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Inflation aux États-Unis : un chiffre clé qui pourrait changer la donne

par | Actualités
Publié le 13 août 2026

La publication, le 12 août 2026, de l’indice des prix à la consommation (CPI) de juillet marque un tournant potentiel dans le débat sur la prochaine décision de la Réserve fédérale américaine. Avec une inflation globale ramenée à 3,4 % sur un an, contre 3,5 % en juin et un pic à 4,2 % en mai, les marchés réévaluent la probabilité d’une hausse des taux dès septembre, sans pour autant en exclure la possibilité d’ici la fin de l’année.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un ralentissement graduel de l’inflation après un pic énergétique

Les données publiées par le Bureau of Labor Statistics confirment une décélération modérée des prix à la consommation aux États-Unis. En juillet, l’inflation globale ressort à 3,4 % sur un an, après 3,5 % en juin. Cette évolution confirme l’essoufflement de la poussée inflationniste alimentée au printemps par le choc énergétique lié aux tensions militaires avec l’Iran, qui avait propulsé l’inflation à 4,2 % en mai, son plus haut niveau de l’année.

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En juillet, les prix à la consommation ont augmenté de 0,1 % sur un mois, après un recul de 0,4 % en juin, marquant un retour à une légère hausse mensuelle.

L’inflation sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie et constitue un indicateur clé pour la Fed, reflète également cette détente progressive. Le Core CPI recule à 2,5 % sur un an en juillet, après 2,6 % en juin. En rythme mensuel, il augmente cependant de 0,2 %, après une stagnation (0,0 %) en juin, signalant que la désinflation reste incomplète, en particulier dans les services.

Une dynamique chaotique depuis le début de l’année

La trajectoire de l’inflation en 2026 illustre le défi auquel la Fed est confrontée. En janvier, le CPI affichait un taux annuel de 2,4 %, contre 2,7 % en décembre 2025, au plus bas depuis mai 2025. Cet apaisement s’expliquait largement par la baisse des coûts de l’énergie, avec un recul de 0,1 % des prix énergétiques sur un mois et une chute marquée des prix à la pompe, contribuant fortement à la modération de l’indice global.

Attention :

L’inflation sous-jacente a atteint 2,5 % sur un an, son plus bas depuis mars 2021, mais ce niveau s’est révélé éphémère. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont inversé la tendance : après une stabilité à 2,4 % en février, l’inflation a grimpé à 3,3 % en mars, 3,8 % en avril, puis culminé à 4,2 % en mai sous l’effet du choc pétrolier. Le prix de l’essence a bondi de 26,7 % en juin, avant de ralentir à 24,6 % en juillet.

Ce cycle illustre une configuration dans laquelle l’énergie a joué le rôle principal dans la réaccélération, tandis que les services, hors énergie, demeurent la source structurelle de persistance de l’inflation. Même lorsque le CPI global se rapproche du seuil de 2 %, la composante services maintient le Core CPI à un niveau légèrement supérieur.

Une Fed prudente sur les taux malgré une stabilisation relative

Dans ce contexte volatil, la Réserve fédérale a opté jusqu’ici pour le statu quo sur ses taux directeurs. Lors de sa réunion des 17 et 18 mars 2026, alors que l’inflation annuelle de février n’était encore qu’à 2,4 %, la banque centrale a décidé de laisser la fourchette cible du taux des fed funds inchangée, à 3,50 % – 3,75 %. Il s’agissait déjà de la deuxième réunion consécutive sans mouvement de taux.

Exemple :

Lors de la réunion, 11 votants sur 12 ont soutenu le maintien des taux, tandis que Stephen I. Miran a plaidé pour une baisse immédiate de 25 points de base. De plus, le dot plot de septembre 2025 a révélé un virage plus restrictif, avec un consensus resserré autour d’une seule baisse de 25 points de base pour 2026, contre deux précédemment anticipées en décembre 2025.

Le président de la Fed de l’époque, Jerome Powell, avait d’ailleurs prévenu qu’une hausse de taux restait « sur la table » en cas de blocage des progrès sur l’inflation, signalant que l’assouplissement n’était en rien garanti.

Changement de style à la tête de la Fed et montée du ton « faucon »

L’arrivée de Kevin Warsh à la présidence de la Fed en mai 2026 a renforcé le biais restrictif de la politique monétaire. Connu pour sa posture très « hawkish », le nouveau président a réduit le recours à la forward guidance, rendant la trajectoire future des taux plus dépendante des données économiques au fil de l’eau.

