Autocalls sur actions individuelles, barrière -40 %/-50 % | Protection conditionnelle sur un titre | 8 % – 12 % / an | 5 à 6 |
| Fonds a formule non garantis | Aucune protection contractuelle | Variable, dépend du marché | Jusqu’à 7 |
Frais : le talon d’Achille des fonds a formule

L’un des points les plus sensibles mis en évidence par les régulateurs concerne le niveau et la transparence des frais. Les fonds a formule cumulent généralement plusieurs couches de coûts :
Les frais d’entrée se situent souvent entre 1 % et 3 %. Les frais de gestion du fonds peuvent atteindre jusqu’à 2 % par an. Pour les fonds logés en unités de compte dans un contrat d’assurance vie, les frais de gestion du contrat s’ajoutent, avec une moyenne d’environ 0,82 % par an en 2023. Enfin, des frais de structuration sont intégrés dans le prix des options ou produits dérivés.
Au total, l’impact annuel peut être significatif. Un exemple de simulation donne une idée du poids de ces frais sur la performance : avec un rendement brut de 5 %, un coût total de 1,7 % par an (chiffré dans un document d’information clé) laisse un rendement net de seulement 3,3 %.

Plusieurs analyses soulignent que, une fois la totalité des frais déduits, le rendement net des fonds à formule avec garantie de capital dépasse rarement 2,3 % par an. Un niveau à comparer aux meilleurs fonds en euros qui, dans le contexte actuel de taux remontés, peuvent viser 3,5 % à 4,6 % sur les contrats les plus compétitifs.
Blocage et risque de liquidité : l’ennemi caché

Autre caractéristique structurante des fonds a formule : leur faible liquidité. Ces produits sont conçus pour être détenus jusqu’à l’échéance. Leurs caractéristiques de remboursement anticipé sont cadrées par la formule, pas par les besoins de trésorerie de l’épargnant.
Une sortie avant terme souvent pénalisante
Plusieurs risques se cumulent en cas de rachat anticipé :
La garantie de capital ne s’applique plus, et une décote de 1 % à 10 % peut s’appliquer sur le marché secondaire. La liquidité est limitée : les fenêtres de revente sont mensuelles, trimestrielles ou plus espacées.
Les autorités de supervision (AMF, ACPR, IOSCO au niveau international) insistent sur ce risque de liquidité : quand un fonds contient des actifs peu liquides mais offre des conditions de rachat fréquentes, un décalage dangereux peut se créer. D’où le déploiement d’outils comme les « gates » (plafonnement des rachats), les périodes de préavis ou même des fermetures temporaires aux souscriptions ou rachats.
Un investissement dans un fonds à formule ou un produit structuré est un engagement de long terme (4, 6, 8 ans ou plus). Pour un horizon inférieur à 5 ans, le risque de subir une décote importante en cas de besoin de fonds est élevé.
Allocation recommandée et disproportion des risques
Pour limiter le risque de devoir vendre en urgence, certaines recommandations prudentes suggèrent de ne pas dépasser 15 % à 20 % de son patrimoine financier total en produits structurés, surtout lorsque le patrimoine est inférieur à 50 000 euros.
Comparés aux supports « liquides » :
– un Livret A offre une liquidité immédiate, sans frais, avec une garantie de l’État ;
– un fonds en euros est rachetable en 15 à 30 jours, avec capital garanti par l’assureur (hors cas exceptionnels Sapin 2) ;
– un fonds a formule ou un autocall peut voir sa liquidité limitée, sa valeur très volatile, et la sortie se faire avec une perte sensible avant maturité.
La garantie de capital face à l’inflation : un bouclier en trompe-l’œil

