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Paraguay : zéro impôt sur les revenus étrangers, mode d’emploi

par | Fiscalité à l’étranger, Pays à fiscalité avantageuse
Publié le 24 juillet 2026

S’installer au Paraguay pour profiter d’un impôt à 0 % sur les revenus étrangers n’est plus un fantasme de forum fiscal, mais une stratégie parfaitement cadrée par la loi. Le pays a fait le choix assumé d’un système territorial pur : il taxe ce qui est gagné sur son sol, et laisse totalement en dehors de son champ ce qui est généré à l’étranger. Pas de régime temporaire, pas de « holiday » de quelques années : c’est la règle de base du système, inscrite dans la loi et sans date d’expiration.

Bon à savoir :

Le Paraguay applique un modèle de taxation territoriale : seuls les revenus générés localement sont imposés. Ainsi, les revenus provenant de l’étranger sont exonérés d’impôt. Ce régime est accessible aux résidents fiscaux, sous réserve de respecter des conditions strictes de séjour (notamment 90 jours par an) et de justifier sa résidence via des démarches comme l’obtention de la cedula ou d’un certificat de résidence. Il est crucial de structurer sa présence et ses activités pour être conforme aux exigences locales.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Les stratégies évoquées (investissement immobilier, placements financiers, structuration patrimoniale, optimisation fiscale, diversification internationale, etc.) doivent être analysées au regard de votre profil, de vos objectifs et de votre situation globale. Elles peuvent nécessiter des ajustements spécifiques et un accompagnement adapté.

Avant toute prise de décision, il est recommandé de consulter des professionnels qualifiés (conseiller en gestion de patrimoine, avocat, notaire, expert-comptable ou tout autre spécialiste compétent). L’éditeur et l’auteur déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base des informations diffusées sur ce site.

Un système territorial pur, gravé dans la loi

Un système territorial pur, gravé dans la loi

Le Paraguay repose sur un principe simple : l’impôt suit la source, pas la personne. Autrement dit, il ne regarde pas où vous vivez, mais où votre revenu naît réellement.

Ce choix est ancré dans la législation fiscale depuis plus de trente ans. La base historique se trouve dans la Loi n° 125/1991, dont l’article 5 définit ce qu’est un revenu de source paraguayenne. En 2019, la Loi 6380/19 – officiellement loi de modernisation et simplification du système fiscal – est venue clarifier et moderniser ce cadre, tout en confirmant le principe territorial. Elle est entrée en vigueur au 1er janvier 2020 et ne comporte aucune « sunset clause » : la territorialité est le régime permanent du pays, pas une incitation temporaire.

Concrètement, cela signifie que :

– seuls les revenus considérés comme de source paraguayenne entrent dans l’assiette de l’impôt ;

– tous les revenus de source étrangère sont exclus de l’impôt sur le revenu, au taux de 0 %, quel que soit leur montant.

Astuce :

La règle concerne à la fois les personnes physiques et les entreprises locales, bien que pour ces dernières, les aspects liés aux crédits d’impôt internationaux soient plus techniques.

Ce qui est considéré comme revenu paraguayen

La loi précise ce qui est réputé provenir du Paraguay. De façon schématique, un revenu devient local lorsqu’il naît :

– d’une activité exercée dans le pays (travail intellectuel ou physique effectué sur le territoire) ;

– d’un bien situé au Paraguay (immeuble, actifs financiers déposés localement, etc.) ;

– d’un droit utilisé économiquement au Paraguay, même de façon partielle (licence, marque, brevet exploité sur place, etc.).

Pour fixer les idées, voici un tableau récapitulatif simplifié de situations typiques et de leur qualification.

Situation économiqueSource selon la loi paraguayenneTraitement fiscal
Consultant vivant à Asunción et travaillant depuis son appartement pour un client françaisSource paraguayenne (travail effectué au Paraguay)Imposable (8–10 %)
Locataire qui paie un loyer pour un appartement à AsunciónRevenu immobilier paraguayenImposable (env. 8–10 %)
Dividendes d’actions cotées à New York détenues sur un compte suisseSource étrangère (actifs et marché à l’étranger)0 %
Loyer d’un bien locatif à MadridSource étrangère (bien situé en Espagne)0 %
Royalties d’une marque exploitée dans des boutiques à AsunciónDroit utilisé au ParaguayImposable
Vente d’un immeuble à Asunción avec plus-valueGain de source paraguayenneImposable
Vente d’un appartement à Paris avec plus-valueGain de source étrangère0 %

Le critère déterminant n’est donc ni la nationalité du client, ni la devise de paiement, ni le pays d’incorporation d’une société intermédiaire, mais l’endroit où l’activité est réellement exercée ou où se trouve l’actif ou le droit à l’origine du revenu.

