La remontée du taux du Livret A à 1,7 % au 1er août 2026 rebat les cartes de l’épargne sécurisée en France et pousse les banques à ajuster en urgence leurs offres de comptes à terme. Entre revalorisation de l’épargne réglementée, hausse de la fiscalité sur les intérêts et arbitrages serrés pour les ménages, l’écart de rendement entre Livret A et comptes à terme sécurisés se resserre, mais ne disparaît pas totalement.
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Un Livret A relevé après une série de baisses
Après une séquence de réductions continues, le gouvernement a suivi la recommandation du gouverneur de la Banque de France pour remonter le taux du Livret A de 1,5 % à 1,7 %. Cette décision a été validée mi-juillet 2026 par le ministre de l’Économie Roland Lescure, avec application au 1er août.
Le taux du Livret A est relevé à 1,7 % en 2026, après une phase de baisse progressive depuis 3 % en début 2025, et le LDDS suit désormais ce même taux.
Le Livret d’épargne populaire (LEP) reste, lui, maintenu à 2,5 %. Selon la formule de calcul habituelle, son taux aurait dû reculer à 2,2 %, mais le gouvernement a choisi de conserver un « coup de pouce » pour ce produit destiné aux ménages modestes.
Des retraits massifs qui ont forcé la réaction des pouvoirs publics
La baisse à 1,5 % en février 2026 a provoqué une chute d’attractivité de l’épargne réglementée. Selon les données de la Caisse des dépôts, les sorties de fonds sur le Livret A ont largement dépassé les dépôts entre janvier et juin 2026, avec un solde négatif de 5,93 milliards d’euros. Le LDDS a également enregistré des retraits nets de 960 millions d’euros sur la même période.
Au premier semestre, les deux livrets ont enregistré une décollecte nette totale de 6,89 milliards d’euros, la plus mauvaise performance du Livret A depuis 2008. De plus, les mois de janvier à mars ont connu trois retraits nets consécutifs, une situation sans précédent depuis 2009.
Les fermetures administratives de nombreux LEP au printemps 2026, pour cause de non-respect des conditions fiscales d’éligibilité, ont accentué les flux sortants. Les établissements ont parallèlement mis en avant d’autres supports d’épargne, notamment l’assurance-vie en fonds en euros, dont les rendements moyens bruts se situaient entre 2,65 % et 3 % en début d’année.
Cette redistribution partielle de l’épargne explique en partie le succès de l’assurance-vie : d’après les chiffres publiés par France Assureurs fin juillet, les contrats ont enregistré une collecte nette de 36,5 milliards d’euros au premier semestre 2026, leur meilleur début d’année depuis vingt ans.
Les banques relèvent leurs comptes à terme pour rester compétitives
La revalorisation du Livret A à 1,7 % a constitué un signal immédiat pour les banques et intermédiaires financiers. Pour éviter que les épargnants ne privilégient trop massivement l’épargne réglementée, plusieurs acteurs ont relevé leur grille de comptes à terme (CAT) fin juillet et début août 2026.
Les comptes à terme permettent de bloquer une somme pour une durée définie, en échange d’un taux garanti connu à l’avance. Contrairement au Livret A, leurs taux sont libres et directement influencés par les conditions de marché et les taux directeurs.
Plusieurs hausses significatives ont été annoncées :
Plusieurs établissements ont relevé leurs taux en cette fin juillet et début août 2026, améliorant la rémunération de leurs dépôts à terme.
CAT 6 mois relevé de 2,20 % à 2,30 % et CAT 12 mois de 2,30 % à 2,40 % au 1er août.
Relèvement général le 30 juillet : 6 mois à 2,89 %, 12 mois à 3,00 %, 24 mois à 3,05 % et 48 mois à 3,10 %.
Au 1er août : CAT 1 an à 2,10 %, 2 ans à 2,40 % et 5 ans à 2,80 %.
CAT Solidarité revalorisé à 2,40 % sur 12 mois et 2,50 % sur 24 mois.
Ces ajustements s’inscrivent dans une dynamique déjà engagée quand le Livret A était à 1,5 %. Pour le concurrencer, les banques mettaient en avant des CAT 6 à 24 mois avec des rendements bruts généralement entre 2,20 % et 2,80 %. La nouvelle hausse du Livret A a conduit à un deuxième tour de relèvements, particulièrement marqué chez certains acteurs en ligne et fintechs.
Fiscalité alourdie : un avantage net du Livret A
Si l’écart entre rendements bruts est parfois significatif, la comparaison se joue désormais beaucoup sur la fiscalité. Depuis le 1er janvier 2026, les comptes à terme subissent une hausse du prélèvement forfaitaire unique (PFU), passé de 30 % à 31,4 %.
