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L’immobilier au Portugal : un marché en pleine expansion grâce à la longévité

par | Fiscalité à l’étranger, Immobilier, Immobilier en Europe, Pays à fiscalité avantageuse
Publié le 2 septembre 2026

À mesure que la population vieillit partout en Europe, peu de pays concentrent autant de tensions… et d’opportunités que le Portugal. L’allongement de la durée de vie, la montée en puissance des seniors, l’arrivée massive de retraités étrangers et de nouveaux résidents transforment en profondeur le visage du marché résidentiel. L’immobilier au Portugal : un marché en pleine expansion grâce à la longévité n’est plus un simple slogan, c’est désormais la grille de lecture indispensable pour comprendre la flambée des prix, la pénurie de logements et l’essor d’une nouvelle génération de résidences pour personnes âgées.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un pays vieillissant… mais plus peuplé que jamais

Un pays vieillissant… mais plus peuplé que jamais

Le premier paradoxe portugais saute aux yeux dans les chiffres officiels. Selon l’INE, le pays n’a jamais compté autant d’habitants : 11,42 millions de résidents fin 2025, un record historique. Cette hausse est pourtant loin de refléter un « baby-boom ». La fécondité reste faible (1,4 à 1,45 enfant par femme, bien en dessous du seuil de renouvellement de 2,1), l’âge moyen à la maternité est élevé (plus de 30 ans pour un premier enfant), et la structure de la population s’inverse.

188,8

En 2025, l’indice de vieillissement atteint 188,8, soit environ 189 seniors de 65 ans et plus pour 100 jeunes de moins de 15 ans, l’un des plus élevés de l’UE.

Dans le même temps, les ménages se rétrécissent. La taille moyenne est passée de 4,3 personnes en 1940 à 2,5 en 2021. Le nombre de personnes vivant seules a explosé (+33 % depuis 2015) pour atteindre 1,18 million. Seul un quart des foyers a encore un enfant, proportion en recul de près de 6 points depuis 2015. Autrement dit, plus de logements, mais des familles plus petites, plus âgées, plus isolées.

Cette transformation démographique, nourrie par une espérance de vie en hausse et un faible taux de natalité, n’est pas qu’un défi social : elle redessine de fond en comble la demande immobilière.

Longévité et nouveaux profils d’acheteurs : le double moteur de la demande

Longévité et nouveaux profils d’acheteurs : le double moteur de la demande

L’autre moteur de cette mutation est migratoire. Entre 2021 et 2025, la population résidente a augmenté de plus de 824 000 personnes, portée par des flux migratoires exceptionnels : +330 000 habitants en 2022, +275 000 en 2023, +183 000 en 2024. Les étrangers représentent désormais 1,6 million de résidents, soit 14 % de la population, plus du double de 2021.

Parmi eux, de nombreux retraités européens – notamment français –, des télétravailleurs, des entrepreneurs, des talents du numérique et une main-d’œuvre étrangère qui pèse près d’un actif sur cinq (18,7 % des 15–64 ans). Le Portugal cumule ainsi deux dynamiques puissantes : un vieillissement rapide des nationaux et un afflux de nouveaux arrivants souvent plus aisés.

L'installation des retraités français au Maroc : attraits et évolutions

Ce double mouvement – vieillissement interne et immigration – nourrit une demande immobilière à la fois plus nombreuse et plus hétérogène : seniors portugais modestes, retraités européens à pension confortable, jeunes actifs étrangers, télétravailleurs en quête de soleil, familles locales en difficulté d’accès au logement. Le modèle classique « une famille, un achat pour la vie » s’effrite au profit de trajectoires plus fragmentées : longue location, coliving, résidences services, logements hybrides mêlant vie professionnelle et personnelle.

Une flambée des prix dopée par la démographie

Une flambée des prix dopée par la démographie

Dans ce contexte, les courbes de prix s’emballent. Depuis 2010, l’index des prix immobiliers a bondi de l’ordre de 150 %. Entre 2015 et 2025, les prix ont plus que doublé, alors que les salaires n’ont augmenté que de 29 % environ. Entre 2021 et 2025, l’envolée s’accélère encore : plus de 21 % de hausse en quatre ans, avec une seule année 2025 marquée par des estimations oscillant entre +15 % et +18 %, voire +19 % sur certaines analyses.