Attention :

Si le travail est physiquement effectué sur le territoire paraguayen, il est considéré comme un revenu local par la loi, même si la facture est émise par une LLC américaine à un client européen. Cela concerne particulièrement les freelances et télétravailleurs.

Ce qui est considéré comme revenu étranger (et donc à 0 %)

À l’inverse, sont considérés comme revenus de source étrangère – et donc totalement hors impôt paraguayen – les flux générés par :

Revenus exonérés d’impôt au Paraguay — sources internationales

Les textes insistent sur le fait que les revenus de capital, de trading et les pensions payées par un pays étranger ne sont jamais imposés au Paraguay lorsqu’ils restent clairement rattachés à des actifs ou activités hors du territoire.

Cela couvre notamment :

dividendes d’actions étrangères ;

distributions de fonds d’investissement étrangers ;

– intérêts de comptes bancaires offshores (fiat ou crypto) ;

– gains sur cession d’actions ou de biens immobiliers situés hors Paraguay ;

– revenus de location d’immeubles à l’étranger ;

– pensions de retraite étrangères, y compris US Social Security, pensions allemandes, françaises, canadiennes, etc. ;

– retraits de plans de retraite type 401k.

Le montant n’a aucune importance : que vous perceviez 100 000 ou 10 millions de dollars de revenus étrangers, le taux d’impôt au Paraguay reste légalement à 0 % tant que la qualification de source étrangère tient.

Les taux d’imposition locaux : un cadre simple et lisible

Les taux d’imposition locaux : un cadre simple et lisible

Dire que le Paraguay est à 0 % d’impôt serait trompeur : le pays n’est pas un « Cayman latino ». Il taxe bel et bien ce qui se passe chez lui, mais à des taux modérés et avec une structure assez lisible.

Impôt sur le revenu des personnes physiques

L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRP) ne vise que les revenus de source paraguayenne. Il s’applique au-delà d’un seuil annuel d’environ 80 millions de guaranis (près de 12 000 USD) de revenus de services locaux. En dessous, aucun IRP n’est dû sur cette catégorie.

Au‑delà de ce seuil, le barème est progressif, dans une fourchette resserrée de 8 % à 10 % :

8 % sur la première tranche de revenus nets locaux ;

9 % sur la tranche intermédiaire ;

10 % sur la tranche supérieure.

Dans la pratique, beaucoup de résidents dont le cœur de revenus est étranger ne paient jamais cet impôt, ou seulement sur une fraction limitée d’activités locales.

Impôt sur les sociétés et dividendes

Pour les activités professionnelles structurées en société au Paraguay, l’impôt sur le revenu des entreprises (IRE) est fixé à 10 % sur le bénéfice de source paraguayenne. Il existe des régimes simplifiés, comme IRE Simple, qui appliquent une imposition d’environ 3 % sur le chiffre d’affaires pour les petites structures.

15%

Les dividendes distribués par une société paraguayenne sont soumis à un impôt spécifique (IDU) de 15 %.

– 8 % lorsque le bénéficiaire est résident paraguayen ;

– 15 % lorsque le bénéficiaire est non‑résident, avec des réductions possibles sous convention fiscale (5 % ou 10 % notamment via le traité avec l’Espagne).

En revanche, les dividendes provenant de véritables sociétés étrangères sont, lorsqu’ils sont correctement documentés comme tels, totalement exempts d’impôt (0 %), puisque considérés comme revenus de source étrangère. C’est notamment le cas des distributions d’une LLC américaine ou d’une Ltd britannique utilisée comme holding d’investissement, sous réserve que l’activité sous‑jacente ne soit pas en réalité exercée au Paraguay.

TVA, patrimoine, successions : une pression globale très faible

Au‑delà de l’impôt sur le revenu, la fiscalité paraguayenne reste légère :

Taux de TVA par catégorie
Ce graphique présente les trois taux de TVA appliqués : 10 % pour la plupart des biens et services, 5 % pour certains produits de première nécessité, et 0 % pour les exportations.

