L’inflation mesurée par l’Indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) a atteint 2,8 % sur un an en mai 2026 en France, selon les données définitives publiées par l’Insee le 12 juin. Il s’agit de son niveau le plus élevé depuis le début de l’année, confirmant une nette accélération tirée principalement par l’envolée des prix de l’énergie, et plus particulièrement du gaz.
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Une inflation qui s’accélère malgré un ralentissement mensuel
En rythme annuel, l’IPCH progresse régulièrement depuis le début de 2026. Après 1,1 % en février, il est passé à 2,0 % en mars, 2,5 % en avril, puis 2,8 % en mai. Sur un mois, en revanche, la hausse des prix s’est nettement tassée : +0,1 % en mai, après un bond de 1,2 % entre mars et avril.
En mai, l’indice national des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 2,4 % sur un an, après 2,2 % en avril.
L’écart entre IPCH (2,8 %) et IPC (2,4 %) atteint 0,38 point. Il provient quasi intégralement de différences de pondération des postes de dépenses dans les deux indices (0,37 point) et, de manière marginale, de l’évolution distincte des prix de la santé nette et brute de remboursements (0,01 point).
L’énergie, moteur central de la poussée inflationniste
La composante énergie est au cœur du regain d’inflation. En mai, les prix de l’énergie ont bondi de 16,6 % sur un an, après déjà +14,3 % en avril. Selon les éléments de pondération, cette hausse atteint même 16,8 %, un niveau inédit depuis novembre 2022. Le contraste est marqué avec le début d’année : l’énergie reculait encore de 2,9 % sur un an en février et ne progressait que de 7,4 % en mars.
Cette accélération constitue, selon l’Insee, le principal facteur expliquant la montée de l’IPCH à 2,8 %. Les autres grands postes – alimentation, services, biens manufacturés – restent globalement contenus et ne contribuent qu’assez modérément à la hausse globale des prix.
Le gaz en première ligne
Parmi les composantes énergétiques, le gaz joue un rôle déterminant. En mai, les prix du gaz affichent une hausse de 11,3 % sur un an, alors qu’ils reculaient encore de 3,1 % en avril. En un seul mois, entre avril et mai, les tarifs gaziers ont bondi de 10,3 %.
Le prix de référence du gaz augmentera de 15,4 % TTC au 1er mai 2026, suite à un relèvement fixé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Ce prix sert d’indicateur pour les offres commerciales et reflète les variations des marchés de gros européens avec un décalage.
La décision de la CRE intervient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient, et en particulier du déclenchement d’un conflit en Iran, qui a fait monter les prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux. Une légère détente s’est toutefois matérialisée au 1er juin, avec un recul de 4,8 % du prix de référence, lié à la baisse des cours de gros en mai.
Produits pétroliers : repli mensuel mais niveau historiquement élevé
Les produits pétroliers connaissent une évolution plus contrastée. En mai, leurs prix diminuent de 1,9 % sur un mois, après une vive hausse mensuelle de 8,2 % en avril. Malgré cette correction, ils demeurent à un niveau très élevé en glissement annuel, conséquence directe du choc sur les prix du pétrole et des tensions au Moyen-Orient.
En avril, les produits pétroliers ont connu une hausse spectaculaire de 31,4 % sur un an, avec le diesel en hausse de 42,1 % et l’essence de 17,8 % par rapport à avril 2025.
Tarifs et fiscalité : un environnement énergétiquement plus coûteux
Au-delà des mouvements de marché, plusieurs décisions réglementaires et fiscales contribuent à renchérir le coût de l’énergie pour les ménages et à soutenir l’inflation.
Fin de l’ARENH et hausse des taxes
La disparition du dispositif d’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH) au 1er janvier 2026 modifie la manière de calculer les tarifs. Les formules deviennent plus sensibles aux prix de gros européens, accentuant l’impact des tensions sur les marchés de l’électricité.
Parallèlement, la fiscalité énergétique a été relevée dès le 1er février 2026. L’accise sur l’électricité (qui remplace l’ancienne TICFE) a progressé de 2,9 %, passant de 29,98 €/MWh à 30,85 €/MWh. L’accise sur le gaz naturel (TICGN) a, elle, augmenté de 6,29 %, pour atteindre 16,39 €/MWh.
Pour les ménages au tarif réglementé, la hausse a été temporairement atténuée en février par une baisse de 0,74 % de la part énergie, mais l’effet fiscal sous-jacent continue d’alimenter la tendance à la hausse des factures.
Revalorisation des réseaux : impact attendu sur les factures
La CRE a également engagé une série de revalorisations des tarifs d’utilisation des réseaux de gaz et d’électricité, qui auront un impact sur les factures des particuliers dans les mois à venir.