À la fin de 2025, le prix moyen au mètre carré franchit les 3 000 € dans plusieurs bases de données : autour de 3 019 €/m², puis plus de 3 076 €/m² en 2026, soit un gain d’environ 12 % sur un an. D’autres séries retiennent des niveaux un peu plus bas (1 900 à 2 300 €/m² en médiane début 2026), mais toutes convergent sur l’essentiel : les prix ont augmenté de plus de 40 % en cinq ans.

Prix médians de l'immobilier au Portugal en 2026 par zone
Ce graphique compare les prix médians au m² dans les principales zones du Portugal en 2026, montrant que Lisbonne et le Golden Triangle affichent les valeurs les plus élevées, tandis que Porto et l’Algarve restent plus abordables.

Le contraste est net avec l’intérieur du pays, où l’on trouve encore des moyennes autour de 1 500 à 1 700 €/m², voire en dessous de 600 €/m² dans certaines communes rurales comme Mogadouro. Mais ces zones restent à l’écart des grands flux migratoires, peu attractives pour une partie des retraités étrangers et offrent souvent moins de services de santé et de transport, ce qui limite leur capacité d’absorption de la demande.

Pour saisir l’ampleur de la tension, un indicateur frappe : en 2024, environ 27 000 à 28 000 logements neufs ont été achevés, pour près de 170 000 ventes. En d’autres termes, un logement construit pour six vendus. D’où un déficit d’offre chronique et une impression grandissante de surchauffe : certaines études évoquent une surévaluation de l’ordre de 36 %.

Des prix qui s’envolent, quartier par quartier

La poussée n’est pas uniforme. Dans certaines capitales de district moins médiatisées (Guarda, Beja, Santarém), les hausses dépassent 20 % sur un an. Des villes intermédiaires comme Braga, Aveiro ou Setúbal affichent plus de 17 % d’augmentation, portées par une double dynamique : arrivée de ménages repoussés par les prix de Lisbonne et Porto, et attractivité accrue pour les étudiants, les télétravailleurs et les jeunes retraités.

Évolution du stock de logements par segment de prix
Entre début 2025 et début 2026, le stock de logements chute fortement dans les segments accessibles : les biens à moins de 210 000 € sont divisés par deux (-50 %), ceux à moins de 300 000 € reculent de 31 %, tandis que les segments supérieurs résistent mieux avec des baisses limitées à -11 % et -8 %. En 2026, seuls 36 % des annonces concernent des biens à moins de 300 000 €, contre une part historique majoritaire.

Cette raréfaction des biens « abordables » frappe de plein fouet les jeunes actifs portugais… et accélère le virage du marché vers des profils plus solvables, souvent plus âgés et plus internationaux.

Coût de la vie, pouvoir d’achat et attractivité pour les retraités

Coût de la vie, pouvoir d’achat et attractivité pour les retraités

Si les prix de la pierre s’envolent, le Portugal n’en reste pas moins perçu comme un pays « accessible » au quotidien, en particulier pour les retraités venus d’Europe de l’Ouest. Plusieurs comparaisons convergent : le coût de la vie serait de 15 % à 30 % inférieur à celui de la France selon les sources, avec des écarts allant jusqu’à 40 % dans l’intérieur du pays.

Les postes les plus avantageux sont la restauration, les loisirs, certains services et, hors zones les plus tendues, le logement. Un « prato do dia » – plat du jour avec boisson et café – se négocie fréquemment entre 8 et 12 €. Un menu de midi dans un restaurant classique coûte 10 à 15 € contre 15 à 25 € en France. Le café du comptoir tourne autour de 1 à 1,90 €, contre 3 à 3,80 € de l’autre côté des Pyrénées. Les abonnements de transport urbain se situent souvent entre 30 et 40 € par mois, contre 55 à 90 € en moyenne dans les grandes villes françaises.

28 à 36

Estimation de la baisse des prix de l’alimentation en grande surface au Portugal par rapport à la France, avec de fortes variations selon les produits.

