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CAC 40 : huitième séance de baisse, quelles conséquences pour les marchés français ?

par | Actualités
Publié le 20 août 2026

Le CAC 40 vient d’enchaîner une huitième séance consécutive de repli, sur fond de flambée du pétrole, de remontée des taux obligataires et de résurgence des tensions inflationnistes. L’indice phare de la Bourse de Paris a terminé à 8 453,09 points, en baisse de 0,57 %, retombant à un plus-bas de trois semaines et accusant un recul cumulé proche de 3 % depuis son record historique de début août. Cette correction, encore limitée en ampleur, interroge néanmoins sur la suite de la trajectoire des actions françaises dans un environnement de choc énergétique et de durcissement monétaire.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un reflux après des sommets historiques

Après avoir inscrit un plus haut historique de clôture à 8 726,03 points le 10 août, le CAC 40 a progressivement perdu du terrain au fil des séances. La séquence de baisse s’est accélérée à partir du 17 août, avec un repli de 0,66 % ce jour-là (8 579,60 points en clôture), suivi d’une nouvelle baisse de 0,82 % le 18 août (8 509,36 points), puis d’un très léger recul de 0,09 % le 19 août (8 501,91 points).

Le 20 août, l’indice a de nouveau cédé 0,57 % pour s’établir à 8 453,09 points. Techniquement, le marché évolue désormais à proximité du seuil des 8 500 points, qui avait précédemment servi de résistance et qui est en train de jouer le rôle de support. Certains analystes estiment que, d’un point de vue graphique, le marché apparaît « mûr pour un rebond », mais ce potentiel ne pourra se concrétiser qu’en fonction de l’évolution des facteurs macroéconomiques et géopolitiques qui pèsent sur la tendance.

Analystes de marché

Le choc pétrolier au centre des inquiétudes

La principale source de tension pour les marchés européens reste la flambée des prix de l’énergie, en lien direct avec le conflit au Moyen-Orient. Depuis février, un affrontement oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, perturbant gravement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

93,90

Le Brent de la mer du Nord a franchi ce seuil en dollars le 20 août, en hausse de plus de 2,2 % sur la séance et de près de 39 % sur un an.

Les données de suivi maritime illustrent l’ampleur des perturbations : seulement neuf tankers auraient emprunté le détroit d’Ormuz le mercredi 19 août, un chiffre particulièrement faible qui alimente la crainte de ruptures d’approvisionnement prolongées. Cette situation se traduit par une forte prime de risque intégrée dans les prix du pétrole.

En parallèle, le gaz naturel européen connaît une nouvelle poussée : la référence néerlandaise TTF a dépassé 65 euros le mégawattheure, son niveau le plus élevé depuis mars, avec une hausse quotidienne de plus de 3 %. Cette flambée renforce le spectre d’une crise énergétique à l’approche de l’automne en Europe.

Inflation : le retour de la pression par l’énergie

En France comme dans la zone euro, la remontée des prix de l’énergie rebat les cartes de l’inflation. Après avoir ralenti à 1,8 % sur un an en juin, l’inflation française est remontée à 2,1 % en juillet, selon les données définitives publiées par l’Insee le 14 août. Sur un mois, les prix à la consommation ont progressé de 0,6 %, tandis que l’indice harmonisé (IPCH), utilisé pour les comparaisons européennes, s’est établi à 2,4 %.

12,6

En juillet, les prix de l’énergie ont bondi de 12,6 % sur un an en France.

Cette dynamique remet en cause l’idée d’un reflux durable de l’inflation vers la cible de 2 % des grandes banques centrales et accroît la probabilité d’un maintien, voire d’un renforcement, d’une politique monétaire restrictive.

La BCE sous pression, les taux obligataires à des sommets

Face au regain d’inflation, la Banque centrale européenne a déjà commencé à resserrer sa politique monétaire en 2026. Le 11 juin, elle a relevé de 25 points de base ses trois principaux taux directeurs, une première depuis septembre 2023. Le taux de la facilité de dépôt a ainsi été porté à 2,25 %, le taux de refinancement principal à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 %, des niveaux applicables depuis le 17 juin.

Bon à savoir :

Malgré le statu quo du 23 juillet, les investisseurs anticipent à 90-95 % une hausse de 25 points de base en septembre, portant la facilité de dépôt à 2,50 %. La BCE a aussi revu sa croissance 2026 pour la zone euro à 0,8 %, en raison du choc énergétique et du resserrement des conditions de financement.

Cette perspective d’un « haut plateau » des taux, éventuellement prolongé, se reflète dans les marchés obligataires. En France, le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi le seuil symbolique de 4 %, atteignant 4,09 % puis un pic à 4,11 %, un niveau inédit depuis la crise financière de 2008-2009. En Allemagne, le Bund à 10 ans a grimpé à 3,275 %, un sommet sur quinze ans.

Attention :

Le 18 août, le rendement du Treasury à 30 ans a atteint 5,34 %, son plus haut depuis juin 2007. En réponse, le Trésor américain a annoncé le 19 août un doublement de ses rachats de titres de long terme, passant d’environ 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération à partir du 9 septembre, entraînant un léger reflux à 5,18 % sans inverser la tendance haussière des taux mondiaux.

