Hong Kong engage une refonte ciblée de son cadre fiscal et réglementaire afin de regagner du terrain face à Singapour et Dubaï dans la compétition mondiale pour les capitaux, les sièges de multinationales et les family offices. En misant à la fois sur des allégements d’impôts, des régimes préférentiels pour des secteurs clés et la mise en conformité avec le taux minimum mondial de 15 %, le territoire affiche sa volonté de rester l’une des juridictions les plus attractives pour les investisseurs internationaux.
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Un système déjà compétitif, renforcé par de nouveaux incitatifs
Hong Kong repose depuis longtemps sur un principe de taxation territoriale : seuls les bénéfices de source locale sont imposés. Le taux standard de l’impôt sur les bénéfices des sociétés s’établit à 16,5 %, avec un régime à deux tranches qui réduit ce taux à 8,25 % sur les premiers 2 millions de dollars hongkongais de profits imposables. Pour les entreprises non incorporées, les taux correspondants sont de 15 % et 7,5 %. Il n’y a ni TVA, ni impôt sur les plus-values, et les dividendes sont exonérés de retenue à la source.
Environ 171 000 entreprises devraient bénéficier de l’allégement fiscal prévu dans le budget 2026‑27.
Parallèlement, les abattements personnels sont relevés : l’allocation de base passe de 132 000 à 145 000 HK$, l’allocation pour couples mariés de 264 000 à 290 000 HK$, et celle pour enfant de 130 000 à 140 000 HK$. Des concessions sont aussi accordées sur les « rates » fonciers pour les deux premiers trimestres de 2026‑27, plafonnées à 500 HK$ par bien et par trimestre.
Extension des taux réduits et incitations ciblées pour les entreprises
Afin de se positionner face à Singapour et Dubaï, Hong Kong cible désormais certains secteurs jugés stratégiques. À partir de 2026, le taux réduit de 8,25 % sera étendu aux traders de matières premières et aux grands acteurs du transport maritime, deux industries très mobiles et particulièrement sensibles au cadre fiscal.
Le gouvernement met en place des packages d’incitations pour des industries ciblées incluant subventions, conditions foncières avantageuses et taux préférentiels pouvant descendre à 5 %. L’objectif est d’atteindre un coût fiscal effectif de 5 à 10 %, comparable à Singapour ou Dubaï.
Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement de l’attractivité des centres de trésorerie de groupe (Corporate Treasury Centres). Hong Kong prévoit de faciliter les allègements de droits de timbre lors de transferts d’actifs intragroupe, afin d’inciter les multinationales à centraliser leur gestion financière locale sur le territoire.
Après Singapour et Dubaï, une réponse calibrée au minimum mondial de 15 %
Face à la montée en puissance de Singapour et surtout de Dubaï, où les sociétés bénéficient de taux de 0 à 9 % et d’une absence totale d’impôt sur le revenu des personnes physiques, Hong Kong ajuste sa stratégie sans renoncer à son modèle.
Depuis 2025, Hong Kong applique le pilier deux de l’OCDE imposant un taux effectif minimum de 15 % aux groupes multinationales avec un chiffre d’affaires consolidé d’au moins 750 millions d’euros sur deux des quatre derniers exercices, via les règles GloBE (Income Inclusion Rule et Undertaxed Profits Rule) et un impôt complémentaire local, le Hong Kong Minimum Top-up Tax (HKMTT).
L’administration fiscale a ouvert en 2026 un portail numérique dédié, permettant aux entités concernées de déposer en ligne leurs notifications d’impôt complémentaire. Les autorités estiment que la combinaison du pilier deux et du HKMTT générera environ 15 milliards de HK$ de recettes supplémentaires par an à partir de 2027‑28, tout en maintenant une pression fiscale modérée pour les entreprises de taille plus modeste.
Avec ce dispositif, Hong Kong cherche à éviter que les grandes multinationales ne soient surtaxées ailleurs, tout en préservant l’avantage de ses taux faciaux relativement bas pour les entreprises en dehors du champ du minimum mondial.
Fonds, family offices et gestion d’actifs au cœur de la réforme
Dans la bataille qui l’oppose à Singapour et Dubaï pour devenir hub régional des family offices et de la gestion d’actifs, Hong Kong revoit en profondeur ses régimes préférentiels pour les fonds, les bureaux familiaux et le carried interest.
Une réforme est en préparation pour assouplir le régime du carried interest : suppression de la certification par l’autorité monétaire et du critère de hurdle rate, élargissement des actifs éligibles (capital-investissement, prêts, private credit, entités non incorporées, actifs virtuels, immobilier à l’étranger), avec maintien de la condition de performance de long terme.