Pour un retraité étranger, le gain de pouvoir d’achat demeure tangible. On estime souvent qu’un couple peut vivre confortablement avec un budget de l’ordre de 2 000 à 2 800 € par mois dans de nombreuses régions, tous frais inclus. Les budgets recommandés varient selon la localisation.

Budgets types : France versus Portugal

Le tableau ci-dessous synthétise un scénario de couple vivant en province française, puis à Lisbonne/Porto, puis dans l’Algarve ou l’intérieur portugais, pour un mode de vie courant (sans voiture ni crédit immobilier).

Poste mensuel pour un coupleProvince française (€)Lisbonne / Porto (€)Algarve / Intérieur (€)
Loyer T2 (env. 65 m²)750 – 9501 100 – 1 600650 – 950
Alimentation400 – 500320 – 400260 – 350
Charges (eau, énergie)150 – 200100 – 14080 – 120
Santé (mutuelle / assurance)120 – 25080 – 15060 – 120
Sorties / restaurants200 – 350150 – 280100 – 200
Total estimatif1 800 – 2 4002 000 – 2 8001 300 – 1 900

Même si les loyers des grandes villes portugaises rattrapent, voire dépassent, ceux de nombreuses villes françaises, le différentiel reste significatif sur d’autres dépenses. Pour un retraité français disposant d’une pension nette de 2 500 à 3 000 € par mois, plusieurs estimations indiquent que les économies annuelles sur les frais du quotidien peuvent représenter l’équivalent d’un à deux mois de revenu supplémentaire.

Niveaux de revenu nécessaires pour les retraités

Les études disponibles tracent des repères assez cohérents :

Budget mensuel pour vivre au Portugal

Estimation des ressources nécessaires selon la situation et la localisation

Personne seule – villes moyennes

Budget suffisant : 1 300 à 1 600 € nets par mois dans des villes comme Braga, Aveiro ou Setúbal. Dès 1 050 à 1 200 € dans l’intérieur du pays.

Personne seule – confort supérieur

Pour un T2 en location, transports, un restaurant par semaine et quelques allers-retours annuels avec la France, prévoir 1 300 à 1 500 € par mois.

Couple – régions moins chères

Budget recommandé : 1 800 à 2 400 € par mois dans les zones les moins coûteuses du pays.

Couple – grandes villes et zones touristiques

À Lisbonne, Algarve et autres zones touristiques, prévoir 2 500 à 3 200 € par mois pour un couple.

Personne seule – Lisbonne

Le coût de la vie total, loyer compris, est évalué entre 2 200 et 3 000 € par mois pour une personne seule.

Couple – Lisbonne

Pour un couple vivant à Lisbonne, le budget mensuel nécessaire est estimé entre 2 800 et 3 800 €, incluant le loyer et les dépenses courantes.

Le contraste avec le niveau moyen des pensions portugaises est frappant. Là où un retraité français perçoit en moyenne 1 600 à 1 650 € nets, la pension locale se situe souvent entre 500 et 700 € par mois. Un Français touchant 1 400 à 1 600 € dispose donc d’un pouvoir d’achat nettement supérieur à la moyenne nationale, ce qui alimente les tensions sociales autour de la gentrification de certains quartiers.

Fiscalité : la fin de l’âge d’or, sans effacer l’attrait

Fiscalité : la fin de l’âge d’or, sans effacer l’attrait

Pendant près d’une décennie, le statut de résident non habituel a fait du Portugal une sorte d’eldorado pour retraités européens. Entre 2009 et 2020, de nombreux étrangers résidents au moins six mois par an bénéficiaient d’une exemption totale d’impôt pendant dix ans sur leurs pensions de source étrangère, parfois suivie d’un taux réduit de 10 %. Les pensions privées (anciens salariés du secteur privé, professions libérales, dirigeants) pouvaient n’être imposées ni au Portugal ni en France grâce à la convention fiscale bilatérale.

