Le dernier diagnostic de l’Insee sur le climat des affaires confirme l’enracinement d’une conjoncture morose en France, avec une nette détérioration du climat de l’emploi et un essoufflement progressif de l’activité. Malgré un léger sursaut technique de l’indicateur global en juin, les signaux restent orientés à la baisse, sur fond de choc énergétique persistant, d’inflation élevée et de révision à la baisse des perspectives de croissance.
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Un climat des affaires durablement en dessous de sa moyenne
Dans son enquête mensuelle de conjoncture publiée le 23 juin 2026, l’Insee relève que l’indicateur synthétique du climat des affaires s’établit à 94 points pour le mois de juin. Ce niveau, en très légère hausse d’un point par rapport à mai, reste toutefois nettement inférieur à sa moyenne de long terme fixée à 100.
En juin, la légère hausse de l’indicateur s’explique en partie par une révision des données de mai, passant de 94 à 93 points après intégration de réponses tardives. Malgré cela, le climat des affaires reste sous sa moyenne historique depuis 25 mois consécutifs, reflétant un affaiblissement durable de la confiance des chefs d’entreprise.
Cette dégradation s’inscrit dans un contexte macroéconomique dégradé. L’économie française subit encore les répercussions d’un choc énergétique survenu au printemps, qui a succédé à l’“énergie shock of Hormuz” lié au blocage du détroit du même nom après l’offensive contre l’Iran fin février. Le renchérissement du pétrole, même partiellement retombé dans une fourchette de 85 à 97 dollars le baril en juin, pèse toujours fortement sur les coûts de production, en particulier dans le transport, l’industrie et l’agriculture.
Le PIB français a reculé de 0,1 % au premier trimestre 2026.
Un climat de l’emploi au plus bas depuis 2013
Au sein de ce paysage dégradé, le climat de l’emploi constitue le principal motif d’alerte. L’indicateur synthétique qui le mesure perd encore trois points en juin pour s’établir à 89. Hors période de crise sanitaire liée au Covid-19, il s’agit de son niveau le plus bas depuis juin 2013.
La baisse des embauches, surtout dans les services et l’intérim, s’explique par la préférence des entreprises pour la flexibilité à court terme. En 2026, les CDD courts deviendront plus fréquents que les CDI, selon l’enquête de France Travail, reflétant la prudence des employeurs face à l’incertitude économique.
Le ralentissement du marché du travail se traduit déjà dans les chiffres du chômage. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail est remonté à 8,1 % de la population active, soit 2,6 millions de personnes, en hausse de 0,2 point. Les jeunes de 15 à 24 ans sont particulièrement exposés, avec un taux de chômage de 21,1 %, en progression de 2 points sur un an.
L’Unédic prévoit une perte nette de 55 000 emplois salariés privés en 2026.
Cette détérioration du marché du travail a également des conséquences sur les comptes de l’assurance chômage. Le déficit du régime est attendu à -2,3 milliards d’euros en 2026, sous l’effet combiné de la hausse mécanique du nombre de demandeurs d’emploi indemnisés et de décisions de l’État ponctionnant une partie des recettes, notamment via la contribution sociale généralisée des indépendants.
Des signaux contrastés selon les secteurs
Derrière l’indicateur global se dessine une économie française à plusieurs vitesses, avec de fortes disparités sectorielles, déjà mises en avant dans la note de conjoncture trimestrielle publiée par l’Insee le 17 juin sous le titre “L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup”.
L’industrie au niveau de sa moyenne, mais en repli
Le climat des affaires dans l’industrie manufacturière, qui s’était redressé au printemps, s’est affaibli en juin. L’indicateur sectoriel recule de deux points, passant de 102 en mai à 100, son niveau moyen de long terme. Cette baisse est plus marquée qu’anticipé par les analystes, qui misaient sur 101.
