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Portugal : L’ascension des prix immobiliers, 400 000 € ne suffisent plus

par | Actualités
Publié le 26 août 2026

Le marché immobilier portugais atteint en 2026 des niveaux de prix sans précédent, au point que 400 000 € ne garantissent plus l’accès au type de logement recherché par une large partie des acheteurs. Tandis que plusieurs grandes économies européennes connaissent une stabilisation, voire une baisse des prix, le Portugal se distingue par des hausses record, un déficit structurel de logements neufs et un décalage croissant entre les prix affichés et le pouvoir d’achat des ménages.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un marché parmi les plus dynamiques d’Europe

En 2026, le marché portugais est présenté comme l’un des plus surveillés d’Europe, avec des hausses de prix bien supérieures aux moyennes de la zone euro et de l’Union européenne. Selon Eurostat, les prix de l’immobilier résidentiel ont progressé de 17,8 % sur un an au premier trimestre, plaçant le pays en tête de l’UE pour l’augmentation annuelle. Sur l’ensemble de la zone euro, la hausse moyenne tourne autour de 4,7 %, et de 5,1 % à l’échelle de l’Union.

3,8

Hausse trimestrielle des prix au Portugal entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, deuxième plus forte progression de l’UE derrière la Bulgarie (+6,2 %).

Cette dynamique s’inscrit dans une tendance longue. Entre 2015 et la fin de 2025, les prix de l’immobilier portugais ont bondi de 180 %, la deuxième plus forte hausse de l’Union européenne derrière la Hongrie. Les salaires, eux, n’ont progressé que de 41,5 % sur la même période, ce qui contribue à un net décrochage entre revenus et coût du logement.

Records en série sur les prix au mètre carré

Les données de l’Institut national de statistique (INE) et des principaux portails immobiliers confirment cette envolée. Au premier trimestre 2026, le prix médian des logements vendus atteint 2 337 €/m², en hausse de 19,8 % sur un an, un niveau historique. En parallèle, les prix de mise en vente ne cessent de battre des records.

En juin 2026, le prix moyen affiché s’établit à 3 156 €/m², soit une augmentation annuelle de 8,9 % et le huitième record mensuel consécutif. Malgré un léger ralentissement du rythme de croissance par rapport aux 12 % constatés en mars, les montants restent sur des sommets inédits.

Bon à savoir :

Selon Doutor Finanças, le prix moyen demandé pour les nouvelles annonces recule de 3,4 % entre le premier et le deuxième trimestre 2026, s’établissant à 3 544 €/m². Les professionnels décrivent un marché plus sélectif, où les valeurs atteignent les limites de la capacité financière des ménages.

Cette tension se traduit par une baisse du volume de transactions. L’INE enregistre une chute de 10,5 % du nombre de ventes au premier trimestre 2026, avec 35 953 logements échangés, signe que la flambée des prix commence à freiner la demande effective.

Une géographie des prix de plus en plus contrastée

Les grandes agglomérations et certaines régions côtières concentrent les niveaux de prix les plus élevés. Lisbonne demeure la municipalité la plus chère du pays, avec un prix médian de 5 292 €/m² au premier trimestre 2026. Cascais suit de près avec 5 000 €/m², puis Oeiras avec 4 511 €/m². Dans le centre de la capitale, certains segments dépassent 6 100 €/m².

Attention :

Porto affiche un prix moyen d’environ 4 050 €/m² et un prix médian de 2 552 €/m², tandis que l’Algarve atteint 3 352 €/m² en médiane. Cet écart avec Paris (9 000 à 10 000 €/m²) se resserre progressivement, car l’offre de logements neufs reste limitée au Portugal.

Tous les territoires sont néanmoins concernés par la hausse. Les 26 sous-régions du pays enregistrent une appréciation des valeurs, avec des accélérations particulièrement fortes en périphérie. La région de Lezíria do Tejo affiche ainsi une augmentation annuelle de 30,4 %. D’autres zones comme le Setúbal métropolitain, l’Alentejo (+18,7 % sur un an en juin 2026) ou le Centre du pays (+14,3 %) connaissent également des hausses marquées, résultat d’un effet de report depuis les centres urbains devenus trop chers.

400 000 € face à une offre qui se raréfie

Les chiffres publiés par le portail Imovirtual entre mai et juillet 2026 illustrent le nouveau seuil de tension : le prix moyen demandé pour un logement s’élève à 399 155 €, alors que le budget moyen des acheteurs potentiels est de 240 000 €. L’écart atteint 66 %, ce qui signifie que, dans de nombreux cas, près de 400 000 € ne suffisent plus à acquérir le type de bien recherché, en particulier dans les zones les plus attractives.

57,3

Part des recherches de maisons individuelles, alors qu’elles ne représentent que 39,1 % de l’offre disponible.

