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Retraite à l’étranger : des Français racontent le grand départ et ses revers

par | Actualités
Publié le 2 octobre 2026

La retraite hors des frontières françaises n’est plus un phénomène marginal. En 2026, près de 1,8 million de retraités français vivent déjà à l’étranger, soit un peu plus de 7 % de l’ensemble des pensionnés. Attirés par un coût de la vie plus doux, une fiscalité avantageuse et l’espoir d’un quotidien plus serein, ils sont de plus en plus nombreux à franchir le cap. Mais derrière l’image de carte postale, les témoignages recueillis ces derniers mois mettent aussi en lumière des défis administratifs, sanitaires et humains qui peuvent transformer le rêve en parcours d’obstacles.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Le choix du départ : pouvoir d’achat, soleil et fiscalité

Pour beaucoup de retraités, la décision de partir se structure autour de trois moteurs principaux : la recherche de pouvoir d’achat, le climat et la fiscalité.

Les comparaisons de budgets montrent des écarts importants avec la France. Au Portugal, le coût de la vie est estimé entre 15 % et 35 % inférieur, surtout en dehors des grandes villes comme Lisbonne ou Porto. En Bulgarie, certains témoignages cités dans les analyses sectorielles évoquent une vie de couple possible entre 1 000 et 2 000 euros par mois, loyer compris, avec des appartements à Plovdiv loués entre 300 et 600 euros et des charges avoisinant 150 euros. En Grèce, un couple de retraités peut vivre confortablement avec un budget mensuel de 1 200 à 2 500 euros, selon la région et le mode de vie.

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La France se classe au 29ᵉ rang sur 44 pays pour les conditions de vie des retraités selon le dernier indice mondial de la retraite de Natixis IM, en recul de deux places.

Des destinations qui montent et se transforment

Les classements spécialisés de 2026 confirment l’attrait de certains pays déjà bien connus des Français. Selon l’agrégateur Retraite sans Frontières, le Portugal arrive en tête des préférences, suivi de l’Espagne, de la Grèce, de la Thaïlande ou encore de pays francophones comme le Maroc, la Tunisie, le Sénégal et l’île Maurice.

Dans le même temps, d’autres études internationales placent la Grèce en tête des destinations mondiales pour la retraite, devant des pays longtemps dominants comme le Portugal et l’Espagne. Athènes et Thessalonique attirent notamment pour la qualité de leurs infrastructures médicales privées, décrites comme parmi les plus performantes du continent.

Bon à savoir :

Le Maroc reste une destination phare pour les retraités français en Afrique du Nord : plus de 61 500 pensionnés y résident de façon permanente, auxquels s’ajoutent environ 30 000 « hivernants » qui y passent surtout la saison froide. La proximité linguistique, la présence de communautés francophones établies de longue date et un coût de la vie inférieur à celui de la métropole sont régulièrement mis en avant. La Tunisie, en particulier Djerba, attire aussi des retraités aux budgets serrés, grâce à des loyers faibles et une fiscalité allégée sur les pensions étrangères.

D’autres choisissent l’Amérique centrale. Au Panama, le programme “Pensionado”, accessible à partir de 1 000 dollars de pension mensuelle, offre des réductions importantes sur les transports, les loisirs et certains services de santé. Au Costa Rica, le statut de résident retraité est également ouvert à partir de 1 000 dollars de revenus stables, avec un train de vie jugé confortable pour un couple autour de 2 500 dollars par mois.

Fiscalité : l’argument massue, mais changeant

Si le climat et le coût de la vie jouent un rôle déterminant, de nombreux témoignages soulignent le poids décisif de la fiscalité dans le choix du pays d’accueil.

La Grèce fait figure de cas emblématique avec un dispositif très commenté. Les retraités étrangers qui y transfèrent leur résidence fiscale peuvent bénéficier d’un taux forfaitaire de 7 % sur tous leurs revenus de source étrangère, pensions privées, dividendes ou loyers compris, et ce pendant quinze ans. Cet avantage est souvent présenté dans les récits de nouveaux arrivants comme un élément ayant “fait pencher la balance” face à d’autres destinations méditerranéennes.

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En Sicile et en Calabre, les retraités qui s’installent dans des communes de moins de 20 000 habitants bénéficient d’un taux d’imposition réduit à 7 % pendant dix ans.

En Europe de l’Est, la Bulgarie est citée pour sa fiscalité simple et peu élevée, avec un impôt à taux unique de 10 %. Plusieurs retraités à petite pension y voient un moyen de maintenir une marge de manœuvre financière qu’ils n’auraient plus en France.

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Au Maroc et au Sénégal, la déduction sur la pension imposable peut atteindre 80 % lorsque celle-ci est transférée puis conservée sur un compte bancaire local.

Mais ces avantages fiscaux peuvent évoluer. Des retraités installés au Portugal témoignent des difficultés apparues avec la fin progressive du régime des “résidents non habituels” pour les nouveaux arrivants. La bascule vers le barème progressif de l’impôt sur le revenu, allant de 14,5 % à 48 %, a créé un sentiment d’incertitude chez certains, qui évoquent dans la presse spécialisée un “changement de règles en cours de partie”.

Le quotidien sur place : entre carte postale et réalité

Au-delà des chiffres, les témoignages les plus récents décrivent une réalité plus nuancée. Si nombre de Français se disent satisfaits de leur choix, plusieurs thèmes de déception reviennent régulièrement.

Santé : une couverture parfois plus fragile qu’attendu

La question de la santé apparaît au cœur des récits de retraités installés en Asie ou au Maghreb. Beaucoup reconnaissent avoir sous-estimé le coût de l’assurance privée et des soins au fil du vieillissement. En France, les pathologies liées à l’âge sont prises en charge par un système d’assurance maladie très protecteur. À l’étranger, il faut souvent souscrire une couverture privée coûteuse, ou adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) pour les pays hors Union européenne.