En matière immobilière, les taxes foncières sont particulièrement basses. Le taux légal est d’environ 1 % de la valeur cadastrale (souvent largement inférieure à la valeur de marché), ce qui ramène l’effort réel à quelques centaines de dollars par an pour un bien de l’ordre de 100 000 USD.

Voici une vue d’ensemble simplifiée des principaux impôts.

Impôt / ContribuableBase imposable (source paraguayenne)Taux indicatif
IRP – personnes physiquesRevenus locaux de travail / services8–10 % (seuil ≈ 80 M PYG)
IRE – sociétésBénéfices d’entreprises locales10 %
IDU – dividendes locaux (résidents)Dividendes de sociétés paraguayennes8 %
IDU – dividendes locaux (non‑résidents)Dividendes à l’étranger15 % (5–10 % avec DTT)
TVA (IVA)Consommation locale10 % (5 % certains biens)
Impôt sur la fortunePatrimoine net0 %
Droits de succession / donationHéritages, dons0 %
Impôt sur revenus étrangers (personnes)Revenus de source étrangère0 %

C’est ce contraste – 0 % sur tout ce qui vient de l’étranger, 8–10 % modérés sur le local, et absence d’impôts patrimoniaux – qui fait du Paraguay une base fiscale particulièrement attractive pour les investisseurs internationaux, les retraités et les nomades digitaux.

Qui peut réellement bénéficier du 0 % sur revenus étrangers ?

Qui peut réellement bénéficier du 0 % sur revenus étrangers ?

Sur le papier, tout résident fiscal paraguayen dont les revenus sont de source étrangère profite automatiquement du taux à 0 %. Dans la pratique, trois conditions majeures doivent être réunies : être résident fiscal, générer un revenu véritablement étranger, et documenter cette réalité.

1. Devenir (et rester) résident fiscal paraguayen

Contrairement à beaucoup de pays qui lient la résidence fiscale à un nombre de jours de présence (typiquement 183 jours), le Paraguay ne pose pas de seuil légal de ce type. La résidence se construit autour d’un faisceau d’éléments, mais surtout d’une inscription formelle auprès de l’administration fiscale.

Pour être reconnu résident fiscal, il faut franchir trois étapes successives :

Résidence et fiscalité au Paraguay

Trois étapes clés pour obtenir les documents essentiels à votre installation et à votre statut fiscal au Paraguay.

Résidence migratoire

Obtenez d’abord une résidence temporaire puis permanente auprès de la Dirección Nacional de Migraciones en fournissant les documents requis (passeport, certificat de naissance, casier judiciaire apostillé, certificat médical, preuve de fonds).

Cédula de identidad

Recevez votre carte d’identité paraguayenne délivrée par le Departamento de Identificaciones. Elle est indispensable pour toutes les démarches administratives, bancaires et fiscales.

RUC et résidence fiscale

Enregistrez-vous auprès de la DNIT pour obtenir votre numéro de RUC, activant votre statut de contribuable et vous permettant de demander un certificat officiel de résidence fiscale.

Sans RUC actif, il n’y a pas de résidence fiscale reconnue, même si la personne possède une cédula. Le système est donc déclaratif : c’est l’inscription au RUC, puis la conformité (déclarations, notamment TVA même à zéro, données de base) qui ancrent la résidence fiscale.

Une fois ces éléments en place, la DNIT peut délivrer un certificat de résidence que les banques, courtiers et administrations étrangères demanderont pour acter le changement de résidence fiscale.

2. S’assurer que le revenu est vraiment de source étrangère

Le second pilier est la nature du revenu. Beaucoup d’erreurs naissent d’une confusion entre client étranger et source étrangère. La loi paraguayenne se moque de l’origine du client, de la devise utilisée pour facturer ou du pays de domiciliation d’une société intermédiaire. Elle ne regarde que :

Exemple :

La détermination du lieu d’imposition repose sur plusieurs critères spatiaux : le lieu où le travail a été réalisé pour les services, l’emplacement du bien ou du droit générant le revenu comme un immeuble ou une propriété intellectuelle, et le lieu d’exploitation économique d’un actif, par exemple où une marque, un brevet ou un logiciel sont effectivement utilisés.