Cette augmentation résulte d’une majoration de la Contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital financier, portée de 9,2 % à 10,6 %. L’ensemble des prélèvements sociaux atteint désormais 18,6 %, s’ajoutant à l’impôt forfaitaire de 12,8 %, soit un PFU total de 31,4 % applicable aux intérêts des comptes à terme.
Le Livret A, le LDDS et le LEP sont totalement exonérés d’impôt sur le revenu ainsi que de prélèvements sociaux.
Cette différence de traitement fiscal réduit l’avantage réel des comptes à terme sécurisés. Un exemple fourni par les calculs de marché illustre ce resserrement : avec un taux brut de 2,50 %, un compte à terme offre un rendement net de 1,715 % après application du PFU de 31,4 %. L’écart avec le Livret A à 1,7 % net devient quasiment nul, de l’ordre de 0,015 point.
Dans ce cas de figure, le fait de bloquer son capital pour 6, 12 ou 24 mois apparaît peu attractif face à la liquidité totale et à l’exonération fiscale du Livret A.
Où les comptes à terme gardent-ils un intérêt ?
Malgré la fiscalité accrue, les comptes à terme ne sont pas totalement évincés. Sur les meilleures offres du marché, autour de 3 % bruts, l’écart subsiste nettement en faveur du CAT. Par exemple, l’offre Klarna à 3 % sur 12 mois génère un rendement net estimé à 2,058 % après taxes, soit environ 0,36 point de plus que le Livret A.
Dans ce cas précis, l’arbitrage peut devenir pertinent pour des épargnants disposant déjà de montants proches ou au-delà des plafonds réglementaires, et qui acceptent de renoncer à la liquidité immédiate pendant un an.
Le Livret A est plafonné à 22 950 euros et le LDDS à 12 000 euros. Pour l’épargne de précaution au-delà de ces montants, les comptes à terme offrant au moins 2,80 % bruts restent une option solide pour immobiliser des liquidités sur 6 à 24 mois, sans risque sur le capital.
Les analystes soulignent toutefois que cet avantage net dépend fortement du niveau du taux brut proposé. Autour de 2,50 % bruts, un compte à terme perd la plupart de son intérêt vis-à-vis du Livret A. Ce n’est que lorsque les taux dépassent clairement ce seuil que le surplus de rendement justifie la contrainte de blocage.
Réactions des banques et arbitrages des épargnants
La hausse du Livret A à 1,7 % ne se contente pas d’influencer les produits d’épargne. Elle renchérit également, à la marge, le coût de la ressource pour les banques françaises, qui doivent rémunérer davantage ces dépôts réglementés.
Combinée aux tensions sur les taux de l’OAT à 10 ans, cette évolution incite les banques à la prudence. Certains réseaux modèrent les baisses de taux de crédit immobilier, voire étudient de légères hausses à la rentrée 2026 pour préserver leurs marges. Sur le volet épargne, la revalorisation du Livret A les oblige à maintenir des comptes à terme et des livrets promotionnels compétitifs.
Les établissements en ligne et les fintechs proposent des comptes sur livret non réglementés avec des taux bruts de 4 % à 6 % sur les premiers mois ou versements. Ces offres, soumises au PFU, ciblent une clientèle mobile qui cherche à profiter de promotions successives.
Pour les particuliers, l’enjeu est aujourd’hui d’orchestrer une allocation plus fine entre épargne réglementée, comptes à terme, livrets promotionnels et assurance-vie :
– Les livrets réglementés conservent leur rôle central pour l’épargne de précaution immédiatement disponible et non fiscalisée.
– Les comptes à terme restent un outil de placement sécurisé pour les excédents au-delà des plafonds, à condition de viser les meilleures offres, au-dessus de 2,80 % bruts.
– L’assurance-vie en euros, avec des rendements bruts compris entre 2,65 % et 3 %, complète le dispositif pour des horizons plus longs, au prix d’une fiscalité et de conditions de rachat spécifiques.
Une hiérarchie des placements sécurisés en recomposition
L’année 2026 se caractérise par une forte volatilité sur le marché de l’épargne sécurisée : baisses puis hausse du Livret A, remontée progressive des comptes à terme, promotions agressives sur les livrets bancaires, succès massif de l’assurance-vie en euros.
Il s’agit du taux brut minimal que doivent offrir les comptes à terme pour rester compétitifs face au Livret A, après imposition.
Le jeu des arbitrages reste donc ouvert. Les décisions récentes montrent toutefois que les banques entendent continuer à utiliser activement les comptes à terme comme levier de collecte de ressources, en ajustant leurs grilles de taux au rythme des annonces sur le Livret A et des évolutions macroéconomiques.
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