Pour le gaz, l’actualisation publiée le 10 juin 2026 prévoit une hausse moyenne du prix de référence de vente aux ménages de 7,4 % toutes taxes comprises au 1er juillet. En valeur, le prix moyen par MWh (TTC) passera de 152,86 euros en juin à 164,21 euros en juillet. Pour un foyer type, cela représenterait un supplément d’environ 2,70 euros TTC par mois. Outre la hausse du coût de l’approvisionnement sur les marchés de gros, cette évolution intègre une révision à la hausse de 5,87 % des tarifs des réseaux de distribution, composante qui pèse près de 1,5 % dans la facture finale.
La révision du tarif TURPE 7 devrait se traduire par une hausse d’environ 1 % TTC de la facture des ménages au tarif réglementé de vente
Cette augmentation vise à résorber un manque à gagner de 231,6 millions d’euros pour Enedis, lié à un hiver 2025 particulièrement doux qui a fait baisser la consommation d’électricité et donc les recettes de réseau.
Enfin, une nouvelle taxe destinée à financer le « mécanisme de capacité », qui assure la sécurité d’approvisionnement lors des pointes hivernales, doit entrer en vigueur en novembre 2026. Elle s’appliquera à l’ensemble des contrats, qu’ils soient régulés ou en offre de marché, et constituera un facteur additionnel de pression sur les prix finaux.
Une inflation sous-jacente en hausse, mais des postes encore modérés
Si l’énergie est aujourd’hui la principale source de tension sur les prix, d’autres composantes montrent des évolutions plus mesurées, voire en décélération, ce qui limite pour l’instant l’ampleur de la poussée inflationniste globale.
L’inflation sous-jacente, qui exclut les tarifs publics et les produits les plus volatils (notamment l’énergie et certains produits alimentaires frais), s’établit à 1,5 % sur un an en mai, après 1,2 % en avril. Cette progression signale néanmoins une diffusion progressive des hausses de coûts dans l’économie.
Services : accélération annuelle, pause mensuelle
Les prix des services augmentent de 2,1 % sur un an en mai, contre 1,8 % en avril. Sur un mois, en revanche, ils restent stables, après une nette hausse de 1,2 % en avril. Ce profil suggère une dynamique d’ensemble encore modérée, même si l’on observe une accélération en glissement annuel.
Alimentation : ralentissement confirmé
Les prix alimentaires n’augmentent que de 1,1 % sur un an en mai, contre 1,2 % en avril. C’est le quatrième mois consécutif de ralentissement sur ce poste. La détente est particulièrement marquée sur les produits hors frais, notamment la viande, dont la progression annuelle tombe à 0,8 % en mai, après 1,2 % en avril.
Les prix des produits frais ont augmenté de 1,9 % sur un mois, contribuant à une hausse globale de 0,3 % des prix de l’alimentation entre avril et mai.
Biens manufacturés et tabac : faibles variations
Les biens manufacturés poursuivent leur recul au même rythme qu’en avril, avec une baisse de 0,6 % sur un an en mai. Ce mouvement à la baisse contribue à limiter l’inflation globale. Les prix du tabac, de leur côté, progressent de 3,2 % sur un an, un rythme inchangé par rapport au mois précédent.
Des prévisions d’inflation relevées pour 2026
La hausse de l’IPCH à 2,8 % en mai confirme que le choc énergétique perturbe sensiblement les anticipations formulées en début d’année. La Banque de France comme plusieurs grandes institutions (FMI, établissements bancaires) tablaient initialement sur une inflation moyenne proche de 1 % à 1,5 % pour 2026, en se fondant sur une normalisation des prix de l’énergie.
La persistance des tensions au Moyen-Orient, associée à des décisions fiscales et tarifaires défavorables aux consommateurs, a conduit à une révision d’ensemble des scénarios. La plupart des grandes organisations situent désormais l’inflation moyenne française pour 2026, mesurée par l’IPC, dans une fourchette comprise entre 1,9 % et 2,4 %.
Le 11 juin 2026, la Banque centrale européenne a relevé sa prévision d’IPCH pour la zone euro à 3,0 % pour 2026, contre 2,6 % précédemment, en raison d’hypothèses plus élevées sur les prix de l’énergie et des matières premières.
Dans ce contexte, l’envolée de près de 17 % des prix de l’énergie en France apparaît comme l’élément le plus déstabilisant de l’année 2026 sur le plan économique. Elle explique l’essentiel du record atteint par l’IPCH en mai et pourrait continuer d’alimenter l’inflation dans les prochains mois, au rythme des ajustements de tarifs et des évolutions géopolitiques.
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