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Nouveau Pacte Dutreil 2026 : les biens de luxe dans le viseur du fisc

par | Actualités
Publié le 17 septembre 2026

Le Nouveau Pacte Dutreil 2026 modifie en profondeur la fiscalité des transmissions d’entreprises détenant des biens de luxe, en particulier les yachts et les bijoux. Si l’abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis par donation ou succession est maintenu, une part croissante des actifs considérés comme somptuaires est désormais exclue de cet avantage, sauf à démontrer une affectation strictement professionnelle. Les délais de conservation des titres sont, eux aussi, allongés, compliquant les stratégies d’optimisation patrimoniale à court terme.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un recentrage du dispositif sur l’activité économique productive

Le Pacte Dutreil, défini aux articles 787 B et 787 C du Code général des impôts, permet depuis plusieurs années de réduire fortement les droits de mutation à titre gratuit sur les transmissions d’entreprises. La réforme issue de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026‑103, article 8) vise à recentrer ce régime sur les seuls actifs véritablement professionnels.

Bon à savoir :

Les commentaires publiés le 10 août 2026 dans le Bulletin officiel des Finances publiques (BOFiP) par la Direction générale des Finances publiques précisent l’esprit du texte : limiter l’usage du Pacte Dutreil aux entreprises exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, et empêcher l’embarquement de biens de luxe dans l’assiette bénéficiant de l’abattement. Les transmissions à titre gratuit (donations et successions) intervenant à compter du 21 février 2026 sont soumises à ces nouvelles règles.

Yachts, bijoux, œuvres d’art : la liste des biens somptuaires ciblés

La principale nouveauté pour les patrimoines haut de gamme concerne l’exclusion, de la base de l’exonération de 75 %, de la fraction de valeur des titres correspondant à certains biens qualifiés de somptuaires. Le texte instaure une liste limitative de ces actifs non professionnels.

Attention :

Sont notamment visés les yachts, les bateaux de plaisance à voile ou à moteur et les aéronefs, ainsi que les bijoux, métaux précieux, objets d’art, de collection ou d’antiquité. Les véhicules de tourisme, les chevaux de course ou de concours, les stocks de vins et spiritueux, les biens affectés à la chasse ou à la pêche, ainsi que les logements et résidences sans affectation professionnelle, sont également concernés.

Concrètement, la détention de tels biens dans une société n’interdit plus l’accès au Pacte Dutreil, mais impose un calcul proportionnel : seule la part de la valeur des titres correspondant aux actifs opérationnels continue de profiter de l’abattement de 75 %. La fraction rattachée aux yachts, bijoux ou autres biens de luxe est imposée aux droits de mutation dans les conditions de droit commun, sur 100 % de sa valeur.

Impact spécifique sur les yachts et les bijoux de luxe

Pour les groupes patrimoniaux ayant logé des yachts ou des bijoux de grande valeur dans des sociétés éligibles au Pacte Dutreil, le changement est majeur. Jusqu’à la réforme, dès lors que la société exerçait une activité admissible, l’abattement s’appliquait sur la totalité des titres, même si une partie de l’actif était composée de biens de plaisir ou de patrimoine privé.

Astuce :

La valeur économique attachée au yacht ou au stock de bijoux est désormais sortie du périmètre de l’exonération. Les héritiers ou donataires se voient appliquer, sur cette fraction, la fiscalité classique des transmissions, sans réduction spéciale. Le texte va plus loin en prévoyant une application par transparence : les biens de luxe détenus par des filiales, voire des sous-filiales contrôlées, doivent également être isolés et exclus de la base Dutreil, ce qui complique les structurations multi-sociétés.

En parallèle, l’administration fiscale annonce un renforcement des contrôles, en particulier pour les holdings animatrices, afin de vérifier que des actifs présentés comme professionnels ne dissimulent pas en réalité des biens de jouissance.

Une « planche de salut » : l’affectation professionnelle exclusive

La réforme introduit toutefois une clause de sauvegarde permettant de maintenir certains biens de luxe dans l’assiette exonérée, à des conditions très strictes. Les yachts, bijoux et autres actifs listés comme somptuaires peuvent rester pris en compte dans la base bénéficiant de l’abattement s’ils sont exclusivement affectés à l’activité professionnelle de l’entreprise.

