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Épargne réglementée : les disparités du Livret A par département révélées

par | Actualités
Publié le 9 août 2026

La Banque de France met en lumière de fortes inégalités territoriales dans l’épargne placée sur le Livret A. Selon le Rapport annuel sur l’épargne réglementée 2025, publié à la mi-juillet 2026, le montant moyen détenu sur ce produit varie presque du simple au double selon les départements, allant de 4 448 à 9 535 euros, alors même que le Livret A reste le placement favori des ménages français.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un produit massivement détenu mais aux encours très contrastés

Le Livret A demeure l’outil d’épargne de référence en France : 83 % de la population en détient un, soit environ 58 millions de livrets ouverts à fin 2025. L’encours total atteint 440 milliards d’euros, sur un total de 948 milliards pour l’ensemble des produits d’épargne réglementée.

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Solde moyen du Livret A en 2025, en hausse régulière depuis 2022 (6 351 euros), mais masquant de fortes disparités géographiques.

La dynamique d’ouverture de nouveaux comptes, elle, s’essouffle. Le rythme de création de Livret A pour les particuliers n’a augmenté que de 0,7 % sur un an, contre 1,3 % l’année précédente et 2 % encore avant. Moins de 3 millions de nouveaux livrets ont été ouverts, un volume revenu à son niveau de 2021.

Lozère en tête, Seine-Saint-Denis en bas de l’échelle

Les données départementales dévoilent une géographie de l’épargne qui bouscule les idées reçues. Les plus forts encours moyens ne se situent pas dans les régions les plus riches, comme l’Île-de-France, mais dans des territoires ruraux ou littoraux.

La Lozère (code 48) occupe la première place, avec un encours moyen par Livret A de 9 535 euros, loin au-dessus de la moyenne nationale. Elle est suivie de près par la Haute-Loire (43) avec 9 363 euros, l’Aveyron (12) avec 9 333 euros et le Cantal (15) avec 9 115 euros. Dans l’Ouest, le Finistère (29) affiche 8 779 euros, le Morbihan (56) 8 718 euros, l’Ille-et-Vilaine (35) 8 576 euros et les Côtes-d’Armor (22) 8 447 euros.

Exemple :

La Seine-Saint-Denis (93) détient le plus faible encours moyen de France, à 4 448 euros, suivi du Val-d’Oise (95) avec 6 072 euros, de l’Aisne (02) avec 6 333 euros, de la Haute-Corse (2B) avec 6 510 euros, et de la Seine-et-Marne (77) avec 6 691 euros.

Ces niveaux traduisent un cumul de facteurs socio-économiques. Les départements du Massif central et de Bretagne, largement représentés parmi les encours les plus élevés, se caractérisent par une population plus âgée que la moyenne nationale. Or les ménages seniors ont statistiquement davantage eu le temps de constituer un capital financier et privilégient les produits sûrs comme le Livret A.

Ruralité, coût de la vie et habitudes d’épargne

Les spécialistes interrogés par la Banque de France soulignent que ces disparités ne reflètent pas uniquement les revenus locaux. Dans de nombreux départements ruraux ou littoraux, les prix du logement restent plus modérés qu’en région parisienne ou dans les grandes métropoles. Des loyers et coûts immobiliers moins élevés dégagent une capacité d’épargne plus importante, notamment sous forme de liquidités.

Bon à savoir :

Un rythme de vie plus lent que dans les grandes villes, des dépenses contraintes réduites (transport, consommations urbaines), une pression immobilière moindre et une culture locale de l’épargne de précaution expliquent des encours d’épargne plus élevés.

À l’inverse, dans les zones urbaines denses et les départements de la première couronne parisienne, le niveau élevé des dépenses courantes – logement, transport, alimentation – limite la capacité à mettre des fonds de côté. C’est le cas en particulier en Seine-Saint-Denis, département qui combine faibles encours moyens et baisse des montants totaux déposés sur le Livret A.

Effet “origine” et mobilité des épargnants

Le rapport met également en avant un phénomène de “dispersion” des encours, lié à la mobilité géographique des Français. De nombreux épargnants ouvrent leur Livret A dans leur département d’origine – en Bretagne par exemple – puis s’installent pour des raisons professionnelles en Île-de-France ou dans une grande métropole sans changer d’établissement bancaire.

Attention :

Les comptes conservés dans les territoires d’origine gonflent artificiellement les encours moyens locaux, tandis que les départements urbanisés qui accueillent les actifs affichent des encours plus faibles, faute de transfert des comptes.

Corse et territoires en forte progression

Au-delà des niveaux moyens, plusieurs départements se distinguent par la dynamique de leurs encours. En Corse, la hausse est particulièrement marquée. La Haute-Corse enregistre une progression de 10,8 % des montants déposés sur le Livret A, tandis que la Corse-du-Sud affiche une hausse de 9,3 %.

Astuce :

La Vienne affiche une augmentation de 4,6 % de ses encours, suivie de Paris avec 4,3 % et de la Drôme avec 4,1 %. En revanche, plusieurs départements d’Île-de-France et certaines zones urbaines péri-métropolitaines connaissent une stagnation ou un recul, en raison des besoins de trésorerie des ménages en contexte inflationniste qui les ont conduits à puiser dans leur épargne de précaution.

