L’inflation qui peine à revenir vers la cible de 2 % ravive les tensions au sein de la Réserve fédérale américaine, malgré un léger ralentissement des hausses de prix en juillet. Les minutes de la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) des 28 et 29 juillet 2026, publiées le 19 août, montrent une institution divisée sur la stratégie à adopter, alors que l’économie donne des signes de fragilisation et que les pressions politiques se multiplient.
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Une Fed immobile sur les taux mais profondément divisée
À l’issue de sa réunion de fin juillet, le FOMC a choisi de maintenir son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, un niveau inchangé depuis décembre 2025. La décision a été adoptée par 9 voix contre 3, confirmant de profonds divergences sur l’orientation à donner à la politique monétaire.
Beth Hammack (Cleveland), Neel Kashkari (Minneapolis) et Lorie Logan (Dallas) ont voté contre le statu quo. Ils ont plaidé pour une hausse immédiate de 25 points de base, estimant que les conditions financières ne sont pas assez restrictives pour ramener durablement l’inflation vers 2 %. Pour ces dissidents, repousser encore un resserrement risquerait de contraindre la Fed à agir plus brutalement et à un coût économique plus élevé ultérieurement.
Trois présidents de Fed régionales
Les minutes montrent qu’au-delà de cette minorité, « de nombreux » responsables jugent qu’un durcissement supplémentaire sera nécessaire si l’inflation ne ralentit pas de manière « convaincante » vers l’objectif. Même si la majorité a finalement privilégié l’attentisme en juillet, l’option d’une nouvelle hausse des taux reste clairement ouverte.
Une inflation qui reflue lentement et reste au-dessus de la cible
Les données publiées le 12 août par le Bureau of Labor Statistics confirment une désinflation graduelle mais incomplète. L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,4 % sur un an en juillet, après 3,5 % en juin et un pic à 4,2 % en mai. Sur un mois, la hausse s’est limitée à 0,1 %, en ligne avec les attentes.
L’inflation sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie, a également marqué un léger repli, à 2,5 % sur un an contre 2,6 % en juin. Ces chiffres vont dans le sens d’un reflux des tensions mais demeurent au-dessus de la cible de long terme de 2 % fixée par la Fed.
Hausse annuelle des prix de l’essence en juillet, après 26,7 % en juin, maintenant une pression sur le pouvoir d’achat malgré un léger ralentissement.
L’indicateur privilégié par la Fed, l’indice des prix des dépenses de consommation (PCE), apparaît plus préoccupant. Le PCE global est actuellement proche de 3,7 %, et les anticipations de marché pour le mois de juillet tablaient sur un PCE global autour de 3,6 % et un PCE sous-jacent stable à 3,3 % sur un an. Cette mesure montre une correction plus lente que le CPI, en particulier pour l’inflation de base, ce qui alimente les inquiétudes au sein du FOMC.
Pressions structurelles : énergie, tarifs et intelligence artificielle
Les responsables de la Fed identifient plusieurs facteurs persistants derrière cette inflation résiliente. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient entretiennent le niveau élevé des prix de l’énergie, entraînant des coûts supplémentaires pour les entreprises et les ménages. Parallèlement, les effets différés des politiques tarifaires continuent de peser sur le prix des biens durables, alors que les chaînes de valeur restent en partie réorganisées depuis la période de déglobalisation accélérée.
Les investissements massifs dans les infrastructures liées à l’IA, notamment les logiciels, le matériel informatique et les services financiers et juridiques associés, tirent certains segments de prix à la hausse. Ce phénomène est cité dans les discussions internes de la Fed et complique l’interprétation des indicateurs économiques traditionnels.
Consciente de ces évolutions, le Bureau of Economic Analysis prépare une réforme méthodologique de l’indice PCE. Cette révision, attendue pour la fin août ou le début de l’automne, doit mieux intégrer les effets de prix dans la technologie et l’IA. Les économistes anticipent que cette nouvelle méthode pourrait mécaniquement réduire le niveau du PCE de 0,1 à 0,3 point de pourcentage, sans pour autant changer la réalité des pressions de fond sur l’économie.
Un marché du travail qui s’essouffle et des ventes au détail en repli
Si l’inflation demeure supérieure à la cible, la conjoncture montre désormais des signes de fragilité. Le rapport sur l’emploi publié début août a révélé une perte nette de 23 000 emplois non agricoles en juillet, alors que les mois précédents ont par ailleurs été révisés à la baisse. Le taux de chômage est monté à 4,1 %, signalant un essoufflement plus prononcé du marché du travail qu’anticipé.
Les ventes au détail se contractent ou ralentissent nettement, signe que la demande intérieure réagit aux resserrements monétaires passés, renforçant le risque de freiner l’activité si un nouveau tour de vis est décidé trop rapidement.