Selon le BOFiP du 10 août 2026, cette affectation doit être à la fois nécessaire et exclusive à l’exploitation. Pour y prétendre, l’entreprise doit démontrer que le bien de luxe est indispensable à son activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, et qu’il n’est pas utilisé à des fins personnelles ou mixtes.

Attention :

L’affectation doit être continue sur une durée minimale de trois ans avant la transmission (ou depuis l’acquisition du bien si celle‑ci est plus récente), puis maintenue jusqu’au terme de l’engagement individuel de conservation des titres souscrit par les bénéficiaires. Toute remise en cause pendant la période d’engagement entraîne la rétroactivité des conséquences fiscales.

Dans le cas des véhicules et aéronefs, l’administration admet certains usages professionnels, par exemple lorsque l’actif est destiné à la vente ou à la location, ou encore lorsqu’il est mis à disposition d’un dirigeant ou d’un salarié sous la forme d’un avantage en nature correctement imposé. Pour les résidences, seules des situations particulières — comme l’exploitation d’un hôtel, d’une résidence services seniors, d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ou d’un logement de fonction obligatoire — permettent de conserver le bénéfice de l’abattement.

Des délais de conservation allongés pour sécuriser l’avantage fiscal

Au‑delà du ciblage des biens de luxe, le Nouveau Pacte Dutreil 2026 durcit également les délais de conservation des titres transmis. L’objectif affiché est de s’assurer d’un véritable engagement entrepreneurial des successeurs et de restreindre les montages à visée purement fiscale.

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Le total minimal de blocage des titres atteint huit années consécutives pour les transmissions relevant de l’article 787 B du CGI, l’engagement collectif devant porter sur au moins deux ans et l’engagement individuel passant de quatre à six ans.

Pour les transmissions d’entreprises individuelles régies par l’article 787 C, la durée d’obligation de poursuite de l’activité par le repreneur est également allongée, passant de trois à cinq ans. Dans tous les cas, la sécurisation définitive de l’abattement de 75 % suppose le respect intégral de ces nouveaux délais.

Conséquences pratiques : audits patrimoniaux et risque de redressement

Les nouvelles règles imposent aux dirigeants et à leurs conseils de réviser en profondeur la structuration des actifs avant toute donation ou succession. Avant la signature de l’acte ou le dépôt de la déclaration de succession, une évaluation détaillée doit être réalisée pour distinguer, au sein de la valeur des titres, la part correspondant aux biens somptuaires non éligibles.

Bon à savoir :

Un inventaire et une valorisation spécifiques sont requis pour les yachts, bijoux, œuvres d’art, résidences de plaisance, chevaux de course, stocks de vins et spiritueux ou véhicules de tourisme, avec une analyse de leur usage réel. La charge de la preuve de l’affectation professionnelle exclusive incombe au contribuable.

En cas de surévaluation de la part professionnelle, ou d’intégration à tort d’un bien de luxe dans la base exonérée, le risque est double : remise en cause proportionnelle de l’exonération de 75 % et taxation au taux de droit commun sur la fraction non éligible, accompagnée d’intérêts de retard de 0,20 % par mois à compter de la transmission. Une majoration de 40 % pour manquement délibéré peut en outre être appliquée si l’administration considère que le contribuable a sciemment tenté de contourner les règles.

Une remise en cause des schémas d’optimisation autour des biens de luxe

En pratique, le Nouveau Pacte Dutreil 2026 remet en question les montages consistant à loger des yachts, bijoux de grande valeur ou résidences de prestige dans des sociétés opérationnelles ou des holdings pour bénéficier d’une transmission à fiscalité réduite. La possibilité de bénéficier malgré tout de l’abattement pour ces actifs existe, mais se limite à des situations où leur usage professionnel est démontré sans ambiguïté, ce qui sera rarement le cas pour les biens de pur agrément.

Bon à savoir :

Les investisseurs et familles fortunées devront choisir entre conserver des biens de luxe dans le périmètre des sociétés éligibles au Pacte Dutreil, avec une perte partielle d’avantage fiscal, ou réorganiser leur patrimoine en structures distinctes acceptant une imposition pleine lors de la transmission. La maîtrise des nouvelles règles, des délais de conservation et des critères d’affectation professionnelle devient donc un enjeu central de la planification patrimoniale à horizon 2026 et au-delà.

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