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Visa doré au Portugal : l’attrait croissant des investisseurs américains malgré les nouvelles contraintes

par | Actualités
Publié le 23 août 2026

Le programme de Visa doré au Portugal, officiellement baptisé « Autorização de Residência pour Atividade de Investimento » (ARI), continue en 2026 de séduire massivement les investisseurs américains, malgré une série de réformes juridiques et fiscales qui ont durci l’accès à la nationalité et fermé la voie historique de l’immobilier. Les citoyens des États-Unis constituent désormais la première nationalité au sein de ce dispositif de résidence par investissement, représentant environ 20 à 30 % des approbations selon les périodes, soit près d’un tiers des bénéficiaires.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un programme toujours prisé, mais profondément remanié

Au cœur de l’attrait pour le Visa doré figure la possibilité d’obtenir un droit de résidence au Portugal avec une obligation de présence physique très limitée : sept jours par an en moyenne, ou quatorze jours sur deux ans. Cette souplesse distingue nettement l’ARI des autres titres de séjour portugais, comme les visas D7 (revenus passifs) ou D8 (nomades numériques), qui exigent une présence continue de plusieurs mois par an.

Bon à savoir :

En 2026, le dispositif de résidence au Portugal reste inchangé pour le titre renouvelable, l’accès à l’espace Schengen et la résidence permanente après cinq ans. Toutefois, l’accès final à la citoyenneté et au passeport portugais est fortement restreint, ce qui a modifié la stratégie des candidats, notamment américains.

Fin de la voie immobilière et nouvelles options d’investissement

L’un des tournants majeurs pour le Visa doré est intervenu fin 2023 avec la loi « Mais Habitação », qui a mis fin de manière définitive à la possibilité d’obtenir l’ARI par l’achat direct ou indirect de biens immobiliers, ou de fonds liés à l’immobilier. Cette suppression visait à limiter la pression de l’investissement étranger sur le marché du logement.

Depuis lors, les investisseurs n’ont plus accès à la brique comme canal d’éligibilité et doivent se tourner vers deux grandes options encore ouvertes :

500000

Montant minimum en euros requis pour souscrire à des fonds de capital-risque régulés par la CMVM au Portugal.

Pour les investisseurs américains, la souscription à des fonds de capital-risque est devenue la voie dominante. La pratique s’est rapidement structurée : aux États-Unis, de plus en plus de professionnels conseillent de mobiliser des fonctions spécifiques comme les Self-Directed IRAs (SDIRAs) pour investir, à hauteur de 500 000 euros, dans ces fonds portugais éligibles. Parallèlement, les banques portugaises ont adapté leurs procédures de conformité afin de permettre la conversion de cryptomonnaies en euros pour financer ces souscriptions.

Réforme de la nationalité : un horizon allongé à dix ans

La principale nouveauté de 2026 pour les titulaires du Visa doré est la réforme de la loi sur la nationalité, entrée en vigueur le 19 mai 2026. La Lei Orgânica n.º 1/2026, adoptée par le Parlement à une large majorité et promulguée le 3 mai par le président António José Seguro, a doublé la durée de résidence requise pour de nombreux étrangers.

Attention :

Le délai légal pour demander la nationalité portugaise est porté à dix ans pour les ressortissants de pays tiers (dont les Américains), et à sept ans pour les citoyens de l’UE et des pays lusophones (CPLP). Ce délai est désormais calculé à partir de la date d’émission physique de la première carte de séjour, et non plus du dépôt de la demande.

Or, les délais administratifs à l’Agence pour l’intégration, les migrations et l’asile (AIMA) sont importants : l’émission des premières cartes peut prendre entre 12 et 24 mois. Concrètement, pour un nouvel investisseur américain, l’horizon d’obtention d’un passeport portugais se situe désormais autour de 11 à 12 ans, en tenant compte de ces retards. En revanche, la possibilité d’obtenir la résidence permanente au bout de cinq ans n’a pas été touchée par la réforme.

Astuce :

Une pétition citoyenne a été déposée à la mi-août 2026 sur le site du Parlement portugais, réclamant un régime transitoire pour protéger ceux qui avaient engagé leurs démarches sous la promesse des cinq ans. La perception d’une réforme quasi rétroactive est jugée injuste par de nombreux résidents déjà installés.

Un intérêt américain structuré par la fiscalité et la flexibilité

Si le rallongement du chemin vers la citoyenneté a refroidi certains candidats, l’ARI conserve des atouts décisifs, notamment pour les investisseurs américains sensibles à la fiscalité internationale et à la diversification géopolitique.

Résidence de fait au Portugal, résidence fiscale ailleurs

L’obtention du Visa doré n’entraîne pas automatiquement la résidence fiscale au Portugal. C’est un point central pour de nombreux investisseurs américains. Tant qu’un titulaire ne dépasse pas 183 jours de présence par an et ne dispose pas de foyer permanent principal dans le pays, il n’est pas considéré comme résident fiscal portugais. Dans ce cas, il n’est imposé au Portugal que sur ses revenus de source portugaise.

La majorité des détenteurs du Visa doré, y compris les Américains, choisissent de rester fiscalement rattachés à leur pays d’origine, en séjournant au Portugal uniquement le minimum légal, souvent 14 jours tous les deux ans. Ils bénéficient ainsi de la liberté de circulation en Europe sans bouleverser leur situation fiscale domestique.

