Les dossiers de la retraite, de la fiscalité et du logement connaissent une nouvelle accélération en France, alors que se mettent en place les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Suspension partielle de la réforme des retraites de 2023, ajustements fiscaux pour les retraités et les propriétaires, refonte des aides à la rénovation énergétique : plusieurs mesures entrent en phase d’application ou sont en cours de débat, avec des conséquences directes pour les ménages.
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Retraites : la réforme de 2023 suspendue et des règles assouplies pour certaines générations
La principale nouveauté concerne la réforme des retraites de 2023, dont l’application est suspendue jusqu’en 2028. Cette suspension, annoncée à l’automne 2025 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a été formalisée dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, définitivement adoptée le 16 décembre 2025. Elle entre désormais dans sa phase concrète.
À partir du 1er septembre 2026, la montée progressive de l’âge légal de départ à 64 ans est interrompue, tout comme l’allongement de la durée de cotisation. Concrètement, l’âge légal de 64 ans ne s’appliquera plus aux personnes nées en 1968, mais seulement à celles nées à partir de 1969. Pour les générations 1964 à 1968, un dispositif transitoire abaisse temporairement l’âge légal, qui varie de 62 ans et 9 mois à 63 ans et 9 mois selon l’année de naissance.
L’âge légal de départ à la retraite est fixé à 62 ans et 9 mois pour la génération née en 1964, avec une exigence de 170 trimestres cotisés.
Parallèlement, un décret sur les carrières longues (décret n° 2026‑345, publié au Journal officiel le 8 mai 2026) assouplit l’accès au départ anticipé. Cette mesure concerne les assurés nés entre 1964 et 1970 ayant commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans. Pour ces profils, l’âge de départ est avancé de quelques mois par rapport aux règles issues de la réforme de 2023, ce qui élargit les possibilités de retraite anticipée pour ceux ayant commencé tôt leur vie professionnelle.
Un système de retraite durablement déficitaire selon le COR
Ces ajustements interviennent alors que le Conseil d’orientation des retraites (COR) vient de présenter son treizième rapport annuel, le 11 juin 2026. Sur la base de nouvelles données démographiques de l’Insee, le COR revoit à la baisse ses projections de natalité, qui constituent un paramètre clé du financement du système.
Le rapport retient désormais un taux de fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 dans les rapports précédents. Cette baisse réduit mécaniquement le nombre futur d’actifs cotisants. Le solde migratoire net, estimé à +150 000 personnes par an, ne suffit pas à compenser cette tendance démographique défavorable.
En 2025, le déficit est de 5,1 milliards d’euros (0,2 % du PIB), projeté à 6,8 milliards en 2030 et jusqu’à 2,4 % du PIB en 2070, soit une dégradation plus forte que les 1,4 % anticipés dans le rapport 2025.
Pour illustrer l’ampleur de l’effort nécessaire si l’on agissait uniquement sur l’âge de départ, le COR a simulé un relèvement progressif de l’âge moyen de départ à 67,6 ans en 2070, avec un âge moyen de 64,4 ans en 2030 et 65,8 ans en 2045. Le Conseil insiste sur le caractère strictement mathématique de cet exercice et précise qu’il ne s’agit pas d’une proposition de réforme. Les syndicats, notamment la CGT, ont immédiatement réagi en réaffirmant leur opposition à toute nouvelle hausse de l’âge légal et en réitérant leur demande d’abrogation définitive de la réforme de 2023.
Cumul emploi‑retraite et nouveaux droits familiaux : les mesures à venir
La LFSS 2026 prévoit également une réforme du cumul emploi‑retraite qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2027. Les retraités de moins de 67 ans qui reprennent une activité seront soumis à un plafond annuel de revenus professionnels fixé à 7 000 euros. Au‑delà de ce montant, leur pension pourra être réduite. Ces dispositions, débattues au Sénat en juin 2026, suscitent des inquiétudes sur l’attractivité de certains employeurs publics ou territoriaux qui font largement appel à des retraités.
