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Nouveau cadre du Golden Visa au Portugal : un parcours d’accès à la citoyenneté profondément rallongé

par | Actualités
Publié le 23 août 2026

Le Golden Visa au Portugal, officiellement Autorização de Residência para Atividade de Investimento (ARI), connaît depuis 2025 une mutation majeure qui bouleverse l’équilibre entre attractivité migratoire et exigences d’intégration. Si les conditions d’investissement ont été largement maintenues, la réforme de la loi sur la nationalité, entrée en vigueur en 2026, double de fait les délais d’accès à la citoyenneté pour la plupart des investisseurs et redéfinit les stratégies des candidats.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une réforme de la nationalité qui allonge drastiquement les délais

Au cœur de cette évolution se trouve la Lei Orgânica n.º 1/2026, réforme de la loi sur la nationalité approuvée par le Parlement portugais le 1er avril 2026, promulguée par le président António José Seguro le 3 mai 2026 et publiée au Diário da República le 18 mai 2026. Elle est entrée en vigueur le 19 mai 2026, marquant un tournant pour les détenteurs et futurs candidats au Golden Visa.

Bon à savoir :

Pour la plupart des investisseurs non européens (États-Unis, Royaume-Uni, Canada), la durée minimale de résidence légale passe de 5 à 10 ans. Les citoyens de l’UE et des pays de la CPLP (dont Brésil, Angola, Cap-Vert) sont soumis à un délai intermédiaire de 7 ans.

Cette extension des délais ne modifie pas le droit au séjour, mais retarde considérablement l’accès au passeport portugais, qui constituait l’un des principaux attraits du dispositif pour les investisseurs internationaux.

Un « compteur » de résidence désormais indexé sur la carte physique

La réforme ne se limite pas à l’allongement des délais. Elle modifie aussi en profondeur la manière de comptabiliser les années de résidence nécessaires pour la citoyenneté. Jusqu’en 2024, une disposition protectrice permettait de faire courir le délai à partir du dépôt de la demande de résidence, ce qui atténuait l’impact des lenteurs administratives.

Désormais, le décompte commence à la date de délivrance effective du premier titre de séjour biométrique. Le temps passé à attendre un rendez-vous ou une décision administrative ne compte plus dans le calcul des années de résidence, alors même que les retards restent importants.

Attention :

La loi portugaise de 2024 permettait de compter le délai de résidence à partir du dépôt de la demande, mais cette protection est expressément révoquée. Seules les demandes formellement déposées auprès de l’IRN avant le 19 mai 2026 restent soumises à l’ancien régime.

En pratique, les experts estiment désormais qu’entre le premier investissement et l’obtention possible d’un passeport, le délai réel pour un investisseur Golden Visa se situe entre 11 et 13 ans, en raison du cumul des années de résidence exigées et des retards administratifs.

Aucune protection pour la majorité des titulaires actuels

L’un des points les plus sensibles pour les investisseurs est l’absence de clause de « droits acquis » pour les titulaires actuels du Golden Visa. Les bénéficiaires déjà dans le programme, mais qui n’avaient pas encore atteint cinq ans de résidence au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi et n’avaient pas déposé de demande de citoyenneté, basculent automatiquement vers le régime des dix ans.

Bon à savoir :

Seules les personnes ayant déposé une demande formelle auprès de l’IRN avant le 19 mai 2026 conservent l’ancien seuil de cinq ans. Pour tous les autres, y compris les investisseurs ayant compté sur cette promesse, l’obtention du passeport est repoussée de plusieurs années.

Cette reconfiguration du cadre juridique, sans mécanisme de transition favorable, nourrit un sentiment de rupture de confiance chez nombre d’investisseurs, qui estiment que leurs « attentes légitimes » ne sont plus respectées.

Des voies d’investissement recentrées sur les fonds et la culture

Sur le plan des investissements, les grands principes du Golden Visa n’ont pas été bouleversés, mais la réforme « Mais Habitação » de fin 2023 avait déjà fermé définitivement la voie immobilière, jadis dominante. Depuis cette date, l’achat direct ou indirect de biens résidentiels ou commerciaux ne peut plus servir de base à une demande de Golden Visa.

500000

Montant minimum en euros requis pour souscrire à des fonds d’investissement régulés par la CMVM, une alternative aux investissements immobiliers directs.

Une autre voie consiste en un don culturel non remboursable d’au moins 250 000 euros, réduit à 200 000 euros dans les zones à faible densité, destiné à soutenir la création artistique ou la préservation du patrimoine national. Une option de financement de la recherche scientifique, à hauteur de 500 000 euros, complète ce dispositif d’investissement.

