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L’Espagne recule dans le classement de la compétitivité fiscale

par | Actualités, Défiscalisation, Fiscalité à l’étranger, Fiscalité des sociétés
Publié le 1 novembre 2026 | Dernière mise à jour le 2 novembre 2026

L’Espagne figure désormais parmi les pays les moins bien classés de l’OCDE pour leur compétitivité fiscale. Dans l’édition 2026 de l’International Tax Competitiveness Index, établi par la Tax Foundation et relayé par l’Instituto de Estudios Económicos (IEE), elle occupe la 35e place sur 38, avec une note de 57,5 sur 100. Elle a perdu huit positions depuis 2018, lorsqu’elle se situait au 27e rang.

38,1

La pression fiscale globale atteint 38,1 % du produit intérieur brut selon les données d’Eurostat publiées à la fin d’octobre 2026, tandis que ce recul s’accompagne d’une hausse des prélèvements sur le travail et les entreprises, de l’introduction de taxes sectorielles et patrimoniales et d’une complexité administrative accrue.

Ce niveau, proche de la moyenne européenne, est le plus élevé enregistré en Espagne depuis 1995. Il était de 34,2 % en 2015. La dégradation du classement ne tient toutefois pas uniquement au montant des recettes : elle concerne aussi la structure des impôts, leurs effets sur les décisions économiques et les contraintes imposées aux contribuables.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Le travail davantage imposé sous l’effet de l’inflation

L’une des principales évolutions concerne l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’IRPF. Entre 2018 et 2025, l’inflation cumulée a dépassé 23 % en Espagne. Faute d’ajustement des tranches à la hausse des prix, des ménages ont été soumis à des taux marginaux plus élevés sans bénéficier d’un gain équivalent de pouvoir d’achat.

Cette progression à froid augmente les prélèvements lorsque les salaires nominaux montent, même si leur valeur réelle ne progresse pas. Une partie des revalorisations destinées à compenser l’inflation est ainsi absorbée par l’impôt.

9,5

Sur la période 2024-2026, les cotisations patronales représentent 9,5 % du PIB espagnol, contre 7,1 % en moyenne dans l’Union européenne, ce qui place l’Espagne parmi les pays européens où cette composante du coût du travail est la plus importante.

Le mécanisme d’équité intergénérationnelle, destiné au financement du système de retraite, et le relèvement progressif des plafonds des assiettes de cotisation contribuent à cette augmentation. Ensemble, ces évolutions élargissent le coin fiscal, c’est-à-dire l’écart entre le coût total supporté par l’employeur et le revenu net perçu par le salarié.

Des entreprises confrontées à une charge effective croissante

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Le taux nominal de l’impôt espagnol sur les sociétés reste fixé à 25 %. Sa stabilité ne signifie cependant pas que la charge effective des entreprises soit demeurée inchangée.

Entre 2018 et 2024, les prélèvements au titre de cet impôt ont augmenté de 1,5 point de PIB, contre 0,3 point en moyenne dans l’Union européenne. Leur progression a donc été cinq fois plus forte en Espagne sur cette période.

Bon à savoir :

Plusieurs changements de règles fiscales expliquent cet écart : l’exonération des dividendes et des plus-values provenant de l’étranger a été ramenée de 100 % à 95 %, les possibilités de report des pertes ont été restreintes et une imposition effective minimale de 15 % a été instaurée pour les grands groupes.

Plus largement, les prélèvements liés aux entreprises représentent, selon les indicateurs cités dans le rapport, 33,9 % des recettes fiscales espagnoles, contre environ 26 % dans l’Union européenne. La charge fiscale pesant sur les entreprises atteint 12,5 % du PIB, au-dessus de la moyenne européenne de 10,3 %.

Pour les investisseurs, le taux affiché ne suffit donc pas à apprécier le coût d’une implantation. Les exonérations disponibles, le traitement des pertes et la fiscalité des distributions jouent également un rôle. Le rapport associe leur durcissement à une moindre attractivité pour l’investissement direct étranger et le capital-risque, sans chiffrer précisément les flux qui auraient été perdus.

