Le ralentissement de l’inflation et la détente des taux interbancaires en 2026 se traduisent par un net recul du rendement du Livret d’Épargne Populaire (LEP), malgré le choix politique de maintenir son taux à 2,5 %. Si ce produit reste le seul livret réglementé offrant un rendement réel positif, les gains des épargnants s’érodent fortement par rapport aux années 2023 à 2025, obligeant les ménages modestes à repenser leurs stratégies d’épargne.
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Un taux maintenu à 2,5 % malgré la formule de calcul
Le LEP a connu en 2023 et 2024 des niveaux de rémunération exceptionnellement élevés, respectivement 6 % puis 4 %, avant d’amorcer une nette décrue. En 2025, son taux moyen s’est établi à 3,21 %, contre 5,93 % en 2023 et 4,67 % en 2024.
En 2026, la baisse se poursuit dans un contexte de retour à une inflation plus modérée et de recul des taux courts en zone euro. Le 1er février 2026, le taux du LEP est abaissé de 2,7 % à 2,5 %. L’application stricte de la formule réglementaire de la Banque de France, fondée sur la désinflation observée fin 2025, aurait conduit à un taux de 1,9 %. Les pouvoirs publics ont donc décidé d’ajouter 0,6 point de pourcentage pour atténuer le choc pour les épargnants.
Le 15 juillet 2026, le ministre de l’Économie annonce que le taux du LEP reste à 2,5 % dès le 1er août, malgré un taux théorique de 2,2 % calculé avec une inflation moyenne de 1,52 % et un €STR à 1,95 %. Cette décision, qui s’écarte de la formule de calcul, vise à soutenir le pouvoir d’achat des ménages modestes et à préserver l’attrait de l’épargne populaire.
Conséquence de ces arbitrages, le taux du LEP reste figé à 2,5 % pour tout le second semestre 2026, après un seul mois à 2,7 % en janvier. Le rendement moyen annuel ressort ainsi à 2,52 %, soit un net repli par rapport aux trois années précédentes.
Des rendements en forte baisse pour les épargnants
Cette baisse du taux se traduit par une réduction concrète des intérêts perçus, quelle que soit la taille du livret. Pour un LEP au plafond réglementaire de 10 000 euros (hors intérêts capitalisés), les intérêts annuels atteignent 252 euros en 2026, contre 321 euros en 2025, 467 euros en 2024 et 593 euros en 2023. L’écart est donc de 69 euros par rapport à 2025, de 215 euros par rapport à 2024 et de 341 euros par rapport à 2023.
Sur un LEP présentant un encours plus représentatif de la moyenne des titulaires, soit 6 902 euros fin 2025, les intérêts en 2026 s’élèvent à 173,92 euros, contre 221,57 euros un an plus tôt. La perte de revenu d’intérêts atteint 47,65 euros sur cette seule année.
L’écart de gain annuel en euros pour un solde de 1 500 euros sur un LEP entre 2025 et 2026, passant de 48,15 à 37,80 euros.
Un rendement réel encore positif, mais moins spectaculaire
Malgré cette contraction, le LEP demeure en 2026 le seul livret réglementé grand public offrant une protection intégrale contre l’inflation. Les projections de l’Insee et de l’OFCE situent l’inflation moyenne française entre 1,5 % et 1,8 % en 2026. Avec un taux nominal de 2,5 %, le rendement réel du LEP (taux nominal moins inflation) se situe donc dans une fourchette d’environ +0,5 à +1,2 point.
Le gain de pouvoir d’achat du LEP en 2026 serait comparable, voire supérieur à celui de 2023, où le taux moyen était de 5,93% et l’inflation de 4,85%, soit un rendement réel d’environ +1,08%. Ainsi, même si les intérêts bruts baissent, l’épargne populaire continue en 2026 à progresser légèrement plus vite que les prix.
En revanche, le Livret A reste en territoire de rendement réel négatif. Son taux, abaissé à 1,5 % le 1er février 2026, ne remonte qu’à 1,7 % à compter du 1er août, soit un niveau inférieur à l’inflation anticipée. Son rendement réel est estimé autour de -0,3 %, contre un différentiel de 0,8 point de pourcentage en faveur du LEP. Cela confirme la place du LEP comme instrument privilégié de protection du capital pour les ménages éligibles.
Une épargne populaire toujours attractive mais inégalement utilisée
Le rapport annuel de la Banque de France publié à l’été 2026 confirme que le LEP conserve une forte attractivité, malgré la décrue des taux. Entre 12,1 et 12,3 millions de livrets d’épargne populaire sont en cours, contre seulement 7 millions en 2020. Les encours ont atteint un record de 83,8 milliards d’euros à fin décembre 2025.
