La baisse des rendements des livrets réglementés intervenue au 1er février 2026 a provoqué une vague de retraits inédite sur le Livret A et le LDDS, poussant les épargnants vers des solutions alternatives. Dans ce contexte d’attente d’une possible hausse des taux au 1er août 2026, les offres de Fortuneo et Revolut se détachent sur le segment des livrets bancaires non réglementés, avec des stratégies très différentes.
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Livret A et LEP : des taux en baisse, mais une remontée en vue
Depuis le 1er février 2026, le rendement du Livret A et du Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) est fixé à 1,50 % net, contre 1,70 % auparavant. Cette révision à la baisse, décidée par le ministère de l’Économie sur proposition du gouverneur de la Banque de France, s’appuie sur le ralentissement de l’inflation enregistré fin 2025.
Le taux du Livret d’Épargne Populaire (LEP) est passé de 2,70 % à 2,50 % net. Le gouvernement a dérogé à la règle de calcul qui aurait donné un taux proche de 1,90 %, accordant un ‘coup de pouce’ pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, car le LEP est réservé sous conditions de revenus.
Malgré ces ajustements, les signaux de marché plaident désormais pour un mouvement inverse à l’été. L’inflation, repartie à la hausse au printemps 2026 sous l’effet notamment des tensions sur les prix de l’énergie liées à la situation géopolitique au Moyen-Orient, atteignait 2,4 % sur un an en mai 2026. En moyenne semestrielle, elle est estimée à 1,6 %, contre 0,89 % au semestre précédent. Parallèlement, les taux interbancaires de court terme (€STR) se sont redressés dans le sillage des décisions récentes de la Banque centrale européenne.
Invité sur Public Sénat le 11 juin 2026, Olivier Sichel a indiqué que l’application de la formule réglementaire combinant inflation hors tabac et taux monétaires pourrait conduire à un taux du Livret A « autour de 1,8 % ». Les scénarios qui circulent pour la révision du 1er août 2026 évoquent majoritairement une hausse vers 1,70 % ou 1,80 %. Un maintien à 1,50 % net, qui allégerait le coût de financement du logement social et du crédit, reste possible mais apparaît moins probable au regard des enjeux de pouvoir d’achat.
Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des Dépôts
Par ricochet, le LEP serait lui aussi revalorisé. Les calculs techniques basés sur l’inflation moyenne de semestre font ressortir un taux théorique proche de 2,10 %. Mais le gouvernement a pris l’habitude récente de positionner le LEP un point au-dessus du Livret A. Dans l’hypothèse d’un Livret A porté à 1,80 %, le LEP pourrait ainsi remonter vers 2,80 %, ce qui en ferait à nouveau le principal refuge d’épargne sécurisée pour les foyers éligibles.
Retraits massifs sur le Livret A et le LDDS au printemps
La diminution des taux au 1er février s’est immédiatement traduite par une désaffection des épargnants pour les livrets réglementés. Selon les données publiées par la Caisse des Dépôts le 24 juin 2026, le Livret A a enregistré en mai 2026 une décollecte nette de 630 millions d’euros, cinquième mois consécutif de retraits. Une telle série n’avait plus été observée depuis 2009.
L’encours cumulé du Livret A et du LDDS s’établissait à 609,5 milliards d’euros fin mai 2026.
Une partie de ces capitaux est réorientée vers l’assurance-vie, qui bénéficie depuis le début de l’année de collectes records. Une autre reste simplement sur les comptes courants, les particuliers attendant la décision de mi-juillet sur les nouveaux taux réglementés avant d’arbitrer à nouveau. Dans ce contexte, les banques traditionnelles et en ligne ont multiplié les offres de « super livrets » à taux boostés pour capter ces liquidités en transit.
Fiscalité alourdie : un frein au rendement des super livrets
La concurrence entre livrets bancaires non réglementés est toutefois perturbée par le durcissement fiscal intervenu au 1er janvier 2026. Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) sur les revenus de l’épargne est passé de 30 % à 31,4 %, sous l’effet de la hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %, liée elle-même à un relèvement de la CSG à 10,6 %. La part d’impôt sur le revenu reste fixée à 12,8 %.
Une offre promotionnelle à 5 % brut se traduit désormais par un taux net d’environ 3,43 % après prélèvement forfaitaire unique (PFU), illustrant la réduction du rendement réel pour les épargnants.
Fortuneo : un Livret + très offensif sur le court terme
Fortuneo combine une gamme classique de livrets réglementés (Livret A, LDDS au taux en vigueur de 1,50 % net) et un livret non réglementé maison, le Livret +. C’est ce dernier qui fait l’objet d’une offensive commerciale au printemps/été 2026.
L’établissement propose un taux brut de 5,00 % par an sur le Livret + pendant trois mois, réservé aux nouveaux versements lors de la première ouverture. L’offre, prolongée, est accessible jusqu’au 15 juillet 2026. Ce taux boosté est plafonné à 100 000 euros de dépôts ; au-delà ou après trois mois, le taux revient à 1,60 % brut par an.
