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Affaires de Vente-privee.com : Le PDG et ses liens luxembourgeois

par | Actualités
Publié le 22 octobre 2026

Le PDG et fondateur de Vente-privee.com, rebaptisé Veepee, Jacques-Antoine Granjon, reste au centre d’un contentieux fiscal sensible portant sur ses structures au Luxembourg. Alors que les vérifications de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) se poursuivent en 2026, les autorités françaises examinent toujours la réalité économique de holdings luxembourgeoises liées au dirigeant et au groupe, sur fond de durcissement européen en matière de lutte contre l’optimisation fiscale.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un réseau de holdings au Grand-Duché au cœur des interrogations

Au cœur du dossier figure Orefa, une holding patrimoniale et d’investissement basée au Luxembourg. Créée en 2009 sous l’égide d’Orefi, la société de tête contrôlant Vente-privee, cette structure est détenue notamment par Jacques-Antoine Granjon et l’un de ses associés de longue date, Julien Sorbac. Selon les éléments rendus publics, Orefa a abrité plus de 300 millions d’euros d’actifs, incluant des participations dans des sociétés étrangères, des œuvres d’art et des aéronefs.

Bon à savoir :

Orefa n’est pas un cas isolé : dès 2009, un réseau d’une dizaine de sociétés de participations financières (Soparfi) a été mis en place au Luxembourg, détenues par le PDG, des cadres et des partenaires. Parallèlement, d’autres entités luxembourgeoises directement rattachées au groupe Vente-privee.com hébergent des droits de propriété intellectuelle ainsi que des véhicules d’investissement internationaux, certaines participations étant logées via des filiales irlandaises.

Ces structures avaient été révélées en 2016 par le média en ligne Les Jours, qui avait détaillé l’architecture financière mise en place autour du dirigeant et du groupe. À l’époque, Jacques-Antoine Granjon avait répondu dans la presse, notamment dans Le Parisien, en soutenant que l’activité opérationnelle, les équipes et les bénéfices de l’e-commerce étaient localisés et imposés en France.

Suspicion de gestion effective depuis la France

Les investigations déclenchées par l’administration fiscale française portent principalement sur la substance réelle des entités luxembourgeoises et sur le lieu d’exercice du pouvoir de décision. La DGFiP soupçonne qu’Orefa ne dispose pas de ressources humaines et matérielles suffisantes au Luxembourg pour justifier une activité autonome.

Attention :

L’administration défend l’hypothèse d’une gestion effective exercée depuis la France : si elle était confirmée, les profits remontant à la holding luxembourgeoise pourraient être imposés en France. Les vérifications portent sur les flux financiers transfrontaliers, les déductions liées aux actifs détenus, la gestion des droits de propriété intellectuelle et le traitement fiscal des plus-values liées aux investissements internationaux.

Ces contrôles s’inscrivent dans un contexte plus large où les montages de type Soparfi au Luxembourg sont régulièrement examinés par les autorités fiscales françaises, en lien avec l’évolution du droit européen et des règles de transparence dans le Grand-Duché.

Perquisitions fiscales et bataille procédurale

L’affaire a franchi un tournant en juin 2019, lorsque la justice française a autorisé des opérations de visite et saisie dans le cadre d’enquêtes fiscales. Des recherches ont été menées au siège du groupe ainsi que dans des locaux et résidences liés à Jacques-Antoine Granjon, afin de rassembler des éléments sur de possibles fraudes fiscales.

La légalité de ces perquisitions, ainsi que l’étendue des investigations de la DGFiP, a donné lieu à de multiples recours engagés par la défense. Le contentieux procédural a atteint la Cour de cassation, saisie sur les voies de recours contre ces mesures de saisie.

Le 15 février 2023, la chambre commerciale de la Cour de cassation a tranché en confirmant le cadre dans lequel la DGFiP pouvait poursuivre ses investigations. Cette décision a conforté la poursuite des vérifications fiscales, sans pour autant préjuger du fond du dossier ni d’éventuels redressements ultérieurs.

Une défense qui réfute toute volonté d’évasion fiscale

Tout au long de cette séquence, Jacques-Antoine Granjon et la direction de Veepee ont fermement nié toute intention d’évasion fiscale. Le PDG fait valoir que l’essentiel de l’activité commerciale, des effectifs et des bénéfices de Vente-privee.com/Veepee est localisé en France, et que les impôts et la TVA afférents à cette activité sont acquittés sur le territoire français.

Exemple :

La création de holdings et de structures internationales est présentée par la société comme un instrument classique de gestion patrimoniale et de financement d’acquisitions de participations en Europe. Les entités luxembourgeoises sont décrites comme des véhicules destinés à regrouper des actifs et à gérer des investissements à l’échelle européenne, dans un environnement jugé favorable pour les opérations transfrontalières.