Ainsi, un développeur web installé physiquement à Asunción qui code pour des clients américains mais depuis son salon paraguayen crée un revenu qualifié de paraguayen, même si la facture est émise par une LLC du Delaware. L’administration considérera que l’activité est localisée au Paraguay et imposera la rémunération correspondante (8–10 %).

En revanche, un retraité qui vit au Paraguay mais perçoit :

une pension publique française ;

des dividendes d’un portefeuille boursier à Londres ;

des loyers d’un appartement à Berlin ;

ne paiera aucun impôt paraguayen sur ces flux : tout vient d’actifs et de systèmes étrangers, sans lien économique avec le territoire paraguayen.

Pour les entrepreneurs internationaux, la frontière se joue souvent sur l’organisation concrète de l’activité : où sont basées les équipes, où sont réalisées les tâches essentielles, où sont prises les décisions de gestion, où les droits sont‑ils exploités. Une structure proprement offshore dont l’essentiel de la substance est, en fait, au Paraguay, risque de voir ses revenus requalifiés en source locale.

3. Documenter la « foreignité » du revenu

Dernier volet, et non des moindres : la documentation. La DNIT a la faculté de demander tout justificatif pour trancher la qualification d’un revenu. Les textes mentionnent explicitement :

contrats ;

factures ;

preuves de paiement ;

localisation des services rendus ou des livrables ;

relevés bancaires et extraits de plateformes d’investissement (y compris crypto).

Bon à savoir :

Pour que les investissements et placements soient exonérés, il faut prouver que les actifs sont détenus à l’étranger (banques, brokers, plateformes crypto non paraguayennes), que les produits viennent de sociétés étrangères et que l’activité économique n’a pas lieu sur le territoire national.

Pour les services et le travail, l’enjeu – plus délicat – est de prouver que les prestations sont effectivement réalisées en dehors du Paraguay lorsqu’on cherche à les qualifier de source étrangère : par exemple, missions de conseil exécutées lors de séjours à l’étranger, contrats localisés explicitement dans d’autres pays, etc. C’est un point où un montage artificiel résistera mal à un examen approfondi.

En résumé, la combinaison gagnante pour profiter du 0 % en toute sécurité est :

résidence fiscale claire (cédula + RUC + certificats à jour) ;

vie et activités économiques structurées pour limiter ce qui est réalisé au Paraguay ;

dossiers et justificatifs solides montrant que les actifs et services mis en jeu sont réellement à l’étranger.

Profils gagnants : qui le Paraguay favorise-t-il vraiment ?

Profils gagnants : qui le Paraguay favorise-t-il vraiment ?

Le design de ce système fait qu’il ne profite pas de la même façon à tout le monde. Certains profils tirent un avantage maximal de la territorialité, d’autres beaucoup moins.

Retraités et rentiers internationaux

Les retraités disposant de pensions étrangères, publics comme privés, sont clairement parmi les grands gagnants. Selon les textes, des sources comme :

la sécurité sociale américaine ;

les pensions d’État européennes (France, Allemagne, Espagne, etc.) ;

les retraites professionnelles privées ;

les annuités versées par des assureurs étrangers ;

sont toutes classées en revenus de source étrangère et donc taxées à 0 % au Paraguay, quels que soient les montants et la durée de séjour.

Exonération des revenus étrangers au Paraguay
Exonération des revenus étrangers au Paraguay

Avec un coût de la vie nettement inférieur à celui de la plupart des pays occidentaux – les estimations parlent d’une vie confortable pour un couple entre 18 000 et 24 000 USD par an, et de 800 à 1 200 USD par mois pour une personne seule – la combinaison « coût modéré + fiscalité nulle sur la retraite » est particulièrement puissante.

Investisseurs, traders, détenteurs de crypto et de portefeuilles étrangers

Autre catégorie choyée : les investisseurs purement financiers, qu’il s’agisse de portefeuilles d’actions, d’obligations, de fonds, de crypto‑actifs ou de biens immobiliers étrangers.

Les faits pertinents sont clairs :

dividendes de sociétés étrangères : 0 % ;

intérêts de comptes bancaires étrangers ou d’obligations étrangères : 0 % ;

gains de trading boursier et crypto à l’étranger : 0 % ;

plus‑values immobilières réalisées hors Paraguay : 0 % ;

loyers d’immeubles situés à l’étranger : 0 %.

À cela s’ajoute l’absence totale de taxes sur la fortune, sur les successions, sur les donations et sur le patrimoine étranger. Le Paraguay ne demande pas non plus de déclaration annuelle du patrimoine détenu à l’étranger.

