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Les nouvelles tendances financières : Livret A, comptes courants et assurance

par | Actualités
Publié le 13 juillet 2026

La combinaison de la hausse des frais bancaires, de la recomposition des règles encadrant les comptes courants et de l’ajustement des taux du Livret A marque une nouvelle phase pour l’épargne et la gestion quotidienne de l’argent des ménages. À ces évolutions s’ajoutent des tensions croissantes autour des assurances liées aux moyens de paiement et aux voyages, dans un contexte où les produits bancaires et assurantiels sont de plus en plus imbriqués.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Comptes courants : des frais en hausse et un cadre plus strict

La gestion des comptes courants connaît en 2026 une double mutation : renchérissement des services d’un côté, encadrement réglementaire renforcé de l’autre. Selon le rapport annuel de l’Observatoire des tarifs bancaires (OTB), publié par la Banque de France, les tarifs des services bancaires ont augmenté de 2,7 % entre février 2025 et février 2026, soit nettement plus que l’inflation générale (+0,9 %) et que l’inflation des services (+1,6 %).

Sur deux ans, entre février 2024 et février 2026, la progression cumulée des prix des services bancaires atteint 5,3 %. Les frais de tenue de compte figurent parmi les postes les plus dynamiques, avec une hausse moyenne de 3,71 %, pour atteindre 22,39 euros par an et par client selon l’OTB. L’association de consommateurs CLCV estime même cette hausse à 6,39 %, soit un coût annuel moyen de 24,64 euros.

45

Le tarif annuel des cartes à débit immédiat et différé est désormais proche de 45 euros.

Les opérations réalisées en agence sont particulièrement touchées. Les virements effectués au guichet enregistrent une hausse moyenne de 5,37 %, tandis que les virements instantanés en ligne restent intégralement gratuits dans toutes les banques françaises, en vertu d’une obligation réglementaire. Cette gratuité maintenue pousse les clients à privilégier les canaux numériques, au détriment des services en agence.

Des profils de clients inégalement touchés

Les hausses n’affectent pas tous les usagers de la même manière. La CLCV distingue trois grands profils de consommateurs de services bancaires, qui illustrent la montée du coût de la bancarisation.

Exemple :

Le coût annuel des frais bancaires varie selon le profil : un petit consommateur paie en moyenne 72 euros par an (+2,98%), un consommateur moyen 135 euros (+3,77%), et un gros consommateur avec cartes haut de gamme 221 euros (+3,04%).

Dans ce paysage, les banques en ligneBoursoBank, Fortuneo, Hello bank! – restent parmi les établissements les plus compétitifs. Elles continuent de proposer de nombreux services sans frais, sous réserve de conditions d’utilisation (niveau d’activité, domiciliation de revenus, encours, etc.), ce qui en fait une alternative recherchée pour limiter les coûts de tenue de compte et de cartes.

Succession et incidents : les nouvelles règles pour les comptes courants

Au-delà des tarifs, le cadre juridique des comptes courants et des incidents de paiement est en profond remaniement. Une loi du 13 mai 2025 avait plafonné les frais bancaires liés au traitement des successions et instauré par la même occasion des cas de gratuité obligatoire. Mais un revirement de taille est intervenu à la suite d’une question prioritaire de constitutionnalité déposée par la Caisse d’Épargne Grand Est Europe.

Dans une décision publiée au Journal officiel le 20 juin 2026 (décision QPC n° 2026-1207), le Conseil constitutionnel a censuré les dispositions imposant la gratuité totale de clôture pour trois situations : décès d’un mineur, compte dont le solde est inférieur à 5 965 euros en 2026 et successions dites simples. Le Conseil a jugé que cette obligation portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre des établissements.

Conseil constitutionnel

Depuis cette décision, les banques ne sont plus légalement tenues d’appliquer la gratuité dans ces cas, même si le plafonnement global des frais de succession demeure. Les frais de traitement ne peuvent pas dépasser 1 % du montant total de l’actif du défunt, avec un plafond réglementaire fixé à 857 euros en 2026, lui-même réévalué chaque 1er janvier en fonction de l’inflation.

En réaction, plusieurs grands réseaux – Crédit Agricole, Crédit Mutuel et CIC – ont annoncé début juillet 2026 qu’ils maintiendraient, à titre commercial, la gratuité totale pour certaines opérations de succession. Cette exonération volontaire s’applique en cas de décès d’un mineur et pour les patrimoines inférieurs à 10 000 euros, traduisant une volonté affichée de modération sur un sujet sensible pour les familles.

Découverts bancaires : vers un contrôle plus serré

Un autre pan de la gestion des comptes courants va être profondément réformé : le découvert bancaire. À partir du 20 novembre 2026, un nouveau cadre réglementaire, issu d’une directive européenne transposée par ordonnance, impose aux banques de réaliser une analyse de solvabilité « proportionnée » avant d’accorder une autorisation de découvert.

Bon à savoir :

Désormais, l’évaluation de la situation financière s’applique à tous les découverts, même ceux inférieurs à 200 euros ou durant moins de 30 jours. Les critères d’analyse doivent reposer sur des informations vérifiables concernant les revenus, les dépenses et la situation financière globale du titulaire du compte.