Le critère de présence physique reste, lui, particulièrement souple : sept jours au minimum la première année, puis quatorze jours pour chaque période de deux ans, soit un total de trente-cinq jours sur cinq ans, ce qui fait du programme un outil privilégié de mobilité internationale plus que d’installation permanente.

Pression sur l’AIMA et multiplication des recours

Le fonctionnement concret du Golden Visa dépend de l’Agence pour l’intégration, les migrations et l’asile (AIMA), qui a succédé au SEF fin 2023. Malgré la mise en place d’une task force et la délivrance de quelque 386 000 titres de séjour en 2025, l’organisme continue de faire face à un arriéré de dossiers considérable.

Attention :

Pour les investisseurs Golden Visa, l’attente entre le dépôt en ligne et la première carte de séjour varie de douze à trente-six mois, principalement à cause des difficultés à obtenir des rendez-vous biométriques. Cette lenteur est aggravée par le fait que le compteur vers la citoyenneté ne commence qu’à la réception de la carte physique.

Face à cette situation, de nombreux investisseurs ont recours aux tribunaux administratifs pour contraindre l’administration à statuer dans un délai déterminé. En théorie, la loi impose à l’AIMA un délai de quatre-vingt-dix jours pour traiter une demande de Golden Visa. En pratique, ce délai est largement dépassé, ce qui a conduit à la multiplication des procédures dites d’« intimação », par lesquelles un juge peut ordonner à l’agence de clôturer le dossier sous peine d’astreintes financières. Les décisions vont généralement dans le sens des requérants, avec des injonctions de traitement sous quatre-vingt-dix jours ouvrés.

Exemple :

Le 26 juin 2026, neuf cabinets d’avocats portugais ont déposé une plainte collective auprès du Médiateur de la République pour le compte de 1 260 investisseurs Golden Visa. Ils dénoncent l’impossibilité pratique d’obtenir des rendez-vous biométriques et la modification rétroactive du calcul des délais de citoyenneté, réclamant la protection de leurs attentes légitimes face à une atteinte unilatérale à la confiance par l’État.

Parallèlement, de nombreuses actions individuelles et collectives sont engagées devant les juridictions administratives, cherchant à imposer à l’AIMA des délais stricts de traitement.

Impact économique : retraits massifs des fonds et crise de confiance

Les changements de règles sur la nationalité ont eu des répercussions immédiates sur les flux financiers associés aux fonds d’investissement liés au Golden Visa. Selon l’Association portugaise des fonds d’investissement, retraites et patrimoines (APFIPP), les investisseurs ont retiré 94,7 millions d’euros de ces fonds entre janvier et mai 2026, soit plus du double des retraits enregistrés sur l’ensemble de l’année 2025 (45,3 millions d’euros).

283

Montant en millions d’euros des investissements via les Fundos de Capital de Risco au premier semestre 2026, malgré le ralentissement des nouvelles souscriptions.

Le modèle portugais de Golden Visa, jadis fortement adossé à l’immobilier, repose désormais sur une base plus étroite, dépendante de la stabilité réglementaire entourant ces véhicules financiers et des conditions d’accès à la citoyenneté. Toute incertitude supplémentaire risque d’amplifier la fuite des capitaux.

La résidence permanente comme nouvel objectif stratégique

Dans ce contexte, les cabinets d’avocats et les conseillers en investissement réorientent leurs recommandations. La priorité n’est plus d’obtenir un passeport dans un délai court, mais de sécuriser un droit au séjour durable en visant la résidence permanente après cinq ans.

Astuce :

La réforme de la nationalité n’a pas modifié les règles d’immigration : un titulaire de Golden Visa peut, après cinq ans de résidence temporaire, demander la résidence permanente au Portugal. Une fois obtenue, il n’est plus obligé de conserver l’investissement initial et peut revendre ses parts de fonds, qui ont souvent des périodes d’immobilisation de cinq à dix ans.

La résidence permanente offre un droit de séjour et de travail stable sur le territoire portugais, ainsi qu’une liberté de circulation dans l’espace Schengen, tout en mettant fin à la nécessité de renouvellements fréquents. Elle permet aussi d’attendre plus sereinement l’échéance des dix ans pour déposer une éventuelle demande de nationalité, même si les candidats à la citoyenneté doivent désormais se préparer à des exigences renforcées en matière de langue, de connaissance civique et historique, et d’adhésion formelle aux principes démocratiques du pays.

Bon à savoir :

Dans cette nouvelle configuration, le Golden Visa portugais se positionne comme un outil de mobilité internationale avec une présence minimale de sept jours par an en moyenne, plutôt qu’un raccourci vers le passeport européen. Pour les investisseurs de long terme, il offre toujours une porte d’entrée privilégiée vers l’espace Schengen, mais pour ceux qui cherchent un accès rapide à la citoyenneté, le Portugal est désormais bien moins compétitif qu’auparavant.

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