La Seine-Saint-Denis fait partie des territoires où les encours totaux diminuent sur un an, une évolution attribuée à la conjugaison d’un pouvoir d’achat sous pression et de retraits destinés à financer le quotidien.

Une épargne très concentrée et souvent peu alimentée

Au-delà de la géographie, la structure des encours du Livret A apparaît elle aussi très inégalitaire. Selon la Banque de France, 15 % des livrets ont atteint ou dépassé le plafond réglementaire de 22 950 euros, essentiellement du fait de la capitalisation des intérêts. Ces livrets “pleins” concentrent à eux seuls la moitié de l’encours total.

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Environ un tiers des comptes, soit entre 32 et 34 %, présentent un solde inférieur à 150 euros.

Cette forte concentration des montants et la coexistence de nombreux comptes quasi inactifs s’observent dans l’ensemble du pays, mais leurs effets peuvent se révéler plus ou moins marqués selon la structure sociale locale. Dans les départements urbains les plus modestes, la part de livrets à bas solde tend à tirer l’encours moyen vers le bas.

Le contexte de taux : entre décollecte et relèvement du Livret A

Les évolutions départementales du Livret A s’inscrivent dans un environnement de taux en pleine recomposition. Le 1er février 2026, la rémunération du Livret A a été abaissée à 1,5 % net. Ce niveau, jugé insuffisant au regard d’une inflation anticipée autour de 2 %, a déclenché une vague de retraits.

6,89

En milliards d’euros, la décollecte nette cumulée du Livret A et du LDDS au premier semestre, la plus mauvaise depuis 2008 pour ces produits.

Nombre de ménages ont profité de cette conjoncture pour rediriger une partie de leur épargne vers des placements jugés plus rémunérateurs, comme l’assurance-vie ou certains produits financiers, tandis que d’autres ont pioché dans leur épargne de précaution pour faire face à leurs dépenses courantes.

Face à cette situation, et alors qu’un rebond technique de l’inflation hors tabac portait la moyenne à 1,52 % au premier semestre 2026, le gouvernement a suivi la recommandation de la Banque de France et de son gouverneur Emmanuel Moulin. Le 15 juillet 2026, il a entériné une remontée du taux du Livret A à 1,7 % net, applicable depuis le 1er août. Le LDDS s’est aligné automatiquement sur ce niveau, tandis que le Livret d’épargne populaire (LEP), destiné aux ménages les plus modestes, a vu son taux maintenu à 2,5 %, malgré une formule de calcul qui aurait théoriquement conduit à une baisse à 2,2 %. Le ministère de l’Économie a revendiqué un “coup de pouce” pour protéger le pouvoir d’achat des épargnants aux revenus les plus faibles.

Ministère de l’Économie

Des enjeux majeurs pour le financement du logement social et de l’économie

Les disparités de Livret A par département dépassent la seule question de la répartition de l’épargne des ménages. Près de 60 % des encours du Livret A et du LDDS sont centralisés par la Caisse des Dépôts au sein de son Fonds d’épargne, qui sert à financer le logement social.

22,9

En 2025, 22,9 milliards d’euros de nouveaux prêts ont été accordés aux organismes HLM pour la construction et la rénovation thermique des logements sociaux.

Les 40 % d’encours non centralisés, conservés dans les bilans des banques, alimentent quant à eux le financement de l’économie locale. À la fin de l’année 2025, les flux de nouveaux crédits aux PME atteignaient 134 milliards d’euros, en hausse de 9 % sur un an. Les financements dédiés au logement respectant les normes environnementales RE2020 et RT2012 s’élevaient à 219 milliards d’euros d’encours, en progression continue.

Dans ce contexte, la répartition territoriale de l’épargne sur le Livret A revêt une dimension stratégique : les départements où l’encours moyen est élevé contribuent davantage aux ressources mobilisables pour le financement du logement social et de la transition énergétique, même si la centralisation opérée par la Caisse des Dépôts limite l’impact direct de ces différences locales.

Un fossé géographique et social confirmé

Le Rapport annuel sur l’épargne réglementée 2025 confirme ainsi l’existence de contrastes géographiques et sociaux marqués dans l’usage du Livret A. Les départements ruraux et littoraux, à population plus âgée et au coût de la vie plus modéré, concentrent une part importante des encours moyens les plus élevés. À l’inverse, plusieurs territoires urbains denses et socialement fragiles, comme la Seine-Saint-Denis, cumulent faibles encours, recul des dépôts et forte dépendance à l’épargne de court terme.

Bon à savoir :

Les écarts entre les objectifs de pouvoir d’achat, de soutien à l’épargne populaire et de financement à long terme du logement social et de l’économie verte posent des défis de politique publique. La remontée du taux, après une baisse ayant fragilisé la collecte, reflète des arbitrages complexes entre protection des épargnants, lutte contre l’inflation et financement du logement social.

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