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Hausse des crédits immobiliers au Portugal : les mensualités s’envolent d’environ 100 euros

par | Actualités
Publié le 1 octobre 2026

Les ménages portugais remboursant un crédit immobilier à taux variable subissent la plus forte augmentation de leurs mensualités depuis trois ans. Pour un prêt type, la note grimpe de 25 à plus de 90 euros par mois, et dépasse 130 euros pour les emprunts les plus élevés, sous l’effet combiné de la remontée de l’Euribor, du durcissement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) et de règles nationales plus strictes.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Des mensualités en forte hausse pour près d’un million de familles

Selon les simulations de l’association de consommateurs Deco Proteste, un ménage ayant contracté un crédit immobilier de 150 000 euros sur 30 ans, avec une marge bancaire (spread) de 1 %, voit sa mensualité révisée à la hausse en octobre.

91

Pour les contrats indexés sur l’Euribor à 12 mois, la mensualité grimpe d’environ 91 euros, soit une hausse de plus de 14 %, passant d’environ 646 euros à près de 738 euros.

Pour un capital de 250 000 euros, la hausse mensuelle dépasse 130 euros. Près d’un million de familles portugaises détiennent un crédit à taux variable et se retrouvent donc exposées directement à ces mouvements de taux.

D’après les données de l’Institut national de la statistique (INE), le taux d’intérêt moyen sur l’encours des crédits immobiliers au Portugal s’établit à 3,162 %, et la mensualité moyenne atteint déjà 418 euros, soit 24 euros de plus qu’un an auparavant. Ces nouveaux relèvements d’Euribor laissent présager un nouveau bond de cette moyenne dans les prochains mois.

La remontée de l’Euribor sous l’impulsion de la BCE

L’élément déclencheur de cette flambée des mensualités se trouve dans l’évolution de l’Euribor, indice de référence de la quasi-totalité des crédits immobiliers portugais, qu’ils soient à taux variable ou mixtes. En septembre, les moyennes mensuelles de l’Euribor à 3, 6 et 12 mois ont nettement augmenté.

Bon à savoir :

L’Euribor à 12 mois a atteint une moyenne de 3,247 %, progressant de près de 0,3 point par rapport à août et repassant au-dessus du seuil de 3 % pour la première fois depuis 2024. L’Euribor à 6 mois s’établit à 2,922 %, en hausse de plus de 0,2 point, et celui à 3 mois à 2,635 %, gagnant un peu plus de 0,1 point. Ces valeurs servent de base au recalcul des mensualités en octobre, expliquant la brusque majoration des échéances.

Cette remontée des taux de référence découle directement des décisions de la BCE. Après avoir stabilisé ses taux directeurs à un plancher en juin 2025 (taux de dépôt à 2,00 %), l’institution a procédé à deux hausses successives de 0,25 point en 2026, portant le taux de dépôt d’abord à 2,25 %, puis à 2,50 %. L’objectif affiché est de contenir le regain d’inflation dans la zone euro, l’inflation ayant atteint 3,3 % en août 2026, contre 2,9 % en juillet.

Face à ces resserrements, les marchés monétaires ont ajusté les taux auxquels les banques se prêtent entre elles, poussant l’Euribor à la hausse et, par ricochet, les intérêts payés par les ménages portugais.

Choc énergétique et tensions géopolitiques en toile de fond

Le durcissement monétaire de la BCE s’inscrit dans un contexte de choc d’offre mondial, lié aux tensions au Moyen-Orient. Un conflit impliquant le gouvernement américain, Israël et l’Iran a provoqué de graves perturbations autour du détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour le transport de pétrole.

Attention :

Les attaques contre les infrastructures énergétiques et maritimes ont désorganisé l’approvisionnement et propulsé le prix du baril au-delà de 100 dollars. En août 2026, l’inflation énergétique dans la zone euro a bondi à 14,3 % sur un an. Avec une facture énergétique importée en forte hausse, la BCE a choisi de resserrer les conditions financières pour éviter que ce choc ne se diffuse à l’ensemble de l’économie européenne.