En juin, le climat industriel s’est dégradé, surtout en raison d’une forte baisse de l’appréciation des industriels sur leur production passée. Les perspectives personnelles de production continuent leur baisse amorcée en février. Tous les grands sous-secteurs sont touchés, mais certains restent dynamiques : l’aéronautique et le naval ont vu leur activité augmenter de 20 % sur un an en avril, grâce à des carnets de commandes bien remplis.
Services et consommation sous pression
Dans les services, l’indicateur de climat des affaires reste stable en juin, à 93 points (après arrondi), loin de la moyenne de 100. Cette stabilité masque un niveau jugé “détérioré” dans la quasi-totalité des sous-secteurs. Les anticipations d’activité globale restent largement mal orientées, illustrant la fragilité d’un pan majeur de l’économie, directement lié à la demande des ménages.
La Banque de France prévoit une inflation moyenne de 2,5 % pour 2026, reflétant la hausse des prix de l’énergie.
Construction en léger repli
Dans la construction, le climat des affaires se détériore légèrement. L’indicateur perd un point, à 96 en juin, contre 97 en mai. Les chefs d’entreprise du secteur déclarent une baisse de leur activité récente, mais dessinent des perspectives un peu plus favorables pour les mois à venir, avec une très légère amélioration des anticipations d’activité future.
Un choc énergétique et monétaire aux effets durables
La dégradation du climat des affaires et de l’emploi s’enracine dans un environnement marqué par des chocs successifs. L’“energy shock of Hormuz”, provoqué par la fermeture du détroit après l’escalade militaire au Moyen-Orient et l’offensive contre l’Iran à partir du 28 février 2026, a entraîné une flambée du prix du Brent. Si un certain reflux a ramené les cours dans une fourchette de 85 à 97 dollars le baril en juin, les coûts de production restent durablement alourdis pour de nombreux secteurs.
Ce choc s’ajoute à des conditions de financement plus strictes. Pour contenir la diffusion de l’inflation liée à l’énergie au reste de l’économie, la Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs à la mi-juin. Le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, entré en fonction le 2 juin, a défendu cette stratégie de refroidissement conjoncturel, présentée comme un moyen de préserver à long terme le pouvoir d’achat des épargnants, au prix d’un freinage immédiat du crédit et de l’investissement.
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France
Face à la montée des déséquilibres budgétaires, l’exécutif mise sur des réformes structurelles, notamment dans le champ de l’assurance chômage. Une loi promulguée le 11 juin 2026 réduit la durée maximale d’indemnisation pour les salariés quittant leur emploi via une rupture conventionnelle individuelle. Cette loi transpose un accord conclu le 25 février 2026 entre partenaires sociaux.
Pour les moins de 55 ans, la durée maximale des droits est ramenée de 18 à 15 mois, avec un accompagnement obligatoire et intensifié par France Travail pour favoriser un retour plus rapide à l’emploi.
Ces mesures suscitent une forte opposition syndicale. Plusieurs organisations, dont la CGT et Force ouvrière, dénoncent une précarisation accrue des demandeurs d’emploi. Elles appellent à une journée nationale de mobilisation et de grève le 30 juin 2026, pour exiger l’abandon des politiques jugées coercitives à l’égard des chômeurs et une revalorisation des salaires et des allocations.
Une conjoncture fragilisée par la boucle emploi‑consommation
L’ensemble des données publiées en juin dessine un schéma cohérent : la dégradation du climat de l’emploi fragilise la dynamique de consommation, qui pèse à son tour sur les secteurs dépendants des dépenses des ménages, comme les services et le commerce. Ces secteurs, en ajustant leurs embauches à la baisse et en multipliant les contrats précaires, renforcent le ralentissement du marché du travail.
En juin, le climat des affaires en France confirme une phase de fragilité économique durable : croissance très faible, inflation élevée, repli du marché du travail, et emploi comme principal point de vulnérabilité, malgré l’amélioration ponctuelle de certains segments industriels.
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