L’explosion des loyers bouscule profondément la carte du Portugal. Derrière les moyennes nationales, le pays se fragmente entre métropoles inabordables, littoral sous pression touristique et intérieur encore relativement accessible mais rattrapé à grande vitesse. Comprendre cette géographie des prix est devenu indispensable, autant pour les ménages portugais que pour les étudiants, expatriés ou investisseurs.
Loyer médian national en euros par mètre carré, après un pic historique à 17 €/m² à l’automne 2025.
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Un marché national en surchauffe, derrière un léger reflux de la médiane

Au début de 2026, les indicateurs donnent l’impression d’un début de stabilisation. Le loyer médian demandé tourne autour de 16,3–16,4 €/m², en léger recul par rapport au record de 17 €/m² atteint en octobre 2025. Plusieurs mois consécutifs de baisse des loyers annoncés laissent croire à une accalmie.
Cette impression est trompeuse. D’un côté, les statistiques de l’Institut national de la statistique (INE) sur les nouveaux contrats déclarés au fisc affichent une médiane d’environ 9,50 €/m² (149 690 contrats à mars 2026), tirée vers le bas par des baux anciens, familiaux, ou des logements ruraux. De l’autre, les annonces en ligne sur les grands portails comme Idealista indiquent 16,3 €/m² en juin 2026. L’écart entre ces deux mondes atteint de +15 % à +58 % selon les villes.
L’OCDE tire la sonnette d’alarme : l’accessibilité au logement s’est effondrée, une part importante des ménages peine à acheter, louer, rembourser un crédit ou simplement améliorer un habitat dégradé. Les jeunes travailleurs et les moins de 40 ans sont clairement identifiés comme les premières victimes de cette crise.
Lisbonne, Porto et le littoral : l’épicentre de la tension

La fracture régionale apparaît nettement lorsqu’on regarde les grandes villes. Lisbonne reste de loin le marché locatif le plus cher du pays, avec un loyer médian autour de 21,8–22 €/m² selon les différentes séries de données de 2026. Porto suit, à environ 16,4–16,8 €/m², puis viennent Faro/Algarve, Funchal ou Setúbal.
Pour mesurer concrètement ce que cela signifie, il suffit d’estimer le coût d’un logement standard. Le tableau ci-dessous résume les loyers médians par mètre carré et le loyer théorique pour un appartement de 85 m² dans plusieurs grandes villes.
| Ville | Loyer médian (€/m²) | Loyer estimé 85 m² (€/mois) |
|---|---|---|
| Lisbonne | 21,8 | 1 853 |
| Funchal | 16,9 | 1 437 |
| Porto | 16,4 | 1 394 |
| Faro | 14,6 | 1 241 |
| Setúbal | 13,9 | 1 182 |
| Évora | 12,9 | 1 097 |
| Castelo Branco | 7,4 | 629 |
| Viseu | 7,6 | 646 |
| Leiria | 9,2 | 782 |
| Santarém | 9,4 | 799 |
À Lisbonne, un appartement de 100 m² se loue souvent au‑delà de 1 500 €, et un T2 standard coûte entre 1 700 et 2 200 € par mois. À Porto, les T2 se négocient généralement entre 1 400 et 1 850 €. En Algarve, un deux‑pièces près de la côte demande fréquemment 1 200 à 1 600 €. À l’inverse, dans des villes intérieures comme Viseu ou Évora, un T2 se situe plutôt entre 500 et 700 €, parfois 700 à 1 000 € dans des villes universitaires comme Braga ou Coimbra.
Le visage des inégalités territoriales : 25 communes « abordables » face aux côtes dorées

