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Augmentation des prix immobiliers au Portugal : 400 000 € ne suffisent plus

par | Actualités
Publié le 26 août 2026

L’immobilier résidentiel au Portugal atteint en 2026 des sommets inédits, au point que 400 000 euros ne garantissent plus l’accès à un logement dans de nombreuses zones recherchées. Porté par une hausse rapide des prix, une pénurie structurelle de logements et des mesures publiques qui soutiennent la demande sans résoudre le manque d’offre, le marché se consolide à des niveaux historiquement élevés, sans perspective de correction à court terme selon les analystes.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un marché parmi les plus chers en progression dans le monde

Au premier trimestre 2026, le Portugal fait partie des pays enregistrant les hausses de prix les plus fortes de l’Union européenne. Selon l’INE (Institut national de statistique) et l’indice Knight Frank, les prix de l’immobilier résidentiel ont augmenté de 16,5 % à 17,8 % sur un an, après déjà 18 % de hausse en 2025. L’agence de notation Fitch anticipe une progression globale autour de 15 % pour l’ensemble de l’année 2026.

Les données de valorisation bancaire confirment cette dynamique : en avril 2026, la valeur médiane retenue par les banques pour l’octroi de crédits immobiliers s’élevait à 2 174 euros le mètre carré, soit 16,5 % de plus qu’un an auparavant. Pour les appartements, la hausse atteint 21 % sur un an, avec une médiane de 2 546 euros le mètre carré, tandis que les maisons et villas progressent de 12,7 %, à 1 561 euros le mètre carré.

3 210

En juillet 2026, le prix de l’immobilier atteint un nouveau record national en Espagne, avec 3 210 euros le mètre carré, soit une hausse annuelle de 8 %.

Si le rythme de progression se modère légèrement – la hausse annuelle est passée de 12 % en mars à 8,9 % en juin –, le niveau des prix révèle que le marché se maintient sur un plateau très élevé. Un observatoire privé, Doutor Finanças, a relevé un recul de 3,4 % des prix d’offre au deuxième trimestre 2026 par rapport au premier, à 3 544 euros le mètre carré, interprété comme le signe que la capacité financière des ménages atteint ses limites.

Lisbonne, Porto et l’Algarve hors de portée de la classe moyenne

Les grandes métropoles portugaises et les destinations touristiques les plus recherchées sont devenues largement inaccessibles pour la majorité des acheteurs nationaux de classe moyenne. À Lisbonne, le prix médian se situe désormais autour de 6 260 euros le mètre carré pour le résidentiel. Dans les quartiers historiques et de luxe, comme Chiado ou Príncipe Real, les nouveaux programmes haut de gamme se négocient couramment entre 8 500 et 12 000 euros le mètre carré.

Bon à savoir :

Le segment « prime » de Lisbonne, selon l’indice Knight Frank, affiche un prix moyen de 8 500 €/m², avec une hausse annuelle de 17,6 %, le plaçant dans le Top 5 mondial. Dans la région métropolitaine, les appartements standard se négocient autour de 3 300 €/m² en moyenne, mais les écarts se creusent entre le centre et les communes périphériques.

À Porto, les quartiers centraux tels que Bonfim ou Baixa affichent des prix compris entre 2 800 et 4 500 euros le mètre carré. Dans l’Algarve, les villas du « Triangle d’or » (Quinta do Lago, Vale do Lobo) se situent souvent entre 7 000 et 12 000 euros le mètre carré, tandis que, dans des municipalités secondaires comme Tavira ou Portimão, les appartements oscillent entre 2 000 et 3 500 euros le mètre carré.

Attention :

Selon une étude de juin 2026, seuls 7 % de l’offre à Lisbonne et 30 % à Porto sont sous les 300 000 euros. Au premier trimestre 2026, le stock sous ce seuil a chuté de 31 % sur un an, et celui sous 210 000 euros a été réduit de plus de moitié, provoquant une hausse mécanique des prix.

Une pénurie structurelle de logements au cœur de la flambée

Les experts s’accordent à considérer la pénurie de logements comme la cause profonde de l’augmentation rapide des prix. Selon une étude du Banco de España relayée mi-août 2026, le Portugal a accumulé entre 2021 et 2025 un déficit de construction équivalant à 300 000 logements par rapport aux besoins réels de la population, soit 6,6 % du nombre total de ménages. Il s’agit du déséquilibre le plus marqué de toute l’Union européenne, où le déficit moyen n’est que de 0,5 %.

45 000

C’est le nombre de logements supplémentaires nécessaires chaque année au Portugal pour combler le déficit accumulé depuis 2008.

Le gouvernement a engagé plusieurs réformes pour fluidifier la production, notamment le « Simplex Urbanístico » puis sa version 2.0, entrée en vigueur en juin 2026. Ces dispositifs visent à simplifier les procédures et réduire les délais de permis de construire, notamment via le principe d’approbation tacite en l’absence de réponse de l’administration dans les délais légaux, et par l’usage obligatoire d’une plateforme électronique nationale centralisée. Une TVA réduite à 6 % est également appliquée sur la construction de logements abordables.

Astuce :

Les opérateurs signalent des délais de traitement importants et une pénurie de main-d’œuvre qualifiée qui ralentissent la mise sur le marché de nouvelles unités. Le coût élevé des matériaux et du foncier pèse également sur les projets, réduisant la capacité de production dans les segments de prix où la demande est la plus forte.