Bon à savoir :

La fenêtre fiscale exceptionnelle pour les retraités étrangers au Portugal, qui a dopé la demande dans des régions comme l’Algarve, Lisbonne et Porto, est désormais fermée. Annoncée en 2023, la mesure est effective depuis 2024 : les nouveaux arrivants ne peuvent plus prétendre à ce privilège et sont soumis au barème progressif de l’IRS (14,5 % à 48 %), avec une surtaxe de solidarité sur les hauts revenus. Ce changement visait à lutter contre la flambée des prix et la raréfaction des logements pour les locaux.

Les détenteurs anciens du statut conservent leurs avantages jusqu’au terme des dix ans, ce qui crée un marché à deux vitesses. Mais pour un retraité français qui s’installe désormais, le calcul est différent : la fiscalité totale sur sa pension peut être légèrement plus élevée qu’en France (de l’ordre de 1 100 à 2 900 € de plus par an selon le niveau de revenu, dans plusieurs simulations), malgré l’exonération des cotisations sociales françaises (CSG, CRDS, CASA).

145

Le surcoût fiscal annuel au Portugal par rapport à la France pour un revenu imposable de 24 000 €, soit 3,8 % de plus, compensé par un moindre coût de la vie.

Parc immobilier ancien, vacants et sous-utilisation massive

Parc immobilier ancien, vacants et sous-utilisation massive

Autre paradoxe portugais : la crise du logement ne vient pas d’un manque total de bâti, mais d’une utilisation très inefficiente d’un parc abondant et vieillissant. Le pays compte environ 5,97 millions de logements pour 4,1 millions de ménages, soit l’un des stocks par foyer les plus élevés de l’OCDE. Pourtant, plus de 30 % des logements ne sont pas occupés en résidence principale : 12 % sont totalement vacants et 19 % servent de résidences secondaires ou de maisons de vacances.

723 000

C’est le nombre de logements vides recensés en 2021, soit 12,1 % des habitations familiales traditionnelles, dont près de 485 000 sont en bon état ou ne nécessitent que de petites réparations.

Dans les métropoles, la situation est encore plus frappante. Dans les aires de Lisbonne et Porto, on estime qu’un logement sur dix est vide, soit environ 243 000 biens, dont plus de la moitié ne sont ni à vendre ni à louer. À Lisbonne, certaines sources font état de près de 15 % de vacance, soit 47 000 à 48 000 logements inoccupés sur environ 320 000, avec des pics à plus de 30 % dans des quartiers comme le Bairro Alto – alimentant autant la spéculation que la montée fulgurante de la location touristique de courte durée.

Bon à savoir :

Le parc résidentiel est souvent ancien, avec de grandes surfaces peu modulables, mal isolées et sans ascenseurs. Or, la taille médiane des familles diminue et les seniors ont besoin de logements plus compacts, accessibles et proches des services, créant ainsi un décalage entre l’offre et la demande.

Sous pression : pouvoir d’achat local et marché locatif asphyxié

Sous pression : pouvoir d’achat local et marché locatif asphyxié

Le déséquilibre prix/revenus est devenu l’un des pires d’Europe. Entre 2015 et 2025, la valeur du mètre carré a bondi de plus de 105 %, alors que le salaire net moyen plafonne à 1 266 € en 2024. Acheter un appartement de 50 m² à Lisbonne demande désormais l’équivalent de 90 mois de salaire moyen, soit sept ans et demi de revenus bruts consacrés sans interruption à l’acquisition.

Attention :

Face à l’impossibilité d’acheter, de nombreux ménages, surtout les jeunes, étudiants, travailleurs essentiels et personnes modestes, se tournent vers la location, mais ce marché est aussi en crise. Seuls ~12 % des ménages portugais sont locataires officiels, avec un parc locatif jugé sous-développé et fragmenté par l’OCDE, où jusqu’à 60 % des locations sont informelles. Un cadre juridique défavorable aux bailleurs a poussé nombre de propriétaires à laisser des biens vacants ou à les convertir en locations saisonnières.

En toile de fond, un cadre légal archaïque sur les loyers a figé une partie du stock, dissuadant les propriétaires de louer à long terme. Beaucoup ont préféré laisser leur bien vide, le réserver à la famille, le transformer en maison de vacances ou miser sur la location touristique de courte durée, plus rentable, au risque de raréfier encore l’offre pour les résidents permanents.