La progression des LEP s’explique par les rémunérations élevées passées et la hausse du plafond à 10 000 euros hors intérêts capitalisés. 44 % des LEP dépassent ce seuil légal uniquement via l’accumulation d’intérêts, et ces livrets saturés représentent environ 70 % des encours totaux, montrant que de nombreux titulaires maximisent l’utilisation de ce support sécurisé.
Pour autant, une partie très importante de la population éligible reste en dehors de ce dispositif. La Banque de France et la Direction générale des finances publiques estiment qu’en 2026, entre 30 et 31 millions de Français remplissent les critères d’accès au LEP. Le plafond de revenu fiscal de référence est fixé à 23 028 euros pour une part en métropole. La revalorisation de début 2026 porte ce seuil à 23 028 euros pour une personne seule et à 35 326 euros pour un couple (deux parts), selon un autre jeu de données, ce qui élargit théoriquement le public concerné.
Environ 18 millions de personnes éligibles n’ont pas ouvert de Livret d’Épargne Populaire (LEP), soit un taux de non-recours dépassant 40 %.
Tensions sur la collecte et repositionnement des livrets réglementés
La baisse significative du taux du Livret A à 1,5 % le 1er février 2026 a entraîné une forte vague de retraits. Entre janvier et mai 2026, plus de 5 milliards d’euros ont été retirés des Livret A et LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) en termes nets. Cette décollecte traduit l’insatisfaction d’une partie des épargnants face à un rendement devenu inférieur à l’inflation.
Au 1er août 2026, le LEP reste à 2,5 % tandis que le Livret A passe à 1,7 %, créant un différentiel de 0,8 point. Cette mesure vise à stabiliser la collecte d’épargne sans risque, en renforçant le rôle refuge du LEP pour les foyers modestes et en limitant les déplacements vers des placements non réglementés plus risqués.
Quelles stratégies pour les épargnants face à la baisse des taux ?
La baisse des rendements du LEP en 2026 oblige les ménages à réinterroger la place des livrets réglementés dans leur stratégie patrimoniale, en particulier lorsque leurs besoins de sécurité immédiate sont couverts.
Pour les épargnants éligibles, la priorité reste de remplir en premier lieu le LEP, dans la limite du plafond de 10 000 euros hors intérêts. Ce support, garanti par l’État, offre un rendement réel positif et constitue un socle d’épargne de précaution. Une fois ce plafond atteint, les versements supplémentaires peuvent se diriger vers le Livret A ou le LDDS, dont les plafonds respectifs de 22 950 euros et 12 000 euros offrent encore une capacité d’épargne liquide, même si leur rendement réel est légèrement négatif.
Les fonds en euros des contrats d’assurance-vie devraient offrir en 2026 des rendements moyens entre 2,65 % et 3,75 %, grâce au renouvellement des portefeuilles obligataires. Ces supports sont garantis en capital, mais soumis aux prélèvements sociaux, avec une fiscalité avantageuse après huit ans de détention.
Les comptes à terme permettent toujours de verrouiller un taux fixe sur une durée de un à cinq ans, même si leurs rendements se contractent sous l’effet de la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne. Certains livrets bancaires non réglementés jouent la carte de promotions ponctuelles, avec des taux bruts pouvant atteindre 4,5 % sur de courtes périodes, en contrepartie d’une fiscalité plus lourde (prélèvement forfaitaire unique).
Pour compenser la baisse des rendements sans risque, ces supports visent des performances cibles de 4,5 % à 7 %.
Sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) ou plateformes d’immobilier fractionné offrant des rendements de 4,5 % à 7 %.
Investissements en actions via un Plan d’Épargne en Actions (PEA) ou des unités de compte en assurance-vie, principalement via des ETF indiciels à faibles frais.
Dans ce cadre, plusieurs profils d’allocation sont évoqués par les experts : un profil prudent, maintenant une large part en livrets réglementés et fonds en euros ; un profil équilibré, combinant épargne de précaution, assurance-vie et immobilier de rendement ; et un profil plus audacieux, majoritairement investi en actions et en immobilier via PEA, ETF et supports en unités de compte, avec un horizon de 8 à 10 ans ou plus.
Un produit toujours clé pour les ménages modestes
La baisse des taux en 2026 marque la fin de la période exceptionnelle de rémunération du LEP, mais elle ne remet pas en cause son rôle central pour les foyers aux revenus modestes. Les décisions politiques de février et juillet 2026, en s’écartant à deux reprises de la formule de calcul, témoignent de la volonté des pouvoirs publics de préserver un rendement réel positif sur cette épargne.
Pour les épargnants, le message est double : le LEP reste le point de départ incontournable de toute stratégie d’épargne sécurisée lorsqu’on y a droit, mais sa baisse de rendement impose plus que jamais de hiérarchiser ses objectifs – sécurité, disponibilité, rendement – et de diversifier, au-delà de la seule épargne réglementée, dès lors que l’horizon et la situation financière le permettent.
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