Pour les emprunteurs portugais, cette chaîne de transmission – conflit géopolitique, flambée du pétrole, inflation, hausse des taux directeurs, hausse de l’Euribor – se traduit très concrètement par une mensualité plus lourde de plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine d’euros.

Un marché portugais déjà fragilisé par des prix élevés et un endettement record

Au Portugal, cette remontée des taux intervient dans un contexte de prix immobiliers durablement élevés. Pour accéder à la propriété, les ménages ont dû contracter des emprunts de plus en plus importants, ce qui a porté l’encours total de crédits à des niveaux record.

418

L’INE indique que la mensualité moyenne des prêts immobiliers s’établissait à 418 euros en août 2026, un plus haut historique, avant même la vague de révisions d’octobre, la combinaison de montants empruntés élevés et de taux en hausse accroissant le poids du logement dans le budget des foyers.

Parallèlement, la demande de crédit demeure soutenue, notamment chez les moins de 35 ans. Les aides publiques – comme l’exonération de l’impôt sur les transmissions immobilières (IMT) ou les garanties d’État permettant théoriquement un financement jusqu’à 100 % – ont encouragé les jeunes ménages à franchir le pas malgré la remontée des taux. Ces soutiens sont toutefois rattrapés par le durcissement des critères prudentiels imposés aux banques.

Banco de Portugal serre la vis sur les nouvelles demandes de crédit

Depuis le 1er août 2026, la nouvelle recommandation macroprudentielle n° 1/2026 de Banco de Portugal impose un cadre beaucoup plus restrictif pour l’octroi de crédit immobilier. Le principal changement concerne le taux d’effort maximal, c’est-à-dire la part du revenu net mensuel pouvant être consacrée au remboursement de l’ensemble des crédits (immobilier, consommation, automobile, cartes de crédit).

Exemple :

Le plafond d’endettement, auparavant fixé à 50 %, a été ramené à 45 %. Concrètement, un ménage percevant 2 000 euros nets par mois ne peut plus dépasser une mensualité globale de 900 euros, contre 1 000 euros auparavant. Cette règle s’applique aussi bien aux nouveaux prêts qu’aux reprises de crédit par une autre banque, ce qui complique les renégociations pour les dossiers déjà tendus.

Les établissements sont en outre contraints de réaliser un « stress test » sur les prêts à taux variable ou mixte de plus de dix ans, en simulant une hausse théorique de 1,5 point du taux d’intérêt. Si, dans ce scénario, le taux d’effort dépasse 45 %, le financement doit en principe être refusé.

Astuce :

Les moins de 35 ans peuvent emprunter jusqu’à 40 ans, mais au-delà de cet âge, la durée d’amortissement est limitée à 35 ans. La possibilité de financer à 100 % un bien appartenant à la banque a été supprimée. Désormais, la règle générale s’applique strictement : 90 % de financement au maximum pour une résidence principale et 80 % pour une résidence secondaire.

Enfin, la marge de manœuvre des banques pour déroger à ces critères se réduit : la part de crédits pouvant être accordés en dehors de ce cadre standard est passée de 15 % à 10 % de la production semestrielle. L’ensemble de ces mesures vise à contenir le risque de surendettement, mais limite aussi la capacité d’emprunt de nombreux ménages.

Fin des exonérations sur les remboursements anticipés

Autre changement défavorable aux emprunteurs, le régime exceptionnel supprimant les pénalités sur les remboursements anticipés de crédits à taux variable a pris fin au 1er janvier. Mis en place en pleine crise inflationniste pour faciliter les renégociations et allégements de dette, il n’est plus en vigueur.

0,5

Pour les contrats à taux variable, les banques peuvent désormais appliquer une commission légale maximale de 0,5 % du capital remboursé par anticipation, ce qui renchérit les opérations de refinancement ou de remboursement partiel.