Bon à savoir :

Depuis 2025, l’ancien statut de résident non habituel (RNH/NHR) est remplacé par l’IFICI (« NHR 2.0 »). Ce dispositif vise les profils hautement qualifiés (chercheurs, ingénieurs, cadres technologiques, innovants ou scientifiques) et leur offre, pendant dix ans, un taux forfaitaire de 20 % sur les revenus professionnels de source portugaise issus d’activités éligibles. La plupart des revenus passifs étrangers (dividendes, intérêts, plus-values, redevances, loyers hors Portugal) restent exonérés d’impôt portugais sur cette période.

Ce régime est toutefois plus restrictif que le RNH, notamment pour les retraités : les pensions étrangères ne bénéficient plus d’exonération et sont soumises à l’impôt progressif portugais (de 14,5 % à 48 % en 2026). Les demandes d’inscription à l’IFICI doivent être déposées avant le 15 janvier de l’année suivant l’installation en tant que résident fiscal.

Avantages fiscaux sur les fonds d’investissement

Pour les investisseurs non-résidents fiscaux au Portugal, les fonds de capital-risque éligibles au Visa doré présentent un avantage supplémentaire : les plus-values issues de la cession ou du rachat des parts sont totalement exonérées d’impôt portugais pour les non-résidents. Les distributions de dividendes réalisées par ces fonds à des contribuables non-résidents bénéficient, en général, d’une retenue à la source très faible voire nulle, souvent entre 0 % et 10 %, selon la structuration du fonds et les conventions fiscales de non double-imposition. Les résidents de juridictions considérées comme paradis fiscaux sont toutefois exclus de ces avantages.

Bon à savoir :

Ce cadre combine l’absence d’impôt annuel sur la fortune et un droit de succession avantageux : exonération totale pour le conjoint, les ascendants et les descendants, et seulement 10 % de droits de timbre pour les autres héritiers. Cela renforce l’intérêt d’un montage patrimonial via le Visa doré pour les Américains fortunés.

Flux de capitaux : retraits accrus, mais afflux net toujours massif

Les modifications de la loi sur la nationalité ont engendré des mouvements sensibles de capitaux dans les fonds éligibles à l’ARI. Selon l’APFIPP (Association portugaise des fonds d’investissement, de pension et de patrimoine), 94,7 millions d’euros ont été retirés des fonds compatibles avec le Visa doré entre janvier et mai 2026, soit plus du double des rachats enregistrés sur l’ensemble de l’année 2025 (45,3 millions d’euros).

283

Le montant des nouvelles souscriptions en millions d’euros sur la période, malgré une vague de retraits.

Des stratégies de diversification sectorielle et monétaire

Privés de l’immobilier comme voie d’accès à l’ARI, les investisseurs se tournent vers des fonds positionnés sur des secteurs résilients, tels que l’hôtellerie, l’agriculture durable ou d’autres activités à forte valeur ajoutée, notamment en capital-risque européen. Ces placements permettent aux Américains de diversifier leurs actifs hors de la zone dollar, à la fois géographiquement et monétairement, tout en répondant aux nouvelles exigences réglementaires du Portugal.

Pourquoi les Américains s’intéressent toujours autant au Visa doré portugais

L’engouement des investisseurs américains pour l’ARI s’explique par une combinaison de facteurs politiques, économiques et pratiques. Sur le plan interne aux États-Unis, la polarisation politique, l’enchaînement des cycles électoraux tendus, la hausse du coût de la vie dans les grandes métropoles et le niveau élevé des dépenses de santé alimentent le besoin de solutions de repli à l’étranger parmi les familles les plus aisées.

Exemple :

L’insécurité liée à la prolifération des armes à feu figure parmi les préoccupations croissantes des investisseurs, tandis que le Portugal est régulièrement classé parmi les pays les plus sûrs d’Europe, offrant une qualité de vie, des infrastructures et un environnement politique stables. Obtenir un droit de résidence, puis potentiellement la nationalité au bout de dix ans, y est perçu comme une assurance géopolitique à long terme.

La faible exigence de présence sur le territoire portugais, propre au Visa doré, est déterminante pour les Américains qui souhaitent maintenir leurs activités professionnelles, leurs entreprises et leur résidence fiscale aux États-Unis. Le dispositif leur offre un accès permanent au territoire de l’Union européenne et une totale liberté de mouvement dans l’espace Schengen, sans nécessité d’une relocalisation immédiate.

Enfin, le droit américain autorise la double nationalité. L’obtention ultérieure d’un passeport portugais – même avec un délai désormais largement supérieur à dix ans en pratique, compte tenu des délais administratifs – ne remet pas en cause la citoyenneté américaine, ce qui lève un frein psychologique et juridique important.

Un engouement durable, mais sous surveillance

En 2026, les signaux sont contrastés. Le Portugal conserve l’un des régimes de résidence par investissement les plus attractifs au monde, et les Américains en demeurent les principaux bénéficiaires. Les réformes législatives, notamment l’allongement à dix ans de la durée de résidence avant la naturalisation et la suppression de la voie immobilière, ont certes introduit une dose de prudence et provoqué des retraits significatifs de capitaux, mais n’ont pas inversé la tendance de fond.

Bon à savoir :

Le Visa doré reste central dans la stratégie de diversification et de mobilité internationale des élites financières américaines. Les ajustements récents pourraient transformer ce programme en outil de résidence et de planification patrimoniale de long terme, plutôt qu’en simple tremplin rapide vers un second passeport européen.

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