Pour un investisseur qui souhaite composer, transmettre et arbitrer un patrimoine mondial sans subir d’érosion fiscale locale, ce contexte est difficile à égaler. Seules les opérations rattachées à des actifs paraguayens (actions de sociétés locales, immobilier local, etc.) supporteront une imposition, généralement modérée.

Nomades digitaux et freelances : une réalité plus nuancée

La communication en ligne autour du Paraguay présente souvent le pays comme « paradis absolu » pour nomades digitaux. La réalité juridique est plus subtile.

D’un côté, la territorialité pure est effectivement idéale pour un nomade au sens strict, c’est‑à‑dire quelqu’un qui :

obtient une résidence fiscale paraguayenne ;

– passe une partie significative de son temps ailleurs ;

– exécute concrètement ses prestations en dehors du territoire paraguayen (missions sur site, séjours prolongés dans d’autres pays, déplacements fréquents) ;

– limite au maximum les travaux réalisés physiquement au Paraguay.

Bon à savoir :

Les honoraires perçus de clients étrangers pour du travail livré et effectué à l’étranger peuvent être considérés comme des revenus de source étrangère, à condition de disposer d’une documentation solide.

À l’inverse, un freelance ou salarié remote qui vit à plein temps au Paraguay, travaille de chez lui ou d’un coworking à Asunción pour des clients étrangers, et exécute l’essentiel de sa prestation depuis le pays, tombe dans le champ de l’impôt local : la loi vise le lieu d’exécution du travail, pas le pays du client. Son revenu sera, juridiquement, de source paraguayenne, même s’il est facturé via une structure étrangère, et sera imposable (8–10 % en IRP).

Les seules personnes qui peuvent « vivre tranquillement » au Paraguay sans y payer d’impôt sur leur revenu, tout en étant physiquement présentes, sont donc celles dont les ressources proviennent :

d’investissements et de capital étrangers ;

de pensions et rentes étrangères ;

de revenus de location d’actifs à l’étranger ;

et qui n’exercent pas d’activité professionnelle significative sur le territoire.

Comparaison régionale : pourquoi choisir Paraguay plutôt qu’ailleurs ?

Comparaison régionale : pourquoi choisir Paraguay plutôt qu’ailleurs ?

Dans la région, plusieurs pays offrent des approches fiscales intéressantes pour les étrangers, mais rares sont ceux qui vont aussi loin que le Paraguay en termes de simplicité et de permanence.

Un pays comme l’Uruguay, par exemple, propose un régime d’exemption sur les revenus de capitaux étrangers pour les nouveaux résidents, mais limité dans le temps. Selon les réformes récentes :

183

Les nouveaux résidents doivent séjourner au moins 183 jours par an dans le pays pour bénéficier du dispositif fiscal.

À l’opposé, le Paraguay :

– ne fixe aucun minimum de jours sur place pour maintenir les avantages fiscaux ;

– n’impose aucun horizon temporel à son régime territorial (pas de limite de 5, 10 ou 11 ans) ;

– applique 0 % sur tous les revenus étrangers et 10 % sur les revenus locaux de manière permanente ;

– n’a ni impôt sur la fortune, ni impôt sur les successions, ni exit tax.

Pour un profil qui génère l’essentiel de son revenu à l’étranger et ne souhaite pas se lier à une présence physique stricte, la différence pratique est considérable.

Démarches concrètes pour bâtir sa résidence fiscale paraguayenne

Démarches concrètes pour bâtir sa résidence fiscale paraguayenne

Mettre en place une résidence fiscale au Paraguay suit un parcours en quatre grandes étapes, relativement standardisé.

1. Préparation documentaire

Avant même de déposer un dossier au Paraguay, il faut réunir et légaliser un ensemble de documents dans son pays d’origine :

passeport valide (au moins six mois) ;

– acte de naissance ;

– certificat de casier judiciaire (ou équivalent du pays de résidence) ;

– certificat de mariage le cas échéant ;

attestations de revenus ou de fonds (pension, contrats de freelances, relevés bancaires, etc.) si l’on utilise la piste « preuve de revenus » ;

– dans de nombreux cas, un dépôt bancaire de 5 000 USD dans une banque paraguayenne est accepté comme preuve de solvabilité simple.

