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Soutien de 13 milliards € pour propulser les entreprises tech en Europe

par | Actualités
Publié le 19 juin 2026

Un nouvel étage vient d’être ajouté au dispositif de financement en faveur des entreprises technologiques européennes. À l’occasion du salon VivaTech 2026, Bercy a officialisé un plan de soutien reposant sur la mobilisation de 13 milliards d’euros de capitaux privés via la phase 3 de l’initiative Tibi, avec un objectif porté à 15 milliards d’ici fin 2026. Cette enveloppe s’articule avec une série de mesures françaises et européennes visant à renforcer la souveraineté numérique et à accélérer la montée en puissance des champions de la deep tech.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une nouvelle phase Tibi pour orienter l’épargne vers la deep tech

La pièce maîtresse de ce soutien est le lancement de la troisième phase de l’initiative Tibi, annoncée par le ministre de l’Économie Roland Lescure lors de VivaTech. Cette phase réunit déjà 13 milliards d’euros d’engagements de la part d’investisseurs institutionnels, principalement des assureurs et mutuelles gérant l’épargne de long terme des Français à travers l’assurance-vie et les plans d’épargne retraite. Bercy vise désormais 15 milliards d’euros à la fin de l’année 2026.

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Près de 16 milliards d’euros ont été déployés sur le terrain au 31 mars 2026 grâce à l’initiative Tibi.

Avec cette nouvelle étape, le cumul des moyens levés depuis l’origine atteindra environ 31 milliards d’euros. Surtout, la phase 3 introduit une contrainte renforcée en matière d’allocation : la moitié des nouveaux investissements, soit au moins 6,5 milliards d’euros, devra obligatoirement être orientée vers des entreprises de la deep tech. Le seuil était auparavant fixé à 35 %. Les secteurs visés couvrent l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, les biotechnologies, le spatial (New Space) et les infrastructures critiques.

Des acteurs de défense et d’infrastructures en renfort

Cette montée en puissance s’accompagne d’un élargissement du tour de table des partenaires. À la quarantaine d’investisseurs institutionnels déjà impliqués s’ajoutent désormais plusieurs acteurs industriels stratégiques de la défense et des infrastructures : Naval Group, MBDA, le satelliteur Eutelsat, ainsi que des opérateurs de transport comme la SNCF et la RATP, ou encore le groupe mutualiste Carac.

Bon à savoir :

L’arrivée de ces groupes vise à renforcer les filières stratégiques pour la souveraineté industrielle et sécuritaire européenne, en orientant les financements privés vers des technologies duales ou critiques. Par ailleurs, la Caisse des Dépôts et Consignations soutient les PME et ETI technologiques cotées en Bourse pour faciliter leur accès aux capitaux, éviter leur introduction à l’étranger ou le déplacement de leurs centres de décision hors d’Europe.

Une ambition résolument européenne pour rivaliser avec les États-Unis et la Chine

Au-delà du soutien aux entreprises françaises, la phase 3 de Tibi s’inscrit dans une dynamique de montée en échelle à l’échelle du continent. L’objectif affiché est de soutenir des fonds pan-européens capables de mener des tours de table d’ampleur comparable à ceux organisés dans les écosystèmes américain et chinois. Cette orientation est en phase avec les réflexions en cours sur l’Union des marchés de capitaux et la compétitivité, notamment le rapport Noyer-Kukies présenté en janvier 2026.

Attention :

Bpifrance et KfW Capital s’allient à hauteur de 400 M€, via un protocole d’accord signé à VivaTech, pour financer des fonds de capital-risque français et allemands. L’objectif est de mobiliser les épargnes nationales afin de soutenir les start-up et scale-up européennes au-delà des premières levées de fonds, avec un effet de levier attendu pouvant atteindre 1,6 milliard d’euros d’injection totale dans l’écosystème tech.

Offensive française sur l’intelligence artificielle

Ce mouvement d’ampleur s’articule avec un plan d’investissement public ciblé sur l’intelligence artificielle. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a détaillé à VivaTech une enveloppe de 655 millions d’euros pour le développement de l’IA en France. Ce financement vient renforcer plusieurs dispositifs déjà engagés dans le cadre de France 2030.

Pionniers de l’IA : 28 nouveaux lauréats

L’État étend son soutien à l’intelligence artificielle avec 28 nouveaux projets, portant le total à 51. Ils ciblent la santé (oncologie, AVC) et l’industrie (optimisation, maintenance prédictive), créant une forte demande en R&D, ingénierie et data science.

Secteur santé

Applications en oncologie et prise en charge des AVC pour améliorer les diagnostics et traitements.

Secteur industrie

Solutions d’optimisation des processus et de maintenance prédictive pour accroître l’efficacité.

Impact sur l’emploi

Demande accrue de profils qualifiés en R&D, ingénierie et data science pour mener ces projets.

Parallèlement, l’État a annoncé l’extension du portail de données GenIAI – initialement développé pour le ministère des Armées – aux ministères de la Justice et de l’Intérieur, afin de garantir la confidentialité des données publiques utilisées pour entraîner les modèles d’IA. Cette extension s’inscrit dans une logique de maîtrise des données sensibles et de prévention du recours à des plateformes non européennes pour des usages critiques.

Un écosystème French Tech en croissance rapide

L’environnement dans lequel s’inscrivent ces nouveaux financements est marqué par une forte progression des champions de la French Tech. La Mission French Tech a rendu publique la promotion 2026 de son programme Next40/120 : les 120 entreprises retenues totalisent 33 500 emplois directs en France et 46 000 dans le monde. Leur effectif a augmenté de 15,5 % en un an, illustrant la création d’emplois qualifiés liée à la croissance des start-up et scale-up.