Une fois la fiscalité prélevée au taux antérieur de 30 %, ce taux standard équivaut à environ 1,12 % net. Avec le PFU porté à 31,4 %, le rendement net est légèrement inférieur encore, sans changer l’ordre de grandeur. Le plafond global du livret s’élève à 10 millions d’euros, ce qui rend le produit adapté aux épargnants disposant de montants importants à placer. Les intérêts sont calculés selon la règle des « quinzaines » et capitalisés une fois par an, au 31 décembre. Aucuns frais d’ouverture, de gestion ou de clôture ne sont facturés.
Dans l’analyse comparative, le Livret + apparaît particulièrement pertinent pour abriter une trésorerie élevée sur une courte période, compte tenu de son taux de 5 % brut jusqu’à 100 000 euros. Sur une durée plus longue, l’absence de plafond de rémunération (autre que les 10 millions d’euros de plafond global) et l’absence de frais fixes confèrent une certaine cohérence au produit, malgré un taux de base qui reste inférieur à l’inflation projetée et aux offres les plus rémunératrices du marché.
Revolut : un Compte Épargne modulé par abonnement
Revolut, de son côté, structure son offre d’épargne autour d’un « Compte Épargne » rémunéré et de « Fonds Monétaires flexibles » investis en dette de court terme. Les revenus des supports non réglementés sont, eux aussi, soumis au PFU.
Le 15 juin 2026, la fintech a profondément remanié les conditions de rémunération de son Compte Épargne. Là où le taux était auparavant strictement indexé sur le niveau de l’abonnement du client, Revolut a harmonisé le taux de base à 2,25 % brut, en cohérence avec l’environnement de taux directeurs de la Banque centrale européenne. Après PFU à 31,4 %, ce rendement ressort autour de 1,54 % net.
Le taux de rémunération de 2,25 % brut ne s’applique qu’aux 500 premiers euros sur les offres Standard et Plus.
Les formules supérieures Metal (18,99 euros par mois) et Ultra (60 euros par mois) lèvent ces plafonds : les détenteurs d’un compte Metal bénéficient d’un taux de 2,25 % brut sur l’intégralité de l’encours, tandis que les clients Ultra profitent de 2,50 % brut, également sans plafond. Dans ces deux cas, le rendement brut dépasse clairement le taux de base du Livret + de Fortuneo (1,60 % brut), mais la rentabilité globale dépend fortement du niveau d’encours, compte tenu du coût mensuel de l’abonnement. Pour que l’opération soit intéressante, l’économie de rendement par rapport à un livret concurrent doit au minimum compenser ces frais fixes.
Revolut verse les intérêts quotidiennement, ce qui améliore la capitalisation dans le temps et facilite la projection de rendement pour les épargnants avec des mouvements de trésorerie fréquents.
Fonds Monétaires flexibles : un complément plus risqué chez Revolut
En complément du Compte Épargne, Revolut commercialise des « Fonds Monétaires flexibles », supports investis en titres de créances de court terme. Historiquement, ces fonds présentent un risque de perte en capital très limité, mais non nul, ce qui les distingue des livrets garantis.
Le rendement annualisé indicatif au 28 juin 2026 varie selon la formule d’abonnement, avec un APY de 1,25 % pour un compte Standard et jusqu’à 2,10 % pour un abonnement Ultra, à mettre en perspective avec le coût de l’abonnement et un profil de risque supérieur à celui d’un Livret A ou d’un LEP.
APY d’environ 1,25 % pour les parts libellées en euros.
APY pouvant atteindre environ 2,10 % pour les détenteurs de cet abonnement.
Fortuneo vs Revolut : deux positionnements face aux livrets réglementés
Dans l’environnement actuel de taux réglementés jugés insuffisants au regard de l’inflation, Fortuneo et Revolut répondent différemment aux attentes des épargnants. Le Livret + de Fortuneo, avec son taux de 5 % brut pendant trois mois jusqu’à 100 000 euros de dépôts, apparaît particulièrement compétitif pour loger une épargne de précaution élevée sur une période courte, sans frais fixes ni plafond de rémunération au-delà de la phase promotionnelle.
Le taux standard de 1,60 % brut est inférieur aux livrets boostés et au LEP revalorisé, mais le produit reste simple, adapté aux gros encours avec un plafond de 10 millions d’euros et une garantie des dépôts de 100 000 euros via le FGDG.
Revolut se démarque davantage par la flexibilité de ses outils (intérêts calculés et versés quotidiennement, articulation avec des fonds monétaires, interface 100 % mobile) que par la générosité de son Compte Épargne sur les offres d’entrée de gamme, où les plafonds à 500 ou 1 000 euros limitent fortement l’intérêt du taux affiché. L’offre devient réellement compétitive pour les abonnés Premium, Metal ou Ultra, à condition de disposer d’un encours suffisant pour absorber le coût mensuel de la formule.
Les arbitrages des épargnants dépendent des nouveaux taux du Livret A et du LEP attendus mi-juillet pour le 1er août 2026, puis d’une possible hausse au 1er février 2027, avec un Livret A potentiellement entre 2,00 % et 2,20 %. Le paysage de l’épargne court terme se recompose entre livret réglementé, super livret promotionnel et compte lié à un abonnement.
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