Cette évolution vise à mieux prévenir le surendettement et les incidents de paiement, mais pourrait rendre l’accès au découvert plus encadré et potentiellement plus rare pour certains profils jugés fragiles. Dans ce contexte, les assurances liées aux moyens de paiement – couvrant incidents, fraudes et parfois accidents de la vie – devraient continuer à se développer comme compléments aux services de base du compte courant.

Livret A : baisse de rendement, retrait des épargnants et revalorisation attendue

Parallèlement à la hausse des frais bancaires, les Français voient évoluer le rendement de leur placement d’épargne le plus diffusé. Depuis le 1er février 2026, le taux d’intérêt du Livret A a été abaissé de 1,70 % à 1,50 % net, une décision justifiée par le ralentissement provisoire de l’inflation fin 2025. Cette baisse a pesé sur l’attractivité du produit.

Attention :

Entre janvier et mai 2026, les épargnants ont retiré près de 5 milliards d’euros du Livret A. En mai 2026, la décollecte nette a atteint 630 millions d’euros, soit le plus mauvais mois de mai depuis 2009. Ces capitaux se sont principalement dirigés vers l’assurance-vie et les comptes à terme, jugés plus rémunérateurs à cette période.

Le mécanisme de fixation du taux reste encadré par une formule précise. Le taux légal du Livret A est calculé en fonction de la moyenne semestrielle du taux interbancaire de la zone euro (€STR) et de la moyenne sur six mois de l’inflation hors tabac, le tout arrondi au dixième de point le plus proche. Les données d’inflation de juin 2026, publiées par l’Insee le 10 juillet, ont permis de finaliser le calcul pour le second semestre 2026.

1,70

Le taux théorique du Livret A est fixé à 1,70 % après arrondi réglementaire, contre près de 1,80 % avant la baisse surprise de l’inflation en juin.

Le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure a confirmé, le 30 juin 2026, qu’une hausse du Livret A interviendrait au 1er août 2026. Il revient au nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, entré en fonction le 2 juin 2026, de formuler une recommandation de taux au plus tard le 15 juillet 2026. Le gouvernement arrêtera ensuite le niveau définitif par décret, avec la possibilité de s’écarter légèrement de la formule pour des motifs économiques ou sociaux.

Effets en chaîne sur les autres produits d’épargne réglementée

Une revalorisation du Livret A entraînera automatiquement une remontée du taux du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) au 1er août 2026. À ce stade, le LDDS, actuellement rémunéré à 1,50 %, devrait passer à 1,70 % si le Livret A est fixé à ce niveau, ou à 1,80 % si le gouvernement retient un taux légèrement supérieur.

2,50

Depuis le 1er février 2026, le Livret d’épargne populaire (LEP) est rémunéré à ce taux pour les ménages aux revenus modestes.

Le Compte épargne logement (CEL), dont le taux est indexé aux deux tiers de celui du Livret A, devrait également être revalorisé. Avec un Livret A à 1,80 %, par exemple, le taux du CEL passerait de 1,00 % à 1,25 %, modifiant l’équilibre relatif entre épargne liquide et produits dédiés aux projets immobiliers.

Rendement réel négatif et arbitrages des ménages

Malgré la revalorisation attendue en août, le Livret A devrait afficher un rendement réel négatif en 2026, une première depuis 2023. L’Insee anticipe une inflation moyenne proche de 2,0 % sur l’année, notamment en raison des tensions énergétiques observées au printemps.

Astuce :

Même avec un taux relevé entre 1,70 % et 1,80 % en seconde partie d’année, le taux moyen annuel du Livret A pour 2026 devrait se situer entre 1,60 % et 1,73 %, soit en dessous de l’inflation. Cette perte de pouvoir d’achat incite les épargnants à arbitrer vers l’assurance-vie ou les produits à terme, au détriment de la disponibilité des fonds.

Si l’inflation se maintient ou accélère au second semestre, la formule automatique pourrait conduire à une nouvelle hausse du Livret A le 1er février 2027, avec des projections situant le taux entre 2,00 % et 2,20 %. Cette perspective alimente les choix d’allocation actuels des épargnants, tiraillés entre rester sur des produits liquides faiblement rémunérés ou s’engager sur des supports plus rémunérateurs mais moins flexibles.

Assurance et nouveaux enjeux autour de la gestion des comptes

Dans ce contexte de frais bancaires en hausse et de rendements d’épargne sous pression, les produits d’assurance jouent un rôle croissant dans l’écosystème financier des ménages. Les comptes courants sont de plus en plus associés à des assurances sur les moyens de paiement, couvrant la fraude, le vol, l’utilisation détournée des cartes ou encore certains litiges liés aux achats, y compris de voyages.

Bon à savoir :

L’augmentation des prix des offres groupées (assistance et assurance voyage) accentue la tension sur les protections. Face à la multiplication des litiges (annulations, retards, fermetures), les consommateurs doivent évaluer le rapport coût/garanties de ces contrats.

En toile de fond, les débats autour du projet d’euro numérique porté par la Banque centrale européenne nourrissent des interrogations plus larges sur l’avenir de la gestion des comptes courants et le partage des rôles entre banques, assureurs et autorités publiques. La montée en puissance du numérique, la pression sur les marges bancaires et la recherche de rendement par les ménages renforcent l’importance des arbitrages entre Livret A, comptes courants et produits d’assurance, au cœur des nouvelles tendances financières.

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