Tous ces documents doivent être apostillés et traduits en espagnol par un traducteur assermenté.

2. Résidence migratoire et cédula

Une fois les pièces prêtes, le dossier est déposé auprès de la Dirección Nacional de Migraciones. La plupart des candidats commencent par une résidence temporaire d’une durée de deux ans (sous la Loi 6984/2022), transformable ensuite en résidence permanente.

Bon à savoir :

L’Investor Pass, avec un investissement d’au moins 200 000 USD dans l’immobilier commercial ou certains placements financiers, permet d’obtenir directement la résidence permanente en utilisant une « constancia de inversionista extranjero ».

Après approbation, l’intéressé obtient une cédula de identidad paraguayenne, document pivot pour toutes démarches ultérieures (ouverture de compte bancaire, enregistrement fiscal, etc.).

3. Enregistrement fiscal et obtention du RUC

La troisième phase consiste à créer un profil de contribuable auprès de la DNIT en demandant un RUC via le portail en ligne Marangatu. Cette demande requiert :

le numéro de cédula ;

une adresse au Paraguay (contrat de location, attestation de domicile, facture de services) ;

une déclaration d’activité économique, même minime (consulting, investissement, etc.).

Une fois le RUC délivré, la personne devient un contribuable formel. Elle doit, même en l’absence de revenus locaux, maintenir son dossier en règle – notamment en déposant des déclarations de TVA à zéro quand c’est requis – afin de garder le RUC « actif ».

4. Certificat de résidence fiscale et conformité continue

Lorsque le RUC est actif et que quelques périodes de déclaration ont été respectées, il est possible de solliciter auprès de la DNIT un certificat de résidence fiscale. Ce document est essentiel pour :

Bon à savoir :

Ce certificat permet de prouver aux banques et brokers étrangers que vous êtes résident paraguayen, d’appuyer une sortie du système fiscal d’un pays à fiscalité mondiale comme la France ou le Canada, et de justifier en cas de contrôle la cohérence entre résidence, flux financiers et absence d’impôt sur les revenus étrangers.

La réglementation interne (RG 65/2020 notamment) exige pour délivrer ce certificat :

un RUC actif en bonne et due forme ;

des déclarations fiscales déposées à jour (même si c’est pour 0) ;

– un certificat de conformité fiscale (généralement obtenable en ligne) ;

– un relevé de mouvements migratoires ;

– la cédula et parfois des pièces prouvant le centre d’intérêts économiques minimum (compte bancaire local, domicile, etc.).

Sur la durée, l’essentiel est de :

maintenir le RUC actif et conforme (déclarations, même nulles) ;

garder à jour la cédula et la résidence migratoire ;

documenter soigneusement la nature étrangère des flux de revenus.

Transparence internationale : un paradis fiscal… légitime

Transparence internationale : un paradis fiscal… légitime

Le soupçon naturel lorsqu’un pays offre 0 % sur les revenus étrangers est de se demander s’il est catalogué comme paradis fiscal par l’OCDE ou l’Union européenne. Le Paraguay offre ici un contraste intéressant : il conjugue faible imposition et respect des standards internationaux.

D’un côté :

– il n’applique aucune taxe sur les revenus de source étrangère pour les personnes physiques résidentes ;

– il ne prélève aucune taxe sur la fortune, ni sur les successions, ni sur les donations ;

– il n’a pas adopté le système d’échange automatique de données bancaires CRS (Common Reporting Standard), ce qui signifie qu’il n’y a pas de flux annuel automatique d’informations vers les administrations étrangères.

De l’autre :

Indicateurs de conformité fiscale internationale
Ce diagramme à barres illustre la participation à quatre cadres de transparence et de coopération fiscale : la Convention multilatérale, l’initiative de Punta del Este, le Global Forum avec son système d’échange d’informations sur demande (EOIR), et les conventions bilatérales de non-double imposition.

En pratique, cela se traduit par :

aucune transmission automatique des soldes de comptes ou des revenus vers les administrations étrangères (hors adoption future du CRS, qui reste à surveiller) ;

– mais la possibilité pour un pays partenaire de demander des informations ciblées, dossier par dossier, s’il présente une demande motivée via les canaux EOIR (enquêtes pour fraude, blanchiment, etc.).