Le résultat est une crise de l’abordabilité particulièrement pénible pour les jeunes adultes, qui peinent à quitter le domicile parental et à entrer dans la vie active avec une autonomie résidentielle.

Quand la longévité devient un marché : l’essor des résidences seniors

Quand la longévité devient un marché : l’essor des résidences seniors

Dans ce paysage tendu, la longévité ne génère pas seulement des contraintes, elle ouvre aussi un champ d’investissement colossal : celui des logements adaptés aux seniors. Le vieillissement rapide de la population, combiné à l’arrivée de retraités internationaux à fort pouvoir d’achat, fait des résidences services, villages seniors et structures d’hébergement médicalisées l’un des segments les plus prometteurs pour les deux prochaines décennies.

Plusieurs études prévoient que le besoin en résidences modernes, intégrées à la ville, équipées de services de santé, de loisirs et de mobilité – en particulier dans la bande littorale et autour des grandes agglomérations – fera du secteur des seniors l’un des plus grands marchés immobiliers européens des prochaines années.

Bon à savoir :

Les chiffres actuels des résidences et maisons de retraite au Portugal témoignent déjà d’un marché en pleine structuration, avec une dynamique de croissance notable.

Le coût des résidences seniors et maisons médicalisées

En 2025, la presse spécialisée et les plateformes de comparaison situent la fourchette de prix des résidences seniors « standard » (non médicalisées) entre 1 300 et 1 700 € par mois pour un studio ou un petit appartement avec services de base (restauration, ménage, sécurité). Les structures médicalisées (équivalent des EHPAD français, appelés ERPI ou « lares de idosos ») affichent une moyenne nationale autour de 1 683 € mensuels, parfois assortie de frais d’entrée d’environ 1 500 €.

6000

Le loyer mensuel peut dépasser 6 000 € et plus dans les résidences haut de gamme les plus luxueuses, incluant spa, conciergerie, restauration gastronomique et accompagnement médical renforcé.

Les données moyennes observées sur le marché se présentent ainsi :

Type de structure senior (Portugal)Fourchette de prix mensuels (€)
Résidence senior standard (studio / T1, services de base)1 300 – 1 700
Chambre double en maison médicalisée (ERPI)≈ 1 375 (moyenne sectorielle)
Chambre simple en maison médicalisée (ERPI)≈ 1 675 (moyenne sectorielle)
Maison médicalisée (fourchette générale)≈ 1 683 (moyenne nationale)
Résidence ou village senior « premium »3 000 – 4 500+
Communautés haut de gamme / life plan communities3 500 – 6 000+

À Lisbonne, une chambre en résidence partagée commence autour de 1 400 € par mois, tandis qu’une chambre individuelle débute aux environs de 1 700 €. En périphérie ou en province, les prix chutent : dès 1 000 € pour une chambre partagée et 1 200 € pour une chambre privée, avec toutefois des écarts en fonction de la dépendance, des services inclus et de la localisation.

Pour un retraité européen à pension confortable, ces niveaux restent souvent inférieurs à ceux pratiqués en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni, surtout pour le segment milieu de gamme. D’où l’essor de projets explicitement tournés vers une clientèle internationale, anglophone ou francophone, dans l’Algarve, autour de Lisbonne et de Porto.

Politiques publiques : du « choc d’offre » à l’adaptation au vieillissement

Politiques publiques : du « choc d’offre » à l’adaptation au vieillissement

Conscient de l’ampleur du défi, l’État portugais déploie progressivement une batterie de dispositifs, souvent adossés à des financements européens (Plan de relance et résilience – PRR). La longévité y occupe une place croissante, aussi bien dans la rénovation du parc existant que dans la création de solutions de logement spécialisées.

Habitations collaboratives pour seniors : 60 millions d’euros pour 2 000 personnes

Symbole de cette réorientation, le programme d’« habitações colaborativas » finance la création d’environ 60 unités de logement collaboratif destinées à accueillir près de 2 000 personnes d’ici 2026. Doté d’un budget d’environ 60 millions d’euros provenant du PRR, il cible des publics vulnérables mais autonomes : personnes de plus de 65 ans, couples âgés, fratries, anciens émigrés revenus sans solution de logement, personnes en situation de handicap ou de fragilité psychique.