Le groupe souligne par ailleurs que son volume d’affaires dépasse les 3 milliards d’euros et que ses équipes demeurent largement concentrées en France, même après le changement de marque en 2019, lorsque Vente-privee.com est devenu Veepee.

L’usage des régimes fiscaux luxembourgeois au crible

Les structures luxembourgeoises utilisées par le groupe et par le PDG s’inscrivent dans un paysage fiscal longtemps attractif pour les grandes entreprises européennes. Certaines entités du groupe ont eu recours au régime dit d’IP Box, un dispositif prévoyant des exonérations importantes sur les profits liés à la propriété intellectuelle, comme les brevets et les marques.

Astuce :

Ce type de régime, bien que légal, est désormais encadré plus strictement au niveau européen, dans un contexte de lutte contre les montages purement fiscaux détachés d’une véritable activité. Les autorités françaises examinent, dans ce cadre, la cohérence entre les avantages fiscaux obtenus à Luxembourg et la réalité économique des fonctions exercées par les sociétés concernées.

À cela s’ajoute l’entrée en vigueur progressive, dans l’Union européenne, des principes découlant du « Pilier 2 » de l’OCDE, qui met en place un taux minimum d’imposition de 15 % pour les grands groupes. Cette évolution limite les écarts de taxation entre États et réduit les marges de manœuvre pour une optimisation agressive des bénéfices via des juridictions à fiscalité plus douce.

Une affaire emblématique des tensions sur l’optimisation fiscale

En 2026, aucun nouveau scandale majeur ou redressement spectaculaire concernant spécifiquement Jacques-Antoine Granjon et les structures luxembourgeoises n’a été rendu public. Selon les informations disponibles, aucune nouvelle procédure de grande ampleur n’a émergé ni en France ni au Luxembourg à l’encontre du dirigeant sur ce volet.

Bon à savoir :

Le dossier illustre la tension entre, d’un côté, les stratégies d’optimisation fiscale déployées dans un cadre légal et, de l’autre, la volonté des États de reconstituer leur base imposable en contestant ce qu’ils considèrent comme des montages artificiels. Les holdings luxembourgeoises liées à Vente-privee.com et à son PDG illustrent cette tension croissante entre liberté de structurer des investissements internationaux et exigences de « substance » économique réelle.

Les services fiscaux français poursuivent l’analyse des schémas transfrontaliers, tandis que les obligations de transparence et de gouvernance applicables au Luxembourg se renforcent. Dans ce contexte, les structures de type Soparfi font l’objet d’une surveillance accrue, en particulier lorsque les centres de décision semblent se situer dans un autre pays que celui de domiciliation juridique.

Procédures parallèles en droit de la consommation

Parallèlement au volet fiscal, Jacques-Antoine Granjon et Veepee ont été confrontés à un autre front judiciaire, distinct, portant sur le droit de la consommation. La DGCCRF a enquêté sur les pratiques de prix de référence et de promotions jugées trompeuses, reprochant au groupe de présenter aux consommateurs des rabais calculés sur des prix antérieurs discutables.

En juin 2022, la juridiction a prononcé la relaxe de Veepee et de son dirigeant, en s’appuyant notamment sur une jurisprudence européenne récente en matière de communication des réductions de prix. Si certaines pratiques commerciales de la plateforme ont été critiquées, le tribunal a estimé que les infractions pénales n’étaient pas caractérisées.

Tribunal correctionnel de Bobigny

Cette décision ne marque pas la fin définitive du dossier, celui-ci ayant fait l’objet de nouveaux examens dans le cadre de voies de recours. Toutefois, elle a constitué un signal important pour le groupe, qui fait de la conformité réglementaire un enjeu clé dans ses communications publiques.

Un dirigeant toujours aux commandes dans un environnement régulé

En 2026, Jacques-Antoine Granjon demeure le PDG et la figure centrale de Veepee. Le groupe poursuit ses réorganisations capitalistiques et ses restructurations européennes, tout en restant sous le regard attentif des autorités fiscales et de la régulation européenne.

Bon à savoir :

Les liens entre le dirigeant de Vente-privee.com et le Luxembourg, révélés il y a près d’une décennie, alimentent un débat sur la frontière entre gestion patrimoniale internationale et optimisation fiscale contestée. Les conclusions définitives des contrôles de la DGFiP sur Orefa, les Soparfi luxembourgeoises et les flux transfrontaliers du groupe pourraient clarifier l’encadrement de ces pratiques par les États membres de l’Union dans les années à venir.

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