Attention :

En Thaïlande comme au Maroc, des pensionnés rapportent que les dépenses médicales explosent lorsque l’état de santé se dégrade, jusqu’à devenir difficilement supportables pour des budgets limités. Certains témoignent avoir été contraints de revenir en France pour continuer à se soigner.

En Europe, les choses sont plus encadrées. Dans l’Union européenne, les formulaires de type S1 permettent à un retraité français de bénéficier de la prise en charge dans son pays de résidence, tout en restant affilié au régime français. Mais là encore, des retraités racontent des démarches complexes, des délais d’enregistrement et un manque d’information.

Isolement et éloignement familial

Autre motif souvent sous-estimé selon les récits, la solitude. Des couples installés en Asie ou dans le sud de l’Europe expliquent se sentir progressivement coupés de leurs enfants et petits-enfants. Les premières années, les visites sont fréquentes, puis s’espacent, notamment en raison du coût des billets d’avion ou de la fatigue liée aux déplacements.

Exemple :

Plusieurs témoignages de retraités expatriés montrent que la barrière de la langue constitue un frein majeur à l’intégration, surtout en dehors des zones très touristiques. Faute de maîtriser la langue locale, certains finissent par fréquenter essentiellement d’autres expatriés, au risque de rester en marge de la société locale, ce qui renforce leur sentiment d’isolement au fil du temps.

Un cadre légal plus strict et une bureaucratie encore lourde

Sur le plan juridique, le droit à la pension reste garanti où que se trouve le pensionné. Les retraites de base sont exportables sans limitation territoriale. En revanche, les prestations de solidarité financées par la collectivité nationale, comme l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) ou certaines aides de la Caisse d’allocations familiales (CAF), font l’objet de contrôles renforcés.

Astuce :

Depuis les dernières réformes, les bénéficiaires de l’ASPA doivent résider au moins neuf mois par an en France. Un séjour à l’étranger de plus de trois mois entraîne l’interruption immédiate de ces aides. Plusieurs futurs retraités, interrogés en amont de leur départ, disent avoir renoncé ou reporté leur projet à l’étranger pour ne pas perdre ces compléments de revenus.

Le casse-tête des carrières internationales

Pour les Français ayant travaillé dans plusieurs pays, la reconstitution de carrière se révèle particulièrement complexe. Entre coordination des différents régimes, application des accords bilatéraux et prévention de la double imposition, les démarches s’enchaînent.

En 2026, une question écrite au Sénat a mis en lumière la situation de retraités disposant de plusieurs pensions dans l’Union européenne. L’Assemblée des Français de l’étranger a dénoncé des modes de calcul désormais moins favorables à ces profils depuis l’application d’une circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse, avec à la clé des pertes de droits.

Une digitalisation accélérée, mais pas sans limites

Pour tenter de simplifier la vie des retraités installés hors de France, l’administration a accéléré la numérisation des procédures. L’un des points sensibles est le “certificat de vie”, document exigé chaque année pour continuer à percevoir sa pension.

Faute d’accès direct aux registres d’état civil étrangers, les caisses de retraite doivent vérifier que les bénéficiaires sont toujours en vie. En cas de non-réception du certificat, le versement est suspendu en un à deux mois, ce qui a longtemps alimenté les témoignages de retraités se retrouvant brusquement sans ressources en raison de courriers perdus ou retardés.

Bon à savoir :

Le Groupement d’intérêt public Union Retraite propose une application gratuite, « Mon certificat de vie », disponible sur iOS et Android. Elle permet de réaliser cette formalité à distance via un smartphone : il faut scanner un document d’identité (passeport ou carte d’identité européenne, marocaine ou algérienne comportant une zone lisible par machine), puis procéder à une reconnaissance faciale statique et dynamique. Le certificat validé est ensuite transmis automatiquement à 35 régimes de retraite interconnectés. Attention : les utilisateurs disposent d’un délai strict de quatre jours pour finaliser la démarche une fois le processus entamé, ce qui peut poser problème aux retraités les moins à l’aise avec le numérique.

Dans certains pays européens comme l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne ou l’Italie, des échanges automatisés d’état civil avec la France dispensent même désormais les retraités de ce certificat annuel, ce que plusieurs d’entre eux présentent comme un soulagement majeur.

Astuce :

Pour ceux qui restent éloignés des outils numériques, des solutions plus classiques subsistent : formulaires papier envoyés par la poste, ou dépôt de documents scannés via le portail info-retraite.fr. Des webinaires d’information organisés par France Consulaire et la Caisse nationale d’assurance vieillesse cherchent par ailleurs à combler le fossé numérique en répondant en direct aux questions des expatriés.

Une aventure à préparer minutieusement

Les témoignages de Français partis à la retraite à l’étranger dressent donc un tableau contrasté. La recherche d’un meilleur pouvoir d’achat, d’un climat plus clément et d’une fiscalité plus douce reste au cœur des motivations. De nombreux retraités réussissent à y construire une nouvelle vie jugée plus confortable, souvent durablement, comme le montre la proportion importante de plus de 80 ans parmi ceux qui résident hors de France.

Bon à savoir :

L’expérience vécue révèle la nécessité d’une préparation minutieuse : vérification des droits à la santé, analyse fine de la fiscalité locale, anticipation de l’évolution des règles, réflexion sur l’éloignement familial et maîtrise des démarches administratives digitalisées. Ces paramètres peuvent faire la différence entre une retraite rêvée au soleil et un retour contraint vers la métropole.

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