Le cadre fiscal des véhicules d’investissement familiaux est, lui aussi, renforcé. Les véhicules de holding d’investissement détenus par des familles, gérés par des single family offices éligibles, bénéficient déjà d’un taux de 0 % sur leurs profits provenant de certaines opérations qualifiées. La nouvelle loi en préparation prévoit d’étendre la définition de « fonds » pour inclure notamment les fonds‑de‑un, structures très prisées des grandes fortunes, et d’intégrer les actifs numériques, les métaux précieux et certains autres biens comme classes d’actifs éligibles aux avantages fiscaux.
Ces évolutions s’inscrivent dans un agenda politique plus large qui vise à faire de Hong Kong une plateforme majeure pour les family offices en Asie, avec un objectif affiché d’attirer plusieurs centaines de structures supplémentaires d’ici 2028.
Virage assumé vers les actifs numériques et la finance d’innovation
Alors que Singapour a durci le ton vis‑à‑vis de certains acteurs crypto et que Dubaï développe sa propre régulation, Hong Kong mise sur un encadrement jugé à la fois accueillant et rigoureux pour se positionner comme place de référence des actifs virtuels.
Les autorités travaillent à un cadre de licences spécifique pour les crypto‑actifs, incluant intermédiaires et dépositaires. La Securities and Futures Commission a présenté des mesures comme le financement sur marge pour clients solvables, l’application des règles de financement de titres, et la limitation des garanties au bitcoin et à l’ether pour gérer la volatilité.
Un cadre de haut niveau pour les contrats perpétuels sur actifs virtuels doit également être introduit, réservé aux investisseurs professionnels et accompagné de strictes exigences de transparence, de gestion du risque et de gouvernance des plateformes. Parallèlement, un « accélérateur d’actifs numériques » sera lancé pour favoriser le dialogue entre régulateur et marché et stimuler l’innovation.
Sur le plan fiscal, le budget précise que les actifs numériques, certains métaux précieux et autres biens seront explicitement reconnus comme investissements éligibles aux régimes préférentiels. Une déduction spécifique pour les dépenses d’acquisition de droits de propriété intellectuelle est aussi annoncée, complétée par des fonds publics affectés à l’évaluation de brevets et à une académie de la propriété intellectuelle.
Modernisation des marchés de capitaux et de la place maritime
Pour maintenir son statut de place financière internationale face à Singapour et Dubaï, Hong Kong agit également sur l’efficacité de ses marchés. La place boursière prévoit de réduire le cycle de règlement‑livraison des titres de T+2 à T+1, une réforme annoncée dans le budget, avec pour objectif de fluidifier les échanges et de rendre la place plus attractive pour les introductions secondaires étrangères. La bourse consultera par ailleurs le marché sur une évolution du régime des droits de vote multiples, afin de permettre aux fondateurs d’entreprises innovantes de conserver des droits de vote renforcés.
Le gouvernement prévoit de modifier l’ordonnance sur l’enregistrement des navires pour autoriser la double immatriculation et numériser les procédures, afin de renforcer l’attrait du Hong Kong Shipping Register face à la concurrence régionale. L’extension du taux réduit de 8,25 % au secteur du shipping complète ces mesures.
Le régime des sociétés d’investissement immobilier cotées (REITs) est également assoupli : la privatisation et le retrait de cote des REITs deviendront possibles, tandis que les droits de timbre sur les transferts de biens non résidentiels à ces véhicules seront supprimés. Des facilités supplémentaires sont prévues pour les allègements de droits de timbre lors de restructurations intragroupe.
Signal aux investisseurs : compétitivité fiscale maintenue malgré le durcissement international
L’ensemble de ces mesures intervient alors que Hong Kong affiche une pression fiscale globale faible par rapport à de nombreuses économies avancées et reste proche de Singapour en termes de poids des prélèvements en proportion du PIB. Les réserves financières, qui atteignaient plus de 650 milliards de HK$ fin mars 2026, devraient encore progresser avec un excédent budgétaire projeté d’un peu plus de 22 milliards de HK$.
En combinant l’adoption du plan BEPS 2.0 de l’OCDE, la mise en place d’un impôt minimum pour les grands groupes, la multiplication de régimes préférentiels ciblés et la promotion d’industries de niche comme les actifs numériques, les matières premières, le maritime et les family offices, Hong Kong envoie un message clair aux investisseurs internationaux : la conformité aux nouvelles règles mondiales n’exclut pas une politique fiscale offensive.
Hong Kong
Face à Singapour, qui pratique un taux standard de 17 % avec de nombreux abattements mais applique une TVA de 9 % et un impôt progressif sur le revenu pouvant aller jusqu’à plus de 20 %, et à Dubaï, qui mise sur une quasi‑absence d’imposition directe et des zones franches à 0 %, Hong Kong tente de se positionner comme un compromis : un environnement juridiquement stable, une fiscalité modérée et prévisible, et désormais une panoplie d’incitations ciblées pour les secteurs que la place entend attirer ou retenir.
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