L’assurance-vie confirme en 2026 son retour au premier rang de l’épargne des ménages, portée par une collecte nette au plus haut depuis vingt ans et par un basculement progressif vers les unités de compte (UC). Mais derrière cet « essor » se cachent de fortes disparités de performances selon les supports, tandis que les fonds en euros regagnent du terrain grâce à la remontée des taux et à un environnement fiscal devenu plus favorable.
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Une collecte historique et une part des unités de compte en hausse
Selon les données de France Assureurs arrêtées fin mai 2026, la collecte nette de l’assurance-vie a atteint 28,7 milliards d’euros sur les cinq premiers mois de l’année, un niveau inédit depuis 2006. Les versements bruts se sont élevés à 88,5 milliards d’euros entre le 1er janvier et fin mai, soit 7,8 milliards de plus que sur la même période de 2025.
En début d’année, les unités de compte représentaient 41 % des cotisations totales.
Cette montée en puissance résulte en partie d’un mouvement massif de transfert depuis l’épargne réglementée. La baisse du taux du Livret A à 1,5 % en février a encouragé les ménages à chercher de meilleures rémunérations, au profit de l’assurance-vie, et notamment des contrats combinant fonds en euros et supports en unités de compte.
Des marchés financiers porteurs mais volatils
Le contexte financier de la première moitié de 2026 a été marqué par un retour de la volatilité, sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran. Ces événements ont provoqué des perturbations marquées en début d’année, avec un pic du baril de Brent à 120 dollars, avant un reflux sous les 75 dollars après la signature d’une trêve au deuxième trimestre.
Les marchés d’actions ont fortement progressé : indice mondial +10,4% en dollars, Euro Stoxx +9,3% en euros, CAC 40 +3,1%. Les gestionnaires d’actifs adoptent une posture de prudence active : réduction de l’exposition aux actions de la zone euro et aux émergents dépendants des importations d’énergie, surpondération des valeurs défensives comme les utilities, et arbitrages sélectifs dans la finance (favorisant certaines banques au détriment des assureurs).
Sur le plan macroéconomique, le FMI a révisé sa prévision de croissance mondiale 2026 de 3,4 % à 3,1 %, avec une inflation attendue à 4,4 % au niveau global. Pour la France, la croissance est ajustée à 0,9 %. Le scénario de légère « stagflation » (croissance molle, inflation tenace) incite les gérants à la prudence, tout en profitant de niveaux de taux élevés pour reconstituer des portefeuilles obligataires plus rémunérateurs.
Fonds en euros : un retour en grâce face au Livret A
Les fonds en euros ont clairement bénéficié de la remontée des rendements obligataires. Le renouvellement progressif des portefeuilles avec des emprunts d’État français à 10 ans entre 3,8 % et 4,2 % permet d’améliorer les coupons encaissés et donc les taux servis aux assurés.
Le Baromètre 2026 de l’épargne-vie réalisé par le cabinet spécialisé Good Value for Money (GVfM) évalue le rendement moyen des fonds en euros à 2,65 % net de frais de gestion pour 2025. Pour 2026, GVfM anticipe une nouvelle progression, avec un taux moyen projeté de 2,90 %, soit environ 2,40 % nets de prélèvements sociaux compte tenu du régime spécifique de l’assurance-vie.
Avec une inflation à 1,3 % et un Livret A à 1,5 %, les fonds en euros retrouvent un rendement réel positif. Cependant, les écarts sont marqués : les fonds classiques des grands réseaux bancaires affichent environ 2,15 %, tandis que les mutuelles et courtiers en ligne obtiennent des performances nettement supérieures.
Des contrats comme ceux de Corum Life (4,10 % sur 2025, servi en 2026, mais avec une part du fonds en euros limitée à 25 % du contrat), Ampli Mutuelle (3,75 %), Carac (3,55 %), La France Mutualiste (3,50 %) ou MACSF (3,15 %) illustrent ces écarts. Parallèlement, nombre d’assureurs maintiennent en 2026 des bonus temporaires de rendement, visant 3,5 % à 5 % brut, mais conditionnés à une exposition minimale en unités de compte, généralement comprise entre 30 % et 50 % de l’épargne investie.
Unités de compte : un potentiel élevé, des résultats très dispersés
Les unités de compte, dépourvues de garantie en capital, sont traditionnellement présentées comme le principal relais de performance de long terme dans les contrats d’assurance-vie. Les données du Baromètre 2026 de Good Value for Money nuancent toutefois cette idée, en montrant que tout dépend de la nature des supports retenus.