En miroir des grandes villes, une liste de 25 communes se détache comme les plus abordables du pays. Toutes affichent un loyer médian inférieur à 11 €/m² et, pour 15 d’entre elles, il reste possible de louer théoriquement 100 m² pour moins de 1 000 € par mois. Castelo Branco, avec un médian à 7,4 €/m², arrive en tête de ce classement.
| Rang | Commune | Loyer médian (€/m²) | Loyer estimé 100 m² (€/mois) |
|---|---|---|---|
| 1 | Castelo Branco | 7,4 | 740 |
| 2 | Bragança | 7,5 | 750 |
| 3 | Viseu | 7,7 | 770 |
| 4 | Santa Maria da Feira | 8,1 | 810 |
| 5 | Barcelos | 8,3 | 830 |
| 6 | Vila Nova de Famalicão | 8,6 | 860 |
| 7 | Figueira da Foz | 9,0 | 900 |
| 8 | Covilhã | 9,0 | 900 |
| 9 | Ovar | 9,2 | 920 |
| 10 | Leiria | 9,3 | 930 |
| 11 | Esposende | 9,3 | 930 |
| 12 | Tomar | 9,6 | 960 |
| 13 | Valongo | 9,8 | 980 |
| 14 | Santarém | 9,8 | 980 |
| 15 | Alenquer | 9,9 | 990 |
| 16 | Caldas da Rainha | 10,0 | 1 000 |
| 17 | Alcobaça | 10,1 | 1 010 |
| 18 | Braga | 10,1 | 1 010 |
| 19 | Viana do Castelo | 10,2 | 1 020 |
| 20 | Espinho | 10,2 | 1 020 |
| 21 | Vila do Conde | 10,5 | 1 050 |
| 22 | Lourinhã | 10,5 | 1 050 |
| 23 | Gondomar | 10,5 | 1 050 |
| 24 | Guimarães | 10,8 | 1 080 |
| 25 | Ílhavo | 10,9 | 1 090 |
Ce tableau dessine une autre géographie : beaucoup de ces communes se situent dans le Centre ou le Nord intérieur, parfois en périphérie de pôles plus chers (Gondomar près de Porto, Alenquer dans l’orbite de Lisbonne). Elles incarnent une forme de « ceinture d’ajustement » : on y vit encore pour moins de 10 €/m², mais les hausses y sont parfois parmi les plus rapides.
Le loyer médian de Bragança a augmenté de 23,2 % en 2026, reflétant la forte hausse des coûts dans cette ancienne capitale de district.
Les métropoles restent les plus chères, mais l’onde de choc se propage vers les villes moyennes du nord et du centre, qui deviennent les « plans B » d’une classe moyenne évincée des centres littoraux.
L’intérieur abordable : un refuge sous pression

À première vue, les régions intérieures – Centre, Alentejo, nord-est – constituent le dernier refuge pour les ménages portugais. Dans ces territoires, de nombreuses villes affichent encore des loyers médians compris entre 6 et 9 €/m². Les estimations de coût pour un T2 de 75 m² montrent un fossé spectaculaire par rapport à Lisbonne.
| Ville / Région | Médiane INE (€/m²) | Loyer estimé T2 75 m² (€/mois) | Indice annonces (€/m²) |
|---|---|---|---|
| Lisbonne | 17,22 | ~1 280 | 21,8 |
| Porto | 14,29 | ~950 | 16,4 |
| Faro | 9,80 | ~704 | 15,2 |
| Coimbra | 9,35 | ~691 | 13,0 |
| Braga | 8,57 | ~625 | 10,1 |
| Viseu | 6,72 | ~519 | 7,7 |
| Covilhã | 6,09 | ~472 | 9,0 |
| Castelo Branco | 5,34 | ~412 | 7,4 |
| Bragança | 4,74 | ~374 | 7,5 |
On constate deux choses. D’abord, pour qui accepte de s’éloigner de Lisbonne, de Porto et des littoraux touristiques, on peut encore se loger pour 400 à 700 € par mois dans un T2 correct. Ensuite, même dans ces zones « bon marché », le prix réellement payé par un nouveau locataire se rapproche souvent du niveau des annonces (colonne de droite), nettement plus élevé que la médiane INE.
À Castelo Branco, les annonces du marché affichent environ 7,4 €/m² pour des logements comparables, soit près de 39 % de plus que la médiane officielle de 5,34 €/m².
Même logique à Covilhã, Figueira da Foz, Beja ou Lagoa : les pourcentages de hausse, souvent compris entre 10 % et 24 % d’une année sur l’autre, rapprochent graduellement ces marchés intérieurs des niveaux côtiers qu’ils étaient censés offrir en alternative.
La pression touristique et l’ombre portée de l’« alojamento local »