Ces déséquilibres montrent que la barre des 400 000 € n’est plus un plafond confortable, mais souvent un seuil de départ pour accéder à une maison dans les régions les plus recherchées. Dans certaines zones métropolitaines, ce montant ne permet plus que l’achat d’un appartement de surface limitée, ou oblige à se tourner vers la périphérie lointaine.

Une offre structurellement insuffisante

Les professionnels attribuent largement cette situation à un déficit structurel de construction neuve. Selon l’Association des professionnels de l’immobilier (APEMIP), le pays ne produit qu’environ 25 000 logements neufs par an, alors que la demande se situerait autour de 70 000 unités. Depuis le début des années 2000, la construction de logements a chuté de près de 70 %.

40

Augmentation estimée des coûts de construction sur la dernière décennie, aggravant la pénurie de logements abordables.

Les procédures d’urbanisme particulièrement lentes sont également pointées du doigt. Un projet de réforme, baptisé Simplex Urbanístico, vise à accélérer les démarches administratives, mais ses effets sont encore limités face à l’ampleur des besoins. En attendant, la rareté des nouvelles mises en chantier continue d’alimenter la hausse des prix de l’existant.

Inaccessibilité croissante et alerte des institutions internationales

Le désalignement entre prix et revenus n’échappe pas aux organisations internationales. L’OCDE classe désormais le Portugal parmi les pays développés où le logement est le moins abordable au regard des revenus des ménages. La Commission européenne estime pour sa part que l’immobilier portugais est surévalué d’environ 25 %, soit le niveau le plus élevé de toute l’Union.

34,5

Dans la région de Lisbonne, les étrangers paient en moyenne 34,5 % plus cher au mètre carré que les acheteurs nationaux, contribuant ainsi à la hausse des prix sur certains segments.

Parallèlement, les rendements locatifs bruts sont sous pression. Avec une moyenne d’environ 4,3 % au Portugal en 2026, ils se situent en dessous de ceux observés en Espagne (5,4 %) ou en Italie (7,2 %), conséquence d’une progression des prix d’achat plus rapide que celle des loyers.

Un marché désormais dominé par les acheteurs nationaux

Malgré la forte visibilité internationale du pays, la structure du marché a évolué. Après la suppression de la voie immobilière du programme Golden Visa fin 2023 et l’arrêt de l’avantage fiscal pour les nouveaux résidents non habituels (RNH) début 2024, la demande des non-résidents a reculé. Les achats de ressortissants de pays non membres de l’UE ont diminué de 17,1 %, et ceux de citoyens européens non portugais de 9,6 %.

Exemple :

En 2026, les acheteurs nationaux représentent 95 % des transactions, mais leur capacité financière reste limitée face aux prix élevés. Toutefois, les segments haut de gamme à Lisbonne, Porto et en Algarve attirent des acquéreurs fortunés, souvent avec des apports conséquents ou payant comptant.

Des aides publiques qui dopent la demande sur l’entrée de gamme

Pour tenter de faciliter l’accès à la propriété, le gouvernement a mis en place et renforcé plusieurs dispositifs ciblant les jeunes de moins de 35 ans. Le programme « Jovem 35 » prévoit notamment une exonération de taxe de mutation (IMT) et de taxe de timbre, ainsi qu’un système de garantie publique permettant aux banques de financer jusqu’à 100 % du prix d’achat. L’État peut ainsi se porter garant à hauteur de 15 % du montant du crédit.

112 000

Nombre de jeunes ayant déjà bénéficié de la mesure IMT Jovem depuis sa création, selon les chiffres gouvernementaux publiés début août 2026.

L’amélioration des conditions de crédit, liée aux décisions de la Banque centrale européenne de réduire ses taux directeurs, a également alimenté la demande. Le taux moyen des nouveaux prêts immobiliers au Portugal se situe autour de 2,85 % en 2026.

Ces dispositifs ont toutefois un effet collatéral : ils concentrent la demande sur la tranche de prix inférieure à 330 000 €. Or l’offre dans cette gamme est particulièrement limitée, ce qui provoque une hausse encore plus rapide des prix sur le segment d’entrée de gamme, là où se situe l’essentiel de la demande des ménages portugais.

Une fenêtre temporelle qui accentue la pression sur les acheteurs

La garantie publique permettant l’accès à un financement à 100 % est assortie d’une échéance légale fixée au 31 décembre 2026. Cette date butoir crée un effet d’urgence chez de nombreux candidats à l’achat, désireux de finaliser leur projet avant la fin du dispositif, de peur de devoir constituer un apport personnel beaucoup plus important à partir de 2027.

Astuce :

Dans un marché immobilier tendu, marqué par une offre limitée et une forte concurrence, notamment en zones urbaines et périurbaines, le seuil de 400 000 € ne représente plus un gage d’aisance. Il s’impose désormais comme un point de départ, car la pression temporelle et les années de hausse des prix rendent l’accès à la propriété de plus en plus difficile pour une part croissante de la population.

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