Bon à savoir :

L’OCDE et l’UE ne considèrent pas le Paraguay comme une juridiction non coopérative ou un paradis fiscal. Le pays satisfait aux exigences de base en matière de coopération, bien que des améliorations soient nécessaires concernant la disponibilité des données sur les bénéficiaires effectifs et la documentation fiscale détaillée.

En d’autres termes, le Paraguay n’est pas un trou noir fiscal, mais un pays qui :

– a choisi délibérément une fiscalité de source (territoriale) très favorable ;

– maintient une coopération minimale avec les standards actuels ;

– n’est pas sous pression immédiate de listes noires, même s’il suit l’évolution du projet de minimum mondial de 15 % de l’OCDE pour les grands groupes (Pillar Two).

Pour un particulier, cela signifie que la stratégie « résidence fiscale paraguayenne + revenus étrangers à 0 % » est légalement solide – sous réserve d’être cohérente avec la sortie du système fiscal du pays d’origine, ce qui suppose souvent des démarches spécifiques (déclaration de départ, rupture des liens de résidence, etc.).

Limites et points d’attention

Limites et points d’attention

Même si la perspective est très favorable, quelques points méritent d’être gardés en tête.

D’abord, la territorialité ne protège pas contre l’impôt du pays d’origine tant que celui‑ci continue de vous considérer comme résident fiscal. De nombreux États (France, Royaume‑Uni, Canada, pays nordiques…) utilisent des critères variés – foyer, centre des intérêts vitaux, nombre de jours de présence, etc. – pour décider si un individu reste résident fiscal, indépendamment d’un certificat étranger. Obtenir un certificat de résidence paraguayen n’efface pas magiquement l’obligation de se conformer à la procédure de départ de son ancien pays.

Attention :

Le taux de 0 % paraguayen repose sur une qualification de source technique. Les autorités peuvent requalifier des flux étrangers en revenus paraguayens si elles l’estiment justifié.

l’essentiel de la substance économique (personnel, direction, moyens) est au Paraguay ;

les prestations sont en réalité exécutées dans le pays ;

– des constructions artificielles tentent de loger à l’étranger des droits exploités en fait localement.

Il est donc prudent, surtout pour des revenus professionnels significatifs, de se faire accompagner par des praticiens connaissant bien la doctrine de la DNIT et les lignes rouges à ne pas franchir.

Enfin, le paysage international évolue rapidement : adoption progressive d’un impôt minimum global pour les grands groupes, extension des normes de transparence, possible futur engagement du Paraguay dans le CRS. Le socle de territorialité inscrit dans la constitution et les lois reste solide, mais les modalités de coopération et de contrôle peuvent devenir plus denses dans les années à venir.

En résumé : un cadre puissant pour revenus mondiaux, sous conditions

En résumé : un cadre puissant pour revenus mondiaux, sous conditions

Le Paraguay se distingue par une combinaison rare :

Astuce :

Le Paraguay applique un système territorial pur : seuls les revenus de source paraguayenne sont imposés, les autres sont exonérés. Les taux sur les revenus locaux sont modérés (8 à 10 % pour les personnes, 10 % pour les sociétés). Il n’existe aucune fiscalité patrimoniale (pas de wealth tax, ni de droits de succession, donation ou taxe sur les plus-values étrangères). La résidence fiscale s’obtient par enregistrement (cédula + RUC), sans condition de présence minimale de 183 jours, avec une charge administrative légère. Le coût de la vie est bas et l’investissement immobilier accessible, notamment via l’Investor Pass pour une résidence permanente.

Pour les retraités, les investisseurs internationaux et les rentiers de capitaux, ce cadre permet de vivre ou de séjourner au Paraguay en bénéficiant d’un impôt à 0 % sur leurs pensions et revenus étrangers, tout en n’étant imposés localement que sur d’éventuelles activités ou investissements réalisés sur place.

Astuce :

Pour les nomades digitaux et freelances, l’outil est puissant mais exige une structuration fine. Le fait qu’un client soit étranger ne rend pas le revenu étranger. Il faut aligner lieu de travail, lieu de séjour, structure juridique et documentation avec la logique stricte de la source du revenu.

Dans tous les cas, le message fondamental des textes est limpide : au Paraguay, la promesse de « zéro impôt sur revenus étrangers » n’est pas un produit marketing, mais la conséquence directe d’un principe juridique clair. À condition de respecter les règles de résidence et de source, le 0 % n’est ni une niche, ni une faveur temporaire, mais la normalité.

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