L’un des moteurs les plus puissants de la flambée des loyers sur les côtes et dans les centres historiques tient à la multiplication des locations de courte durée, l’« alojamento local » (AL), et à l’explosion du tourisme aérien. Le Portugal compte plus de 100 000 établissements de ce type enregistrés, et dans certains quartiers touristiques, ils représentent jusqu’à 20 % du parc de logements.
Lisbonne a instauré des « zones de contention » où le rapport entre AL et résidences permanentes dépasse des seuils jugés intolérables. Au‑delà de 10 %, un quartier est classé en « zone de contention absolue » : de nouvelles licences y sont pratiquement interdites. Entre 5 % et 10 %, il est en « contention relative », avec des restrictions fortes pour les nouvelles autorisations. La ville a même défini un règlement municipal spécifique pour encadrer la croissance de l’AL, avec quelques assouplissements pour la location de chambres dans la résidence principale du propriétaire.
Porto distingue des zones de contention (Santo Ildefonso, Sé, Miragaia, São Nicolau, Vitória) où les nouvelles licences sont très limitées, et des zones de « croissance durable » (Aldoar, Bonfim, Campanhã, Cedofeita, Foz do Douro, etc.) où l’activité reste possible mais encadrée. La municipalité doit y maintenir à jour le ratio de pression touristique et un plafond de nouvelles inscriptions.
Au niveau national, la vague de nettoyage administratif dans les fichiers AL est spectaculaire. Entre décembre 2025 et avril 2026, environ 7 000 enregistrements ont été annulés, faisant passer le total d’environ 126 000 à 119 000. Dans la seule capitale, 6 700 licences ont disparu en quelques mois, soit une chute de 36 % du nombre d’AL, qui se stabilise autour de 11 800 unités, concentrées en grande majorité dans le centre historique.
Nombre de licences nationales envisagé après révision, soit une réduction d’environ un tiers par rapport au pic récent.
Cette politique n’est pas seulement dictée par la colère des habitants. Une étude relayée par l’ONG environnementale Zero montre que la croissance continue des arrivées touristiques par avion pourrait ajouter en moyenne 193 € par an à la facture des nouveaux baux dans les zones les plus exposées, entre 2026 et 2031. Ce surcroît de revenu locatif, concentré sur les quartiers touristiques, ne bénéficie pas aux salariés locaux, mais il renforce la pression sur le marché et détourne des investissements productifs. Les projections évoquent une baisse de 0,5 % de l’investissement des entreprises sur la période, soit un manque à gagner de l’ordre de 200 millions d’euros par an.
Au Parlement européen, la proportion de logements transformés en hébergements touristiques au Portugal est jugée « alarmante », et la crise du logement elle‑même qualifiée de « grave ». Les députés européens insistent désormais sur la nécessité de trouver un équilibre entre tourisme et offre de logements abordables.
Jeunes, classes moyennes, immigrés : les premiers perdants de la flambée des loyers

Les chiffres globaux cachent des parcours de vie bouleversés. Lorsque les loyers absorbent une part démesurée du revenu, l’effet dépasse le simple inconfort budgétaire. En Espagne, dans des agglomérations comme Madrid ou Barcelone, un ménage moyen consacre près de 75 % de son revenu au loyer ; la Banque d’Espagne estime que quatre locataires sur dix y dépensent plus de 45 % de leur salaire pour se loger, ce qui les place en zone de précarité et d’exclusion potentielle. Le Portugal suit une trajectoire similaire, avec des salaires plus faibles.
À Lisbonne, un T1 se loue couramment au-delà de 1 100 €, soit plus de 110 % du salaire moyen local. Cela rend de facto impossible pour un travailleur moyen de vivre seul, poussant des milliers de jeunes vers la colocation, des logements surpeuplés ou de mauvaise qualité, ou à s’installer à plus de 100 kilomètres de leur travail, au prix de plusieurs heures de transports quotidiennes.
Le phénomène du « retour au foyer parental » prend de l’ampleur : en 2026, près de 32 % des moins de 35 ans qui avaient quitté le domicile de leurs parents y sont revenus, faute de pouvoir supporter un loyer ou un remboursement de crédit. Plus largement, environ 28,5 % des déménagements de locataires sont motivés par l’incapacité à accepter la hausse de loyer exigée au moment du renouvellement de bail. Il ne s’agit pas de contentieux judiciaires spectaculaires : beaucoup de ménages quittent leur logement de manière « silencieuse » lorsque l’augmentation dépasse leurs moyens.
Les immigrés cumulent les difficultés. Ils peinent davantage à trouver un garant, à prouver une stabilité d’emploi ou un historique de paiement sans retard, autant de critères souvent exigés par les propriétaires. Dans un marché où la demande solvable est amplifiée par les revenus étrangers, ces ménages se retrouvent relégués dans les segments les plus précaires du parc immobilier.
Le prix moyen au mètre carré à Lisbonne intra-muros, exprimé en euros, dépasse largement le pouvoir d’achat des classes moyennes locales.
L’OCDE souligne que cette crise du logement est aussi un problème économique : quand étudiants, jeunes diplômés ou travailleurs essentiels ne peuvent plus se loger près des centres d’emploi, ce sont la productivité et l’attractivité des villes qui reculent. Lisbonne et Porto, où les loyers ont bondi de plus de 70 % en cinq ans, voient désormais certains talents renoncer à s’y installer, malgré la vitalité culturelle et le dynamisme économique.
Une architecture de régulation en recomposition rapide

