En France, le coût des successions pour les enfants augmente sans qu’aucune hausse spectaculaire des taux d’imposition n’ait été votée. Sous l’effet de l’inflation, du gel des abattements et de l’évolution de certains frais annexes, les héritiers en ligne directe supportent une charge financière plus lourde, évaluée en moyenne à environ 4 500 euros par enfant. Dans le même temps, plusieurs dispositifs permettent encore d’alléger la note, à condition d’anticiper et de respecter des calendriers précis.
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Un alourdissement « silencieux » lié au gel de l’abattement de 100 000 €
Pour les transmissions entre parents et enfants, le principal levier fiscal demeure l’abattement personnel de 100 000 euros par parent et par enfant. Ce seuil n’a pas été revalorisé depuis août 2012. Or, entre 2013 et 2025, l’inflation cumulée a dépassé 20 % en France, érodant fortement le pouvoir d’achat réel de cet abattement.
Si le seuil historique avait suivi l’évolution des prix, il atteindrait aujourd’hui environ 122 500 euros, exposant une part croissante du patrimoine des classes moyennes, notamment immobilier, dépassant la barre des 100 000 euros par enfant à une imposition accrue.
La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026‑103) n’a pas modifié les tranches ni l’abattement en ligne directe. Le barème progressif reste appliqué, après abattement, avec des taux allant de 5 % à 45 %, la tranche à 20 % étant la plus fréquemment atteinte pour les transmissions de biens immobiliers courants.
Le gel des barèmes et des abattements est formellement prolongé au moins jusqu’au 31 décembre 2028. Ce choix budgétaire équivaut à un alourdissement progressif de la fiscalité successorale, sans vote explicite d’augmentation des taux.
Comment naît le surcoût moyen de 4 500 € pour un enfant
Les spécialistes chiffrent cet « impôt invisible » en comparant la situation actuelle à celle qui prévaudrait si l’abattement de 100 000 euros avait été indexé sur l’inflation. L’exemple suivant illustre le différentiel.
Un enfant hérite seul d’un appartement estimé à 300 000 euros. Avec un abattement inchangé de 100 000 euros, la base taxable est de 200 000 euros. En appliquant les tranches progressives de 5 % à 20 % sur cet intervalle, les droits de succession s’élèvent à environ 38 194 euros.
Si l’abattement avait été relevé à 122 500 euros, en ligne avec l’inflation, la fraction imposable tomberait à 177 500 euros. Les droits correspondants seraient alors de l’ordre de 33 694 euros. L’écart d’environ 4 500 euros représente le surcoût directement imputable au gel du seuil d’exonération. Le phénomène est d’autant plus marqué que la valeur des biens transmis, en particulier immobiliers, a nettement progressé depuis 2012.
Frais d’obsèques et droits de succession : une autre source de renchérissement
Le montant de 4 500 euros renvoie également au coût moyen d’un enterrement en France. Les funérailles se situent autour de 4 500 euros pour une inhumation et environ 3 500 euros pour une crémation. La législation bancaire autorise les établissements à débloquer jusqu’à 5 000 euros sur le compte du défunt pour payer directement l’entreprise de pompes funèbres, afin d’éviter aux proches d’avancer ces sommes.
L’administration fiscale ne reconnaît qu’une déduction forfaitaire maximale de 1500 euros au titre des frais d’obsèques pour le calcul des droits. Concrètement, sur une facture de 4500 euros, seule cette fraction est retranchée de l’actif successoral. Le solde – soit environ 3000 euros – est réintégré dans la base taxable et vient donc indirectement majorer les droits dus par les héritiers.
Ce décalage entre coût réel des obsèques et plafond de déduction participe à la hausse effective du coût global d’un décès pour les familles.
Notaires, banques : des frais encadrés mais encore significatifs
À côté des impôts proprement dits, plusieurs catégories de frais pèsent sur la liquidation d’une succession.
Depuis une loi de 2025, les frais de traitement des dossiers décès sont limités à 1 % des encours du défunt, avec un maximum de 850 euros. Les petits soldes ou dossiers simples en sont exonérés. Cette mesure évite que ces frais n’alourdissent excessivement le coût global de la succession, même si leur montant peut rester élevé pour des encours importants.
Les honoraires de notaire constituent un autre poste important. La rédaction de la déclaration de succession, obligatoire au plan fiscal mais non obligatoirement confiée à un notaire, peut représenter à elle seule environ 4 500 euros pour un patrimoine brut d’un million d’euros, selon le barème réglementé par tranches. Les héritiers ont la possibilité, en théorie, de remplir eux-mêmes la déclaration pour économiser ces frais, mais l’option suppose une bonne maîtrise des règles civiles et fiscales et n’est réaliste que pour des situations relativement simples.
Familles recomposées : un assouplissement ciblé pour les beaux-enfants
La loi de finances pour 2026 a en revanche introduit une évolution notable concernant les beaux-enfants, c’est-à-dire les enfants du conjoint ou du partenaire de PACS sans lien de filiation biologique ou adoptive avec le défunt. Leur traitement fiscal reste proche de celui appliqué aux tiers, avec un taux de 60 % au-delà de l’abattement, mais cet abattement a été multiplié par dix.
L’abattement est passé de 1 594 euros à 15 932 euros, soit le même niveau que celui applicable entre frères et sœurs. Pour en bénéficier, le défunt doit avoir assumé matériellement et de façon continue la charge de l’enfant, soit pendant au moins cinq ans au cours de sa minorité, soit pendant dix ans en tout. Cette mesure allège partiellement la facture pour certaines familles recomposées, sans remettre en cause le taux élevé applicable au-delà de l’abattement.