Les taux mixtes, nouvelle norme pour se protéger à court terme

Face à la volatilité de l’Euribor, la formule du taux mixte (taxa mista) s’est imposée comme dominante sur le marché portugais. Plus de 80 % des nouveaux crédits immobiliers sont désormais conclus sous cette forme.

Bon à savoir :

Le taux d’intérêt est fixé sur une période initiale – souvent 2, 3 ou 5 ans – à un niveau promotionnel, généralement compris entre 2,25 % et 2,35 %, avant de basculer ensuite vers un taux variable indexé sur l’Euribor. Pour les emprunteurs, ce montage offre une visibilité budgétaire à court terme et les met à l’abri des hausses de taux immédiates.

Cependant, la protection reste limitée dans le temps. Au terme de la phase fixe, la mensualité sera recalculée selon l’Euribor en vigueur, avec le risque de se retrouver face à une marche importante si les taux restent élevés ou poursuivent leur progression.

Conseils pour les emprunteurs déjà endettés

Dans ce contexte de hausse rapide des mensualités, plusieurs leviers existent pour tenter de contenir l’effort financier, même si leur mise en œuvre est davantage encadrée.

Bon à savoir :

Les associations de défense des consommateurs conseillent de négocier d’abord avec votre banque avant d’envisager un transfert de crédit : demandez une réduction du spread, un changement d’indice (passer de l’Euribor 12 mois à une référence 3 ou 6 mois) ou un allongement de la durée, dans la limite des âges maximums fixés (75 ans à la fin du crédit). Par ailleurs, Banco de Portugal interdit aux banques de facturer des commissions pour la simple renégociation des conditions d’un prêt existant.

Si l’établissement refuse de s’aligner sur les conditions du marché, la « transferência de crédito » vers une autre banque reste une option. Mais elle suppose de prendre en compte la commission de remboursement anticipé (0,5 % pour un prêt variable), les frais d’évaluation du bien et autres coûts. Les comparaisons doivent être réalisées sur la base du TAEG (taux annuel effectif global) et du MTIC (montant total imputable au consommateur), disponibles dans la fiche d’information européenne normalisée (FINE), et non sur le seul spread affiché.

Bon à savoir :

Les emprunteurs peuvent optimiser le volet assurance. Les banques conditionnent souvent un meilleur spread à la souscription de leurs assurances vie et multirisques, mais la loi permet de choisir des assureurs externes. Même si la banque augmente légèrement son spread en contrepartie, la baisse des primes d’assurance peut, dans de nombreux cas, plus que compenser ce surcoût.

Enfin, pour les foyers cumulant prêt immobilier, crédits à la consommation et dettes revolving, la consolidation de crédits en un seul prêt hypothécaire peut réduire sensiblement la mensualité globale et ramener le taux d’effort sous le seuil de 45 %. Cette solution allège la pression mensuelle, mais se traduit souvent par un allongement de la durée et un coût total plus élevé à long terme.

Des jeunes acheteurs pris en étau entre aides publiques et contraintes prudentielles

Les moins de 35 ans bénéficient du dispositif de garantie publique (Garantia Pública), qui permet en théorie de financer jusqu’à 100 % du prix du logement. Ce soutien, en vigueur jusqu’à la fin de 2026, vise à faciliter l’accès à la propriété des jeunes ménages.

Attention :

Malgré la garantie d’État, les acheteurs restent soumis au plafond d’effort de 45 % et au stress test de hausse des taux. Pour les revenus modestes ou dans les zones les plus chères, cette garantie ne compense pas toujours la réduction de la capacité d’emprunt due aux nouvelles règles prudentielles, entraînant des projets redimensionnés, reportés ou abandonnés.

Entre la remontée de l’Euribor, le resserrement monétaire européen et les garde-fous renforcés de Banco de Portugal, la hausse des crédits immobiliers au Portugal – de l’ordre de 100 euros par mois pour de nombreux emprunteurs – apparaît comme l’aboutissement de facteurs internationaux et domestiques qui pèsent désormais lourdement sur le budget des ménages.

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