Face à cette pression, le cadre réglementaire change à grande vitesse, parfois dans des directions contradictoires. Sous le gouvernement socialiste précédent, une règle limitait à 2 % la hausse possible du loyer lorsqu’un propriétaire signait un nouveau contrat dans un logement déjà loué au cours des cinq années précédentes. L’objectif était clair : empêcher les résiliations de baux à bas prix pour relouer immédiatement beaucoup plus cher. Cette « barrière de 2 % » devait théoriquement rester en vigueur jusqu’en 2029.
En 2026, un gouvernement de centre droit met fin à l’encadrement des loyers trois ans avant son échéance initiale. La suppression, approuvée en Conseil des ministres le 9 juillet 2026 puis présentée au Parlement, vise à restaurer la liberté contractuelle et la confiance des propriétaires pour augmenter l’offre locative. Toutefois, les hausses restent régulées : le coefficient de révision annuelle est fixé à environ 2,24 % pour 2026 (selon l’inflation de l’INE), et des plafonds d’environ 3 % sont maintenus dans les zones de forte pression.
Le même paquet législatif introduit des mesures qui facilitent les expulsions pour impayés, en abaissant le seuil déclenchant une procédure de trois à deux mois de retard, et en considérant qu’un locataire qui paie avec plus de huit jours de retard à plusieurs reprises peut voir son bail fragilisé. Les propriétaires obtiennent aussi le droit de refuser la première reconduction automatique du contrat, de demander jusqu’à trois mois de loyer d’avance, et le plafonnement des dépôts de garantie à deux mois de loyer est supprimé.
Montant maximal mensuel, en euros, que le Fonds d’urgence pour le logement peut couvrir pour les ménages menacés d’expulsion.
Parallèlement, un autre chantier très sensible concerne les anciens baux signés avant 1990. Le nouveau régime divise les locataires en quatre groupes selon l’âge et le revenu du ménage (seuil de 64 400 € annuels). Les moins de 65 ans à revenus modestes voient leur loyer gelé pendant cinq ans lors du passage au nouveau régime urbain (NRAU), avec seules les revalorisations annuelles légales. Ceux qui dépassent ce seuil peuvent en revanche subir une mise à niveau immédiate de leur loyer jusqu’à l’équivalent de 1/15e de la valeur patrimoniale fiscale du bien (VPT). Pour les plus de 65 ans, le bail reste théoriquement sous l’ancien régime, mais ceux dont le revenu dépasse 64 400 € peuvent également voir leur loyer recalculé jusqu’à 1/15e du VPT.
Cette logique vise à faire converger progressivement les loyers les plus anciens vers les valeurs du marché, tout en maintenant une protection renforcée pour les seniors et les ménages modestes. Elle suscite toutefois la crainte de hausses brutales pour certains locataires de longue date, notamment dans les centres historiques où les valeurs fiscales sont élevées.
La stratégie fiscale : encourager les loyers « modérés » et cibler l’investissement

Un autre volet de la réponse gouvernementale passe par la fiscalité. Le programme logement 2026, adopté par décret‑loi 97/2026, orchestre une série de mesures sur la TVA, l’impôt sur le revenu, l’impôt municipal sur les transmissions (IMT) et l’imposition des plus‑values, avec un objectif affiché : augmenter l’offre de logements dans la tranche de prix dite « modérée ».
Ce montant en euros correspond au plafond mensuel du loyer modéré en 2026, soit 2,5 fois le salaire minimum, pour bénéficier d’avantages fiscaux.
Deux nouveaux régimes sont créés : un régime simplifié d’« arrendamento acessível », qui impose aux propriétaires un loyer maximal calculé à partir d’une fraction des loyers médians INE de la commune, et un régime de contrats d’investissement pour la location, combinant avantages fiscaux et obligations de mise en location pendant une certaine durée. Pour les jeunes acheteurs, un dispositif « IMT Jovem » supprime l’IMT et la taxe de timbre pour l’achat d’une première résidence principale jusqu’à 330 539 €.
L’objectif est de déplacer le centre de gravité du marché vers un segment intermédiaire, ni logement social ni haut de gamme déconnecté des revenus locaux, en proposant une offre « abordable » dans les grandes agglomérations. Toutefois, il reste à vérifier si les gains fiscaux suffiront à convaincre des propriétaires qui peuvent espérer des rendements élevés en location touristique ou en vente à des non-résidents.