Réhabilitation IPSS pour bien vieillir
Réhabilitation IPSS pour bien vieillir

Programmes d’aide à la rénovation et adaptation au vieillissement

D’autres outils visent à moderniser le parc ancien et à l’adapter aux besoins des ménages, notamment les plus âgés.

Le programme « 1º Droit » soutient les ménages sans capacité financière suffisante pour accéder à un logement digne, en finançant construction, rénovation, acquisition ou location en vue de la sous-location sociale. Il cible au moins 20 000 familles d’ici 2026, dans des situations de précarité (logement insalubre, surpeuplé, inadéquat pour les personnes à mobilité réduite, sans contrat de location formel…). Les collectivités doivent élaborer une Stratégie locale de logement pour accéder à ces aides, en lien avec l’Institut du logement et de la réhabilitation urbaine (IHRU).

5000

Ce programme verse jusqu’à 5 000 € par an pour les travaux d’adaptation dans les parties privatives des habitants de plus de 65 ans ou handicapés à Cascais.

D’autres communes, comme Amadora, ont renforcé leurs programmes de réhabilitation. Le dispositif « Reabilita » y subventionne désormais jusqu’à 50 % des travaux (contre 30 % auparavant) pour les immeubles de plus de 40 ans, dans la limite de 30 000 € de subvention non remboursable. Les travaux éligibles incluent la rénovation des façades, l’amélioration de la performance énergétique, l’installation d’ascenseurs – autant d’éléments cruciaux pour rendre habitable un parc ancien par des seniors.

Astuce :

L’instrument financier national IFRRU 2020 offre des prêts à taux avantageux pour la réhabilitation complète de bâtiments situés en zones de rénovation urbaine (ARU), incluant le logement social et les unités pour personnes âgées. Ces crédits couvrent jusqu’à 100 % de l’investissement et s’étalent sur 20 ans, constituant un levier puissant pour transformer le bâti ancien en logements adaptés, notamment dans les centres historiques désertifiés.

Expériences locales : Mangualde, Cascais, Amadora

Des projets pilotes illustrent le potentiel de ces dispositifs. À Mangualde (district de Viseu), la rénovation de 20 logements T2 et T3 dans le cadre du PRR permet déjà d’héberger 17 familles, avec des travaux de mise aux normes thermiques, d’agrandissement des espaces de vie et d’amélioration de l’espace public environnant. En parallèle, la municipalité et l’IHRU y développent 47 nouveaux logements sociaux, dont 25 destinés à la location abordable – de quoi offrir une vraie alternative aux ménages âgés et modestes.

À Cascais, l’articulation entre « Oficina Sociale », politiques de mobilité et services municipaux (Loja Cascais) montre comment une ville peut accompagner activement ses seniors dans le maintien à domicile, tout en préparant le terrain à un marché de la réhabilitation orienté vers l’accessibilité et le confort de long terme.

Dans ces différents dispositifs, la longévité n’est plus seulement un défi démographique abstrait : elle devient un critère structurant de la politique de l’habitat, du choix des projets financés et des normes de réhabilitation.

L’essor des villages seniors et des communautés privées

L’essor des villages seniors et des communautés privées

Au-delà des dispositifs publics, le secteur privé, souvent adossé à des investisseurs étrangers, multiplie les projets de résidences et villages pour seniors, de l’entrée de gamme à l’ultra-luxe. La région de Lisbonne, Cascais, Porto et l’Algarve concentrent la majorité des initiatives, avec des concepts inspirés des « retirement communities » anglo-saxonnes.

Investissement Club65 par zone (en millions d'euros)
Répartition de l’investissement de 225 millions d’euros du programme Club65 entre les districts de Lisbonne et Porto, avec environ 900 unités de résidences seniors prévues d’ici 2029.