Dès le 1er septembre 2026, un congé de naissance est créé et compté pour la retraite. Pour les femmes fonctionnaires et militaires ayant eu un enfant après leur recrutement et après le 1er janvier 2004, un trimestre supplémentaire par enfant est attribué, ainsi que deux trimestres supplémentaires de durée d’assurance, ce qui améliore leurs droits à pension.
Fiscalité des retraités : maintien de l’abattement de 10 % sur le revenu
Sur le volet fiscal, la situation des retraités a également été au cœur des discussions budgétaires. La loi de finances pour 2026 prévoyait initialement de remplacer l’abattement de 10 % sur les pensions, appliqué pour l’impôt sur le revenu, par un abattement forfaitaire de 2 000 euros, afin de générer 1,2 milliard d’euros d’économies.
Bien que contestée, la réforme de 2026 a préservé l’abattement proportionnel de 10 % pour les retraités, avec des planchers et plafonds ajustés. La structure générale de l’avantage fiscal reste inchangée, évitant une perte automatique liée à un forfait unique.
Parallèlement, la question des retraites s’impose déjà comme un enjeu central de la campagne en vue de l’élection présidentielle de 2027. La suspension de la réforme de 2023 jusqu’en 2028 laisse au prochain exécutif le soin de définir une trajectoire durable pour le système. Au sein même des formations politiques, les débats sont vifs. Au Rassemblement national, des divergences apparaissent entre la ligne de Marine Le Pen, favorable à un retour à un âge légal compris entre 60 et 62 ans, et les déclarations de Jordan Bardella, qui évoque la possibilité d’étudier un relèvement de l’âge légal au regard des contraintes budgétaires.
Déclarations de revenus : une campagne 2026 désormais close
Sur le front fiscal plus large, la campagne annuelle de déclaration des revenus 2025 s’est achevée. Elle s’était ouverte le jeudi 9 avril 2026. Les contribuables déposant une déclaration papier, y compris ceux résidant à l’étranger, devaient respecter une échéance fixée au mardi 19 mai à minuit.
Le calendrier des déclarations en ligne était réparti en trois zones géographiques, avec des dates limites allant du 21 mai au 4 juin.
Logement et rénovation énergétique : priorité au ciblage des aides
La première moitié de 2026 est également marquée par de profonds ajustements des dispositifs d’aide à la rénovation énergétique, dans un contexte de contrainte budgétaire. L’adoption tardive de la loi de finances pour 2026, promulguée le 20 février, a entraîné une suspension temporaire du dépôt des demandes d’aides auprès de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) du 1er janvier au 22 février 2026.
Le budget alloué au programme MaPrimeRénov’ en 2026 s’élève à 3,6 milliards d’euros.
Depuis le 1er janvier 2026, certains travaux ne sont plus financés dans ce parcours par geste. L’isolation des murs, qu’elle soit intérieure ou extérieure, ainsi que l’installation de chaudières biomasse (y compris à granulés) sont désormais exclues de ce volet. Pour obtenir une aide sur ces postes, les propriétaires doivent s’engager dans un projet de rénovation globale, visant un gain d’au moins deux classes sur le diagnostic de performance énergétique (DPE) pour un logement classé E, F ou G.
Avant tout dépôt de dossier pour une rénovation d’ampleur, un rendez-vous personnalisé avec un conseiller France Rénov’ est obligatoire pour sécuriser la conception technique et financière. Pour les copropriétés, MaPrimeRénov’ Copropriété couvre jusqu’à 45 % du coût des travaux, plafonné à 25 000 € par logement, sous condition d’un gain énergétique d’au moins 35 %.