Derrière les chiffres et les lois, une même mécanique est à l’œuvre dans de nombreuses villes portugaises : la combinaison de salaires nationaux bas, d’une forte demande étrangère et d’un développement touristique rapide entraîne une gentrification accélérée des quartiers centraux.
Les commerces traditionnels cèdent la place à des cafés de spécialité, galeries, boutiques de créateurs ou restaurants gastronomiques. La population locale à revenu modeste est progressivement poussée hors des centres, remplacée par des ménages plus aisés, souvent internationaux. Ce mouvement, observable dans toute l’Europe, est particulièrement brutal au Portugal, où la population est très concentrée et les salaires nettement inférieurs à ceux de l’Europe du Nord.
Le programme des « Golden Visa », qui a longtemps permis d’obtenir une résidence en échange d’un investissement immobilier, a contribué lui aussi à la pression dans les quartiers les plus prisés, qu’il s’agisse du centre historique de Lisbonne, de la Baixa de Porto ou des stations balnéaires de l’Algarve. Même si ce dispositif a été resserré, son héritage se lit encore dans les prix, notamment sur les segments haut de gamme.
Rendement brut minimal encore obtenable par les investisseurs sur les marchés immobiliers des villes moyennes portugaises comme Braga ou Coimbra.
Enjeux régionaux : vers une nouvelle géographie du Portugal ?

L’augmentation record des loyers au Portugal ne se résume pas à une crise lisboète : elle redessine la géographie du pays. Trois grands ensembles se distinguent.
Le premier regroupe Lisbonne, Porto, certaines périphéries aisées (Cascais, Oeiras, Vila Nova de Gaia) et les grands pôles touristiques du littoral (Algarve, Funchal, zones côtières de l’Alentejo). Ici, les loyers flirtent avec 20 à 22 €/m², les prix d’achat dépassent souvent 4 000 €/m², et la compétition est intense entre résidents locaux, touristes, télétravailleurs étrangers et investisseurs. La priorité politique y est d’arbitrer entre tourisme et droit au logement, de contenir l’AL, et de tenter de préserver une mixité sociale qui menace de disparaître.
Dans ces villes moyennes régionales comme Braga ou Coimbra, le loyer au mètre carré peut atteindre 13 €, reflétant une pression qui se déplace parfois plus vite qu’à Lisbonne ou Porto.
Le troisième ensemble correspond au Portugal intérieur profond : districts de Guarda, Bragança, Portalegre, zones rurales de l’Alentejo ou du Centre. Les loyers y descendent encore à 6–7 €/m², voire moins, et les prix d’achat peuvent tomber sous les 1 000 €/m². Ces régions offrent de l’espace et des coûts faibles mais manquent de transports, d’emplois qualifiés, de dynamisme démographique. Les autorités espèrent que la crise des loyers sur la côte incitera une partie des ménages et des entreprises à s’y installer, mais la marche est haute en termes d’infrastructures et de services publics.
Dans un contexte contrasté, préserver la possibilité de vivre dans les grandes villes du Portugal pour les travailleurs, étudiants, soignants, enseignants, créateurs et personnels d’entretien demeure crucial. Tant que l’écart entre revenus locaux et loyers restera majeur, chaque hausse minime au mètre carré entraînera des milliers de projets reportés, des cohabitations forcées et des trajets quotidiens allongés.
Les réponses actuellement mises en œuvre – plafonds partiels, incitations fiscales, encadrement de l’AL, fonds d’urgence, modulation des règles pour les anciens baux – dessinent un compromis fragile entre le soutien au tourisme, la sécurité juridique des propriétaires et la protection des locataires. Mais elles ne suffisent pas encore à inverser le cœur du problème, que les données résument brutalement : dans une grande partie du Portugal côtier et métropolitain, le logement est devenu trop cher pour les salaires portugais.
Tant que cette équation restera inchangée, l’augmentation record des loyers continuera de creuser les lignes de fracture régionales et sociales, et la « carte des opportunités » du pays s’éloignera un peu plus de sa carte démographique actuelle. La crise des loyers n’est pas qu’une affaire de mètres carrés : c’est la question de savoir qui peut encore vivre où, et à quelles conditions.
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