Ce double diagnostic – inflation encore trop élevée mais économie en phase de ralentissement – place la Fed dans une position délicate. Une politique trop restrictive pourrait précipiter un repli marqué de la croissance, tandis qu’un immobilisme prolongé ferait courir le risque de voir l’inflation se réinstaller durablement au-dessus de l’objectif.
Sous Kevin Warsh, une stratégie de communication plus opaque mais plus offensive
La réunion de juillet était la deuxième présidée par Kevin Warsh, entré en fonction le 22 mai 2026 en succession de Jerome Powell. Nommé par le président Donald Trump, Warsh adopte toutefois une posture résolument « faucon » face à l’inflation, allant à rebours des pressions publiques de la Maison-Blanche, qui réclame au contraire des baisses rapides de taux.
Warsh a décrit l’inflation comme « une taxe sur les Américains » et défend l’idée d’un « changement de régime » consistant notamment à réduire agressivement la taille du bilan de la Fed, via un resserrement quantitatif plus marqué. Il affirme également que la banque centrale « n’est pas contrainte par les prix de marché », laissant entendre qu’il est prêt à surprendre les investisseurs si cela s’avère nécessaire pour maîtriser les prix.
Les investisseurs doivent « jouer la balle et non l’arbitre ».
Président de la Réserve fédérale
Les minutes de juillet révèlent par ailleurs que Warsh a suggéré de réduire le nombre de réunions annuelles du FOMC, de huit à six. L’objectif serait de laisser davantage de temps aux nouvelles données pour s’accumuler entre deux décisions. Cette réforme ne s’appliquerait toutefois pas avant l’an prochain, si elle est adoptée.
Tensions politiques et surveillance accrue du Congrès
La ligne dure de la Fed, combinée aux critiques publiques du président Trump, a suscité une réaction du Congrès. Le 20 août, un groupe de sénateurs démocrates menés par Jack Reed a officiellement demandé à Kevin Warsh de divulguer l’ensemble de ses communications non enregistrées avec le chef de l’État. Ils s’inquiètent de possibles interférences politiques dans la conduite de la politique monétaire.
Cette démarche reflète la sensibilité accrue du dossier inflationniste dans le débat public américain. La Fed est prise entre la nécessité de préserver son indépendance, l’urgence de contenir l’inflation et le risque de provoquer un ralentissement économique plus prononcé, voire une récession, si la politique monétaire restait trop restrictive trop longtemps.
Marchés moins convaincus par une hausse en septembre, mais vigilants pour la fin d’année
Les derniers indicateurs et la tonalité des minutes ont sensiblement modifié les anticipations des investisseurs. Fin juillet, les marchés à terme assignaient plus de 70 % de probabilité à une hausse de 25 points de base lors de la réunion de septembre du FOMC. Après la publication des chiffres d’emploi décevants, du ralentissement de l’inflation et des minutes du 19 août, cette probabilité est retombée autour de 35 à 39 % selon les estimations.
Certaines grandes banques, comme Goldman Sachs, jugent une hausse en septembre très improbable, tandis que MUFG Research anticipe un statu quo jusqu’à fin 2026, avec d’éventuelles baisses début 2027. D’autres acteurs misent encore sur un relèvement d’ici fin 2026, en octobre ou décembre, si l’inflation reste collante.
Pour l’instant, la Fed choisit de laisser les chiffres parler. La prochaine publication de l’indice PCE, prévue pour le 26 août, ainsi que l’impact de la réforme méthodologique du BEA, seront scrutés de près pour mesurer l’ampleur réelle du reflux de l’inflation.
Jackson Hole, scène clé pour la vision de moyen terme
Dans ce contexte d’incertitude, le symposium de Jackson Hole, programmé du 27 au 29 août, constitue un rendez-vous majeur. Kevin Warsh y prononcera son premier grand discours en tant que président de la Fed. Le thème central de l’édition 2026 – « Innovation financière : implications pour les paiements et la politique » – doit lui permettre de préciser sa lecture des transformations structurelles, notamment le rôle de l’intelligence artificielle et de la déglobalisation dans la dynamique des prix et de la croissance.
Les marchés espèrent y trouver des indices sur la tolérance de Warsh à une inflation durablement au-dessus de 2 %, sur la vitesse à laquelle il entend réduire le bilan de la Fed, ainsi que sur le calendrier possible d’un futur resserrement ou, à plus long terme, d’un assouplissement.
À ce stade, le message qui transparaît des minutes de juillet et des déclarations publiques reste toutefois cohérent : tant que l’inflation ne donnera pas de preuves plus nettes d’un retour vers la cible, la Fed entend garder ouverte l’option d’un nouveau tour de vis, au risque d’accentuer la pression sur une économie déjà en ralentissement. Les inquiétudes croissantes à la Fed en juillet traduisent donc moins un emballement soudain qu’une prise de conscience progressive que la bataille contre l’inflation pourrait être plus longue et coûteuse que prévu.
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