Autour de Lisbonne et de l’Algarve, une galaxie d’établissements mêle hébergement, santé et services, à des niveaux de gamme très variables : Casas da Cidade à Lisbonne, Bocage Senior Residence à Campo Pequeno, les résidences assistées EMEIS à Sintra ou Cascais, des projets comme Life Plan Resorts près de Benavente, qui misent sur le concept de « healthy aging » dans des complexes offrant soins, loisirs et restauration intégrés.

Les prix y reflètent un positionnement clairement tourné vers des seniors aisés, portugais ou étrangers, capables de consacrer 3 000 à 6 000 € par mois à leur logement et à leur prise en charge. Dans une économie où la pension moyenne nationale tourne à 500–700 €, on mesure à quel point ces produits sont destinés à une fraction privilégiée de la population, souvent internationale.

Financement, crédits et rôle des seniors investisseurs

Financement, crédits et rôle des seniors investisseurs

Pour les retraités étrangers qui souhaitent non seulement habiter, mais aussi investir dans l’immobilier portugais, la longévité est une fois de plus un paramètre clé. Les banques portugaises prêtent en effet plus volontiers à des emprunteurs jeunes ou en milieu de carrière, même si les seniors conservent un accès au crédit sous conditions.

75-80

Âge maximal de remboursement imposé par la plupart des établissements pour les emprunteurs non-résidents, limitant la durée du prêt à 7-12 ans pour un emprunteur de 63 ans.

Les seniors disposant d’un capital (revente de résidence principale en France, assurance-vie) privilégient souvent l’achat comptant ou avec un endettement limité. C’est particulièrement vrai pour les retraités français : certaines estimations évoquent jusqu’à 85 % d’achats au comptant dans cette population. Ici encore, la longévité joue à double titre : d’un côté, elle motive l’investissement « plaisir » dans un cadre de vie agréable pour une retraite de 20 ou 30 ans ; de l’autre, elle incite à la prudence en matière d’endettement tardif, alors même que la durée de perception des pensions s’allonge.

Bon à savoir :

Pour les investisseurs plus jeunes, le Portugal propose des rendements attractifs dans les segments démographiques : résidences étudiantes (7 à 9 % brut à Lisbonne et Porto), logements seniors, coliving et locatif saisonnier. Toutefois, la tension des prix et le risque de surévaluation imposent la prudence : la croissance annuelle devrait se tasser autour de 5 à 7 % en moyenne, avec des pointes sur les marchés les plus contraints.

Vers un nouveau paysage immobilier façonné par la longévité

Vers un nouveau paysage immobilier façonné par la longévité

Au terme de ce panorama, une conclusion s’impose : l’immobilier au Portugal : un marché en pleine expansion grâce à la longévité n’est pas un simple effet d’aubaine démographique, mais une recomposition structurelle.

Le vieillissement de la population, conjugué à l’arrivée de retraités étrangers et à la transformation des modes de vie, agit comme un puissant révélateur des fragilités du système : sous-exploitation d’un parc abondant, inadéquation entre taille des logements et ménage type, marché locatif verrouillé, difficultés d’accession des jeunes. Dans le même temps, il ouvre des champs d’innovation et d’investissement considérables : résidences seniors, habitat collaboratif, réhabilitation du bâti ancien, villages services, adaptation des logements à l’autonomie déclinante.

Bon à savoir :

Le Portugal doit transformer le défi du vieillissement en opportunité inclusive, permettant aux seniors, portugais ou étrangers, de vieillir dignement dans des logements adaptés et abordables, sans compromettre l’accès au logement des jeunes ménages. Pour cela, il existe des outils comme la régulation de la location touristique, les incitations à remettre les logements vacants sur le marché, l’accélération des procédures de construction et un soutien ciblé à la rénovation.

Reste à orchestrer l’ensemble dans un contexte où les prix ont déjà flambé et où la pression démographique – notamment migratoire – ne faiblit pas. Si la longévité est l’un des moteurs de l’expansion actuelle, elle pourrait également en être l’aiguille de boussole : un marché immobilier portugais durable sera, par définition, un marché qui sait offrir aux plus âgés, nombreux et divers, des réponses à la hauteur de leurs besoins.

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