Même quand la promesse de « capital garanti » est tenue, encore faut-il s’interroger sur ce qu’elle protège vraiment. Dans la plupart des cas, la garantie porte sur le montant nominal (en euros), pas sur le pouvoir d’achat.
Nominal garanti, pouvoir d’achat incertain
En période d’inflation, un capital restitué à l’euro près peut pourtant représenter une perte réelle. Les exemples récents sont parlants : les rendements des supports garantis (fonds en euros, livrets réglementés) ont longtemps évolué en dessous de l’inflation. Quand un support rapporte 2,5 % ou 2,6 % par an alors que les prix augmentent de 4 %, l’épargnant perd du pouvoir d’achat même si en apparence son capital « ne bouge pas ».
La relation entre rendement nominal, inflation et rendement réel est simple :
> rendement réel ≈ rendement net – inflation
Quelques ordres de grandeur tirés des analyses :
Simulation de l’impact de l’inflation sur différents placements sur 10 ans avec une inflation moyenne de 2,2 % par an.
Un compte courant rémunéré à 0 % entraîne une perte de pouvoir d’achat d’environ 19,8 % sur 10 ans.
Un Livret A à 1,5 % net aboutit à une perte réelle d’environ 6,8 % de pouvoir d’achat sur 10 ans.
Un LEP à 3,5 % net procure un gain réel d’environ +13,8 % de pouvoir d’achat sur la décennie.
Même les fonds en euros, pourtant plus rémunérateurs, n’ont pas toujours battu l’inflation. Entre 2021 et 2023, les rendements nets d’inflation ont été négatifs, ce qui signifie une perte de pouvoir d’achat malgré la garantie en capital.
Pour les fonds a formule à capital garanti assortis de rendements modestes (2 % – 3 % nets) dans une phase de hausse rapide des prix, le constat est similaire : la promesse de sécurité nominale ne s’accompagne pas d’une protection réelle contre l’érosion monétaire.
Où se place le fonds a formule dans ce paysage ?
Dans un environnement de taux normalisés, les fonds en euros servaient récemment en moyenne 2,5 % à 2,9 %, avec des pointes à 4 % et plus sur les meilleurs contrats, surtout en ligne. Les produits structurés capital garantis sur 4 à 6 ans affichent désormais des coupons potentiels de 5 % à 8 % brut par an, toujours sous condition.
D’un côté, les supports totalement sécurisés (Livret A, LDDS, fonds en euros) offrent une garantie forte et une liquidité appréciable, mais un rendement souvent limité, au mieux un peu au-dessus de l’inflation. De l’autre, les fonds a formule capital garanti tentent de relever le niveau de rendement tout en conservant une protection à l’échéance, mais avec :
– des frais plus lourds ;
– une liquidité plus faible ;
– une performance plafonnée malgré un risque de marché indirect.
Les fonds à formule sans garantie, eux, se rapprochent davantage d’une exposition actions « emballée » dans une structure dérivée, avec une logique de rendement conditionnel mais sans véritable bouclier anti-inflation garanti.
Guerre des produits : fonds a formule, fonds en euros, actions, obligations

Pour apprécier l’intérêt réel d’un fonds a formule, il est utile de le remettre en perspective par rapport aux autres supports accessibles via l’assurance vie ou en direct.
Face aux fonds en euros
Les fonds en euros restent la colonne vertébrale de l’assurance vie française : ils représentaient encore environ 68 % des encours à la fin 2025, contre 32 % pour les unités de compte. Ils offrent :
– une garantie intégrale du capital (hors frais et fiscalité) ;
– une attribution annuelle d’intérêts définitivement acquis ;
– une forte mutualisation via un portefeuille majoritairement obligataire (État et grandes entreprises).
Les rendements récents observés :
| Support en euros (ordre de grandeur) | Rendement moyen 2025 (net de frais de gestion) |
|---|---|
| Ensemble du marché (ACPR) | ≈ 2,63 % – 2,65 % |
| Meilleurs contrats en ligne (nouvelle génération) | 3,5 % – 4,1 % voire plus |
| Contrats bancaires traditionnels | 1,5 % – 2,5 % |
L’écart entre le meilleur et le pire contrat atteignait plus de 2,4 points sur l’année, soit 2 430 euros de différence sur 100 000 euros placés.
Un bon fonds en euros peut être plus attractif en rendement/risque qu’un fonds à formule capital garanti, dont le rendement net est souvent plafonné autour de 2,3 %, surtout en tenant compte des frais d’entrée et de la moindre liquidité des produits structurés.
Face aux unités de compte actions et aux obligations
Sur le long terme, les actions ont historiquement délivré des performances moyennes de l’ordre de 4 % à 8 % par an selon les périodes et indices, mais au prix d’une volatilité forte. Dans les contrats d’assurance vie, les unités de compte investies en actions (OPCVM, ETF) permettent de viser ce type de rendement, sans plafond formel, mais avec un risque de perte en capital et des fluctuations parfois violentes.
Les rendements cibles annuels des fonds obligataires Investment Grade sont compris entre 3,5 % et 4,5 %.
Dans ce contexte, un fonds a formule se positionne comme un compromis intermédiaire :
– un potentiel de gain supérieur aux supports garantis classiques, mais plafonné ;
– une protection du capital partielle ou totale, mais uniquement à l’échéance ;
– des frais plus élevés que les fonds indiciels ou obligataires traditionnels.
Tout l’enjeu consiste à évaluer si ce compromis est vraiment créateur de valeur par rapport à une simple combinaison de fonds en euros, d’ETF obligataires et d’ETF actions.
Transparence, documentation et rôle du régulateur