11,3

Ce montant représente le chiffre d’affaires cumulé en milliards d’euros réalisé par ces sociétés en 2025, en hausse de 31 % sur un an.

Pour accélérer l’adoption de solutions innovantes par le secteur public, chaque ministère s’est vu attribuer pour la première fois un “ambassadeur” chargé d’orienter les achats vers les offres de la French Tech. L’initiative s’élargit désormais au périmètre européen sous le label “I Choose European Tech”, prolongeant la logique de soutien par la commande vers les acteurs du numérique à l’échelle de l’Union.

Vers une souveraineté numérique européenne structurée

En parallèle de ces initiatives nationales, la Commission européenne a présenté un paquet stratégique intitulé “European Technology Sovereignty Package” destiné à réduire une dépendance numérique évaluée à plus de 80 % en matière de produits, services et infrastructures. Ce paquet comprend plusieurs textes structurants, dont le projet de règlement “Cloud and AI Development Act” (CADA), qui prévoit de tripler en cinq à sept ans la capacité des centres de données européens dédiés à l’IA.

Exemple :

La CADA met en place des ‘zones d’accélération’ pour délivrer des permis d’implantation de centres de données en moins de douze mois, et propose un cadre harmonisé de souveraineté pour le cloud public avec quatre niveaux d’exigence, dont le plus élevé impose une localisation stricte des données et un contrôle technique européen.

Le paquet inclut également un “Chips Act 2.0”, successeur du premier Chips Act (52 milliards d’euros mobilisés), qui vise à faire passer la part européenne dans le marché mondial des semi-conducteurs d’environ 10 % à 20 % d’ici 2030. Il s’accompagne de procédures d’autorisation accélérées – limités à 12 mois – et de “Grand Challenges” pour encourager le développement industriel de puces dédiées à l’intelligence artificielle sur le sol européen.

Autre composante, la stratégie européenne sur l’open source érige, pour la première fois, les logiciels libres en levier de souveraineté géopolitique. Elle prévoit un plan de financement et de déploiement d’outils open source dans les administrations afin de réduire les dépendances à des fournisseurs uniques, ainsi qu’un programme “Open Internet Stack” de soutien aux briques logicielles d’infrastructure de confiance.

Axe franco-allemand et nouveaux forums de coopération

L’ancrage européen de ce plan de soutien passe aussi par un rapprochement renforcé entre la France et l’Allemagne. Lors de la 10e édition de VivaTech, dont l’Allemagne était le pays partenaire, la ministre française déléguée chargée du Numérique et de l’IA, Anne Le Hénanff, et son homologue allemand, Karsten Wildberger, ont publié un document d’orientation commun intitulé “Towards a Sovereign Digital Europe: France and Germany Take Action”.

Astuce :

Ce texte définit la souveraineté numérique européenne autour de six dimensions stratégiques, incluant la sécurité des données, des architectures modulaires et le recours à l’open source, et soutient explicitement le projet CADA de la Commission. Un nouveau “Forum franco-allemand pour l’avenir” est créé pour servir de plateforme opérationnelle : il doit permettre de constituer un catalogue commun de solutions numériques souveraines et d’encourager les coopérations entre entreprises et chercheurs des deux pays.

Besoins d’investissement massifs et rôle direct des pouvoirs publics

En arrière-plan, les besoins de financement restent considérables. Le rapport Draghi, devenu une référence pour les décideurs européens, évalue entre 750 et 800 milliards d’euros par an les investissements nécessaires pour combler le retard technologique du continent. En France, Bpifrance estime devoir mobiliser à elle seule 35 milliards d’euros au cours des cinq prochaines années pour accompagner la croissance des start-up deep tech, notamment dans le quantique avec des acteurs comme Alice&Bob, Pasqal ou Quandela.

Face à ces enjeux, la Commission européenne et les États membres recourent de plus en plus à des prises de participation directes dans des entreprises jugées critiques. Dans le quantique, Bpifrance et la Commission détiennent désormais près de 20 % du capital de Quandela, ce qui leur donne accès au conseil d’administration et leur permet d’influer sur les choix de localisation et de gouvernance, avec l’objectif de maintenir les actifs stratégiques sur le territoire européen.

Commission européenne et États membres

Un écosystème en structuration, des opportunités d’emploi à la clé

Enfin, le maillage des aides nationales continue de se densifier pour soutenir l’innovation et l’emploi. En France, la réforme des aides à l’apprentissage entrée en vigueur en mars 2026 reconfigure les subventions selon la taille de l’entreprise et le niveau de diplôme, avec des montants pouvant aller jusqu’à 6 000 euros pour l’embauche d’apprentis reconnus travailleurs handicapés, cumulables avec les dispositifs de l’Agefiph.

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Nombre de dispositifs régionaux de R&D industrielle et numérique actifs en 2026, co-pilotés par Bpifrance et les régions.

L’ensemble de ces initiatives – de la phase 3 de Tibi aux réglementations européennes en passant par les programmes French Tech et les coopérations franco-allemandes – forme un socle de plus en plus structuré pour propulser les entreprises technologiques en Europe. Elles visent à combiner la puissance de l’épargne privée, le levier budgétaire public et la régulation européenne au service d’une ambition : faire émerger et retenir sur le continent les champions de la prochaine génération industrielle et numérique.

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