Sur dix ans, les UC affichent une performance annuelle moyenne de 2,53 %, contre 1,85 % pour les fonds en euros. L’écart est donc réel, mais moindre qu’on pourrait l’imaginer au regard de la prise de risque supérieure. L’analyse de la composition des portefeuilles montre que la surperformance tient quasi exclusivement au poids des supports actions.
Les unités de compte investies en actions offrent un rendement moyen de 6,57 % par an sur dix ans, contre seulement 2,17 % pour les gestions profilées et 2,00 % pour les fonds flexibles. La forte présence de produits structurés, de gestions profilées et de fonds flexibles dans les allocations des épargnants limite la performance globale des contrats.
Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money
Sur une période plus longue, depuis 2010, l’ensemble des UC du marché a progressé en moyenne de 40,8 % nets de prélèvements sociaux. Dans le même temps, l’indice CAC 40 dividendes réinvestis a bondi de 206,8 %. L’écart s’explique notamment par les frais de gestion prélevés sur les contrats et par la place importante occupée par des actifs prudents ou monétaires au sein des allocations.
L’année 2025, révélatrice de la dispersion des performances
Les chiffres disponibles pour 2025 confirment l’extrême hétérogénéité des rendements en unités de compte. Selon des données publiées par PRO BTP en mars 2026, la performance moyenne des UC s’établit à 4,7 % pour l’année, avec une plage allant de -0,6 % à +16 % selon les gestionnaires et les supports.
En 2025, les unités de compte immobilières ont enregistré une performance moyenne négative de -2,9 %.
À l’opposé, les épargnants se tournent davantage vers les fonds obligataires dits « datés », souvent à horizon 2030–2032, qui offrent une visibilité accrue sur le rendement en contrepartie d’un risque de crédit maîtrisé, ainsi que vers les UC actions et les ETF (trackers), qui ont bénéficié du rebond des marchés mondiaux malgré les phases de correction liées aux tensions géopolitiques du printemps 2026.
Une fiscalité renforçant l’attrait de l’assurance-vie
L’environnement fiscal joue aussi un rôle clé dans l’essor actuel de l’assurance-vie et de ses unités de compte. La Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé le taux de CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, faisant passer le niveau total des prélèvements sociaux sur la plupart des placements financiers (dividendes, comptes-titres, retraits en capital des PER…) de 17,2 % à 18,6 %. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur ces revenus s’élève désormais à 31,4 %.
Les contrats d’assurance-vie et de capitalisation ont été explicitement exclus de la hausse des prélèvements sociaux. Leurs gains restent soumis au taux dérogatoire de 17,2 %, ce qui maintient le PFU à 30 %, offrant un avantage relatif de 1,4 point et une meilleure performance nette, que ce soit sur les fonds en euros ou les unités de compte.
Par ailleurs, les débats budgétaires pour 2026 ont bien envisagé des mesures plus restrictives – inclusion des fonds en euros dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière, hausse des droits sur certaines transmissions de capital – mais ces amendements ont finalement été écartés. Le cadre juridique et fiscal de l’assurance-vie ressort ainsi stabilisé, ce qui renforce encore son attractivité dans un environnement où d’autres enveloppes sont davantage sollicitées fiscalement.
Une montée en puissance des UC encore fragile
Malgré des flux favorables, certains signaux invitent à nuancer la dynamique des unités de compte. France Assureurs constate ainsi qu’en mai 2026, les cotisations en UC ont légèrement reculé de 3 % par rapport au mois précédent (soit -0,1 milliard d’euros), tandis que les versements sur les fonds en euros ont augmenté de 1 % (+0,1 milliard d’euros). Ce mouvement ponctuel peut être lié à la hausse de la volatilité au printemps et aux messages de prudence relayés par les conseillers en gestion de patrimoine face aux corrections boursières.
La tendance de fond est à une diversification accrue des contrats vers les unités de compte (UC), encouragée par les assureurs via des bonus de rendement conditionnés sur les fonds en euros. La question centrale reste la qualité et la composition des UC proposées et choisies par les épargnants.
Les données sur dix ans montrent en effet que les UC actions ont pleinement capté la hausse des marchés, contrairement aux gestions profilées et flexibles, qui peinent à justifier, en termes de performance nette, le surcroît de risque par rapport aux fonds en euros. À l’heure où l’assurance-vie consolide son statut de placement de référence, l’« essor » des unités de compte apparaît donc moins comme un mouvement homogène que comme une montée en puissance sélective, fortement dépendante des arbitrages commerciaux des distributeurs et du niveau de prise de risque accepté par les ménages.
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