Face à la complexité croissante des formules, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont durci le cadre d’information et de commercialisation de ces produits.
Le document d’informations clés (DIC / KID)
Depuis 2018, tout fonds a formule vendu au grand public doit être accompagné d’un document d’informations clés (DIC ou KID), standardisé pour l’ensemble des produits d’épargne. Ce document doit présenter notamment :
Synthèse des éléments essentiels à connaître avant d’investir : nature du sous-jacent, structure des frais, formule de performance, niveau de risque et impact des coûts.
Le sous-jacent peut être un indice ou un panier d’actions ; il détermine la performance potentielle du produit.
Les frais influencent directement le rendement net ; leur structure doit être analysée pour mesurer leur effet sur le capital investi.
La performance varie selon des scénarios : favorable, intermédiaire, défavorable et de tension, illustrant les résultats possibles.
Noté de 1 à 7, cet indicateur résume le niveau de risque global du produit, 1 étant le plus faible et 7 le plus élevé.
Estimation de la réduction annuelle du rendement due aux frais, cruciale pour évaluer la rentabilité nette.
L’objectif est de permettre une comparaison plus aisée avec d’autres placements, et surtout de mettre en évidence que le scénario « favorable » mis en avant dans les brochures n’est jamais garanti. L’AMF rappelle régulièrement que les communications doivent être « claires, exactes et non trompeuses », et ne pas insister sur la performance potentielle en sous-estimant le risque.
Lorsque certaines formules deviennent tellement complexes qu’elles sont pratiquement inintelligibles pour un investisseur non professionnel, l’AMF impose même une mention explicite signalant qu’elle considère le produit trop complexe pour cette clientèle.
La question de la garantie juridique
Autre volet sensible : la nature même de la garantie de capital ou de formule. L’AMF a précisé que, pour les fonds a formule et certains UCITS structurés :
Si une garantie de formule ou de capital est annoncée, elle doit être fournie par une banque ou une société répondant aux critères réglementaires. À défaut, les clients risquent de croire à tort être couverts par une garantie « forte » alors qu’il ne s’agit que d’un mécanisme interne au fonds.
En parallèle, un mécanisme de garantie des investisseurs existe au niveau européen, mais le plafond de compensation, 20 000 euros par investisseur et par établissement, reste très limité par rapport aux montants en jeu dans les contrats d’assurance vie.
Comment juger l’intérêt d’un fonds a formule ?

Pour un épargnant, la vraie question n’est pas de savoir si ces produits sont « bons » ou « mauvais » en soi, mais de déterminer dans quels cas ils apportent une valeur ajoutée réelle par rapport aux alternatives.
Plusieurs axes d’analyse peuvent guider cette évaluation :
Vérifiez votre compréhension des conditions de gain ou de perte, assurez-vous que le niveau de protection correspond à votre tolérance au risque (perte possible de 10 %, 20 % ou 40 %), immobilisez les fonds pour au moins 4 à 8 ans, comparez le rendement net après frais avec une alternative simple (mix fonds en euros, ETF obligataire et actions), et limitez le poids de ces produits à moins de 20 % de votre patrimoine financier.
Dans bien des cas, les analyses comparatives montrent que des solutions plus sobres — combinaison de fonds en euros, d’ETF actions et obligataires à faibles frais — peuvent donner, sur le long terme, des résultats au moins aussi bons, avec une lisibilité supérieure et des structures de frais plus transparentes.
Les fonds à formule gardent toutefois leur place dans certaines stratégies patrimoniales très encadrées, notamment :
– pour des investisseurs souhaitant se protéger psychologiquement contre la peur de voir leur capital baisser en valeur nominale à une date précise (préparation d’un projet, horizon de retraite) ;
– pour des patrimoines suffisamment diversifiés où une poche limitée de produits structurés vient compléter un socle important d’actifs liquides et diversifiés.
En résumé

Les fonds a formule promettent un mariage séduisant entre garantie du capital et rendement conditionnel. Mais ce mariage a des contreparties :
– la protection est réelle uniquement à l’échéance, et parfois seulement jusqu’à un certain niveau de baisse ;
– la performance est conditionnée, plafonnée, et lourdement amputée par les frais ;
– la liquidité est réduite, l’horizon de placement contraignant ;
– la garantie porte sur le nominal, pas sur le pouvoir d’achat, et dépend de la solidité de l’émetteur.
Avec le retour des taux positifs, les fonds en euros performants, ETF obligataires et actions redeviennent des concurrents sérieux, surtout pour les épargnants soucieux des frais et de la transparence.
Avant de souscrire à un fonds a formule, il ne suffit donc pas de se laisser convaincre par un coupon de « 6 % garantis si… ». Il faut décortiquer le « si », mesurer ce qu’implique vraiment la garantie, et comparer sans complaisance ce produit « emballé » aux solutions plus classiques mais souvent plus lisibles qui existent déjà dans l’assurance vie et ailleurs.
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