Durcissement sur le gaz et recentrage sur les solutions décarbonées
Les règles de MaPrimeRénov’ seront encore resserrées à compter du 1er septembre 2026. À partir de cette date, les aides à la rénovation globale ne pourront plus être accordées si le logement conserve un chauffage majoritairement au gaz après travaux. Les projets devront obligatoirement intégrer une solution décarbonée : pompe à chaleur non hybride, équipement biomasse, raccordement à un réseau de chaleur ou solaire thermique, en cohérence avec le plan d’électrification présenté par le gouvernement le 23 avril 2026.
Le plafond de dépenses pour une rénovation globale permettant un saut de deux classes DPE passe de 40 000 à 30 000 euros.
Ces resserrements suscitent des inquiétudes dans la filière. Des organisations professionnelles, comme la CAPEB, ont alerté mi‑juin 2026 sur le risque d’un arrêt complet du financement des travaux par geste dès la rentrée, ce qui pénaliserait les ménages souhaitant rénover leur logement par étapes.
Projet de loi « Relance Logement » et évolution des avantages fiscaux
Sur le plan législatif, le gouvernement prépare la présentation d’un projet de loi « Relance Logement » en Conseil des ministres le 24 juin 2026. Porté par le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, ce texte prévoit un transfert partiel de la gestion et du contrôle des dossiers d’aides à la rénovation des services de l’Anah vers les collectivités locales. Ce changement d’échelon soulève des interrogations dans la profession sur la capacité des territoires à traiter les dossiers et sur l’éventuel recentrage des aides.
Le projet de loi assouplit l’interdiction de louer les logements très énergivores (étiquettes F et G). Les propriétaires bailleurs peuvent continuer à louer leur bien s’ils s’engagent formellement à réaliser des travaux de rénovation, via un devis ou un plan de travaux. Cela vise à éviter des retraits massifs du marché locatif tout en maintenant la pression à la rénovation.
En parallèle, le nouveau régime fiscal dit « Jeanbrun », issu de l’article 47 de la loi de finances 2026, est monté en puissance. Ce dispositif, qui remplace le Pinel depuis le 1er janvier 2026, vise à encourager l’investissement locatif dans l’ancien en bonne performance énergétique. Il repose sur un mécanisme d’amortissement fiscal, et non sur une réduction directe d’impôt : les propriétaires de logements loués nus peuvent amortir jusqu’à 80 % de la valeur du bien (hors terrain), avec des taux annuels compris entre 3,5 % et 5,5 % selon l’effort consenti sur le niveau de loyer.
Les travaux doivent représenter 15 % à 30 % du coût total de l’opération et permettre d’atteindre une étiquette énergétique A ou B. Ce dispositif vise à verdir le parc locatif en redéfinissant les incitations fiscales pour les bailleurs privés.
Propriétaires occupants : fin de plusieurs crédits d’impôt, mais maintien du taux de TVA réduit
Les propriétaires occupants voient, eux, leurs incitations fiscales évoluer. La loi de finances 2026 a supprimé le crédit d’impôt pour l’adaptation du logement, remplacé par la subvention MaPrimeAdapt’, ainsi que le crédit d’impôt pour l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques, hors dernières régularisations résiduelles pour des dépenses engagées en 2025. Les travaux effectués dans la résidence principale ne sont plus déductibles de l’impôt sur le revenu.
Le taux de TVA réduit à 5,5 % est maintenu pour les travaux de performance énergétique réalisés par des professionnels RGE. Certaines collectivités accordent une exonération temporaire de taxe foncière de 50 % à 100 % pendant trois ans pour les logements achevés avant 1989, avec des travaux de rénovation thermique d’au moins 10 000 € sur l’année précédente ou 15 000 € sur trois ans. La demande doit être déposée avant le 1er janvier de la première année d’exonération.
Entre réajustements des retraites, maintien partiel d’avantages fiscaux et recentrage des aides à la rénovation vers les projets les plus performants énergétiquement, les arbitrages budgétaires et climatiques redessinent ainsi, en 2026, le paysage social et fiscal auquel sont confrontés ménages, retraités et investisseurs immobiliers.
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