Les aides aux jeunes acheteurs stimulent la demande

Parallèlement à ces contraintes d’offre, le gouvernement a mis en œuvre, dans le cadre du plan « Construir Portugal », un ensemble de dispositifs ciblant les moins de 35 ans et les primo-accédants. Le programme « Jovem 35 » prévoit une exonération totale de l’IMT (taxe municipale sur les mutations) et du droit de timbre pour l’achat d’une première résidence principale, jusqu’à 330 539 euros, avec une exonération partielle jusqu’à 660 982 euros.

112000

Plus de 112 000 jeunes bénéficiaires étaient comptabilisés mi-août, avec une économie moyenne d’environ 6 500 euros par transaction sur les impôts de mutation.

Un deuxième pilier de cette stratégie consiste en un mécanisme de garantie publique permettant des crédits à 100 % sans apport initial, pour des logements d’une valeur inférieure à 450 000 euros. L’État se porte garant à hauteur de 15 % du montant du prêt. Selon un rapport de la Banque du Portugal publié fin juillet 2026, ce dispositif a donné lieu à un record de 7 776 contrats au deuxième trimestre 2026, pour un volume total de 1,7 milliard d’euros. Ces prêts garantis représentaient 51,3 % des crédits immobiliers souscrits par les moins de 35 ans sur la période. Depuis le lancement du programme, 40 100 contrats ont été signés, ce qui a consommé 56 % de l’enveloppe budgétaire allouée, portée à 2,3 milliards d’euros en avril 2026.

Exemple :

Les économistes estiment que l’accès facilité au crédit et le coût d’acquisition réduit stimulent la demande, mais sans hausse de l’offre de logements, les prix augmentent, transférant l’avantage aux vendeurs et réduisant l’impact réel sur l’accessibilité.

Taux d’intérêt en baisse et crédit en hausse

La politique monétaire de la Banque centrale européenne contribue aussi à soutenir le marché. Depuis 2024, l’institution a progressivement abaissé ses taux directeurs, faisant reculer l’Euribor à 6 mois autour de 2,8 % à la mi-2026. Les nouveaux prêts immobiliers sont accordés, en moyenne, à un taux inférieur à 3 %, environ 2,85 % en milieu d’année.

Cette détente des taux a renforcé la capacité d’emprunt des ménages, malgré un niveau de prix élevé. Le volume total des encours de crédits immobiliers a ainsi progressé de 9,8 % sur un an, porté par des mensualités moins lourdes qu’en 2024 et par les garanties publiques destinées aux jeunes.

Bon à savoir :

Un décret-loi de mai 2026 instaure un taux d’IRS réduit à 10 % pour les particuliers louant à loyer modéré (plafond de 2 300 €/mois). Les plus-values de vente de biens résidentiels peuvent être exonérées si réinvesties dans des logements locatifs longue durée à loyer modéré, afin d’augmenter l’offre face à la pression du tourisme.

Un marché désormais dominé par les acheteurs nationaux

Contrairement aux années précédentes, où les investissements internationaux – notamment via les « golden visas » et le régime fiscal des Résidents Non Habituels – jouaient un rôle central, le marché est désormais largement porté par les acheteurs portugais. En 2025 et 2026, près de 95 % des transactions sont réalisées par des résidents nationaux.

34,5

En région de Lisbonne, les acheteurs internationaux paient en moyenne 34,5 % de plus au mètre carré que les acheteurs locaux, ce qui tire les prix vers le haut dans les segments moyen et haut de gamme.

Malgré ces tensions, les prix au Portugal demeurent en moyenne environ 40 % inférieurs à ceux de grandes capitales comme Paris ou Londres pour des biens comparables, ce qui continue d’entretenir l’attrait du pays pour les investisseurs internationaux.

La hausse se diffuse aux régions de l’intérieur

L’impossibilité croissante d’acheter dans les centres de Lisbonne, Porto ou de l’Algarve pousse ménages et investisseurs à se tourner vers les périphéries et les régions de l’intérieur du pays. Ce mouvement se traduit par une accélération des hausses de prix dans des zones historiquement plus abordables.

18,7

En 2026, l’Alentejo enregistre la plus forte progression annuelle des prix, avec une hausse de 18,7 %.

Les données de juillet 2026 indiquent également que plusieurs districts de l’intérieur, comme Viseu (+20,2 %), Portalegre (+19,9 %) ou Santarém (+23,2 %), enregistrent les plus fortes hausses annuelles du pays. Ces mouvements traduisent une diffusion de la tension immobilière au-delà des grandes métropoles, réduisant progressivement les écarts de prix entre littoral et intérieur.

Perspectives : un marché à l’équilibre précaire pour les acheteurs

Selon les prévisions de Fitch et de plusieurs experts cités en 2026, aucun retournement brutal du marché portugais n’est envisagé à court terme. L’offre demeure très en deçà des besoins identifiés, alors que la demande est soutenue par des taux d’intérêt relativement bas, des mesures publiques favorables aux jeunes et un intérêt étranger stable. Le marché est décrit comme étant en phase de consolidation sur des niveaux de prix historiquement hauts.

400 000

Ce budget, autrefois confortable, ne suffit plus à acheter un bien bien situé dans les grandes agglomérations et zones touristiques.

Le gouvernement a annoncé des objectifs ambitieux de construction de logements sociaux d’ici 2030, mais la réalisation de ces projets reste conditionnée à la capacité du secteur à surmonter les obstacles administratifs, financiers et en main-d’œuvre. Tant que le déficit structurel de plusieurs centaines de milliers de logements ne sera pas résorbé, la question de l’accessibilité restera au cœur des préoccupations, et la barre des 400 000 euros continuera de perdre du pouvoir d’achat immobilier au Portugal.

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