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Barcelone : les Marocains dominent le marché immobilier en plein essor

par | Actualités
Publié le 26 août 2026

L’essor du marché immobilier autour de Barcelone s’accompagne d’un phénomène marquant : la montée en puissance des acheteurs marocains, désormais au cœur de la dynamique résidentielle en Catalogne. Dans un contexte de flambée des prix dans la capitale catalane et de report massif de la demande vers la périphérie, cette communauté s’impose comme l’un des principaux moteurs des transactions, notamment pour l’acquisition de résidences principales.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Des prix records à Barcelone qui poussent vers la périphérie

Les derniers indicateurs confirment que Barcelone traverse une phase de renchérissement historique de l’immobilier. En juillet 2026, le prix moyen de vente y a atteint 5 449 euros par mètre carré, un sommet jamais enregistré, en hausse de 6,8 % sur un an. L’indice Tinsa pour le deuxième trimestre 2026, qui agrège logements neufs et anciens, fait état d’une progression annuelle de 9,2 %, pour un prix moyen de 4 477 euros par mètre carré.

6700

À Sarrià-Sant Gervasi, les prix dépassent les 6 700 euros le mètre carré, marquant une hausse particulièrement forte dans les quartiers les plus prisés.

Sur le marché locatif, la pression reste également élevée. En juillet 2026, le loyer moyen proposé à Barcelone avoisinait 25,38 euros le mètre carré par mois. Ce niveau demeure très élevé malgré un léger recul par rapport au pic de 26,85 euros atteint en octobre 2025. Les observateurs attribuent cette stabilisation aux effets conjugués de la Ley de Vivienda espagnole et des mécanismes de plafonnement des loyers mis en place en Catalogne.

Face à ces coûts, ménages locaux et acheteurs étrangers se tournent massivement vers les communes de la couronne barcelonaise. Selon les données publiées à l’été 2026, plusieurs municipalités de la périphérie affichent désormais une pression de la demande supérieure à celle de la capitale, portée par des recherches de logements plus spacieux et meilleur marché.

Vilafranca del Penedès, symbole du report de la demande

Vilafranca del Penedès illustre ce basculement. Située dans la province de Barcelone, cette ville a vu ses prix bondir de près de 31 % entre juin 2025 et mai 2026. Le prix moyen y atteint 1 861 euros le mètre carré, soit environ 39 % du niveau barcelonais. Le coût médian d’un bien y est de 184 257 euros, contre presque 400 000 euros dans la capitale catalane.

Bon à savoir :

Les logements vendus à Vilafranca del Penedès sont en moyenne plus grands (99 m²) que ceux de Barcelone (83 m²). Combinée à des prix nettement plus bas, cette différence de surface attire de plus en plus d’acheteurs en quête d’espace et d’accessibilité.

Cette ruée vers la périphérie ne va toutefois pas sans conséquence : les loyers et les prix d’achat y progressent rapidement, avec un loyer mensuel moyen qui s’approche désormais des 900 euros dans l’ensemble de la grande couronne catalane. Les autorités et les analystes parlent d’un phénomène de diffusion de la tension immobilière, depuis Barcelone vers les marchés secondaires.

Les Marocains, pilier des transactions étrangères en Espagne et en Catalogne

Dans ce contexte de recomposition géographique du marché, les acheteurs marocains se détachent nettement. Les statistiques du Conseil général du notariat et du Collège des registraires montrent qu’en 2025, les ressortissants marocains ont réalisé 10 808 acquisitions immobilières en Espagne. Ils représentaient alors 7,7 % de l’ensemble des acheteurs étrangers, un niveau quasi équivalent à celui des Britanniques (7,8 %), traditionnellement en tête de ce marché.

1606

Au deuxième trimestre 2026, les Marocains ont acheté 1 606 logements en Espagne, soit une progression de 20,2 % sur un an.

Les Marocains se classent désormais parmi les premières nationalités d’acheteurs de biens en Espagne, derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas, dont les parts se situent entre 7 et 8 % du marché étranger. Mais ils se distinguent surtout par leur profil : 98 % d’entre eux sont des résidents déjà installés dans le pays, ce qui en fait les principaux acquéreurs parmi les étrangers résidents, avec 12,1 % des opérations à l’échelle nationale.

En Catalogne, cette tendance est encore plus marquée. Les Marocains y concentrent autour de 11,2 % des transactions réalisées par des étrangers résidents, ce qui les place juste derrière les Italiens, à 11,8 %. La région reste l’un des territoires privilégiés pour leur installation et leurs projets familiaux.