Entreprises familiales : un Pacte Dutreil plus strict
Pour la transmission d’entreprises familiales, la loi de finances pour 2026 a durci les conditions d’accès au dispositif dit Pacte Dutreil, qui permet de bénéficier d’une exonération de 75 % sur la valeur des titres transmis, sous réserve d’engagements de conservation.
Réforme visant à recentrer le dispositif sur les actifs productifs, avec un allongement de la durée de détention et l’exclusion des actifs somptuaires.
La durée minimale de détention des titres passe de quatre à six ans.
Les biens immobiliers non professionnels, véhicules de prestige et autres actifs ne participant pas à l’activité principale sont exclus de l’assiette de l’exonération.
Le dispositif vise désormais à se concentrer sur les actifs véritablement productifs.
Cette réforme accroît la complexité et réduit le champ d’application pour certaines transmissions patrimoniales.
Dernière ligne droite pour le don de 100 000 € dédié au logement ou à la rénovation
Parallèlement au gel des abattements, un dispositif temporaire constitue encore une opportunité de réduire le coût futur des transmissions au bénéfice des enfants. Depuis 2025, les parents ou grands-parents peuvent effectuer, en plus de l’abattement classique de 100 000 euros, un don exonéré de droits pouvant atteindre 100 000 euros par bénéficiaire, à condition que les sommes servent à financer l’achat ou la construction d’un logement neuf, ou à réaliser des travaux de rénovation énergétique importants dans la résidence principale du bénéficiaire.
Le dispositif exceptionnel doit prendre fin le 31 décembre 2026.
Anticiper pour réduire la facture : donations, démembrement et assurance-vie
Malgré l’augmentation mécanique des droits et des frais, plusieurs outils juridiques et fiscaux demeurent à la disposition des familles pour limiter le coût de l’héritage pour les enfants.
La première stratégie consiste à utiliser pleinement l’abattement de 100 000 euros par enfant et par parent, renouvelable tous les quinze ans. Des donations échelonnées, entamées suffisamment tôt, permettent de transmettre des sommes ou des biens importants en franchise de droits, à condition que le donateur survive au moins quinze ans après chaque donation pour qu’elle ne soit pas réintégrée dans l’assiette successorale.
Les parents peuvent donner la nue-propriété d’un logement à leurs enfants tout en conservant l’usufruit, c’est-à-dire le droit d’y habiter ou d’en percevoir les loyers. Les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, qui dépend de l’âge du donateur : entre 61 et 70 ans, elle est par exemple fixée à 40 % de la valeur totale du bien. Au décès, l’usufruit s’éteint automatiquement et les enfants deviennent pleins propriétaires sans nouveaux droits à payer.
L’assurance-vie constitue également un vecteur privilégié de transmission, bénéficiant d’un régime fiscal spécifique. Les sommes versées avant 70 ans sont exonérées de droits de succession à hauteur de 152 500 euros par bénéficiaire. Au-delà, un prélèvement forfaitaire de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 euros. Les primes versées après 70 ans profitent d’un abattement global de 30 500 euros partagé entre les bénéficiaires, tandis que les intérêts et plus-values générés par le contrat restent, eux, hors champ des droits de succession.
Enfin, le recours à une société civile immobilière (SCI) permet de transmettre progressivement un patrimoine immobilier sous forme de parts sociales, en profitant de l’abattement renouvelable tous les quinze ans. L’administration fiscale accepte en pratique une décote de l’ordre de 10 à 20 % sur la valeur des parts par rapport à la valeur du bien détenu directement, en raison de la moindre liquidité de ces titres. Ce schéma technique facilite aussi la gestion à plusieurs et limite les blocages inhérents à l’indivision.
Le recours à une SCI
Des projets de baisse ciblée des droits sur les dons, sans effet immédiat
Dans ce contexte d’alourdissement progressif, le gouvernement a présenté un projet de loi de finances pour 2027 incluant un plan dit de « transmissions 2027 », encore en cours de discussion parlementaire. Il prévoit notamment une hausse du plafond du don familial de somme d’argent, qui passerait de 31 865 euros à 50 000 euros, cumulable avec l’abattement de 100 000 euros. Chaque parent pourrait ainsi transmettre jusqu’à 150 000 euros, soit 300 000 euros pour un couple, à chaque enfant majeur sans taxation, sous condition d’âge du donateur.
Un taux forfaitaire unique de 6 % serait instauré temporairement sur les dons en numéraire, dans la limite de 100 000 euros imposables par bénéficiaire, bien inférieur au barème actuel pouvant atteindre 45 % en ligne directe, applicable jusqu’au 30 juin 2027.
Dans un cas type où, en 2026, une donation de 100 000 euros déjà au-delà des abattements coûte environ 18 200 euros de droits, le régime envisagé ramènerait la facture à 6 000 euros en 2027. Ces mesures restent toutefois à ce stade des projets, soumis aux débats parlementaires et sans incidence sur les règles applicables aux successions ouvertes en 2026.
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Pour les familles, la combinaison du gel des abattements, de l’inflation et des frais annexes se traduit d’ores et déjà par une augmentation sensible du coût de l’héritage pour les enfants. Dans ce cadre, l’anticipation des transmissions, le recours aux donations, au démembrement de propriété, à l’assurance-vie ou à la SCI, ainsi que l’utilisation des dispositifs temporaires encore ouverts, constituent les principaux leviers pour contenir cette facture croissante.
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