Secteurs gagnants, secteurs perdants sur le CAC 40

Sur la cote parisienne, la hausse des taux et du pétrole crée des gagnants et des perdants clairement identifiés.

Les valeurs liées à l’énergie tirent parti de la situation. TotalEnergies est perçue comme une valeur refuge dans ce contexte. Le groupe a vu son cours progresser d’environ 1,3 % le 18 août puis de 1 % le 19 août. Parallèlement, il a réactivé en urgence en France métropolitaine son bouclier tarifaire, plafonnant l’essence à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros dans ses stations, afin de contenir l’impact à la pompe pour les consommateurs.

Les valeurs de luxe montrent également une certaine résilience. Malgré leur exposition à la conjoncture mondiale, les grandes capitalisations du secteur – LVMH, Hermès, Kering ou L’Oréal – servent d’actifs défensifs ou profitent d’achats à bon compte lors des séances de repli. Le 20 août, Hermès a gagné 1,41 % et LVMH 1,84 %. Plusieurs groupes du CAC 40, à l’image de Safran, Orange ou Bureau Veritas, ont par ailleurs relevé leurs objectifs pour 2026, ce qui contribue à limiter les dégagements sur certaines valeurs de qualité.

Exemple :

La remontée des taux longs pénalise les secteurs de croissance, comme l’illustre STMicroelectronics avec des chutes de 7,64 % le 18 août et 3,91 % le 19 août. Capgemini (-4,2 %) et Dassault Systèmes (-5,8 %) avaient également subi des baisses le 11 juin, jour du premier relèvement des taux de la BCE.

Le secteur bancaire connaît un retournement d’humeur. Sur le long terme, la remontée des taux améliore ses marges d’intermédiation, ce qui s’est traduit en début d’année par des résultats solides : BNP Paribas a enregistré un bénéfice net record de 3,22 milliards d’euros au premier trimestre, en hausse de 9 % sur un an, et Société Générale a vu son résultat progresser de 5,5 % à 1,7 milliard. À la mi-année, BNP Paribas affichait encore une hausse boursière de 25 % depuis le 1er janvier.

3,79

Le 20 août, Société Générale a reculé de 3,79 %, pénalisée par les craintes liées aux rendements obligataires et aux risques de crédit.

Les valeurs industrielles sensibles aux coûts de transport, notamment dans l’aéronautique et la défense, subissent également la perspective d’un carburant plus cher. Airbus a cédé 0,8 % ces derniers jours, Safran 1,1 % et Thales 2,3 %. Dans l’automobile, Stellantis a brièvement profité d’achats à bon compte, avec une hausse de 5,84 % le 19 août, avant de reperdre 3,86 % le 20 août.

À l’inverse, certaines valeurs spécifiques profitent d’avis d’analystes favorables. Le 20 août, Sartorius Stedim Biotech a bondi de 6,62 % après le passage de la recommandation d’UBS à l’achat. Michelin a également progressé de 1,14 %, après avoir gagné plus de 2 % en séance, à la suite d’un relèvement de recommandation de J.P. Morgan, passé de « neutre » à « surpondérer ».

Quelles perspectives pour le CAC 40 ?

La correction actuelle du CAC 40 intervient après une phase de forte appréciation, marquée par plusieurs records historiques en 2026. L’indice avait déjà connu au printemps une chute d’environ 13 %, jusqu’aux environs de 8 000 points, sur fond de choc énergétique et d’anticipations de hausses de taux, avant de rebondir et de franchir de nouveaux sommets début août.

Bon à savoir :

L’épisode de huit séances de baisse consécutives reflète un ajustement à des données nouvelles : hausse durable des prix de l’énergie, risque d’inflation persistante au-dessus de 2 %, anticipation de taux directeurs élevés plus longtemps et volatilité accrue sur les marchés obligataires. Le conflit au Moyen-Orient, les menaces de « guerre économique » et d’« isolement sans précédent » de Donald Trump contre l’Iran, ainsi que la contraction du trafic dans le détroit d’Ormuz, ont renforcé la perception d’un choc d’offre énergétique potentiellement prolongé.

Pour les investisseurs, la question centrale devient la durée de ce régime de taux et d’énergie élevés. Une normalisation progressive des rendements obligataires, éventuellement aidée par des interventions comme celles annoncées par le Trésor américain, pourrait soutenir un rebond des valeurs de croissance et alléger la pression sur les banques et l’immobilier. À l’inverse, la poursuite de la hausse des prix du pétrole et du gaz, couplée à de nouveaux relèvements de taux de la BCE, maintiendrait les marchés actions sous tension.

Astuce :

Le CAC 40 reste à un niveau historiquement élevé malgré le repli récent, avec des segments résistants comme l’énergie, le luxe et les valeurs défensives. Cependant, la combinaison d’un choc énergétique, d’un resserrement monétaire et d’un environnement géopolitique incertain annonce une volatilité soutenue dans les prochains mois. Les opérateurs surveillent de près les décisions de la BCE et l’évolution du conflit au Moyen-Orient pour ajuster leurs positions.

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