Barcelone et sa périphérie, nouveau centre de gravité pour la diaspora marocaine

Dans la province de Barcelone, la présence marocaine dans l’immobilier résidentiel s’est affirmée au fil des derniers trimestres. Un rapport publié en août 2026, basé sur les ventes conclues entre juin 2025 et mai 2026, met en évidence la montée en puissance de cette communauté dans les communes périphériques.

Exemple :

À Vilafranca del Penedès, les Marocains sont devenus la première nationalité étrangère parmi les acheteurs, devant les Italiens et les Bangladais. Ils profitent de l’écart de prix avec Barcelone tout en accédant à des logements plus grands. Cette stratégie d’implantation dans les zones suburbaines en cours de revalorisation se retrouve à travers la Catalogne, où la diaspora marocaine privilégie l’achat d’appartements familiaux dans des communes bien connectées mais plus abordables que la capitale.

Contrairement aux acheteurs nord-européens, qui visent souvent des résidences secondaires, des biens destinés à la location touristique ou des produits haut de gamme, les acquéreurs marocains achètent avant tout pour se loger. Leurs opérations s’inscrivent majoritairement dans un projet de stabilisation durable, avec une forte priorité accordée à la résidence principale.

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Le prix moyen au mètre carré payé par l’ensemble des acheteurs étrangers en Espagne, contre environ 770 euros pour les Marocains.

Pour les Marocains, plus de 85 % des achats concernent des logements anciens, souvent situés dans des villes de l’intérieur ou du sud de l’Espagne, ou dans des agglomérations périphériques comme celles de l’aire de Barcelone. Cette préférence pour les biens existants et les zones moins centrales permet d’accéder à la propriété à moindre coût, mais contribue aussi à la revalorisation progressive de ces marchés secondaires.

Un cadre réglementaire qui favorise les ménages plutôt que les grands investisseurs

Le renforcement du rôle des acheteurs marocains s’inscrit également dans un environnement réglementaire en mutation. L’Espagne a supprimé au début de 2025 le volet immobilier de son programme de « Golden Visa », qui accordait une résidence automatique aux investisseurs achetant un bien de plus de 500 000 euros. La loi organique 1/2025 a mis fin à ce dispositif, limitant l’accès des gros investisseurs non résidents, y compris certains clients fortunés marocains orientés vers l’immobilier de luxe.

Attention :

La réforme a recentré le marché sur les acheteurs résidents ou les stratégies patrimoniales classiques, correspondant au profil de la diaspora marocaine en Espagne, tandis que le Parlement catalan examine depuis juillet 2026 une modification de la législation urbaine pour restreindre l’action des grands propriétaires.

Le projet de loi prévoit d’interdire aux « grands tenanciers », définis comme les détenteurs de cinq logements ou plus, d’acheter des appartements individuels dans 271 communes catalanes classées comme « zones tendues », où se concentre environ 90 % de la population. Cette mesure cherche à freiner la spéculation des fonds d’investissement et des gros acteurs institutionnels, tout en laissant le champ libre aux « petits propriétaires », c’est-à-dire les ménages disposant de moins de cinq biens. De fait, ce dispositif est susceptible de favoriser l’accès à la propriété des familles issues de l’immigration, dont de nombreux foyers marocains, particulièrement présents dans ces zones urbaines et périurbaines.

Une diaspora courtisée, entre investissement local et projets au Maroc

La montée en puissance des acheteurs marocains à Barcelone et dans sa périphérie s’accompagne d’une nouvelle forme de reconnaissance institutionnelle. Du 26 au 28 juin 2026, la ville a accueilli l’« Al Omrane Expo – Marocains du Monde », un salon international organisé par le groupe public marocain Al Omrane. L’objectif : présenter aux membres de la diaspora installés en Catalogne des opportunités d’investissement immobilier au Maroc, notamment via le dispositif « Daam Sakane », un programme d’aide directe à l’acquisition de logements.

1 million

Près d’un million de résidents marocains au niveau national illustre le double ancrage de cette population entre l’Espagne et le Maroc.

Alors que les prix barcelonais atteignent des records et que la tension se propage aux villes de la périphérie, l’importance numérique et économique de cette communauté pèse de plus en plus sur les équilibres urbains. En contribuant à la demande dans des communes en pleine revalorisation comme Vilafranca del Penedès, les Marocains participent à la recomposition géographique du marché immobilier catalan, tout en cherchant avant tout à assurer un logement stable à leur famille.

Dans un marché marqué par le recul des achats nationaux et la montée des contraintes réglementaires pour les grands investisseurs, les ménages de la diaspora s’imposent ainsi comme des acteurs centraux du nouveau cycle immobilier autour de Barcelone.

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