Le patrimoine et les taxes sectorielles pèsent sur le classement

La fiscalité du patrimoine constitue un autre point faible. L’Espagne occupe la 35e place de l’OCDE dans cette catégorie de l’indice, contre la 33e pour l’imposition des sociétés et la 20e pour celle des revenus des particuliers.

Bon à savoir :

L’ajout d’un impôt de solidarité sur les grandes fortunes au dispositif existant d’imposition du patrimoine a accru les prélèvements sur les contribuables les plus aisés. Cette superposition réduit l’attrait relatif de l’Espagne face aux juridictions qui ne taxent pas le patrimoine net.

D’autres prélèvements se sont ajoutés : contributions sur les banques et le secteur énergétique, initialement exceptionnelles puis pérennisées selon le rapport, taxe sur les transactions financières et taxe sur certains services numériques.

Leur accumulation est présentée comme un facteur important de la baisse de compétitivité. Au-delà du montant à acquitter, la multiplication des dispositifs accroît le nombre de règles auxquelles doivent se conformer les entreprises concernées.

Le Portugal et l’Irlande offrent des comparaisons contrastées

Les résultats du Portugal et de l’Irlande montrent que la compétitivité fiscale ne dépend pas d’un seul taux. Le Portugal se classe 33e, avec 59,6 points, soit deux places devant l’Espagne. Son score progresse de 1,2 point dans la dernière édition.

Le taux maximal combiné de l’impôt portugais sur les sociétés, surtaxes comprises, suit une trajectoire descendante : de 31,5 % en 2024 à 30,5 % en 2025, puis 29,5 % en 2026. Le pays a aussi réduit l’imposition des plus-values de long terme et renforcé la déduction liée aux apports en fonds propres. Il demeure néanmoins 34e pour la fiscalité des sociétés, derrière l’Espagne dans cette catégorie.

Bon à savoir :

L’Irlande occupe le 29e rang général avec 62,2 points. Elle est 4e pour l’imposition des sociétés, mais seulement 36e pour celle des revenus des particuliers. Son taux ordinaire de 12,5 % sur les bénéfices et le report illimité des pertes sont des atouts, tandis que l’imposition des dividendes peut atteindre 51 %.

Le minimum mondial de 15 % prévu par le pilier 2 de l’OCDE réduit l’avantage irlandais pour les groupes multinationaux dépassant 750 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. En Espagne et au Portugal, où les taux effectifs des grandes entreprises dépassent déjà ce seuil, cette réforme ajoute surtout des obligations administratives.

La complexité et les divergences régionales accentuent les difficultés

L’indice de complexité fiscale de l’Espagne atteint 114,8 points, soit environ 15 points au-dessus de la référence européenne. La coexistence de prélèvements nationaux, régionaux et locaux multiplie les démarches, notamment pour les petites et moyennes entreprises.

Les différences entre les 17 communautés autonomes concernent notamment les successions, les donations et les transmissions immobilières. Lorsque certaines régions allègent leur fiscalité tandis que l’État crée des prélèvements correctifs, les divergences compliquent la lisibilité du cadre fiscal.

99

Plusieurs communautés cherchent à préserver leur attractivité, et onze accordent désormais un allègement de 99 % des droits de succession pour les héritiers directs, tandis qu’à l’automne 2026, La Rioja est devenue la première région espagnole à instaurer un mécanisme automatique d’indexation de l’impôt sur le revenu sur l’inflation.

Les recommandations de l’OCDE privilégient une baisse des taux marginaux effectifs pour les travailleurs aux revenus faibles et intermédiaires, ainsi qu’une simplification des démarches des PME. L’enjeu pour l’Espagne est de concilier ces réformes avec ses objectifs budgétaires, dont un déficit public inférieur à 2,4 % du PIB à la fin de 2026.

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