La banque centrale maintient ses taux entre 3,50 % et 3,75 % pour la cinquième fois consécutive, mais trois membres du FOMC votent contre, appelant à une hausse immédiate de 25 points de base.

Réunion du FOMC du 29 juillet 2026

Kevin Warsh a par ailleurs affirmé que la Fed n’aurait « aucune tolérance » pour une inflation durablement supérieure à l’objectif de 2 %. Cet engagement ferme intervient alors même que l’inflation se maintient au-dessus de cette cible depuis plus de cinq ans, malgré quelques épisodes de reflux temporaire, comme en début d’année.

Marchés et économistes revoient leurs scénarios après le CPI de juillet

L’impact de la publication du 12 août sur les anticipations de marché a été immédiat. Avant la diffusion du rapport, les investisseurs étaient presque partagés à 50/50 sur la probabilité d’une hausse de taux lors de la prochaine réunion du FOMC, prévue les 15 et 16 septembre 2026.

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Probabilité, selon l’outil FedWatch du CME, d’un maintien des taux à 3,50 % – 3,75 % en septembre, sur la base des chiffres de clôture du 12 août.

Ce réajustement a été amplifié par la publication, le 7 août, d’un rapport sur l’emploi particulièrement décevant. L’économie américaine a perdu de manière inattendue 23 000 emplois en juillet, alors que les analystes tablaient sur la création de 83 000 à 95 000 postes. Le signal d’un marché du travail qui s’essouffle milite en faveur d’une approche plus prudente de la Fed, certains investisseurs redoutant qu’un resserrement prématuré n’accentue le risque de ralentissement économique.

Une hausse des taux repoussée, mais non écartée

Malgré ce contexte plus favorable à une pause en septembre, les marchés et les analystes ne considèrent pas pour autant que le cycle de hausse est clos. Selon les données de marché au 12 août, la probabilité d’au moins une hausse de 25 points de base d’ici décembre est évaluée à environ 45 %. La probabilité de deux relèvements d’ici la fin de l’année atteint 24 %, tandis que celle d’un statu quo prolongé jusqu’en 2027 est estimée à 28 %.

Bon à savoir :

J.P. Morgan prévoit un relèvement de 25 points de base en décembre, portant la fourchette à 3,75 % – 4,00 %. Macquarie, via Thierry Wizman, estime que le chiffre modéré de juillet permet de reporter toute décision à décembre, date de publication de nouvelles projections économiques et du dot plot actualisé.

Bank of America a pour sa part revu à la baisse son scénario, renonçant à l’hypothèse initiale de trois hausses de taux d’ici fin 2026. La banque ne prévoit plus qu’un seul relèvement en décembre, voire aucun si le ralentissement de l’économie se confirme.

Une équation encore dominée par l’énergie et le risque géopolitique

Si le CPI de juillet a apporté un certain répit, l’équation inflationniste demeure fragile. Les prix de l’essence à la pompe aux États-Unis ont franchi en août la barre des 4 dollars le gallon, sous l’effet persistant des tensions au Moyen-Orient. Avant la réunion de mars, l’escalade du conflit avait déjà fait grimper d’environ 50 % les prix à terme du brut, alimentant la résurgence de l’inflation printanière.

Astuce :

La Fed a relevé ses prévisions d’inflation pour 2026, qu’elle juge « légèrement élevée », tout en composant avec un risque énergétique récurrent. Parallèlement, elle a revu à la hausse ses projections de croissance pour 2026, à 2,4 %, ce qui lui donne une marge pour maintenir une politique monétaire restrictive afin de contenir les prix sans étouffer l’activité économique à court terme.

Entre un marché du travail qui montre des signes de fragilité, une inflation toujours supérieure à l’objectif mais en ralentissement, et un environnement géopolitique instable susceptible de ranimer le choc énergétique, la décision de septembre s’annonce comme un test majeur de l’orientation de la Fed sous la houlette de Kevin Warsh. Le chiffre de 3,4 % d’inflation en juillet ne clôt pas le débat, mais il redistribue les probabilités : la hausse de taux n’est plus le scénario central à court terme, même si elle reste une option crédible pour la fin de l’année si l’inflation devait cesser de reculer.

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